OBSERVATION VI
(Personnelle)
Marie Fougère, née à Lyon, ménagère, âgée de 29 ans, entrée à l'Hôtel-Dieu, le 20 juin 1883.
Elle n'a aucun antécédent héréditaire, ni rhumatismal. Réglée ‘depuis l’âge de 14 ans, elle a toujours eu une menstruation régulière. Il y a cinq mois, elle a eu la fièvre typhoïde et, deux mois après, l'enfant qu'elle allaitait eut une rougeole qui dura trois semaines.
Elle-même prit froid, il y a quinze jours, après s'être beaucoup fatiguée pendant toute une journée. Elle éprouva plusieurs petits frissons répétés, elle eut de la difficuité dans la déglutition, en même temps du coryza, de la céphalalgie, de l'anorexie, un peu de fièvre et presque pas de toux.
Après quatre ou cinq jours passés dans cet état, la malade vit apparaître sur le cou et sur l'épaule droite des plaques
rosées un peu saillantes de la largeur d’une pièce de vingt centimes. Faible et abattue, cette femme a de la fièvre tous les soirs.
L'avant-veille de son entrée à l'hôpital, le 18 juin, une éruption de papules se forme sur le dos des pieds et des mains, ainsi que sur les deux avant-bras, principalement du côté de l'extension.
Le 19 juin, apparition de douleurs articulaires aux deux poignets, aux articulations tibio-tarsiennes, aux deux épaules. La douleur est toutefois plus violente à l'épaule droite, où s’est fait une poussée érythémateuse, qu'à l'épaule gauche.
La malade rentre à l'Hôtel-Dieu, salle St-Roch, n° 18. A ce moment, on observe sur Îe cou et sur l'épaule droite une éruption de papules assez confluentes. A côté des papules rosées, dont quelques-unes ont la dimension d'une pièce de cinquante centimes, on remarque des taches pigmentaires jaunètres, indice de papules ayant déjà disparu. Cette éruption n'occasionne ni prurit, ni démangeaison. Sur le dos des mains et sur les poignets, on voit une éruption assez semblable à celle du cou. Quelques papules sont larges, quelques autres sont plus petites. Au niveau de ces plaques, la peau épaissie, œdématiée est douleureuse. Les avant-bras sont recouverts également de papules.
La face dorsale des pieds ne présente plus que des taches pigmentaires jaunâtres, et une légère desquamation furfuracée.
Le reste du corps est indemne. La malade est pâle, abattue, elle éprouvede violents maux de tête et n'a pas d'appétit. Le pouls marque 105 et la température 38°5.
Les articulations tibio-tarsiennes, les articulations du poignet, du coude et de l'épaule sont le siège d’une fluxion douloureuse.
On n’observe rien du côté du cœur et des poumons.
Rien dans les urines.
On donne de l’alcoolature d’aconit à la dose de douze gouttes dans une potion et 3 grammes de salicylate de soude.
tohree
L'état général n’est pas amélioré sensiblement. La malade, très abattue, se plaint d'insomnie. Le thermomètre indique toujours un peu de fièvre, surtout le soir ; toutefois, il ne dépasse pas 39°.
Le 1‘ juillet, les douleurs articulaires sont toujours assez fortes dans les poignets et dans l'épaule droite. L’éruption n’a pas diminué si ce n'est sur les avant-bras. La malade éprouve des nausées, mais sans vomissement, elle est toujours profondément abattue. La céphalalgie et l’anorexie continuent.
On donne 0 gr. 40 de sulfate de quinine. Le thermomètre
marque 38° à 38° 2 le matin et atteint 39° le soir. - Le 5 juillet, l'éruption semble pâlir sur le cou et sur les poignets. Les plaques sont moins saïllantes, quelques-unes sont recouvertes de petites squames furfuracées. Les douleurs articulaires ont disparu.
Le 9 juillet, la desquamation est achevée sur le cou et sur les avant-bras, on ne voit que des taches pigmentaires. Sur le dos des mains, c’est à peine si l’on rencontre encore une ou deux papules. Toutes les autres ont disparu. La fièvre tombe progressivement à 38° et à 37° 5. Les forces de la malade sont revenues, la céphalalgie a cessé, le visage est plus coloré, seul l'appétit manque encore.
Le 15 juillet, une poussée papuleuse se produit sur les deux jambes le long de la crête du tibia. La malade se plaint de nouveau de céphalalgie et de lassitude extrême. Le thermomètre accuse un mouvement fébrile, 38°,3.
Deux jours après, l'éruption pâlit, la malade se trouve mieux.
Aucune autre poussée ne s’est produite depuis, la malade est en pleine convalescence. Les forces et l'appétit reviennent.