VOYAGES
Les voyages personnels, quand on est doué d’un caractère observateur, quand on est déjà en état de bien observer , et qu’on a enfin la bonne volonté et l’énergie de ne vouloir que cela , seraient un des meilleurs moyens de perfectionnement médical.
Hippocrate, Galien et Celse l’ont fait, ainsi que beaucoup d’autres médecins célèbres de l’antiquité et des temps modernes. Il paraît même que le premier a envoyé non-seulement ses fils voyager dans différentes parties de la Grèce et de l’Europe , mais même son gendre , et jusqu’à ses disciples , avec des instructions pour recueillir des faits dans lesquels le savant vieillard leur recommandait surtout de prendre bien note du mode de terminaison des maladies; mais tout cela est ^ague et incertain.
« Les historiographes d’Hippocrate » , nous dit M. Littré (2), « rapportent qu’il quitta sa patrie et «alla exercer la médecine dans différentes villes de »Ia Thrace. Cela est, à la vérité, concordant avec
(1) M. de Maistre est l’auteur de cette accusation qu’il justifie dans son ouvrage. ( Examen de la philosophie de Bacon. Paris 1856, in-8c.)
(2) Fie d’Hipp. trad. de ses œuvres, tom. i , p. 38.
»les renseignements que fournissent les écrits de ce >• médecin , mais en a été probablement tiré. »
Il semblerait que M. Littré ne veut pas que les inductions tirées des écrits d’Hippocrate lui -même puissent servir à avérer la réalité des voyages que plusieurs biographes sont d’accord à dire qu’il fit; mais cela ne fait rien à mon propos. Ce qui est bien certain d’abord, c’est qu’on trouve dans le traité intitulé Lex, qui est classé par M. Littré lui -môme parmi les traités appartenant à Hippocrate , le paragraphe suivant.
« Ilis igitur ad arlem medicam allatis , cl verâ »ipsius cognitione comparalâ > tandem per urbem » obambulando , non sermone tandem sed et opéré » medicos haberi convenu. » Mais dans l’impossibilité où le plus grand nombre de médecins se trouve de pouvoir voyager, il est clair qu’ils ne peuvent remplir cette lacune de leur éducation médicale qu’en lisant les livres des voyages.
Quel est le physiologiste qui pourra lire , comprendre ou traiter la physiologie , sans avoir au moins quelque connaissance de ces voyages faits dans des pays où les mœurs, où mille autres accidents ou penchants de l’espèce humaine sont si différents de ceux de la contrée qu’on habite ; de ces voyages qui éclairent au moins en partie mille points de l’histoire , si obscure encore , de l’homme depuis son origine. Les anatomistes même ne sau-
raient s’en passer, ce sont des choses trop connues; et les voyageurs les plus remarquables , comme Marco-Polo, Ulloa , Labas, Belloni, Chardin, Coock, Jean-de-Lery , Lesson , etc., sont ou ont été consultés par tout physiologiste qui sait de quoi il s’occupe et voit le besoin d’aller puiser des renseignements indispensables dans les livres des voyages , puisqu’il ne peut pas les avoir autrement.
M. Piorry, dans son excellente thèse du concours d’hygiène , à Paris ( des habitations , etc.) , a fait voir comme en hygiène les voyageurs lui ont été utiles pour les renseignements qu’ils lui ont donnés sur la manière de construire les maisons chez tous les peuples de l’univers.
Les physiciens et les médecins simplement botanistes même ne peuvent pas s’en passer, et , aux uns comme aux autres, les voyages nombreux faits dans ces derniers temps par MM. de Humboldt, Dumont-d’Urville , Spics et Martius, le prince de Newid, M. de Rieuzi et tant d’autres, prouvent la vérité de mon assertion.
Nous avons spécialement besoin , nous Brésiliens, de connaître les voyages médicaux et scientifiques de plusieurs médecins qui ont été en Asie , en Afrique et même en Amérique ; ceux de l’Asie, par l’analogie du climat, un peu des mœurs et aussi des maladies, comme celles du foie, qui régnent aussibien au Bengale qu’à Bahia, etc. Quant à ceux qui
ont fait des observations en Afrique , nous aurions besoin de mieux les connaître pour pouvoir mieux traiter les maladies des Africains qui vivent chez nous , et qui coopèrent en grande partie à la richesse de notre pays. Il ne faut pas rester constamment attaché à cet anglais Lind , qui n’a parlé que des maladies des Européens dans les climats chauds et du scorbut; tandis que Dazille , médecin très-instruit, mort en 1812, qui a beaucoup voyagé dans les Indes-Occidentales et dans l’Amérique, et qui a enfin séjourné pendant trente ans dans les colonies françaises d’Amérique en qualité de médecin du gouvernement, inspecteur-général des hôpitaux, ou comme médecin honoraire à Saint - Domingue , a écrit un des meilleurs, sinon le meilleur ouvrage qui existe sur les maladies des Africains, sous le titre de Observations sur les maladies des nègres, Paris, 1 7 7 G , in- 8°. Il en existe une autre édition.. Dazille a écrit aussi sur les maladies des climats chauds , et particulièrement sur ce terrible tétanos si fréquent chez nous parmi les esclaves insouciants qui vont nu-pieds.
D’autres ont écrit sur ces maladies qui nous intéressent de si près , et je les ferai connaître en temps et lieu et avec plus de loisir.
Le célèbre Frank (Jean-Pierre) a écrit De médias peregrinationibus. In delect. opusc., torn. xi.