PRONOSTIC
Dans la série des faits que nous avons cités, il est facile de voir que trop souvent une terminaison fatale est venue compliquer l'érythème. Dix cas de morts sur soixante-dix observations recueillies par Lewin, un cas sur trois rapportés par Trousseau, un autre dans nos observations, n'est-ce pas là une proportion redoutable du côté de la mortalité et peut-on nier après cela la gravité de l'affection? Si Kapozi, Hebra et un certain nombre d’autres auteurs, ont regardé l’érythème exsudatif comme une affection toujours
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bénigne, c’est qu’ils ont méconnu son caractère essentiel, quand il s’accompagnait de localisations graves, et dans ces cas, n’en ont fait qu’un simple phénomène symptomatologique.
Pour beaucoup, en effet, ce n’est pas l'éruption cutanée qui doit être incriminée, mais bien une maladie intercurrente qui est venue non pas compliquer mais se superposer à la maladie primitive.
Trousseau, le premier, a appelé l'attention sur la forme maligne que peut prendre l’érythème polymorphe. Lewin, dans son mémoire, y insiste également beaucoup et Ueffelman décrit une forme grave de la maladie. Réfutant l'opinion de Kapozi, à propos
du pronostic de l’érythème (1), MM. Besnier et Doyon ajoutent : « Nous avons observé plusieurs cas « dans lesquels l'intensité des phénomènes, le degré « des localisations constituaient une affection d'un « pronostic extrêmement ambigu. »
Et d’ailleurs, cette maladie, sans se terminer toujours par la mort, laisse souvent après elle des affections dangereuses qu’elle a provoquées.
M. Teissier, dans un mémoire, publié en 1865. a relaté l'observation d’un peintre en bâtiments, qui à
la suite d’un érythème polymorphe avec délire, contracta une ataxie locomotrice. Quand la fièvre fut passée et quand le malade voulut se lever et marcher, il fut surpris de voir qu’il ne pouvait plus coordonner ses mouvements et qu'il avait perdu la fonction d'équilibration et la station debout. Les exemples d’affec-
({) Loc. cit.
SANTE us tions médullaires se développant après un érythème, ne sont pas rares.
Dans les conséquences indirectes etcomme lésions pouvant être aggravées ou occassionnées par cette affection, nous pouvons citer la tuberculose. Chez les sujets prédisposés, en vertu de son action dépressive, l'érythème précipite le développement des tubercules et par cela même l'issue fatale.
Lewin cite (1) le cas d'une jeune fille qui, après un érythème, toussa, cracha le sang et mourut six semaines après, quand un pneumothorax gauche se fut déclaré. Dans notre symptomatologie, nousavons rapporté plusieurs faits semblables. Ueffelmann a beaucoup insisté également sur l'influence nocive de la fièvre érythémateuse chez les tuberculeux.
Le pronostic est grandement influencé par les conditions individuelles. Les personnes débilitées par une cause quelconque, anémie, syphilis, scrofule, etc., sont particulièrement menacées d'une terminaison fatale.
Ainsi, le pronostic de cette forme d’érythème est en général assez grave, et l’est d'autant plus que la maladie se trouve en présence d’un état constitutionnel plus mauvais.