OBSERVATION Î
(Mémoire de M. Teissier.)
Marie Jouinaz, née à Crozey (Ain), entrée à l'Hôtel-Dieu le 30 mai 1882.
Son père est mort d'une affection chronique de poitrine. Pas d’autres antécédents connus à ce sujet. Elle à toujours été d’une santé délicate; l’année dernière, elle a eu une adénite cervicale. Pas d’autres maladies antérieures.
Elle entre dans notre service, salle Saint-Roch, n° 14, pour une éruption cutanée presque généralisée qui date de huit jours. Elle raconte qu'elle à pris froid, quelques jours auparavant, pendant qu’elle avait ses règles. Dès le lendemain, elle sentit un violent mal de tête, puis de l’irritation de la gorge avec gène de la déglutition. Au bout de trois jours, apparition d'une éruption qui conmnence par les jambes, gagne ensuite les membres supérieurs et enfin le cou.
A son entrée à l'hôpital (huitième jour de l’éruption), on observe sur la face antérieure des jambes de larges plaques à bords diffus, d’une coloration rouge livide, coloration qui disparaît sous la pression du doigt. Au niveau de ces plaques, la peau est épaissie, dure, ædématiée, douloureuse ; sur les membres supérieurs, sur le cou et les régions mastoïdiennes, l’éruption diffère beaucoup de la précédente. Sur les bras, elle est constituée par des papules assez volumineuses, grandes comme une pièce de un, deux et cinq francs
ces
en argent. rouges et entourées d'un cercle également rouge.
En plusieurs endroits, ces papules se réunissent pour constituer de grandes plaques irrégulières parsemées de papules plus proéminentes, grandes comme des lentilles dont le sommet est moins coloré que la base.
Au cou et derrière les oreilles, l'éruption est disposée en plaques rondes ou ovales très bien délimitées. Le bord de ces plaques est saillant, tandis que le fond, déprimé, est garni de petites vésicules et présente une peau saine comme dans l'herpès cireiné.
En même temps, la malade a un peu de conjonctivite oculo-palpébrale, et l’on voit sur les globes oculaires deux petits ptérygions.
L’éruption s'accompagne d'un prurit assez marqué, mais qui incommode peu la malade. La langue est saburrale, il y a de l’inappétence, le fond du gosier est rouge, il ya un léger mouvement fébrile: la température rectale marque 386; l'urine renferme des traces d'albumine peu considérables. On ne constate rien aux poumons ni au cœur.
A partir de ce moment, l’éruption présente chaque jour de petites poussées nouvelles, avec élévation de la température à 40° le soir, et une rémission matinale de plusieurs dixièmes de degré.
En raison des exacerbations de la température et des exacerbations fébriles du soir, j'ai administré 50 centigrammes de sulfate de quinine par jour avec de la tisane délayante, du bouillon, du lait, et une potion calmante pour la nuit.
Malgré l'administration de la quinine continuée pendant douze jours, tantôt par la bouche, tantôt par lavements, la température se maintiont entre 39° et 40°, présentant seulement trois fois ung rémission au-dessous de 39°.
En même temps, l'érythème continue sa marche, et, au fur et à mesure, quelques plaques pâlissent et se résolvent ; d'autres apparaissent, présentant toujours les caractères de l’érythème polymorphe.
En présence de la persistance des symptômes et en raison
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des relations qui peuvent exister entre le rhumatisme articulaire et l'érythème papuleux, je crus devoir recourir à l’administration du salicylate de soude à la dose de 3 et 4 grammes par Jour. Ce médicament, continué pendant quatre Jours, réussit encore moins bien que la quinine; le thermomètre marque 40°2 le second jour et ne s’abaisse pas audessous de 39°3.
Je crus alors devoir reprendre la quinine à la dose de 50 cent. et j'obtins des rémissions matinales de 2°. Le tracé thermométrique devient alors semblable à celui de la fièvre intermittente. Le médicament fut encore continué pendant dix jours, durant lesquels l'éruption ne cessa de présenter de nouvelles poussées ; en mème temps la malade devenait très faible, très pâle, profondément anémique, ne mangeant rien, dormant très peu.
Vers le 24° jour, j'essayai l'administration de l’eau de laurier-cerise qui ne produisit aucun effet favorable ni sous le rapport du sommeil, ni sous le rapport de la fièvre.
Le 30° jour environ, une fluxion très douloureuse de la hanche se manifesta. Pour la calmer, j'eus encore recours au salicylate de soude qui triompha de la douleur, mais qui ne modifia en rien la marche de l’érythème, ni le mouvement fébrile.
La fluxion articulaire passée, il me fallut revenir pour la troisième fois au sulfate de quinine qui fut encore continué du trente-cinquième au quarante-cinquième jour, à la dose de 10 à 50 centigrammes.
Cette fois, nous eûmes la satisfaction de voir la fièvre tomber progressivement à 39°,5, 39°, 38°,5, 38°, 37°,5
Enfin, le 8 juillet, les forces et l'appétit étant revenus, le visage est plus coloré et la malade demande à sortir de l'Hôtel-Dieu. e
Cependant, elle n'est pas encore complètement guérie, depuis trois jours elle éprouve un point douloureux vers la région mammaire gauche et un peu d’essoufflement.
La percussion permet de constater un peu d’obscurité res-
SEAT EU piratoire et un léger souffle à l'expiration. Il parait s'être produit un léger épanchement pleurétique.
Je cherche à retenir la malade encore pendant quelques jours à l'hôpital, mais des circonstances particulières la forcent à rentrer dans sa famille et je suis obligé de la laisser partir à mon grand regret.