‹ De l'équateur à la Méditerranée;Chapitre 9 sur 197 · US 2.00 I.7S · texte numérisé non relu

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où il est rencontré par deux grands affluents, le Bahr-el-Ziraf et le Bahr-el-GhazaI (1): le premier est une dérivation du Nil qui retourne au fleuve après s'être aiifîmentée des apports de divers torrents; le second vient de l'Ouest et coule periiendiculaircmenl k l'artère maltresse; il est lui-même rejoint par un important cours d'eau, le Famikou ou lî)ihr-el-Arab qui draine l'extrémité sud du Darfour. Une multitude d'auti-es aiïluents viennent également se jeter dans le Nil dans ces régions et, ne pouvant s'écouler assez rapidement faute de pente, ils débordent et forment des marais couvrant une étendue de plus de 100,000 kilomètres carrés.

(1) Hivièrcs «les girufcs cl îles gazelles.

A {)artir de l'embouchure du BahiMîl-Ghazal, le JVil qui, jusque-là, se dirigeait au Nord-Ouest, tourne tout à fait à l'Est par un coude brusque et ne revient au Nord qu'au-dessous du confluent du Saubal; aussi, entre ces deux |K3inLs, la [jenle est-elle presque nulle; le fleuve forme même au-dessous du Bahr-el-Gliazal une es|K?ce d(» lac dont rétendue varie suivant les saisons.

Le Saul>at, dernier alfluent du Nil blanc, se jeltcî dans le fleuve à 200 kilomètres de remlxDuchure du Bahr-el-Ghazal. Il sort des versant Sud des montagnes de l'Abyssinie et du pays des Gallas et suit une direction Nord-Ouest à travei»s de hautes j)laines mamelonnées. Le bassin de cette grande rivière, dont le cours complet n'est pas encore bien connu, est, approximativement, de 150,000 kilomètres carrés (1). Elle a[)|X)rte au Nil les pluies qui, dans cette région, tombent de mai à octobre et sont parfois supérieures à la quantité d'eau déversée dans le ti*onc principal j)ar l'Albert-Nyanza. Mesuré le 20 juin 1862, à 120 kilomètres de son confluent, le débit du Saubat a été trouvé su|)éi*ieur à 1,000 mètres cubes par seconde, avec une profondeur de 8 mètn?s. Après la saison pluvieuse, sans s'assécher complètement, ce gi*and tribu t^iire du Nil cesse d'être navigable.

Ce groupement d'un aussi grand nombre d'affluents sur un espace de 200 kilomètres seulement avait attiré l'attention de Lombardini. Dans son Essai sur Vhydrologie du Nily cet auteur fait ressortir qu'il a dû exister autrefois^, sur ce point, un lac depuis longtemps comblé par les alluvions apportées des régions montagneuses. L'exhaussement progressif du fond, refoulant les eaux des affluents dans une progression toujours croissante, aurait contribué à l'extension des marais qui forment un vaste foyer d'insalubrité dès que les i)luies ont cessé. Le lac Nau, ou Birket-el-Ghazal, dont les limites se déplacent constamment et n'ont jamais pu être exactement déterminées, serait le dernier vestige de l'ancien grand lac dont l'étendue est occupée par les marais du 9° degré. C'est là que les débris végétaux et les plantes aquatiques transportés par le Nil et ses tributaires viennent agglomérer leurs masses avec celles qui croissent dans les eaux

(1) On suppose que le Saubat prend sa source dans le Basso-Narok, lac qui s'étend du Sud au Nord sur 275 kiiomèlrcs de longueur enli-e le 3r)« et le ;i6« degré de longitude septentrionale. L étendue du Basso-Narok simiiU double de celle de TAIberl- Nyanza»

quasi stagnantes des marais et former avec les tiges de Tambact (1) des îlots flottants capables de transporter les plus grands amphibies : crocodiles ou hipjx)potames. Ces îlots se rapprochent, se soudent et, se transformant en barrages, vont obstruer le Ht même des principales artères et les mille chenaux qui serpentent à travers les marais. Ces barrages empêchent Técx^ulement des eaux, ils ont longtemps opposé des barrières infranchissables aux explorateur^s qui tentaient de s'avancer vers le Sud. En 1874, il fallut une véritable armée de travailleurs, secondée par des bateaux à vapeur, pour détruire celui qui interceptait les comnmnications fluviales entre Khartoum et Gondokoro. En octobre, c'est-à-dire lorsque les pluies ont cessé, ces matières végéto-animales, exposées à l'action du soleil, fermentent et se décomposent; l'air de la région des mai*ais se charge alors de miasmes toujours dangereux et souvent mortels.

Cependant, loi*squ'à la portée du Bahr-el-Cebel, devenue puissante, se joignent les pluies qui tombent de mars à septembre, le niveau des marais s'élève de 0"',80 à 0"S90. Ce flux franchit les obstacles ou aflbuille le fond aunlessous des barrages végétaux et se dirige vers Khartoum animé d'une vélocité de |)lus de 5 kilomètres à l'heure.

Les eaux de TAlbert-Nyanza* conservent leur pureté jusqu'à ce qu'elles se soient mélangées à celles des allluenLs du Nil blanc et qu'elles aient traversé les marais du \)'' degi'é, où la décomposition des végétaux sature la masse liquide dont elle altère la saveur et la limindité. C'est de cette décomposition et de celle des animaux qui vivent et meurent en quantités innombrables dans cet immense réceptacle que se dégage l'acide carbonique existant en excès dans les eaux du fleuve Blanc. Sur le reste de leur parcours, jusqu'à Khartoum, elles sont purgatives et imbuvables.

Ces marais, collecteurs des eaux qui tombent dans la partie Nord du Imssin équatorial du Nil, en emmagasinent des quantités beau-

(1) L'ambact (Herminiera elaphroxilon) se distingue par la légèreté exœptionnelle de son lx)is, si toutefois la substance fongiformc de sa tige mérite d'iHre qualifiée de ligneuse;. 11 atteint 5 à 6 mètres de hauteur et <le C^'/IS à 0°',22 de circonférence. Sa légèreté <st si gninde qu'on la compare à la plume. L'ambact croit avec une grande rapidité dans les replis tmnciui Iles des marais: comme il émet tout simplement ses racines dans l'eau, des buissons tout enliei*s sont facilement entraînés par le vent ou le a)urant. Telle est l'origine des barrières végétales que l'on rencontre sur le Haut-Nil. Les natifs emploient l'ambact iH>ur construire leui^ canots et un grand nombre d'autres objets. (ScHWEiNFuaTi)

coup plus considérables que celles que débile le fleuve au Cjiire, et forment, on vient de le voir, un véritable lac jH^ndant la saison des pluies. Leur action sur le ré}<iine <lu fleuve Blanc, identique à celle du Victoria sur le Sonimerst»t et du lac All>ert sur le l{ahr-el-(iel)el, mais plus puissante, explicpie Textrème lenteur et la régularité avec lesquelles les délx)rdement^ du fleuve ga^^nent rÉf^y|»te.

Le Nil blanc proprement dit est le grand coui^s d'eau formé de toutes les rivièi'es é(|uatoriales, y compris le Bîdir-el-dliîizal et le S<iubat, qui convergent et se réunissent dans les marais du ÎK degré. Il commence en aval du Sauljat el va fornuîr le grand Nil par sii jonction avec le fleuve Bleu, à côté de Khartoum, aprtVs un [larcours de 1,050 kilomètres, pendant lequel il enlace de nond)reux îlols. L(n territoires qui le lx)rdent gardent le même as[>t»ct sur une longutî suite de kilomètres; rarement la désespéraide monotonie do ces contrées est rompue par la vu(^ d'une montagne lointaine ou de quohpie hauteur isolée. La rive droite du fleuve a iX)ur limite d(»s bancs di» sable d'environ 40 mètres de hauteur en général; sur la v\w gaucluî les terrains sont bas; ils sont de formation alluviale sur une» largeur variant entre un et six kilomètres et sont recouv(M*ts |)ar Ivs eaux des crues et |>ar conséquent fertiles. Leur suiH^rlicic» approximative est de 4,000 kilomètres carrés, l^ar suite de leur incurie, les riverains sauvages et clairsemés n'en cultivent (pie de minimes pai-celles dont le produit suflit à peine à leur existence, alors (ju'il serait fticile d'en tirer de quoi nourrir une iK)pulation cent fois plus dense. Os terrains se révèlent par des bouqut^ts de mimosas, d'acacias el de jujubiers. Entièrement plats, ils seraient facilement irrigables, cx)nnne le sont la vallée du Nil et les plaines du Delta. A Tarrière-plan, de molles ondulations révèlent le voisinage du dései't. Celte diflérence frappante entre les deux bords résulte, dit le géogra|)he Schweinfurt, de la direction constante du Nil vers le Nord sur un espace de 30 degrés. Dans ces conditions, au lieu de se déplacei* dans le sens de Taxe du fleuve, suivant un mouvement ptM'manent et uniforme, les molécules liquides sont chassées par la rotation plus rapide* des latitudes méridionales de manière à produii'e l'érosion de la l'ive droite, tandis que le déjuM limoneux s'efl^ectue sur la rive» gauche dont les pentes sont toujours douces conmie celles des plages à marée. Ce j)hénomène a, jwiraît-il, été constaté sur le parcours de plusieurs fleuves (rE.uro|ie ayant une direction identique» à celle du Nil.

Il résulte de quatre-vingt-quatorze observations et sondages relevés de novembre 1876 à janvier 1877 que la largeur moyenne du Nil blanc est de 1,700 mètres. Sur certains points, et notamment un peu au-dessus de Kliartoum où elle atteint 3,000 mèlres, les eaux s'étalant sur les terres plates de la rive gauche, bien au delà du véritable lit, cette laideur est beaucoup plus (considérable. Sa profondeur moyenne est de o'^ïiO, elle augmente d'environ 2 mètres loi^sque la crue est arrivée à sa cote maxima. Mars est le mois où, dans ses deux branches, le Nil est à Tétiage, et se|)tembre, celui où son nive^iu est le plus élevé. Sa crue commence à se faire sentir dans les derniers jours d'avril, elle ne cesse d'augmenter juscpi'en septembre; le fleuve décroît ensuite graduellement jusqu'à s;i œU" la plus kisse, c'est-àdire jusqu'en mars.

Pendant quatre mois de Tannée 1876, il a été constaté que son débit était :

En mars . . de 369 mètres cubes juir seconde En juin ... de l.OriO — —

En septembre de 4.Iiol — —

En dc^ccmbrc de 2.7!2() — . —

Les chiffres ci-dessus diffèrent notablement de ceux indiqués par l'ingénieur français Linant de Bellefonds-Pacha, qui avait trouvé |)Our :

■ %T.i II (A IVliagc 21)7 mètres cubes.

liC Nil blanc I ri i 7 1 i u . - «ux-

( Pendant les plus hautes eaux . . .).ÎH)i —

I \1 bl i *^ letiage 1.7.) —

( Pendant les plus hautes eaux . . 6.104 —

Ces débitas ont peut-être été mesurés pendant un étiage très bas, suivi d'une crue exceptionnelle.

Les quantités d'eau débitées par le Nil blanc à Khartoum sont sensiblement inférieures h celles qui s'échapi^ent des marais. En effet, étant donné que la largeur moyenne du fleuve est de 1,700 mètres et son parcours, de rendx)uchure du Saubat au confluent du Nil bleu, de 1,085 kilomètres, si l'on admet que Tévaporation qui se produit à sa surface soit de 0"»,012, chiffre inférieur à celui adopté par plusieurs auteurs, Lombardini entre autres, les pertes quotidiennes subies par ce fleuve, du seul fait de révai>oration, seraient de 22,13-4,000 mètres cubes.

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