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CHAPITRE III

Vallée du Nil égyptien. — Les montagnes et leurs promontoires ou Mah'gars. — Ancien régime du Nil ; ses cataractes et son bassin lacustre disparus. — Le lac d'Hérodote. — Le Nil au Sud de Gebel-Selseleh. — Le Fayoum, ancien régulateur du Nil. — Le Nil au sommet du Delta : ses deux branches; relèvement de leur fond, proposition pour y remtkiier. — Envahissement des embouchures par les eaux marines. — Barrages en travers des embouchures. — Mesures prises pour approvisionner d'eau potable Damiette et Rosette, — Trois sections du NiL — Ses différentes largeurs. — Les nilomètres d'Assouan, de Rodah, du Barrage. — Les crues du Nil. — Les crues depuis 1737 ; leur analyse. — Débit du Nil à Assouan et au Caire. — Crue de 4888.

D'Assouan au Caire, sur une longueur de 941 kilomètres, le Nil coule à travers une vallée resserrée, soit par des versants de montagnes, soit par des rebords de plateaux dont la hauteur varie de 50 à 350 mètres. De ces hauteurs, on voit à ses pieds Tétroit ruban qui forme le territoire de la Haute et de la Moyenne-Egypte et qui, suivant les saisons, est alternativement inondé par les débordements du fleuve, recouvert de culture ou aride comme une steppe. C est à l'Est surtout que les montagnes prennent çà et là un aspect grandiose; elles s'élèvent à pic au-dessus des terres cultivées et des eaux qui en baignent le pied pendant la crue. Sur un certain nombre de points, elles s'étendent le long des rives immédiates du fleuve qu'elles dominent; sur d'autres, leurs contreforts s'avancent comme des promontoires, formant ainsi autant de divisions dans les terres arables et ne laissant, entre les beiges et leur base, qu'un seuil rocheux de

quelques mètres de largeur. Il est quelquefois impossible, et toujours difficile, de creuser dans ces seuils un canal de communication entre les terres d'amont et celles d'aval.

Ces promontoires prennent le nom de Mah'gars. On en compte huit entre Assouan et Manfalout, ville de la province d'Assiout. De ce j)oint, et jusqu'en face de Wasta, les terres cultivables sont divisées en séries de parcelles isolées et séparées par les montagnes; puis elles s'élargissent et vont ainsi jusque dans le voisinage du Caire.

Trois autres Mah'gars se trouvent sur la rive Ouest, les deux premiers en face de Gebelein et de Karnak et le troisième près de Denderah. Les deux derniers i^nt seuls franchis pav un canal d'arrosage. En aval, la vallée s'étend sans solution de continuité, parfois lai^e, parfois rétrécie, jusqu'à la |X)inle du Delta.

En direction générale, la [)ente kilométrique du Nil, sur ces 941 kilomètres, est de 0",08 environ (exactement 0", 78895), mais elle est atténuée par les nombreux méandres du fleuve : faible sur certains points, elle est plus forte sur d'autres. Elle ne déjmsse pas 0",075, par rapport au développement total du fleuve.

N« 15. — DIVERSES PENTES DU NIL ENTRE ASSOUAN ET RODAH (Le nilomèlre de Rodah est à 4 kilomètres au Sud du Caire.)

entre:

Assouan et la Prise du Ramadi

Ramadi et Herment

Hermenl et Gebelau

Rannan et Damranieh ....

Abou-Shousha et Sohog . . .

Sohag et Assiout

Assiout et Rodah

Rodah et Minieh

Minieh et Wasta

Wasta et Rodali (niiomôtre} . .

DISTANCES

PENTES

en

kilo-

kilomètres

métriques

lie »

La plus faible pente se trouve entre Herment et Gebelau et la plus forte entre Sohag et Assiout, où elle atteint 0,088 par kilomètre. Elle est aussi plus forte entre Minieh et le Caire qu'entre Assouan et Sohag.

Considérée parallèlement à son axe, la déclivité de son bassin est de 0"SlO. En direction perpendiculaire, les dépôt«> d'alluvions ayant été plus considérables sur les bords immédiats que sur les points éloignés de la vallée, les terres s'inclinent, de chaque côté, à l'Est et à l'Ouest, les parties les plus élevées, appelées « sahel », dominant les plus basses de 0™,50 à 1 mètre.

Il est rigoureusement établi que le régime du Nil comportait jadis des cataractes ou rapides et un bassin lacustre qui ont depuis longtemps disparu. Hérodote mentionne un second bassin qu'il aurait visité entre Assouan et Wady-Halfa. Toutefois, divers savants, et notamment M. Maspéro, sont d'un avis opposé. Suivant l'opinion de Téminent successeur de Mariette-Pacha, à El-Farhas, entre Wady- Halfa et Ibsamboul et à El-Bab, à l'extrémité du défdé de Kalabcheh (planche n^ 30), dans la Nubie inférieure, où le Nil est encaissé entre deux berges abruptes, il aurait existé des seuils qui portaient le plan d'eau à un niveau bien supérieur à celui qu'il atteint de nos jours. Les eaux recouvraient alors des rochers qui émergent maintenant, même pendant les plus hautes crues; elles s'étendaient à l'Est et à rOuest sous forme d'une nappe d'une grande largeur qu'Hérodote aura prise i)Our un lac (1).

Quiconque, d'ailleurs, a étudié le bassin du Nil dans la Nubie inférieure a pu se rendre compte que s'il y existe des terrains nilotiques almndonnés par les eaux du fleuve, il ne s'y trouve nulle part de dépressions où, quelle que fût la hauteur des crues à l'époque où le voyageur grec visita l'Egypte, leurs eaux purent s'emmagasiner.

En descendant vers le Nord, à 55 kilomètres d'Assouan (2), le Nil a une largeur de 890 mètres.

Deux kilomètres plus bas, il coule sur un lit de rochers, encaissé entre deux collines jumelles dont la masse gréseuse semble s'être écartée pour lui livrer passage. Ces collines portent le nom de Gebel- Selseleh; elles étaient autrefois reliées par un seuil, dernier rapide que franchissait le grand fleuve dans son immense course vers la mer.

(1) Au-dessus d'Éléphantinc on trouve déjà des Éthiopiens; ils ocxîupent même une moitii^ de l'île de TacJiompso et les Égyptiens l'autre moitié. Aux environs est un grand lac, sur les bords duquel habitent les Éthiopiens nomades; quand vous l'avez travei'sé, vous rentrez dans le Nil qui s'y jette.

(Histoire d'Hérodote, Euterpe, livre H, xxix).

(2) En suivant le Nil.

78 NIL, SOUDAN. ÉGÏPTE

Corrodés, pendant une longue suite de siècles, par le frottement des eaux et l'action de leurs agents d'érosion, les blocs rocheux qui barraient le Nil furent enfin emportés et le rapide s'effondra. Le fleuve creusa et approfondit son lit dans la plaine d'alluvions qu'il avait primitivement créée et i'eau de ses crues cessa de se répandre naturellement dans les campagnes. Un ingénieur distingué, M. le colonel Ross, inspecteur général des irrigations d'Ëgyple, est d'avis que la catastrophe de Gebel-Selscleh est antérieure à l'apparition de l'homme sur les bords du Nil (1).

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