RÉCOLTE DB 5 ARDEBS PAR FEDDAN
Grains
Kilog.
PaiUe
Kilog.
Total
Kilo;?.
C'est la loi de la restitution au sol sur laquelle repose l'emploi des engrais. Cette loi, qui sert de base à l'agriculture moderne, n'a jamais été respectée en Egypte, où l'on a, en général, constamment négligé de compléter l'action du Nil en apportant aux terres les matières assimilables que le fleuve ne contient qu'en quantités insuffisantes, eu égard aux récoltes qu'on ne cesse de lui demander et aux cultures intensives qui se sont développées dans le Saïd et le Delta depuis moins d'un demi-siècle.
Si l'on suit la marche de l'agriculture à travers les âges, on voit les procédés culturaux et les pratiques des nations se développer peu à peu. En Egypte, il a été démontré que ces procédés et ces pratiques sont restés à [)eu près tels qu'autrefois. C'est par suite de cette immobilité, résultat de l'ignorance et du fatalisme des jx^pulations nilotiques, que leurs terres se sont appauvries et que leur rendement s'est abaissé jusqu'à la limite indiquée dans les pages suivantes.
Les éléments qui concourent à la formation de la plupart des
plantes cultivées sont aujourd'hui connus. On sait qu'outre ces éléments, ces plantes, contiennent de la soude, de la silice, du chlore, du fer et du manganèse qui sont, en réalité, les appareils qui organisent et préparent les matières pour les besoins de l'homme ou des animaux. On connaît ceux de ces éléments dont la présence dans le sol est indispensable et l'on sait que, par suite de l'aljsence de l'un d'entre eux, la végétation périclite.
Ceci établi, étant donné que les fertilisants contenus dans l'eau du Nil ne peuvent compenser les pertes énormes qu'on ne cesse dé faire subir aux terres d'Egypte, il faudra, dans un avenir très proche, pour compenser ces pertes, se servir d'engrais plus énergiques que ceux qui vont être examinés et mettre en pratique les méthodes de restitution en usage en Europe, sous peine de voir se consommer la ruine de l'agriculture égyptienne.
Les seuls reconstituants dont l'emploi soit général et les propriétés reconnues, bien qu'exagérées, sont l'eau du Nil et les matières qu'elle transporte.
Viennent ensuite la colombine, le sebakh ou débris poussiéreux que forment les ruines d'anciennes villes ou villages, le fumier et la vase extraite lors du curage des canaux.
Eau et limon du NU. — Les résultats des analyses faites et consignées dans les tableaux précédents démontrent que les 116,395 millions de mètres cubes d'eau que débite chaque année le fleuve égyptien contiennent 20,722,000 tonnes de matières en dissolution, soit un peu moins de 177 grammes par mètre cube et 51,428,000 tonnes de matières solides en suspension, soit 458 grammes par mètre cube. Quatre-vingt-cinq pour cent de ces dernières matières sont formés de parties minérales inassimilables; le reste, soit quinze pour cent sont les seuls éléments fertilisants que reçoivent les terres aménagées par bassins. Étant donné que c'est au moment où elles sont le plus chaînées de hmon que les eaux sont introduites dans les bassins de culture et si l'on admet que la hauteur normale de l'inondation est d'environ 1°*,40, on peut en déduire que la couche d'alluvion déposée par les eaux atteint à peu près un millimètre de hauteur, ce qui correspond à 4 mètres cubes 200 par feddan. La composition de c>ette couche d'alluvion ne comporte que des traces de phosphate et un peu plus d'un dixième et demi d'azote pour cent, ce qui ne saurait être considéré comme un puissant
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régénérateur du sol. O dépôt de 4 mètres cubes 200 par feddan corresi)ond à 7 kilogrammes d'azote, tandis que les récoltes de divers(?s céréales en emjjortent des quantités notablement suj)érieures.
Étant donnée l'énorme diflerence existant entre les apports du Nil, en tant que reconstituants, et les éléments enlevés i)ar cljaque récolte, on pourrait s'étonner que les terres nilotiques ne fuss(»nt pas de[)uis longtemps épuisées, qu(»lle que fût leur richesse^' i>rimitive. Cej>endant l'appauvrissement du sol, en ce qui concenu» les blés et malgré l'absence de [)hosphate, ne semble pas dé|Kiss(M' une cerUdne limite». Pour les plantes qui réclament une forte pix)j>ortion d'azote, les récoltes ne se sont pas Irop abaissées au-dessous d'une faible moyenne. Ce phénomène est dû aux causes naturelles suivantes :
Les labours sont cx)nsidérés d'une manière générale comme étant de nature à entrtîtenir la fécondité du sol, en maintenant la division entre ses f)articules et en lui facilitant l'absorption de l'air. L(»s t(»rres du Saïd, cultivées en céréales, ne sont pas labourées, mais la terre d'Egypte, en raison de sii nature essentiellement argileuse, se fendille sous l'action du soleil et de la sécheresse qui succède à la j>ériode d'inondation. Cet état de choses donne naissance à de [)rofondes crevasses s'entrecoupant suivant un réseau [>entagonal dans son enscMiible, lesquelles amènent l'air à des profond(îurs considérables et à une infinité de ramifications de plus en plus |Kitites jusqu'à devenir capillaires ; elles se répartissent dans toute la masse (4 se mettent en contact avec les plus jKîtites molécules du terrain. Le retrait de l'argile sous l'action de la chaleur s'opérant non seulement suivant des plans verticaux, mais aussi suivant des plans horizontaux, il en résulte que l'aération du sol est absolument comi)lète. On conçoit donc que, lorsque les eaux d'inondation viennent baigner le sol et le rendre propre à recevoir la semence, elles h» trouvent dans les conditions les plus jiarfaites, dont on cherche ailleurs à se rap[)rocher i)ar de fréquents labours. Le sol de l'Égjpte jx^ut, entre deux récoltes, sans qu'il soit besoin de faire intervenir la charrue, condenser dans ses pores le maximum d'acide carbonique, d'oxygène, d'ozone et d'azote.
L'acide carbonique, en se ix)rtant sur les carl)onates terreux, les transforme en bicarbonates immédiatement assimilables, et [)eut-ètre son rôle comme adjuvant de la végétation ne se borne-t-il i>as là.
Le rôle essentiel de l'oxygène, de l'ozone et de l'azote de l'air est universellement reconnu. M. Boussingault a prouvé que les plantes ont une grande tendance à se les assimiler et que cette assimilation
se fait par la décomposition des azotates et (des sels ammoniacaux. M. Fremy a pu en conclure, très justement, que la composition d'un sol bien préparé doit se rapprocher, dans une certaine mesure, d'une nitrière. A ce point de vue, le sol de l'Egypte est un sol de première qualité.
Les phénomènes de nitrification, si complets sous cette température humide et chaude, trouvent ici un terrain excellemment préparé.
Depuis les travaux de M. Cloetz, on connaît, en effet, l'action de l'argile poreuse sur l'absorption de l'azote de l'air et sa transformation en acide azotique, action moitié physique, moitié chimique, dans laquelle l'oxyde de fer joue le rôle d'oxydant énergique.
Ainsi trouverait son emploi la proportion de 10 à 12 0/0 d'oxyde de fer que les analyses révèlent dans les terres de la vallée du Nil. Ce n'est point là un phénomène contesté ; il est universellement admis que la formation des natrons si curieusement localisée n'a pas d'autre origine, en Afrique comme en Amérique, que la rencontre fortuite d'argiles salines et de minerai de fer. Notons aussi que l'action capillaire, parfaite dans les conditions de préparation naturelle du sol qui viennent d'être indiquées, intervient pour concentrer à la portée des plantes les matériaux nourrissants élaborés et lentement aspirés dans une épaisseur considérable.
Ainsi donc : division intime et profonde du sol jusque dans ses moindres éléments, ce qui permet l'aération et la condensation, dans les pores de l'argile, de l'oxygène, de l'ozone, de Tacide carbonique et de Tazote. Transformation de l'azote de l'air en acide par l'action physique de l'argile poreuse avec le secours des propriétés comburantes de l'oxyde de fer, disposition favorable aux phénomènes de capillarité s'exerçant sur des masses profondes.
Telles sont* les causes qui concourent à la reconstitution, sinon totale, du moins partielle des terrains de la vallée du Nil et à maintenir l'équilibre auquel sont dues les récoltes que l'on obtient encore de nos jours du sol du Saïd (1).
Colombine. — La colombine est obtenue des nombreux et vastes pigeonniers que possèdent presque tous les villages de la Haute et de
(1) Cette théorie a été développée par M. Gay-Lussac à Tlnstitut égyptien, séance du 4 juin 1885.
la Moyenne-Égj'pte, et qui sont un peu plus rares dans le Delta. Son emploi est, pour ainsi dire, réservé aux cultures de cannes à sucre qui n'en peuvent cependant obtenir que des fjuantités limitées. Les producteurs ne se rendent [)as compte du prix de revient de la colombine, qui coûte fort cher, eu égard aux dégâts que commettent dans les champs les innombrables vols de pigeons qui vivent aux dépens des cultures de leur voisinage. Ils la vendent néanmoins à un prix élevé.
La colombine contient, [^>our 100 parties :
Azote 3,93
Acide phosphorique 1,67
Phosphate de chaux 3,63 (1).
Sebakh. — L'emplacement des villes et des villages abandonnés, dont le nom est souvent même oublié, est marqué par des monticules plus ou moins considérables, formés de toutes sortes de débris et surtout de matières animales que le fellah met à contribution pour amender ses terres. Les matériaux qui ont concouru à la formation de ces buttes, fusionnés par le temps, sont criblés et fournissent des engrais qui varient suivant les localités ; le plus commun est celui qui contient pour 100 parties :
Azote 0,88
Acide phosphorique 0,27
Phosphate de chaux 2,75
Potasse et soude 2,25 (2).
Le fellah transporte le sebakh à dos d'âne ou de chameau, parfois à de très longues distances, et le répand à la surface de son champ. II ne peut s'en procurer que des quantités restreintes, par suite de la rareté et de Téloignement des gisements.
Fumier, — L'Egypte manque totalement de combustible minéral et le bois y est extrêmement rare et cher. Les indigènes y suppléent en brûlant, après les avoir fait sécher, les déjections de leurs bêtes de somme et de leurs bestiaux. Ils se privent ainsi de précieux éléments de reconstitution que la culture recueille ailleurs avec tant de soin. La terre ne reçoit d'autre fumier que celui que les animaux de ferme
(1) et (2) Analyses de Gaslinei-Bey.
y abandonnent lorsqu'ils sont mis au vert et encore ces derniers consomment sur pied la production due à cette fumure, car le bersim, ou trèfle, leur sert de nourriture exclusive, pendant plusieurs mois chaque année.
Vase provenant du curage. — Pendant le bas Nil, les riverains recueillent du limon extrait du curage de certains canaux, le pulvérisent et l'emploient comme le sebakh. Lorsque les produits du curage sont longtemps exposés à Tair, leur composition primitive doit se modifier en vertu des phénomènes de transformation qui ont été exposés plus haut. Quoi qu'il en soit, ces produits ne sont que de faibles fertilisants.
Cendres de végétaux. — Le fellah ne songe guère à tirer parti des cendres provenant de l'emploi du bois de cotonnier et des pailles pour le chauffage de ses machines d'arrosage. Les exceptions sont peu communes, et l'on peut même constater, sur un grand nombre de points, que, faute de débouchés, on laisse pourrir en tas d'énormes quantités de pailles qui, répandues à la surface du sol, lui auraient restitué des proix)rtions considérables d'azote, d'acide phosphorique, de potasse et de chaux. La Daïra-Sanieh seule utilise les cendres de la bagasse, que les générateurs de ses belles usines consomment, à l'exclusion presque complète du charbon, et auxquelles sont joints les déchets de fabrication. Le tout sert de fumure aux champs de cannes (1).
Le sebakh, le fumier, le produit du curage et les cendres des végétaux ne peuvent atténuer que dans une mesure très relative l'action de la culture épuisante du coton ; aussi l'équilibre est-il depuis longtemps rompu et la production de ce textile a-t-elle diminué dans des proportions inquiétantes.
Les éléments enlevés au sol par la culture du coton, pour un rendement par feddan de :
Coton égrené kantars 3.50 soit kilos 2!22
Graines: 2 ardeb8 58/l00">«, soit. ... — 7 » — 445
Bois de cotonnier : 2 charges et demie . — 13.88 — G17
Total . . . kantars 24.38 soit kilos 1.282
sont groupés dans le tableau suivant :
(1) Les feuilles de cannes à sucre sont aussi employées comme engrais par les locataires des terres de la Daïra-Sanieh.
No 37.— ELEMENTS ENLEVÉS AU SOL PAR LA CULTURE DU COTON
Azote
Acide phosphorique
Potasse
Chaux
Magnésie