‹ De l'esclavage dans les colonies: pour servir d'introduction a L'histoire deChapitre 21 sur 21 · MARCHES DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

MARCHES DE L'EMPIRE

Ce qui rendit l'esclavage plus dur sur les frontières , c est que les kaUtant»des Marches étaient incessamment en guerre avec leurs voisins. Au moment des invasions, quand chacun des peuples envahisseurs eherchàit à prendre place et à se fixer sur le sol , la force et la violence régnaient sans partage dans les différefîtes régions deraraeien empire d'Occident.Comme nous Tavons dit plus haut, il y avait guerre de province à provirice. Nouy avons vu les saints s*empresser d'accourir auprès des barbares vainqueurs , pour obtenir, avec des prières ou à prix d'argent , la liberté des captifs , qui formaient la partie la plus précieuse du butin enlevé aux ennemis. Tantôt c'étaient des Ostrogoths qui enlevaient des Burgondes ; tantôt , des Bnrgondes qui élilevaient . des Wisigoths; tantôt des Francs qui enlevaient et Burgondes et Wisigoths; tantôt, enfin, des Francs qui s'enlevaient entre eux. Plus tard les pi^s conquis par les Burgondes , et les provinces qui, s'étendant de la Loire aux Pyrénées (il faut excepter la Septimaïiie) , avaient été oodilpées par les Wisigoths y tombèrent au pouvoir dés Francs. La Gaule ne forma plus, dès lors , au moins en apparence, 90us le gouvernement des rofs francs , qu'une masse compacté et homogène. La guerre n'existait plus à rintérieuT, mais strr les frontières, principalement sur les bords du Rhin. Dans les expéditions qui furent faites sur ce point, au vu' siècle et au commencement du viii*, contre les Ahfkanm, par exemple,- on eidevâ un grand nombre d'esclaves. Les Ahmanni, à leur tour, iiaisaient des esclaves sur les peuples qui le» avoisihaielat^ ; mais ils subirent de dures

* «Eà eeft joors^là, le» Âflemands atyAnt envahi le» frontières d'Avajîcfae, «triompbent des habitants d'au delàda Jura qui, sous la conduite de Gambe- «lëmis ci d*Erpihu8, tentaient de leur ré^ster ; ils les poursuivent jusqu^aux défi filés des montagnes et les accablent. De là , nul ne les inquiétant , ils parcourent

représailles. Noas lisons dans la Vie de saint Gall , par Walafrid Strabo, le passage suivant : «Plus tard, le maire du « palais , Pépin , envoya une armée nombreuse pour dévaster le « pays des Allemands, et le soumettre de nouveau à la domina • « tion des Francs. Ga pays se trouvant tout entier en proie aux «maux de l'invasion, d*avides brigands, parcourant le pagus

• d*Arbon, arrivèrent à la maison de Thomme de Dieu, et tous « ceux qu'ils y trouvèrent (beaucoup s*y étalent réfugiés espè- « rant en la miséricorde de Dieu , el comptant sur la protection

• du saint), ils les emmenèrent en captivité. D*un autre côté, « cinq soldats de Pépin , étant entrés dans Toratoire , trouvèrent «quelques femmes, esclaves du lieu, qui étaient environnées « de leurs enfants. Ils leur demandèrent à qui elles apparte- « naient; elles répondirent qu'elles étaient de Itifamilia du saint. «Alors elles entendirent xes paroles : Sortez, sortez, nous ne « connaissons point le saint que vous nommez ; et ils emmené- « rent ces femmes en captivité dans le pays des Francs \ »

Quand Pépin et Charlemagne eurent reculé les bornes de l'empire des Francs ; quand le pays des Allemands , des Bavarois , la Septimanie et toute la Marche d'Espagne ne furent plus qu'une annexe de ce vaste empire, le théâtre de ces guerres de dévastation, qui alimentaient Tesclavage, fut reporté beaucoup plus loin. Les Frisons, et, après les Frisons, les Saxons, fournirent les captifs. Pendant toute la durée de la lutte sanglante que Charlemagne avait engagée contre les Saxons , nous lisons, dans de vieux chroniqueurs contemporains, des passages uAs que ceux-ci : « Captivos tam viros quam feminas se-

«le mont Jura , remplissant de meurtres et d*inoendies tons les lieu (pi*ils tra- « versaient, et, ayant fidt on grand nombre de captif, ils reviennent à lenrs « demeures ayec leur butin et leor proie (vers 610).» (Àimoni lib. III, p. 96,' ap. ScripU rsr. gaUic, etfrmcie. t. III, p. 11 4.) — Voyes anssi Frédëgaire , cb. xuvii.

* Vitœ sancti GaUi, lib. II, ap. Script, nr, gaXUc, et francic. t. III, p. 663 (en 745).

• cum duxit. . . » (11 8*agit ici d*une expédition qui fut faite contre les Saxons par Pépin, en 7 53 \) — « Multos vinctosSaxo- « nés adduxerunt in Franda (en 783) *. » — « Hoc anno (8o5 ) « perrexit domnus Karolus in Saxonia ad Holdistede, et multos « barones et molieres inde abduxit, etcv ' ».

Enfin, quand la Saxe elle-même fut soumise et plia sous la. loi des Carlo vingiens , la guerre commença entre les Saxons , gardiens de la Marche pour les fils de Charlemagne, et les populations slaves. De part et d'autre les prisonniers étaient réduits en esclavage. La différence de race et de religion rendait bien dure la condition du Slave asservi. Nous lisons ces mots dans un historien allemand contemporain de ces luttes violentes : « Populus euim more bovis est pascendus et tardi «ritu asini castigandus, et sine pœna gravi non potest cum sa- ■ lute principis tractari *. » Le même auteur paile ailleurs des châtiments qu'on infligeait aux Slaves réduits en esclavage, et il dit : « Quicumque , post Septuagesimam , carnem manducasse « invenitur, abscissis dentibus punîtur. »

Les Slaves ne figurent que par Jeur nom dans Thistoire de Tesclavage ancien. Ces peuples, dont le nom, en effet, est devenu la qualification propre de l'esclavage dans toutes. les langues de l'Europe moderne ^ , n'avaient pas , dans leur propre langue, de mot qui l'exprimât. W. A. Miciejowski, en retraçant leur caractère, d'après les écrivains byzantins [Procope ( 56a) , Maurice (58a-6oa ) , Léon (886-g 11)], dit qu'ils aimaient par-dessus tout la liberté, et qu'ils ne pouvaient sup-

1 Gontm. Fredegar. ap Script, nr, gaXUc, etfraneie, t. V, p. 1 .

* Annal, Pataoiani, ap. Script rer,gaUie, etfraneie, t. V, p. i5.

' Qiron. bre». mon, S. GaU. ap. Script, rer, galUe, et fronde , ï,. V, p. 3i«

* Ditmar, p. A 19. (H parle des PdoDais.)

* V07. da Gange Glose, med, wt inf. grtecit, voc miXdSofi , cxXéSa , mtXaSetd , et Ghu, med. et inf, latin, voc. selavus. Bysaotin, ^KXéSof; valaque, sUahu; espagnol, eteîavo; itcdien, schia»o; anglais, slave; français, esclave. — Voy. aussi Grenier, VermischU Schrifien ûber die Sklaverei.

porter an ^lldtre^ «Ils regardaient, dit-il, leurs adversafîtes tcomoie ennemis, tant qu'ils les combattaient sur le diamp « de bataille. Ils traitaient les captifs arec doaceur, ne les ré-

• diiisaient point en captivité, mais leur permettaient, au con- « traire, de s*en retourner, après aroir payé nne rançon, ou de

• titre en liberté parmi eux *. » Ils connurent cependant, à leur tour, les misères de resclavage ; ils les eonoufentpar Teffet des invasions étrangères, et d*abord, sous la forme de Tesdatage antique, par les enlèvemedts de captifs. Mais Tesdatagé, en se fixant chez eux, prit les formes qn*il avait dans les pays d*oà il leur était venu (1* Allemagne, l'Italie , Tempire grec) , et il finit par n*étre plus que ce qu*il est resté jusqu'à anjourd'ltoi , dans le pins considérable des États de celte race, le* servage.

Nous avons donné pius haut Tétymologie du mcH esclave; nous donnerons, pour finir, la nomenclature des esclaves dientîonnés dans les actes antérieurs au x* siècle.

Servas et mancipium sont deux mots généraux qui s*appliqCiént à tous les esclaves indistinctement.

^ons pouvons diviser les esclaves en deux grandes classes : 1*" esclaves atlachés à la terre: cohni était le mot lé plu» général (inquilini, adscriptitii, accolœ, etc.) ; a"* esclares atlachés auit offices domestiques : le mot dont on se sert ordinairement pour les désigner est ministeriales. Ces esclaves iheahles disparurent de Ixmne heure, comme nous le verrons plus loin, pour entrer dans la classe des cohni, qui étaient inaneuhîes '.

A. — GOLONI.

Lés eoloni étaient employés sur les lérres à diveris usages.

' HisL de la Ugislation skm, t. I, p. 71. Varsovie, i85a. * ïhid, p, 72.

' ExpeditionaUs , oppbâé à cùlonas, signifie peut-être simplement minuteriaUs et non point esclave qui svât le maître à la gaeife.

Cbaque villa, iadépendamment de la culture des ohamps , avait sop industrie particulière pour confectionner les objets néces- 9airiss aux individus qui Tbabitaient. Voici les différentes sortes d esclaves qui bahitaient ]es villm» et qui étaient rangés au nouibre des immeubles * : Arator. — Vinitor. ^— Bubalcus. — Porcarius. — Caprarius. — Faber ferrarius. — Aurifex, dans les villœ impériales , et Argentarius dans celles des grands propriétaires. ^-.Sulor, — ■ Tornator. — * Carpentarius.— -Scutator. — Accipitaris. — Ceux qui faisaient la cervoise , le cidre , le poiré «qui faciunt cervisiam, pomaiicuin, piraticum». < — Pistor, — Retiator % qui relia facere bene sciât ad venandum ». — Venator. — MoKnarius. — Forestiarius. — Dans les villes impériales, ces eftclaves étaient gouvernés par des juges (judices),

B. MINISTERIALES.

Parmi les minis^rialM nous trouvons - majordmaus, ou simplement major, qui commandait aux autres enclaves. Il y a un office correspondant, pour les femmes esclaves , sous le nom de majorissa. — Infestor (celui qui apporte les plats sur la table). ^— Scantio (récbanson; plus tard , butieulariwi), -r- Marescalus (cbargé de veiller sur les chevaux de luxe). — Straior ( Téouyer), — Seneschalus (is^eciauT de la suite du prince ou du comte).

lies esclaves étaient encore appelés, de différents noms, suivant qu*ils appartenaient au roi • aux bénéfices ou à l'Église.

i** B^gius ou Jiipalinus. — ^ a** Beneficiaritts. '^ S"* Ecdesiasticas. ^-^ A une époque fort ancienne, on appétit les esclaves du roi, en Allemagne, Kônigsgeeignçtfi Knecht, et les esclaves de rÉglise Klosterleath , ovk bien encore. Goiteshaass Leath *.

' Nous avons dressé cette liste à Faicle des lois et des autres documents contemporains. — Voy. Lex sah tit. xi , 6. — Burgnnd. tit. x , i , a , 3 , etc. — Langohard, (Rotharîs), i33, i3A, etc. — Capital, de Villis Karol. Magni; Baluze, t. I , col. 337 .

^ Ëucharii Ërhardt Trwt. de operis rusticomm, p. 2G1.

Le droit harbare admit la distincdon de Tesdave meable et de TesclaYe immeuble : res mohiUs et res immobilis. L'esclave immeuble était appelé aussi casatas, Tesdave meuble non casaius. L*abbé de Gourcy a rangé dans cette dernière classe des esclaves appelés gasindi,

AFFRANCHIS, LIBBBTl, MANVMJSSl.

1* L*esclave affranchi par le denier, denariaUs: il était égal aux Francs.

a* L esclave affiranchi dans TÉglise, suivant la loi romaine.

a* L*esc]ave affranchi par charte du maître, chartularius , iahêllanus,

Valdio (dans la loi lombarde) était un affranchi qui ne ressemblait point au Kte, comme l'a démontré M. Naudet

Indépendamment des documents originaux, vo^fez du Gange , honio, tervus, potêstat , Jiscalinus , colonut, casati, etc. — Heineccius , Antiq^juris Germanicu — Husanus, De servis hominibus, Gissae, i663, in-ia. Ce petit opuscule, très-curieux, est fort rare ; Fabricius ne mentionne que l'édition de 1 690. — Jonae Eucharii Erhardt Tractatas de operit rasticoram, — Les notes de Gancîani. — Celles des Bénédictins , t. IV des Historiens de France, — Greuzer (ouvrage cité plus haut). — L'abbé de Gourcy, De l'État des personnes en France sous les rois de la première race, p. 99 et suiv. 108 et 109 et suiv. ia8 et suiv. i3o et suiv. i55 et suiv. — M. Naudet, État des personnes sous les rois de la première race, dans les Mémoires de V Académie des inscriptions et helles-lettres , nouvelle série, t. VIH, p. 670, 673, 574» 575, 577, 679, 591 et 59a, etc.

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