‹ De l'érythèmeChapitre 18 sur 27 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Urticaire. — Cette éruption peut simuler les formes papuleuse et tuberculeuse de l'érythème polymorphe. Mais on a des élevures à centre blanc et non pas des papules. De plus, la présence de euisson etde démangaisons violentes, l'apparition brusque et de courte durée des plaques d’urticaire serviront à le différencier de l'érythème, qui est plus indolore et à évolution plus longue. Dans l’urticaire d'ailleurs, les lésions du début restent les mêmes, sans passer à l'état de bulles ni de pustules.

Purpura. — La pression ne fait pas disparaître la rougeur comme dans l’érythème.

Herpès généralisé fébrile. — Cette affection, que. les travauxde Parrot et de Coutagne (1) ont mis en évidence depuis quelques années, a une évolution qui rappelle celle de l'érythème fébrile.

Précédée par une période prodromique, l’éruption se fait par poussées successives, qu'accompagne une

(1) Goutagne, De l'Herpès généralisé fébrile. Thèse de Paris, 1874.

fièvre à type rémittant ou intermittent. Toutefois, le début est plus brusque que dans l’érythème fébrile.

Le malade est pris soudain d’un malaise énorme, dit Lasègue (1), en parlant del’herpès. L’éruption ne prèsente pas le polymorphisme de l’érythème et les papules du début sur lesquelles s’élèveront les vésieules de l’herpès, sont très petites, peu saïllantes. De plus, on observe rarement des poussées herpétiques du côté des membres, surtout du côté des membres inférieurs. Leur siège ordinaire est la bouche, le thorax, les organes génitaux.

Herpès Zoster. — Bien que quelques auteurs, Neumann entre autres, aient voulu faire du zona un développement plus avancé de l’érythème polymorphe, on séparera ces deux affections.

Le siège du zona est ordinairement le trajet d’un nerf. Le plus souvent unilatérale, en forme de demicércle, quand elle se trouve sur le tronc, l’éruption est précédée de douleurs névralgiques très violentes qui cessent quand l’exanthème apparaît pour revenir à la fin de la maladie et persiter quelquefois très longtemps.

Il est une variété d'herpès que l’on a décrite sous le nom d'herpésiris, et que l’on regarde aujourd’hui comme absolument semblable à l’érythème iris. Toutefois, il ne faudra pas confondre cette forme avec l'herpès iris parasitaire de Bazin.

Dans l’érythèmeiris, l'éruption se fait plus simultanément sur les mains, la face, ete., dans lherpès

(1) Traité des angines, Lasègue.

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parasilaire un groupe apparaît d'abord, puis succes-

sivement à espaces plus longs, d'autres groupes se forment, la germination du parasite nécessitant un certain temps. D'ailleurs, le microscope pourra aisément trancher la question.

Hydroa vésiculeux. — L'hydroa a des liens étroits de parenté avec l’érythème multiforme.«Bien des fois, en observant la marche des deux éruptions, il m'a semblé qu'elles n’en faisaient qu'un, dit Dubring »(1).

Après avoir avoué que nombre d'auteurs ont confondu cette forme d'hydroa avec l'érythème papuleux, Bazin rattache l'herpès iris à l'hydroa vésiculeux. On en a vu que l’herpès iris n’est autre chose que l’érythème iris, modalité de l’érythème polymorphe.

Des vésicules ombiliquées, dont le contenu devient trouble ensuite et qui laissent une cicatrice déprimée, différencieront l’hydroa vacciniforme de l'érythème.

L'hydroa bulleux a moins de tendance à la généralisation, des phénomènes généraux moins considérables que l’érythème. Alors que ce dernier exanthème est en général mdolore, l’hydroa bulleux est précédé d’un prurit intense.

Ecséma acutum universale d'Hebra.. — Cette affection qui débute par des phénomènes généraux assez semblables à ceux de l’érythème, s’en distingue par des vésicules très petites groupées sur un fond érythémateux, vésicules qui ne tardent pas à se

(1) Traité des Maladies de la Peau, Dee

ré

/ — 69 — transformer en pustules. L'éruption a un caractère très éphèmère.

Pemphiqus aigu. — Le Pemphigus aigu fébrile avec l'état bulleux de l’éruption, son développément par poussées successives, sa marche, les phénomènes de réaction qui l’accompagnent, son pronostic toujours assez grave peut simuler la forme bulleuse de l’érythème. Les rapports sont tellement grands qu’un certain nombre d'auteurs rattachent à l’érythème polymorphe, des faits où le pemphigus pourait être admis. M. Hardy dit à ce propos (1) : « Je ne voudrais «pas mer l'existence de cette forme, mais elle est «rare et le plus ordinairement le pemphigus, affec- «tant la marche aiguë, se présente en même temps « que les taches exanthématiques assez saillantes de « l’érythème papuleux ; de sorte que, si je consultais «mes observations, je serais très porté à admettre «que le pemphigus aigu n'est qu'une variété de «fièvre éruptive, désignée sous le nom d'érythème «papuleux, papulo-tuberculeux, herpès iris. »

Maus il est des cas où l’on ne peut nier l'existence du pemphigus aigu et le confondre avec une autre affection. Quand dans le cours tout entier de l'éruption, on ne voit apparaître que des bulles sans aucune autre manifestation cutanée de nature érythémateuse, telles que papules, tubercules ; quand de plus, au lieu de l’auréole inflammatoire large qui entoure les bulles de l’érythème, il n'existe qu'un léger liseré rougeâtre on peut affirmer la présence du pemphigus.

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, t. 26, p. 462.

Fièvre typhoïde. — Quand on se trouve en présence d’un malade qui, bien portant, il y a quelques jours, perd subitement l’appétit, devient courbaturé, abattu avec une langue saburrale, une céphalée assez forte, on se demande si l’on n'a pas devant soi une fièvre typhoïde et le diagnostic reste douteux pendant quelques jours. Cependant, on exclura la dothienenterie en ne constatant pas la marche ascendante de la température, la chaleur à la peau et le gargouillement iliaque. L’éruption ne tardera pas d’ailleurs à dissiper tous les doutes.

Roséole. — On ne confondra pas les petites plaques de la roséole très légèrement élevées au-dessus de la peau, très fugaces, ne durant pas plus d’un jour ou deux, avec les lésions plus constantes de l’érythème. La roséole peut présenter des phénomènes généraux, mais ils sont légers et fugaces.

Rougeole. — Des taches plus petites et plus disséminées, la coexistence d’une bronchite avec crachats nummulaires et catarrhe oculo-nasal dont le début a lieu à la période prodromique, distingueront la rougeole de l’érythème. Le diagnostic sera pleinement confirmé quand on aura vu l’éruption se faire en bloc, être achevée après trente-six heures et constaté la rémission thermale typique du troisième jour.

Variole. — Chez des malades affectés d'érythème exsudatif des efflorescences pustuleuses peuvent se produire sur les portions érythémateuses avec une confluence assez grande pour que la confusion devienne facile avec la variole vraie. Aussi, Lewin ditil, que l’on peut peut-être rapprocher de l’érythème

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exsudatif une partie de ces cas qui ont été décrits comme des varioles à éruption irrégulière.

Appelé pour la première fois en plein cours de la maladie, le médecin évitera une erreur en s’entourant de renseignements etdevinera l’érythème polymorphé après avoir appris que l’éruption, au lieu de s'être produite en bloc et avoir été complète après vingtquatre ou trente-six heures, s’est faite par poussées successives. D'ailleurs, en examinant bien la malade, il pourra, au milieu des pustules, découvrir quelques plaques érythémateuses, quelques papules, quelques tubercules commençant seulement leur évolution.

Scarlatine. — L'élévation de température se fait bien plus rapidement dans la scarlatine, et l’éruption se produit par larges plaques framboisées. En même temps, on constate l'apparition d'une angine particulière. Mais, dans certains cas, l’exanthème scarlatineux est compliqué de petits foyers d’exsudation cutanée, qui lui donnent une apparence papuleuse (scarlatina papulosa). C’est alors que l’angine du début, la rougeur framboisée et la marche rapide de l'éruption servent à séparer la scarlatime de l'érythème. D'ailleurs, la desquamation est furfuracée dans cette dernière affection, tandis qu'elle se fait par larges plaques dans la scarlatine.

Erysipèle. — Par les symptômes qu'il détermine, l'érysipèle offre beaucoup d’analogie avec l'érythème à forme grave. On les distinguera parles caractères de l’éruption.

Dansl’érysipèle, les plaques quel’on peut confondre

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avec les taches de l’érythème au début, sont moins régulièrement arrondies, présentent un bourrelet du côté où elles vont s'étendre et s’agrandissent bien plus vite en larges nappes. Les adénites sont nombreuses et la desquamation au lieu d’être furfuracée, comme dans l’érythème, se fait par larges plaques, particulièrement aux mains et aux pieds.

Erythème noueux. — Doit-on distinguer l'érythème noueux de l’érythème polymorphe, ou faut-il ne faire de la première affection qu’une forme de la deuxième, ainsi que le veulent un certain nombre d'auteurs? Pouvant se généraliser sur le corps tout entier, procéder par poussées successives, s’accompagner de phénomènes fébriles, l’érythème noueux présente des nodosités proéminentes, plus dures, à siège plus profond que les papules de l’érythème multiformes, nodosités se montrant surtout aux membres inférieurs, le long de la crète du tibia.

Mais il est à remarquer que les nouures siégeant sur les parties supérieures du corps, quand l’éruption est généralisée, sont moins proéminantes, moins étendues et se rapprochent tellement de la papule ou du tubercule, que souvent on ne peut les distinguer.

Trousseau, qui sépare l’exanthème noueux de l’éxanthème papuleux, avoue que l'on n'observe Jamais d’érythème noueux sans papules assez nombreuses, de même que l’on rencontre de véritables nouures dans l’érythème papuleux.

Les observations qu'il cite (4) sont un exemple

(4) Cliniques, vol. 1, p.228;

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frappant de la réunion de ces deux éruptions de l’érythème papulo-noueux, comme l'ont appelé certains dermatologistes. « Autant sont vagues les différences autant sont frappanteslesressemblances», dit Revillout, en parlant des deux exanthèmes (1).

Pour Kaposi, l’'érythème noueux est une variété de l’érythème multiforme. Il n’est rien d’aussi ordinaire, d’après lui, que de voir l’érythème assez plat aux membres supérieurs, devenir noueux dans la région tibiale. Cette opinion, partagée par MM. Besnier et Doyon (2), a été très énergiquement soutenue par Lewin (3).

Par contre, Bazin, Hebra, Neumann, pour n’en citer qu'un petit nombre, séparent les deux exanthèmes.

En face du désaccord d’observateurs aussi compétents, il ne nous est pas permis de conclure d'une manière formelle. Toutefois, nous ferons remarquer que, dans le premier cas d’érythème polymorphe (obs. 1) que nous avons cité, on trouve des nouures aux membres inférieurs; dansl’observationni,certaines papules reposant sur une base large, mdurée, rappellent l’érythème noueux. Et il ne nous serait pas difficile de multiplier ces exemples d’érythèmes papulo-noueux.

Il nous reste maintenant à parler de deux maladies cutanées que l’on a voulu (Æhme, Gall) confondre avec l’érythème polymorphe : ce sont la pellagre et

(4) Gazette des hôpitaux, 1874.

(2) Kaposi, notes de la traduction, p. 230.

(3) Loc. cit.

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l’acrodynie. Maladie endémique et constitutionnelle, caractérisée par une inflammation de la peau érythémateuse et squameuse, accompagnée de troubles digestifs, de phénomènes cérébro-spinaux, la pellagre est due à l’alimentation par le maïs altéré, s'ajoutant à une extrême pauvreté et à la mauvaise qualité des eaux. L’éruption occupe de préférence la surface dorsale des mains et des pieds, des vésicules, des pustules et même des bulles peuvent se développer comme dans l’érythème polymorphe. Mais cette dernière affection a une marche aiguë, tandis que la pellagre est chronique avec atténuation en hiver et au printemps. L’acrodynie, causée par l'usage du froment altéré, se présente avec des phénomènes et une marche assez semblable à la pellagre, et pour les mêmes raisons ne doit pas être confondue avec l’érythème multiforme.

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