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EXPLOITATION

En Egypte, le sol est cultivé soit directement par le propriétaire et les siens, soit à l'aide d'ouvriers, soit en association, en tchefllick, en métayage, ou par fermage.

L'exploitation par le propriétaire et sa famille est des plus élémen-

taires ; elle ne comporte évidemment aucune description particulière et Ton comprend qu'elle ne peut être pratiquée que sur des terres de peu d'étendue.

Main-d'œuvre. — Les propriétaires de plus grandes superficies sont forcés de faire appel à la main-d'œuvre.

Dans les grandes exploitations, il est d'usage, utilisant l'expérience acquise au cours de la saison précédente, d'établir un maaddel, ou ' moyenne de prix de revient par feddan et pour chaque genre de culture. Ce prix est sensiblement le même dans la presque totalité du Delta, puisque, quelle que soit la qualité de la terre, le travail est le même pour des produits identiques. On doit cependant tenir compte du voisinage des grands centres où la population agricole, sollieitée par l'appât de salaires plus élevés que lui offrent les travaux urbains, est moins dense que dans l'intérieur, et où l'on ne réunit le nombre nécessaire d'ouvriers des champs qu'en leur accordant une plus forte rémunération.

L'ouvrier de l'intérieur est payé à raison de P. E. 2 et demie par jour; dans les environs du Caire, il exige de 3 à 4 piastres. Les enfants, utilisés en grand nombre pour les travaux des champs, reçoivent, suivant leur âge, depuis une piastre jusqu'à une piastre et demie. Dans le Saïd, le salaire des ouvriers agricoles est de 25 0/0 environ moins élevé que dans le Delta.

Association. — Dans le Saïd, il est de règle presque générale d'associer les ouvriers à l'exploitation. Dans ce cas, on leur accorde:

Pour les semailles 5 » 0/0

Pour la moisson 5» —

Pour le transport des récoltes 2 1/2 —

Pour le battage 1 » —

SoiT 13 1/2 0/0

de la totalité des grains, plus 1 0/0 de la paille.

Dans la Basse-Egypte, la transaction la plus générale consiste à accorder à l'ouvrier le cinquième des récoltes d'été et le quart des récoltes d'automne ou d'hiver.

Tcheflick ou concessions. — Les nécessités de l'agriculture ont engendré en Egypte, tant au point de vue de la mouvance des terres qu'au

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point de vue de la condition {personnelle des paysans, des anomalies semblables à celles qui existaient autrefois dans les contrées occidentales. Méhémet-Ali, voulant féconder d'immenses étendues de terrain, s'inspira d'une coutume turque et érigea à son profit et à celui de ses principaux serviteurs, des tcheflick dont la constitution offre certaines analogies avec les fiefs du moyen âge. Pour attirer les ouvriers dans ces domaines, il construisit des habitations et donna, mais à titre précaire, à chaque ouvrier qui se présenta, une parcelle de terre variant d'un à trois feddans, suivant la nature du sol et les besoins de sa famille; d'un autre côté, par le seul fait de leur présence dans un tcheflick, les ouvriers se trouvèrent exemptés de la corvée et du service militaire. En échange de tous ces avantages, ceux-ci, auxquels on donna le nom de tamalliehs^ c'est-à-dire d'ouvriers permanents du Domaine, furent obligés de travailler exclusivement pour le tcheflick.

Bien qu'on leur laissât, pendant des années successives, la terre qu'ils cultivaient, ils n'avaient aucun des droits d'un tenancier européen et encore moins aucun droit de |X)ssession. Si, pour une raison quelconque, le propriétaire avait l)esoin de la terre, il la prenait et en donnait l'équivalent au paysan sur un autre [K)int du Domaine. La concession était, d'ailleurs, faite non seulement à titre précaire, mais aussi à titre onéreux : le concessionnaire était tenu de payer au propriétaire une redevance, la plu[)art du temps égale à l'imjKit dont étaient frappées les terres du gouvernement; quelquefois, on exigeait de lui un lég;er fermage.

Il n'existe plus de tamalliehs que sur les terres appartenant aux grandes administrations de l'État et, depuis plusieurs années, le tamallieh est libre; il peut quitter, quand il veut, le sol qu'il travaille et s'établir où l)on lui semble. Il n'a rien à payer au gouvernement; on lui demande, il est vrai, une redevance de P. E. 90 à 100, mais en échange on lui donne des terres et un s(daire journalier qui avSsurent son pain et celui de sa famille; s'il est maintenant astreint au service militaire, il est exempt de la corvée, le détenteur du sol payant à l'État une sonnne dont le tamallieh ne rembourse que la moitié.

Métayage, — Ce mode d'amodiation du sol est peu profitable au propriétaire; il exige un nombreux personnel pour la surveillance des produits; il tend à disparaître des administrations gouvernemen-

taies qui préfèrent louer leurs terres à prix d'argent, et n'est presque plus en usage dans les exploitations privées.

Fermages. — L'affermage des terres est le mode le plus l'énmnératcur d'exploitation que l'on puisse pratiquer en Egypte, lorsque toutefois les locataires sont solvables et de bonne foi.

Les terres se louent, soit pour culture spéciale, soit à l'année ou pour toute la durée d'une rotation, c'est-à-dire pour une période qui varie suivant que les terres louées sont cultivées en cannes à sucre, en céréales ou en coton et céréales.

La location pour culture spéciale comprend les cultures intercalaires comme le maïs, lebersim, etc., etc., qui sont faites en automne, au moment de la crue du Nil, et n'occupent la terre que pendant quelques mois. Dans ce cas, le prix de location varie entre 30 et 40 piastres.

Dans le Saïd et dans la région des bassins, le prix annuel de location est de P. E. 100 par feddan, plus l'impôt pour les terres de bonne qualité. Pour les terrains à cannes, le prix du fermage est fixé d'après la valeur du produit et varie entre P. E. 350 et P. E. 450 le feddan.

Dans la Basse-Egypte, le prix moyen de location est de P. E. 140 à P. E. 150; l'impôt est à la charge des propriétaires.

Ces prix ne sont relatifs qu'aux terrains de qualité moyenne; il en est qui sont loués à des prix de beaucoup supérieurs et d'autres dont le taux de location est notablement inférieur aux chiffres ci-dessus.

Lorsque la terre est louée pour une durée de trois ans, le locataire s'engage à ne faire sur cette même terre qu'une récolte d'été pendant cette période.

Si l'on examine les conditions naturelles et économiques dans lesquelles se trouve l'agriculture en Egypte, on se trouve en présence d'une situation peu satisfaisante à plusieurs points de vue.

Des trois facteurs de la production : la terre, le capital et le travail, le premier, la terre, se trouve réparti en un grand nombre de mains incapables d'en tirer le meilleur rendement possible. Le capital, lui, est très rare et le fellah n'a pas d'avance; il est trop souvent à la merci des événements et doit, au premier accident, emprunter sur ses récoltes ou sur sa terre, ce qui est plus grave. Le travail, dernier facteur, est à bon marché en raison de la population nombreuse, ignorante et misérable, et bien que, depuis la création des chemins de

fer, les communications soient devenues plus faciles, il ne semble pas que l'ouvrier agricole soit tenté de chercher ailleurs une meilleure rémunération de son laljcur. Attaché au sol de son antique pays et à son fleuve, Thabitant de l'Egypte est un des plus sédentaires du globe; il n'est pas à craindre que la main-d'œuvre enchérisse en Egypte du fait de Témigration. Un excès de dépense de ce chef, aurait, d'ailleurs, un contre-coup fatal sur l'agriculture. L'envahissement des marchés d'Europe par les céréales américaines • et indiennes, l'avilissement de tous les produits agricoles et surtout du sucre et du. coton, le faible rendement des terres et les calamités qui ont assailli l'Egypte depuis 1882 ont profondément compromis sa situation économique et augmenté les chaînes de ses habitants (1). Dans l'état actuel, le sol égyptien peut-il nourrir son propriétaire, subvenir à ses besoins normaux et éventuels, lui permettre de supporter ses charges, de parer aux désastres résultant des crues trop faibles ou trop fortes et des épizooties et de faire face aux crises que traverse l'agriculture à de certaines époques? Ces difi'érentes questions seront successivement examinées en conservant l'ordre adopté dans la division de l'Égj^pte en trois zones agricoles.

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