‹ De l'équateur à la Méditerranée;Chapitre 5 sur 197 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le iNil : uiwrçu ^'énéral. — Les pluies et l 'évapora lion équaloriales. — Région des lacs. — Seuil de i)arta^'e des lacs Tanganika el Victoria. — Le Congo et le Nil. — Speke, Grant, Slanley, Pearson. — Les sources. — U», Tîingoureli. — Le lac Victoria, plus grand bassin lacustre de l'Afrique centrale; sa superficie, sa profondeur. — b^ Nil Sommerset, s(îs rapides. — \a'. lac Allx'rt-Nyanza. — \jc Nyanza d'Usangara. — U^ Nil Semleki de Stanley. — Ui Bahr-cd-GeM; ses rapides, son Ixissin hydrographique. — Les crues du Nil à Gondokoro. — Le Bahr-el-Ghazal. — Les lacs du 1)« degré et les barrages \<'«gétaux. — 1a' Saubat. — 1^, Nil blanc propi-ement dit: son bassin, sa largeur, sa profondeur, son débit. — Linant-Pacha. — Ix^s eaux du Nil blanc el leur riMe dans 1 économie des eaux d'Egypte; leu;* analysi?, celle des terres qu'il tniverse. — Description des sources du Nil bleu. — Ia; lac Tsiina. — U^s dilTéi-ents noms du lïeuve, son bassin, ses affluents, son régime, ses crues; analyse de ses eaux, de son limon, de ses terres.

ft Salutf 6 Nil, toi qui viviis donner la vie à VÉgyptol »

Considéré dans son ensemble, mais ù l'opposé de son cours, le Nil offre riniage d'un arbre immense dont les racines, représentées par le Delta, plongent dans la Méditerranée, alors que sa puissante ramure va s'enfoncer jusqu'au C(L»ur de TAfrique. Il coule sur un espace de 6,500 kilomètres, à proximité du 80*" degi'é de longitude Est et ne reçoit aucun affluent dans son passage à travers rÉgyi>te et la Nubie inférieure. Entre Berbèi-e et Cliendy, dans la Ilaute-Nubie, il est rejoint i)ar l'Atbara, grand cours d'eau que l'on ix)urrait considérer comme l'une de ses sources les plus importantes, si son régime était constant. Au Xo"* 30' de latitude Nord, il se divise en deux tronçons

h NIL, SOUDAN, EGYPTE

princi[Kiux : celui qui vient de l'Est est connu sous le nonn de Bahrel-Azrac ou fleuve» Bleu; l'autre, Bahr-el-Abiad ou fleuve Blanc, vient de l'ÉquatcMii': c'est la branche inaîtress(; du grand fleuve.

Vers le 9® degré, le fleuve Blanc reçoit de nombreux affluents et, de œ point jusqu'au K'' degré de latitude Sud, son bassin comprend un système de marais annuellement inondés et de grands lacs formant ensemble une su|K;rficie de plus de 250,000 kilomètres carrés.

La jKirtie Est de l'Afrique australe est traversée i>ar des plat(»aux et des chaînes de montagnes où, poussés par les vents alizés, viennent s'arrêter les nuages qui se sont formés au-dessus de Tocéan Indien. La condensation de ces vapeurs, par Faction réfrigéninte d(îs hauts sommets, entretient les pluies qui tomlient régidièrement, pendant plus de huit mois chaque année, dans C43tte région égale au tiers du continent africain. Elles ne sont a;[)endant [xis runicjue srmrce de ces pluies, puisque les vents qui les amènent cesscMit, à partir de juin, de souffler de l'Est pour venir du Sud. En effet, si l'on songe que les quantités d'eau (jui toml)ent dans le bassin du Victoi'ia-Nyanza et sur le lac lui-même, sont considérableuKînt suj^rieures à celles émises par le Nil Sommerset, son unicfue elfluent, que suivant les constatations de différents explorateurs, et notamment de Speke, qui eut Tinsigni? honneur de découvrir une des vraies sources du Nil, la principale, le niveau du Nyanza ne semble subir que des oscillations jkîu iniix)rtantes (1), on en déduira que l'écjuilibre entre les apix)rts et rémission résulte nécessairement de l'énorme évaporation qui se produit à la surface du lac sous l'action de l'ardent soleil équatorial. On évalue c<îlte évaporation à 80,000 millions de mètres culjes jHDur le Victoria- Nyanza seulement et à 150,000 millions de mètres cubes pour toute la n!^gion montagneuse qui enserre le Tanganika, le Victoria, rAll>ert et TUsangara - Nyanza (2). Ces masses de vapeur, qui siiturent l'atmosphère, exercent

(i) Ixî missionnaire anglican Wilson prétend avoir iflevé des (li(Téi*ences de niveau de 50 à 60 œnlimètres sur le Victoria-Nvanza. Ces différenctîs n'infirment pas le dire de Speke; elles jKîUvent résulter simplement de laclion violente de certains vents. En Egypte, la Métiilerranée éprouve des flux passagei*s d'un mètre pour la même aiuse.

(2) D autres lacs, le Baringo, le Basso-Na-Ebor et le Basso-Narok, à l'Est, au Noixl- Est et au Noixl du Victoria-Nvanza peuvent (Mre considérés comme faisant iwirtie de ce groupe.

une influence considérable sur la cliinatoloj^ie et la météorologie de cette partie de l'Afrique; elles sont jMMit-i'^tre la cause i)rincipale des pluies, pour ainsi dire continues, qui toml)ent dans la zone du 3** au 4*^ degré au Sud et au Nord de TÉqualeur, et de la périodicité de celles qui se re|)ro(iuisent a diflerentes époques dans le haut bassin du Nil et jus(|u'au-(lessous de Kliarlouni.

Au cours même de la saison pluvieuse, le llux des eaux é(|uatoriales s'écoule, partie dans la direction de l'Ouest, vers TAtlantique, par le Congo et partie vei's le Nord, à travers les contrées sîuis ])luie de la Nubie et de l'Egypte, jusqu'à œ qu'elles aient allcint la Méditerranée.

C'est entre les lacs Tanganika et Victoria-Nyanza (jue se trouve le seuil de partage de ces deux plus grands cours d'eau de l'Africjue ; c^ seuil n'offre; cependant qu'une saillie si faible que le bassin du Congo et celui du Nil s'entremêlent [)ar quel(|ues-uns de leurs affluents et (jue Stanley a pu un moment croire (pie le Tanganika était l'unique source de ces deux grands affluents. Dans ces parages, de légères oscillations du sol suffiraient pour changer la direction de maint tribuLaire; peut-être même existe- t-il, sur le faîte, quelques bassins lacustres ù double déversoir?

Mais s'il est aujourd'hui hors de doute que le (^ngo et le Nil ne sont point les émissaires du même lac, il règne encore des incertitudes sur la rivière maîtresse qui se jette dans le grand Victoria- Nyanza, formant ainsi le cours supérieur, c'est-à-dire la i)rincipale source du Nil. Peut-être cette rivière est-elle i)lus considérable qu'on ne le présume et donne-t-elle à rensend)le du fleuve, des sources à la Méditerranée, un développement supérieur à celui de tous les fleuves de l'Asie et de l'Amérique? Quoi qu'il en soit, on sait actuellement, i)ar la longueur de son cours connu et exploré, (pie h» Nil est un des plus grands fleuves de la terre, sinon le i)lus gî*and.

D'après les travaux de Staidey, de Pearson et des missionnaires fran(;ais, il sendjlerait que le Mvvarou ou Louwambé s(Tait le vrai Nil, du moins par la longueur de son parcours. Ce cours d'eau i)ren(l sa source au 3"" degré de l'hémisphère austral; il coule d'alx)rd au Nord et s'infléchit au Nord-Ouest avant de se jeter dans la partie méridionale du lac Victoria-Nyanza.

Toutefois, d'après Speke et Grant, le Kit^mgouleh ou Tangour(»h serait, si l'on considère sa masse liquide, l'allluent du grand lac ayant le plus de droit d'être tenu |)our la branche maîtresse du

bassin suj)érieur du Nil. Le Tangoureh est une puissante rivière qui naît dans les montagnes, à plus de cent kilomètres de l'Equateur ; son bassin reçoit l™,oO d'eau pendant la saison pluvieuse, au cours de laquelle elle s'étale sur plusieurs kilomètres de laideur. Pendant la saison sèche, qui ne dure que trois mois, d'août à octobre, elle n'a pas plus de 75 mètres de large, mais sa [)rofondeur moyenne n'est jamais moindre de 15 mètres. Son embouchure s'élargit jusqu'à 130 mètres avec une profondeur de 30 à 40 mètres et un débit quotidien de 400 millions de mètres cub<»s.

Le lac Victoria-Nyanza est le plus vaste bcissin lacustn; du continent africain : sa superficie est d'environ 60,500 kilomètres carrés avec une profondeur de [)lus de ISO mètres sur ime grande [mvim de son étendue; son altitude est de 1,190 mètres au-dessus du nivwiu de la mer. Il reçoit les eaux qui tombent sur une su[HTrici(^ approximative de 400,000 kilomètres carrés; son tro[) plein s'écha[)pe au Nord par un large golfe et forme le Nil Sonmi(»rs(»t.

Trente-deux kilomètres après sa sortie du lac, le Sommerset rencontre et franchit un barrage naturel, connu sous le nom de chutes Ri[)on, de 4 mètres de hauteur verticale. Ck)ulant ensuite vers le Nord-Ouest, son lit est obstrué de quelques rapid(»s et, à une centaine de kilomètres en aval, il traverse le Gita-Nzigé, petit lac de 400 à 500 kilomètres carrés de superficie, auquel le colonel Chaillé- Long-Bey (1) a donné le nom d'Ibrahim. Après quoi, il continue sa course avec une largeur variant entre 900 et 1,800 mètres; dans ce parcours, ses l)ords marécageux offrent i)eu de ix)ints d'atterrissiige; son courant, d'abord très lent, s'accentue au-dessus de Foweira où il atteint une vitesse de 5 mètres par seconde. Au-dessous et à 370 kilomètres de son point d'émission, le Sommerset est Imrré jwir le rapide de Keroiana où l'eau coide entre deux parois de syénite, taillées à pic, et tombe de 3 mètres.

La pente du seuil principal que franchit le fleuve pour descendre des hauts plateaux est de 210 mètres sur 55 kilomètres de longueur, soit 3", 818 par kilomètre. Go seuil comprend les rapides de Tada- Nakoui, Assaka, Kadia et Kétoutou dans les(]uels la nappe liquide, animée d'une vitesse vertigineuse, heurte en se brisant les l'ochers qu'elle recouvre de ses va[)eurs. Le frottement dynamique des eaux

(1) Oflicier américain au scr\'iœ de l'Éf^^ple et premier explorateur du Nil Sommerset.

a corrodé le fond rocheux du fleuve de U»lle sorte que son lit se trouve encaissé entre des parois s'élevant de plus de 30 mètres audessus des tourbillons.

Plus loin, le lit se resserre dans un étranglement large de 50 mètres

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