CÉRÉALES ET CANNE A SUCRE
Céréales. — Dans la région des bassins, on n'emploie généralement pas la charrue, la herse et la houe. Aussitôt que les eaux se sont retirées, c'est-à-dire dans les derniers jours d'octobre ou dans les premiers jours de novembre, les fellahs commencent les semailles. Le blé, l'orge, les fèves et tous les autres produits hivernaux sont semés à la volée, [)ar des hommes et des enfants aux trois quarts nus, dans la lx)ue semi-liquide abandonnée par l'inondation. Les semences sont ensuite recouvertes à l'aide, soit d'un large râteau, en bois, édenté, soit d'une branche de palmier garnie de ses feuilles qu'un ouvrier traîne derrière lui. Cette opération faite, il ne reste
(1) On a vu plus haut que la situation financière de l'Égjpte s'était considérablement améliorée depuis quelques années ; son crédit a suivi la même progression.
plus qu'à laisser agir la nature et attendre l'époque où les récoltes seront arrivées à maturité. Ce genre de culture s'appelle « loc ».
C'est dans l'intervalle qui s'écoule entre les semailles et la récolte que sont réquisitionnés les corvéables qui ne veulent ou ne peuvent se racheter de la prestation; on les laisse toutefois regagner leurs villages quand vient l'époque de la moisson.
Dans quelques localités, les fellahs ont adopté la faux européenne; l'emploi de la faucille est cependant plus général.
A proximité de chaque hameau se trouve un terrain un peu élevé, dont la surface, durcie par un mélange de bouse de vache, est soigneusement nivelée et damée. Ce terrain, propriété communale exempte d'imj)ôt, c'est le « gourn » ou aire, où chaque habitant, à son tour, vient étendre ses récoltes qui y sont foulées par les pieds des animaux attelés à la horag, dont les disques hachent la paille. L'opération du battage des grains est longue et toujours défectueuse; d'autre part, les animaux souillent et consomment une quantité relativement considérable de grains et de paille (1).
Au fur et à mesure que les produits sont battus, on procède à la ventilation du grain : profitant des heures où le vent est le plus fort, les ouvriers, se servant d'une pelle en bois, projettent en l'air le produit du battage, le grain plus lourd retombe sur place et la paille, réduite en fragments menus et légers emportés par le vent, va s'accumuler plus loin.
Les fellahs du Saïd n'observent de rotation que sur les terrains irrigués. Dans les bassins d'inondation, ils donnent, sans s'astreindre à aucune règle, la préférence au blé, à l'orge, aux fèves ou à tout autre produit. Ils ne sont guidés dans leur choix que par leurs besoins immédiats ou la prévision que l'une ou l'autre de ces récoltes est susceptible d'atteindre le prix le plus élevé après la prochaine moisson.
Tels sont, dans leur simplicité, les travaux agricoles auxquels se livrent les habitants de la Haute et de la Moyenne-Egypte. Ensuite, ils doivent procéder à la clôture de leurs bassins d'inondation pour attendre et recueillir les eaux de la crue suivante. Ceci terminé, ils sont parfois de nouveau réquisitionnés pour l'exécution d'autres travaux d'utilité publique et transportés même jusque dans le Delta. On peut conclure que le Saïdien est occupé, soit par l'État,
(1) Les blés d'Egypte ont une odeur sut generis, qui les rend impropres à faire de la farine pour la panification.
NIL, SOUDAN, ÉCiYPTE
soit pour son propre compte, i>endant six mois de l'aniK^^e seulement. Les plus pauvres se déplacent j)endant les six autres mois et vont exécuter les ('uni{i:es des canaux confiés à l'industrie privée par le Ministère d(»s Travaux publics; d'autres attendent dans le far niente que le Nil ait une fois de plus fécondé leur terre.
C'est sans doute par suite des chôniîifjjes que lui impose cet état de choses que le Saïdien est moins travailleur et i)lus pillard que son congénère du Delta. La révolte d'Arabi et les désordres qui l'ont accompagnée ont dispersé dans toute l'Egypte des armes et des munitions de guerre, dangereux instruments dans les mains d'une population pauvre, ignorante et trop souvent oisive. Aussi le nombre des rôdeurs s'était considérablement accru, dans ces dernières années, dans la Haute et la Moyenne-Egypte, où l'on ne pouvait voyager de nuit sans une escorte bien armée. Ému de cette situation, le gouvernement avait institué des cours martiales dites « Commissions pour la répression du brigandage » dont les arrêts étaient sans appel. Ces cours martiales, actuellement dissoutes, sont remplacées par des tribunaux siégeant dans tous les chefs-lieux de province (1).