‹ De l'esclavage dans les colonies: pour servir d'introduction a L'histoire de (volume 2)Chapitre 2 sur 5 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

DEZOBRV, K. MAGDELEINE ET C", Mlt.-EDITELR&

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L'esclavage, tel que l'antiquité l'avait produit, tel que les temps modernes l'ont va reaaître , est enfin remis en discussion parmi nous, et fidée.de l'abolir a passé de la théorie à l'appUcaiion; c'est nnc question qui n'est plus seulement à débattre parmi les philosophes, mais à résoudre par les législateurs.

Il semble que pour la traucber il ne soit pas nécessaire de la reprendre de bien haut. ï^a simple raison parle un langage clair, et devant te "sentiment public, si fortement prononcé, l'esclavage compte de nos jours peu de partisans assez hardis pour essayer de le défendre en lui-même , et revendiquer encore le monopole du libéralisme par ce motif qu'en maintenant la servitude, seuls

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H INTRODUCTION

ik établissent la liberté... a conb'ario'. Oo préfère généralement laisser le droit pour le fait; on renonce à la pbilosopbie pour se rejeter dans Tbistoire; on compte retrouver dans ses ombres des arguments que les lumières de notre civilisation repoussent, et l'on ne se eroit pas condamné au silence, quand on a, pour combattre la voix unanime de l'âge présent, l'autorité des temps anciens. 11 n'est donc pas superflu de suivre sur ce terrain les défenseurs de l'esclavage. Ils s'y sont jetés, il faut le dire, un peu à la légère et parce que le terrain moderne leur manquait. Mais ils s'y sont établis avec une assurance capable de désarmer les plus intrépides, et plusieurs y verraient d'ailleurs un moyeu d'accorder à leur défaite une honorable capitulation. Qu'est-ce, en effet, que cette affaire de l'esclavage aujourd'hui? Une question pratique. II né s'agit point de palmes académiques à recueillir, mais d'hommes k rendre à la liberté; et devant de pareils intérêts, qui ne ferait volontiers le sacrifice de son amour-propre? On consentirait donc de bon cœur & n'avoir raisou qu'à d^ni, et on accepterait saus plus de débats une transactioa qui , laissant à l'esclavage l'honneur du passé , réserverait à la liberté le domaine de l'avenir.

' Lettre de H. Granier de Càs&agnac au Journal des Débais Avec la réponse très^sens^ du joartulf >3 juillet i84>. '

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INTRODUCTION. m

Qu'qq y prenne garde pourtant : nos advefssireu ae sont pas hommes à se contenter d'un semblable partage; et cette concession de fait, pour des temps qui ne sont plus, compromettrait, plus qu'on ne le pense, la réalisaticHi du droit que Voa revendique aujourd'hui. Que serfût-ce, en effet, qu'un droit stérile et sans application possible- dans le passé, à ç6té d'un fait qui aurait pour lui l'autorité de la religion et de l'histoire? Et ne pourrait-on pas le Tarder comni^' une chimère, s'il devait, pour se produire dans le monde, donner un démenti à la double action de la Providence et de rbumanité? D'ailleurs, tout en faisant à la liberté la plus large part, si l'esclavage a été bon et nécessaire aux peuples anciens, pourquoi ne le serait-il pas à certains pays et pour certaines races? L'exception une fois admise peut s'imposer encore ; et ainsi, on le voit, cette théorie ne recule vers le passé que pour y trouver les raisons de s'étendre au présent, au moins jusque- dans les limites où elle a intérêt de se maintenir.

Que demandent les défenseurs de l'esclavage?

Ce n'est pas la consécration solennelle du principe sur lequel il repose : ils lussent volontiers aux pbi* lanthropes et aux idéologues le plaisir tout platonique d'une solution conforme à leurs théories généreuses; ils -vantent même comme un progrès salutaire l'établissement de la liberté parmi les peu-

IV INTRODUCTION

pl«s; ils l'exalteot ponr les races européetines où elle domine; ils l'espèrent pour les races africaines d'où elle est éloignée; mais ils prétendent que l'heqre n'en est pas venue encore pour elles, qu'il faut attendre; et leurs théories ont pour but de faire voter l'ajournement de la questioD. Et comment se presserait-OD de conduire ces peuples à la liberté, si l'on admettait leur apologie de l'esclavage !

L'esclavage, par ses origines, par sa nature, par ses effets^ devient une des institutions .bumaiues les plus bénies de Dieu.

Ses origines, on les place dans la famille, et l'esclavage de l'étranger n'est plus qu'une forme bienveillante d'adoption : adoption du pauvre d'abord, ; puis adoption du vaincu. Le pauvre menacé de mourir de faim, le vaincu placé sous le glaive du vainqueur, voient leurs jours conservés et renaissent à une vie nouvelle. C'est le maitre qui la leur a donnée; n'est-il pointjustementappeléjtière t/e^mti/e? et l'asservissement, qu'est-ce autre chose qu'un acte suprême de charité et d'amour?

' L'esclavage ne s'arrête point là : c'est le commencement de ses bienfaits. 11 les étend à la vie et à la postérité même de ces fils d'adoption ; il leur a donné un père , il leur donne un tuteur dans le maitre ; c'est lui qui veille à leur salut, pourvoit à leurs nécessités, et les prot^e comme siens, au milieu d'une société qui refuse de les admettre parrtii

INTRODUCTION, t

ses membres. I/escIavage n'est pas seulement pour eux une tutelle , c'est une éducation. Il leur apprend, même par force, comme il convient à des esprits indociles ou à des races jeunes encore, ta loi sacrée du travail, du travail, source de toute vertu et de ; tout progrès. Il les initie donc à la vie policée , il les achemine vers la civitisUion des maîtres, et leur prépare luie place parmi les hommes libres... potir eux ou pour leurs descendants:

Conservation des race» hwmame», dévgioppen^ent matériel et moral , discipline primitive , apprentia~ sage de la liberté, indispensable noviciat et passage inévitable de labarbarie à la vie policée: voilà les Uti'jes de l'esclavage à la. reconnaissance des hommes '; et s'il faut à ces titres une sanction plus sacrée, on la demandera à la religion. L'esclavage se lit dans la Bible comme établi .par Noé, interprète, nous dit-on, de la volonté divine, aux secondes origines du genre humain, avant la dispersion des races. U y a donc, pour le philanthrope, raison d'humanité, pour le chrétien, raison de dogme : que l'un et l'autre s'inclinent et laissent agir la sagesse de Dieu.

' HH. Granier île Cassaf[tiac, Des classes ouvrières et des classes bourgmses, l^ogage aux JrUUles ; i*elit de Baroacoart , Lettrts à M. le duc de Bro^He et au ministre de ta marine; De laChaitîère, De {affranchissement des esclaves dans les colonies françaises, et les divers Bapportff^U aux cooseils ctAoniaux sur les questions relaiives à l'esclavage.

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Notre respect pour cette double aotorité ne nons permet point cependant d'accepter sans nouvel examen de telles conclusions ; et, pour les réfuter, noua pourrons nous borner souvent à l'exposition pure et simple des raisons dont on les appuie.

Prenons d'abord l'origine de l'esclavage.

Selon M. Granier de Cassagnac, l'esclavage n'a jamais été établi tout d'une pièce : à plus forte raison n'â-t-on pas a réduit en esclavage des hommes primitivement libres et les égaux des autres hommes. " L'esclavage lui paraît u un principe mêlé par Dieu même aux mille principes de la société humaine, d'une nature spontanée et en quelque sorte providentielle. » Et il en voit le commencement " dans le commencement même des familles, dont il faisait partie intégrante , dont il formait une loi naturelle, essentielle, constitutive. « Reste à savoir comment l'idée de famille, qui comprend le rappoM nécessaire de père et de fils, renferme en même temps celui de maître et d'esclave. « Primitivement, dit M. Granier de Cass^oac, l'idée de père et de mailre se confondait entièrement... qui est père est maître absolu. Nous devons dire, ajoute>t-il , ce qui est fort important, qu'il ne suffit pas d'être père selon ta chair, il faut encore

INTRODUCTION. vu

t'être avec de certaines conditions de tradition, de durée, de famille, d'aïetix. Dans Homère, les pères qui sont maîtres sont tous fîls des dieux. » Cette loi de l'esclavage, loi naturelle, essentiellct constitutive de la famille, ne se rapporte donc plus qu'à certaines familles , à celles dont le chef est fils des dieux', cfù^n? Mais quelles sont en t-éaliré ces familles, et quel est le sens de ce mot divin? M Nous l'ignorons , dit M, de Cassagnac : peut-être signiffe-t-il maître, et a-t-ïl été donné aux cheh primitifs des familles précisément parce qu'ils étaient puissants. En l'état où se trouvent les étudei historiques, il y a là quelque chose de mystérieux; mais quelle grande question n'a pas de mystère'?» Ainsi, tout en cherchant dans l'autorité du père l'origine de la puissance du maître, l'auteur est amené à trouver dans la puissance du maître la source de l'autorité paternelle. La déduction peut paraître étrange, mais le fond n'a rien de mystérieux.

Ce pas une fois franchi , à l'aide du mystère , tout devient facile dans la théorie dé l'esclavage. I/esclava{>e n'est plus qu'un fait <■ naturel, primordial, simple, logique «, sans enivrement ponr le maître, sans amertume pour l'esclave, sans vio-

• M. Granier de Cassagoae, Des classes ouvrières et des ctasses bourgeoises, p. 43> 4^) 4^ c' ^'*

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viii INTRODUCTION,

leoce surtout : il sort de la famille et entre tout uaturellemeQt dans la morale des anciens , tirée de l'état de lafamille. « Nous avons trouvé les premiers esclaves qui forent, c'étaieol les enfants '. " Dès lors, toutes les formes d'esclavage ne sont plus que des associations ou des changements de famille. La famille ne fait que ^recevoir et le pauvre qui s'y réfugie, et le débiteur qu'elle y attire, et le vaincu anssi : le vaincu est un enfant sans père,, il en trouve un dans le vainqueur; c'est un homme sans dieu, et les dieux sont les ancêtres des grandes familles. La famille pourra perdre quelqu'un de ses membres à son tour : " le fils vendu, donné, engagé ou perdu par son père, devient le serviteur d'un maître étranger sans que rien change dans son état, et sans qu'il ait quelque chose i regretter ou quelque chose à craindre ; il devient esclave,. d'esclave qu'il était. » Puis la société se forme... «.les faits déjà existants sont constatés, régularisés, saac* tiennes; les mœurs se font lois, les coutumes s'écrivent, l'esclave reste encore esclave; il n'y a rien dans tous ces changements qui doive le blesser et le révolter. La société a'est pour lui que la. continuation de la famille, et les lois n'ajoutent pas une maille au fouet du père I » Et peu après il

' H. Granier de Cassagnac, Des classes ouvrières et t classes bourgeoises , p. 6g.

INTRODUCTION. ix

ajoute : « C'est en suivant le fil de ces idées que nous arrivons à faire comprendre comment dans l'bistoire de tous les peuples il y a toujonra denx races ennemies en présence l'une de l'autre » ' : la race des pères, sans doute, et la race des fils!

L'esclavage, nous le reconnaissons ici , et la preuve en sera dans notre ouvrage, existaità pre» que tous les âge» et cbez, presque tous lea peuples de l'antiquité. C'est donc un fait à peu près général parmi les hommes j mais est-ce pour cela on fait nécessaire; est-ce une loi de la nature des hommes, nne phase que la Providence ait nécessairement marquée an développement de rhumanité? It n'y a ^tre ce principe et cette conclusion aucun lien réel. Ce serait singulièrement compror mettre les idées morales que de les faire dépendre de l'état de la famille à telle époque donnée ; ce serait fausser la philosophie de l'histoire que de voir .une loi nécessaire dans toute <^03e générale; car alors les ordres de faits les plus divers se trouveraient confondus, et on risquerait de rapporter aux principes constitutifs de la nature de l'homme les actes libres de sa volonté.

Non, l'esclavage n'est pas une loi de l'humanité, nne condition fatale de son développement. Rien

' M. Granier de Cassagnac , Des dm classes bourgeoises, p. gi et ^liv.

X INTRODUCTION

dans le domaine de la raison, ni dans les traditions religieuses, n'autorise à en rejeter le principe de rbomme à la Providence, qui, pour le tolérer, ne l'approuve pas nécessairement. L'esclavage est un fait ancien, un fait général, mais pas plus ancien que le mal, pas plus général que les vices répandus par tout le mAnde, de cette source altérée du genre bumain. Pour en expliquer l'anciennelé, la généralité parmi les hommes, il suffit donc de cette dégradation du libre arbitre, et vous chercheriez en vain parmi les traditions sacrées ime autre source à Tesclavage. Quand Dieu prononce le châtiment de notre premier père, il le condamne à travailler, non à servir. La liberté, telle est donc notre nature; le travail, "telle est notre condition dans cette vie, désormais mélangée de bien et de mal, de joies et de misères; et le souvenir de cette double destinée est resté parmi les rêves de -l'âge d'or, dans toutes les traditions des peuples. Prométhée, qui ravit au ciel le feu sacré dont il anima l'faomme, avait humecté de ses larmes le limon dont il le forma ' !

Mais l'homme condamné au travail se révolta contre la peine et ne pouvant la renvoyer à son auteur, il la rejeta sur ses semblables. ' Dès lors l'^a-

* Tov Y^p mikhi alitif 6 llpofiiiiâeilf , if' oS tÔv itvOptaitav Sit' vMàvn', oOx IfûpttOEv BShti £Ù.à Saxpûoi;. ( Ésope , cité par Themisliiis, ap. Stobée, Florileg., lit. I, n° 87.^

INTRODUCTION, lité primitive fut confondue, et il y eut deux c parmi les hommes : les uns vivant , dans le loisir, des frnits du travail auquel ils vouaient les autres; et cette distinction se transmettant comme un hétitagé à leur postérité, il y eut des maîtres et des esclaves. A-t-on le droit d'en rapporter à Dieu l'établissement? Loin de là. Dieu ayant imposé à l'homme la loi du travail, l'homme seul eo fit une loi de servitude par du partage qui réservait aux uns toutes les jouissances, laissant aux autres, à perpétuité, toutes les rigueurs de cette condition.

L'esclavage est donc, en principe, une œuvre de violence, et quand on remonte aux origines des sociétés antiques, c'est te même'fond qu'on retrouve sous toutes les formes qu'il a pu revêtir. Ainsi il a pu sortir de la famille, mais gardons-nous de croire qu'il ait ses racines jusque dans les bases sacrées où repose le foyer. La soumission de la femme, la d^endânce de l'enfant forment, il est vrai, les premiers rapports de l'association domestique. L'enfant obéit par l'obligation même de sa naissancej la femme, par la nécessité de sa position : en s'unissant à l'homme, elle contracte une société où l'un doit avoir sur l'autre la prééminence et le commandement i une influence plus douce a été son partage. Mais, quelle que soit la rigueur qae les temps de barbarie aient pu donner à ces rapports, ils ne constitueront jamais l'esclavage.

XII INTRODUCTION

Ce qui forme t'essence même des relations du maitre et de l'esclave, c'est l'hérédité et la perpétuité des droits de l'un, des devoirs de l'autre, en deux lignes profondément séparées. Du père au fils, au contraire, il y a comme une succession naturelle de devoirs et de droits qui alternent et se perpétuent dans la même série de générations. L'esclavage n'a pour avenir que l'esclavage ; le filg^ au milieu des plus dures exigences de l'autorité paternelle, a du moins pour héritage la liberté et le commandement. Pour qu'il devienne* esclave, il faut que cet ordre naturel soit arbitrairement sus^ pendu, le père cédant à un étranger les droits qu'il lient de la nature; mais, qu'on le remarque bien, l'enfant vendu par son père ne change point de maitre, il change d'état; et ce premier act« qui constitue l'esclavage, loin de se fonder sur la nature, en viole les droits les plus saints. En effet, le père n'est point le maitre absolu de l'existence qui vient de lui; la vie est un dépôt sacré qu'il doit transmettre comme il l'a reçu , et le principe de l'autorité tutélaire qu'il exerce sur ses enfants, c'est aussi à eux qu'il doit le laisser, comme le principe même de la reproduction et de la vie. La puissance d'être père, la puissance paternelle sont donc deux choses inséparablement unies par la nature ; et Ton ne peut, par une délégation arbitraire de ses droits, en ravir l'héritage à sa posiérité, sans aller contre

INTRODUCTION. xm

Tordre méine de la création , dont les lois doivent se perpétuer inaltérables dans toute la succession dê8 êtres. Aîdsî l'esclavage n'a point son principe dans les relations de la famille, il faut les rompre pour qu'il en puisse sortir; et si , par un oubli sacrilège de tous les devoirs , il a pu se préparer au foyer dotnestique, il ne s'est accompli qu'au seuil de la maison , quand le père livra son enfant aux mains de l'étranger.

Ce qui est vrai de l'aliénation des enfants estvraï aussi de l'aliénation volontaire . On peut se soumettre à la puissance d'un autre : c'est un acte libre qui donne foi'ce à ce contrat de servitude; mais on ne peut convertir cette servitude en esclavage, c'està-dire en un droit perpétuel, dont le principe, accepté librement, s'impose ensuite, par une contrainte héréditaîl'e, à toute une postérité, parce qu'on ne peut pas plus détruire ou modifier en MÎ qu'en ses propres enfants les lois de la-géoératïea et de la vie. Enfin, l'esclavage n'est pas mieux fondé quand il repose sur la volonté d'autrai. Le droit civil, qui y condamne le débiteur, le droit des gens, qui y livre le vaincu, n'oijt pas de meilleurs titres que le rapt ou la violence; car l'homme n'est point une chose qui, en droit natnrel, s'estime à prix d'argent, et le droit de tuer un ennemi dans le combat, ne tenant qu'à la nécessité de se défendre, ne peut se transformer en un droit d'asservissement

«iv INTRODUCTItf.N.

qui altère les conditions de l'existence de giaéra-

tion en génération'. . .

Toutes ces raisons, il est vrai, feront sourire les défenseurs de Tesclavage. Nous parlons de droit naturel et nous vivons dans la société! Or on sait, disait un membre du conseil colonial de la Martinique , u on sait que ces quatre mots : droit naturei-, ordre social , impliquent,contradiction ; que les choses qu'ils indiquent ne peuvent exister enaenible; que l'une Bnit où l'autre commence; qu'il n'y a aucun tribunal institué par l'humanilé pour appliquer un droit qui variesuivant chaque homme, et i]ui n'est écrit nuHe part ailleurs que dans sa conscience. U faudra donc en appeler à la force brutale, qui deviendra la seule aatorité compétente'. «

' IL est faux qu'il soit permis de tuer dans la guerre aulreinent que dans le cas de nécessité; mais dès qu'un honune en a feîtun autre esclave, on ne peul pas dire qu'il ait été dans la néeesstlé de le tuer, puisqu'il ne l'a pas hiit. ( Montesquieu, Esprit des loU, XV, 3.) U condamne de même l'esclavage résultant du droit civil et du droit de naissance. Ce passage du ebapitre 6 , dont on a voulu se servir poiir &ire de Montesquieu un partisan de l'eselavage doux et modéré comme on aime à le montrer aux Antilles, ne peut s'entendre, que d'une servitude temporaire « fondée sur le choii libre » et résultant d'une convention réciproque, comme le dit expressément l'auteur. Cela n'a rien^de commun avec l'esclavage véritable, dont il avait si clairement ruiné les principes , quelques chapitres plus haut.

' La victoire alors, ajoute-t-il, proclamera sa décision par des tris de tnort'età la luBor des incendies. Cest ce qtte

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INTRODUCTION. xv

— Ainsi le droit oalurel est bon pour les sauvage», et le progrès de la civilisation consiste à sertir de son jJoinaîiie pour établir à l'encoBtre uo droit de convention. Nous n'avions jamais pensé, nous L'avouons, que tout ordre social fût essentielletneni contre le droit de la nature. Il nous semblait, au contraire,, que cet ordre n'était bon qu'autant qu'il se conformait aux règles qu'elle a tracées; U nous semblait que le droit n'était vraiment sacré que s'il était, non pas seulement reconnu par la loi politicpie, mais avoué par la raison , et que la conscience n'était pas une si équivoque autorité. Les partisans de l'esclavage , à ce qu'il paraît , pensent tout le contraire. Entre eux et nous, qui décidera? U n'y a pas de tribunal .qui noue juge, et nous ne voulons pas, Comme on le dit, en appeler à la force brutale. Nous nous b(H-nerons à en laisser le jugement àla«onscience et àla raison du lecteur.

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I^ naturf de l'esclavage ne r^ugne-t-rclle pasi ses origioes? et quoi qu'il en soit des causes qui l'ont produit, faudra-t>il au moins en bénir les

veuleotlesabolitioDialep, etc. Séance du i" novembre 1839. Avis des coméis colbtàaux sur let questions relatives à fesclar vage. Imprimerie royale.

ïvi INTRODUCTION.

effets? Faut-il admettre qu'il ait été un principe actif de conservation au milieu des guerres perpétuelles des races barbares? Faut-il lui reconnaître un caractère si éminemment totélaire et une &i puissante vertu d'éducation? Faut-il lui laisser enBn ee grand rôle qu'on lui prête dans le développement du genre bumain? Serait-il vrai que " le critiquer, c'est critiquer la marche même de Phumanjté , et que le lui reprocher, c^sst lui reprocher d'êtreprï^essive'. »

' Si l'on pose la question sous cette forme : £st-il mieux de conserver le vaincu pour le travail que de le tuer? la réponse ne sera pas douteuse. Mais si vous faites de l'homme ainsi gardé une propriété, alors je n'oserai plus répondre; cardes ce moment l'homme n'^t plus nn travailleur, c'est an ioslrum«it; .ce n'est plus un homme, c'est une chose qu'on exploite, dont on trafique; et de là naît un intérêt, non pas seulement de conserver, mais de multiplier cette marchandise. L'homme était devenu esclave par une conséquence de la guerre: on fera la guerre uniquement pour acquérir des captif^ et dans le cours plus continu de ces agressions, sans parler des prisonniers, plus d'hommes per-

' De It^franchtssement des esctiwes dans les colonies fran^ ^tàses, par M. André de la Charrière, proprîéiaire, prétidetH de la Cour royale et membre du conseil coloàial de la Guadeloupe (i836).

INTRODUCTION. «vii

dront. la vie qu'il n'en eût péri sans douLe dans une guerre sans merci et sans esclavage. C'est ce que prouve l'histoire des pirates et des trafiquants de chair humaÏBe dans tous les temps. L'hunaanïté, au fond, n'a jamais rien gagné à. ces prétendus adeuciasements des coutumes barbares. Autrefois on immolait des victimes humaines sur les tombeaux^ puis on trouva moins cruel de laisser aut victimes le soin de se tyspatep elles-mêmes leur vie. Qu'arrivartt-il? les sacrifices humains auraient cessé d'euxmêmes, les combats durèrent j ils servirent non plus seulemeot au. deuil des familles, mais aux féfes du peuple; ils entrèrent dans les devoirs des magistratures; ils firent corps pour ainsi dire avec la civilisation des Romains. Plus d'hommes périssaient en uae seule de ces années de splendeur, qu'il n'en eftt péri sous le couteau du sacrifice pendant da siècles de barbarie. Car ces jeux sanglants se multipliaient comme les plaisirs, s'imposaient eu tout lieu comme la puissance de Home. Et aujourxl'hui qu'est-il resté . surtout des miMiuments de sa donânatioB dans les provinces? I^ies amphithéâtres où s'imnwlaîeDt les

Voilà pour le bienfait de l'institutiui de l'escla- 'vage; et quant à son influ«ice sur les peuples soumis, faisons d'abord justice de ces mots de tutelle et d'éducation, qui ne peuvMit que donner .des idées fausses; toute analogie disparaîtra devant

xviii 1NTRODU€TION.

une simpledéfinitioii. T^a tutelle est un devoir plutôt qu'an droit, c'est une charge qui impose au tuteur des soins confinas, et lui refuse sur la personoé et sur les biens du pupille non-seulement k propriët<^, mais jusqu'au simple usage; qu'y a-t-il de commun entre le maître et le tuteur? Le but de l'éducation est de faire de l'enfant un homme, de relever au partage des idées, des devoirs et des droits de celui quilefowne. L'éducation de l'esclave eut toujours pour but de le façonner à l'esclavage; c'est la théorie d'Aristote et la pratique des maîtres de tous les temps. Que l'on cesse donc d'abuser de ces termes; et, si de la définition vous passez à la réalité, si vous cherchez dans l'histoire la condition , l'influence véritable, ou, comme on dit, la fonction sociale de l'esclavage,- qu'y verrez-vous? L'esclavage y parait-il comme un chemin nécessaire entre la vie sauvage et la vie civilisée? On a vu, il est vrai, surtout dans la dernière période des temps anciens, des barbares jetés au sein de la civilisation par l'esclavage; le fait ert constant et nous en verrons plus bas les influences. Mais il n'en est pas moins certain que, dans la suite de l'histoire, au milieu des grandes révolutions du monde, c'est le contraù'e qui s'est souvent produit. Ce sont les peu. pies les plus civilisés qui tombent so«s le joug des peuples plus . barbares , mais plus belliqueux; car dans ces crises qui décident de la liberté des* na>

INTRODUCTION. xt%

tions, c'est la force qui l' emporte. Ain»! noas voyons daos toutes les parties de l'Asie, ies races les plus policées descendre tour à tout' dans l'esclavage. Les Assyriens de Ninns et de Sémiramis , asservis par les Mèdes; lesMèdes^les Bactriem et les Lydiens de CrésQS , et toute cette florissante Asie-Mineure, et l'Egypte des Pharaons , s'înclinant sons le joug des Perses; puis les Arabes dominant où Alexandre avait régné; puis cette successionde bordes turques passant bien moins encore de l'esclavage à la civilisation que de Ja civilisation à l'esclavage; pais les féroces Mongols promenant la mort et la servitude depuis les royaumes nouvellement établis aux bords de la Méditerranée , de la Caspienne et de la mer Nuire jusqu'aux vieux peuples de l'Inde. Même spectacle parmi les races etiropéennes. Les Pelas* ges, qui ont développé dans la Grèce les germes de la civilisation, sont cbassés ou asservis par les Hellènes encore incultes. Ces Acbéens illustres qui ont fait la guerre de Troie et l'âge héroïque de la Grèce, ces compagnons d'Agamemnon, d'Achille et de Ménélas, ces fils des Dieux, sont les esclaves des temps hiatotiques; quds sont les étrangers qui leur S(Hit associés dans le cours de cet âge? quelques hommes de la Thrace, ancienne patrie d'Orphée; beaucoup de l'Asie-Mineure et de la Syrie, de ces contrées qui avaient su donner tant d'éclat à leursiostitirtions indigènes (témoin les récits d'Héro-

XX INTRODtCïION.

dote et les tableaux de la Bible), et qat, après Alexandre, s'ouvrirent aux arts de la Grèce, sens trouver pour leurs populations plus de garanties. Mais les villes mêmes de la Orëce,.etles plus illustres, ne payaieDt-elles point encore leur tribal au recmtement de l'esclavage? Ainsi rét^lissons cette vérité qui n'auitiit jamais dû faire un doute : l'esclavage a jeté pins de races de la civilisatbn dans l'abrutissement, qu'il n'en a élevé, de la barbarie à la vie policée. Son r6le dans le monde est de détruire au contraire le travail de la civilisation, de niveler ce qu'elle a élevé, de di«soudre ce qu'elle a réuni; et si cbaque fois il n'a point fait table rase, c'est qu'il y avait au fond de la civilisa^tion des vaincus un principe qui, tout affaibli qu'il fût , avait encore la force de se relever et de re* fleurir.

De la Grèce passons à Kome , et sur un tbéàtre pliw grand, cette v^té apparaîtra avec plus d'éclat. Rome vainquit, presque barbare encore, les peuples florissants de l'Etrurie et de la Campanie, de la Grande-Grèce et de la Sicile ; Cailhage, qu'elle asservit après eux, l'avait aussi devancée par l'étendue de son commerce, les recherches de son luxe, et, selon les données d'Aristoteet de Polybe, parla science, sinon par la force de son oi^anisation politique. La Grèce enfin, conquise par Borne, lui imposa cette civilisation que Rome alla port^ aux

INTROIKJCTIOrf. xu

peuples de l'Occident. Ainsi, luême dans cette initiatioQ des races occidentales à la vie romaine , les idées qui seront dominantes viennent pour la ineilleare partie d'une race soumise. De telle «orte qae, pour donner à l'esclavage un semblable r6le entre les vainqueurs et les vaincus, il faudrait dire qu'il servit à l'éducation non pas des esclaves , mais des maîtres :

Grœcia capta fiemm victorem cepÎL

Voilâ la sexué conclusion qui poisse sortir de l'histoire, et l'on se demande pourqucù la nouvelle philosophie du progrès social a pris l'habitude d'affirmer précisément le contraire de cette thèse. IL est vrai qu'elle serait peu goûtée aux colonies. Et pourtant, si, pour la contre-épreuve , vous examinez non plus seulement les races barbares dans leurs rapporta avec les races plus civilisées qu'elles ont^oumises^ ce qui est le cas général, mais les barbares dans leurs rapports avec les peuples civilisés qui, par l'esclavage, les ont attirés dansleur sein;. si vous passez de l'asservissement des peuples à la servitude individuelle , vous acquerrez une nouvelle démonstration de cette vérité : que l'esclavage ne fit jamais l'éducation d'une race, et que son influence fut toujours fatale et aux, esclaves et aux mattres. Sans empiéter ici $ur le développement

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an INTRODUCTION,

que cette ppopositioD doit recevoir daos notre livre, en son lieu, nom indiquerons cependant en passant les raisons et les faits sur lesquels elle repose. Comment l'esclavage eût-il fait l'édiication des races barbares , dans quel ^ns aurait-il eu la force de perfectionner l'individu? l'homme nese forme point comme se forme la cire sous la main du modelear ; l'éducation n'est pas une chose purement active d'une part et passive de l'autre, mais active des deux côtés. L'enfant qu'on élève ne doit point seulement recevoir des idées, mais réagir, en quelque SOTte, sur elles pour se les approprier; et si l'on vent en faire un homme , il faut développer en lui , en les réglant dans leur mouvement, les facultés dont il est doué ; il faut surtout en affermir et fortifier dans son âme le principe , c'est-à-dire la conscience, le seritiment de la personnalité. Or, que fait l'esclavage? il commence par détruire ce principe de toutes les forces de l'âme, il supprime la personnalité, il fait d'un homme une chose. Il pourra bien quelquefois lui donner plus de valeur comme chose, le perfectionner comme instrument ; il pourra de même gouverner ses mouvements extérieurs , composer son maintien , et en apparence régler sa conduite. Mais là n'est pas l'homme, l'homme moral lui édiappe, car il l'a renié; et, quelque forme ^'il arrive à lui donner, ce ne sera jamais qu'une machine vivante. Les anciens avaient

ÎNTRODOCTION. xiiii

la franchise de l'avouer, quand ib appelaient les esclaves des oorp*(iiùtftBmt).

Il y a «ne àme poartant dans ce corps, quoiqu'on veuille l'oublier. Il y a one force intérieure , une volonté dont il faudra bien tenir compte ; et le but suprême de l'esclavage , ne pouvant la détruire , est de l'enchaîner à là volonté du maître : c'est en lui qu'il transporte, pour cet être avili, le principe de la conscience, de la personnalilé. L'esclave n'est plus qu'un rejeton enté snr la personne du maître. Le maître est tout pour lui : famille, patrie, Dieu, arbitre souverain du juste et de l'injuste; tonte l'existence de Veselave se confond et s*absoi4>e dans cette vie supérieure :

'Epi TnSXi! i<n\ xai xKtaîpuY^ ital v6p.ot K«i Toîj Sixafou Tflû t' àîiKOu xavti; Kpirftc '0 Sian^ç. npiî ToÛTOv ttx Seï Çîîv Ifti*.

Tonte sa vertu consiste à obéir.

Quel fruit devait produire un tel système au sein de la société païenne? on le peut facilement deviner : l'esclave ne fut pas seulement ' un agent de travail , mais un instrument de fraude ou de plaisir , et il dut avec la même docilité se prêter à toutes les exigences bonnes on mauvaises. Mais, quoi qu'on voulût faire , il gardait toujours en lui

■ Hénèndre, <^. Stobée, Fhnieg. LXll, 34.

xxty INTRODUCTIOÎÏ.

un principe d'action , et, qaand une si douletwe autorité te retenait vers te bien , comment ne seraitil point allé au mat avec tonte l'impétuosité d'une nature re jetée dans le domaine des sens? Enfermé dans ce cercle fatal de ta sensualité, il y accommoda sa vie; et, dans ces conditions, le contact d'une société brillante ne. pouvait donner que plus d'aliments à ses vices , plus de raffinement et d'éclat à sa perver»té. Telles sont les mœurs du théâtre, et telles étaient celles de la vie réelle , comme le prouvera le rapprochement des comiques et des orateurs chez les Grecs- comme chez les Romains. Ainsi l'esclavage ne conservait l'homme que pour détruire en lui la meillenre partie de l'homme : l'homme moral, l'homme véritable. Égaré par les influences d'une civilisation qui ne s'adressait point àson esprit, sans autre guide que le caprice d'un maître, sans autre inspiration que les sens, il y puisa les germes d'une corruption dont il porta les traces jusque hors de l'esclavage,; car l'affranchissement n'a jamais suffi à régénérer entièrement cette na-r ture viciée. « Nous nous servons, dit M. Granier de Cassagnac-, nous nous servons des mqts de race libre et de race emUtve, quoique l'espèce humaine sorte évidemmept du moue Ut , parce qu'une fois saisis par l'esclavage y les serviteurs ont réellement vécu et multiplié à part, marqués parmi chaque nation d'un sceau indétébile et qui a résisté à toutes

IïifT»0»UGT|Oît - xw

les r^abUitaliom. Tooioiirs, partout, iiOD<4eulem«^ las affraochis, m»» encore les «noblis euxmêmes ont été montrés et moqués'. ■ — Qu'oa parle donc de l'éducaticHi de l'esclavage, n, au lieu d'élever anméme niveau deux races profoudément distinctes, il a su créer, dans la mên>e famille, deux races à jamais séparées par l'indélébile flétrûiure de celle qu'il a tôucbée !

Mais cette dépravation morale devait réagir aur le pbysique, et 1^ fausses conditions où l'on plaçait l'esclave ne permettaient même pu de -perfectionner ces êtres, dont on prétçndait faire )e« instnunents d'une cîvilisatioo plus avancée. Partout, en effet, ch^ les peuples anciens et chez Les peuples modernes , au moins tant ^ne l'esclavage ne fut pas modifié, partout ces corps succombent sous ia double influence d'un travail abratissant ou d'une énervante oisiveté. La race d^énére et s'é-r teint par la disparité des sexea et Trafécoodité des unions vagabondes;. et il faut que les marchés ravivent perpétuellement cette population placée hors des voies de la nature ; il faut que la guerre , la piraterie jettent saos cesse de nouvelles races libres dans cette rapide consommation :.car l'esclavage, semblable à Saturne, dévore ses enfants. Et cette image appliquée avec tant d'éloquence aux

' M. GnnieTdeCass&gnaCfCUuses tfuvnères.etc^f, 95-96,

iCTi INTRODttCTIOrC.

or^nes d« dos tiberl^ appartient à pku d'un titre à l'esclavage; c'est le dien des esclaves, dîea dont les fêtes n'étaient point tonjonrs les débonnaires saturnales : au fond de l'arène consacrée aux jeux du peuple romain, il y avait, sous un rideau de pierres, une tête de Saturne pour boire le sang des gla- . diateuTS ' !

Ces mêmes influences que l'esclavage exerça- sur les classes serviles de l'antiquité, il les étendit aux classes libres; il les corrompit moralement, il les épuisa physiquement. Qnelle morale, en effet, que celle qui, retranchant de l'humanité la moitié de k race humaine, accorda snr elle à l'autre, une «î longue et si générale impunité! Quelles excitations à la cruauté, quelles facilités-A H débaocbe, quel abus dans tous les drmts, quel relâchement dans tous les devoirs de la famille! L'histoire dq foyer antique en donne un triste enseignement*. Mais l'esclavage ne vicia pas seulement l'organisation de la famille , il altéra la constitution des États. En effet, loate société se maintient par le doidïle con-

' '£v <^MÛt ^ olim\titt -riit '£XX^ocîi( (Genlilis) SttaiSaifi.ontaç, iji-iiXai (tovofioq^îaç licETEÎ.oûy« icapi 'Pcd|j.a(ocç Kori wh-

!»« tÇ toÛ ittaérni xaTifiiahoiM W6fW, (Saint Cyrille d'Akxaadrie, IV, c. fuUan, t. VI, p. iiS, d.

* Le cri pour l'esclavage est doDC le cri du laie et de la volupté, et non pas celui de la fêlicîté publique. (Montesquieu, Esprit des lois, X, 9.)

INTRODUCTION; ïxvii

cours du gouvernement et du travail; et les fouctîons que ces besoius tédameQt sont assez ordinairement partagées. Où est le principe véritable de la vie et de ta force? On ÏDclinaît généralement à le placer dans la classe supérieure. Lycur^e, à Sparte, réservait même exclusivement à la claase libre lé soin de régir et de défendre l'État, excluant le travail de la cité pour l'imposer à des esclaves; et des philosopbes, au sein de la démocratique Atbènes, inclinaient vers un semblable partage dans l'organisation de ces républiques qu'ils prétendaient élever sur les fondements de l'expérience, selon les règles de la raison. Quel était leur but? Voulaient-ils réserver aux charges civiles de l'État une plus nombreuse population d'hommes libres? Loin de là, ils recouraient aux mesures les plus monstrueuses, pour contenir en de certaines limites le nombre des citoyens. Mais ils croyaient, par ces moyens, maintenir lesdeux classes dans les (Conditions d'équilibré où ils les avaient placées, et à ce prix assurer à t'Ëlat une sorte de perpétuité. Qu'arriva-t-il pourtant? Les classes libres séparées du travail dépérissent comme la plante détachée dn sol. Sparte se meurt, faute d'hommes*; il ne reste sur celte vieille terre aristocratique que les races asservies. Ailleurs, les classes ouvrières étaient

* Arialote, PoHt, It, vi, 12. .

uvut IRTnOD-UCTION.

comprises, dans l'État, admises au partage de tous les droits dç la citéj mais le légUlaleur qui leur avait ouvert les fonctions politiques ne leur av^t pas- suffisamment assuré l'exercice du travail. L'esclavage était admis au sein de ces républiques, et le travail libre ne soutint pas longtemps cette redoutable coneurrence. Devant cette puissante industrie, qui avait les grandes fortunes poiir mobile et Tesclav^e pour instrument, le travail libre s'appauvrit, se dégrada-, et il ne resta auK classes ouvrières que la triste ressource de trafiquer du pouvoir pour la ruiœ de leur patrie. C'est l'eselav^e qui jetait sur les places publiques ces hommes libres on anciens affranchis, repousses ou dégoûtés du travail, tout prêts à vendre leur témoignage dan^ les procès, leurs- votes dans les (Sections et leurs 4roits de citoyens et, les intérêts de l'ËUt. Aristocraties et démocraties portèrent donc la peine de cette institution coupable : les premières, supprimaient, les secondes avaient trop peu garsmti cette classe libre de travailleurs qui est la véritable base de la force publique ; et elles finirent, les unes pai' épuisement, les autres par corruption.

Rome donne à ces vérités une nouvelle confirmation. Forte et puissante tant qu'elle vécut du travail libre et qu'elle sut l'hoDorer des plus hautes charges de l'État, elle se corrompit en même temps qu'Ole laissa une plus grande place an travail des

INTRODUCTION. xm

esclaves, f^le se' maintient longtemps encore pur la solidité de son organisation et l'étendue de ses ressources ; mais partout la race libre s'est éoervée. Vainement , quand le travail de» esclaves fera défaut à son tour, et que les ressources extérieures seront 'épuisées, le prince fera-t-il appel au travail libre; vainement s'efforcera-t-Q de luttei: contre la désorganisation sociale, en fixant chacun eu soil lieu par une contrainte héréditaire : les générations s'épuisent et se dissolvent dans ces liens de T origine où l'on prétend les retenir; le vide se fait partout dans l'empii'e. Les barbares qu'on a dû'depuis longtemps y introduire comme soldats, comme généraux, comme empereurs même, y viendront comme peuples, et\a société antique aura cessé d'exister. Mais les sociétés qu'ils ont formées de ses débris ne nous donnent-elles pas le même enseignement? Est-ce Tésclavage; sous sa forme adoucie, qui a ctfnservé et nourri les germes de la civilbatîon'dans leur sein? La- civilisation s'est développée sons la bienfaisante influence du christianisne , qui prêchait l'égalité des hommes; elle s'est développée au sein des villes où les hommes se constituaient libres, où ils trouvaient un refuge contre le servage. IjC progrès n'a commencé aussi pour les campagnes que du jour où ce dernier Hen de servitude fut brisé.

'Partout donc l'esclavage exerça la même in-

SIX INTRODUCTION

llueDce: il entrave le Iravaii libre, il appauvrit ou dégrade par sa coDCurrence les classes inférieures qui y sont nécessairement vouées, et diminue d'autant la source unique de la force et de la prospérité des États. Que s'il fut pot^r les peuples anciees un principe de riHQe,loia d'être un moyen de force, il faut encore bteu moins lui rapporter l'éclat qu'ils OQt jeté dans le monde. Ni tesloisicîdes villes aristocratiques, ni le travail des esclaves $ur lequel ils étaient fondés, n'ont l'honneur de la civilisation antique; car le loisir des villes aristocratiques, même dans la pensée des législateurs et des philosophes , était consacré, non aux lettres^ mais aux -armes. Il aboutît à, ces. guerres intestines qu paralysèrent les destinées de la Grèce et bâtèrent soi> déclin; et le travail des esclaves tient de sa nature l'immobilité. Tout ce que touche l'esclavage est comme frappé d'impuissance. L'agriculture et les métiers sont, dans la Grèce ou à Rome, et, nous le verrons, aussi parmi nous , un objet d'honneur ou de mépris selon la part qu'il y prend. L? médecine, les sciences, les beaux-arts, réservés exclusivement aux hommes libres, font la splendeur de la race hellénique; abandonnés en partage aux esclaves, ils ne trouvent plus un nom, digne d'être associé aux grands noms de la Grèce, parmi les Bomains.

Nous affirmei'ons doDc dès à présent, à notre

INTRODUCiTION. xxw

tour, qae l'esclavage , à le prendre dans la généralilé de rbistoire, a moins sauvé qu'il a'<i détniit par son institutLoQ même, moios formé (pie perverti par l'iaQuence de sou action, éclairant parfois les intelligences pour dépraver les instincts, olïraBt pins dei loisir pour donner plus de facilités à tous les désordres. Kous dirons que non-seulemeut il flétrit, dégrada, dévora les classes serviles, mais qu'il eorrorapit et ruina les classes libres, dans l'organisation de la famille et dans les constitutions des États. 1/ esclavage a été l'éducation du vice pour tontes les races. Tant de captifs de toutes les- nations du moiide, introduits par une longue et constante infiltration au odeur de- la société romaine, que soat-ila devenus? La populace de la républir que. et les affranchis de l'empire. Quand la Providence voulut appeler les peuples barbares à la oivUisalion de Kome^ c'est comme maîtres et non comme esclaves qu'elle les y fit entrer.

Il faudra donc retrancher l'antiquité des arguments présentés en faveur de cette institution ; mais dès lors toute la philosophie de l'esclavage a perdu 80D foedementi L'esclavage n'est plus une loi essentielle de l'organisation de )a famille, une cosditien nécessaire dn progrès de l'humanité j il n a plus rien.de providentiel ni de divin ; il est tout simplement ce que le sens vulgaire nous le montrait : une usurpation de l'homme par l'homme. U lui restera

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xMii INTRODIJCTION.

son ancieenelé et ces obscurités des premiers âges où soQ eiigme se perd; it a éîér je l'accorde, un fait avant d'être un droit, et c'est , m l'bn veut^ la raison pourquoi « il ne serait pas resté dans la mémoire' des peuples, dans les légendes, daos les hymnes, dans les poèmes' quelque chose de cette ^oqne terrible, sacritége et abominable, où des hommes auraient enchaîné, de propos déMbéré, d'autres hommes, leur auraient ôté non-seulement la liberté , mais beaucoup plus qne ceh : leurs h.milles, leurs droits, leur personnalité, l^ir nom; beaucoup plus que cela encore- la foi en- cux-*nêmes, la conscience de la noblesse et de la sainteté de leur nature'. » Cette énormité ne s'est point foile en un coup parmi les peuples anciens : la date nous-manque donc ; mais nous l'avons pour l'esclavage moderne : elle s'est accomplie au quinzième siècle, au sein du christianisme et de la civilisation.

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