‹ De l'esclavage dans les colonies: pour servir d'introduction a L'histoire deChapitre 20 sur 21 · ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE

Ce que nous avons dit, dans nos deux derniers chapitres, sur l'influence du christianisme, du v* au x* siècle, et sur les révolutions politiques qui ont substitué à toutes les espèces de servitude une servitude unique, le servage de la glèbe, s'applique à l'Allemagne comme à tous les pays'qui ont fait partie de l'ancien empire carlovingien ^. Toutefois nous avons cru nécessaire de faire une restriction , et nous avons dit que, dans

* U ne serait donc point étonnant de rencontrer des aerk à Florence en i ^ 1 5 , et à Lucques en lôSg.

' Histoire des sciences mathématiffues en ludie, L U, p. 5o8 et suiv.

* Parmi ces pays nous rangeons la Saxe, la Frise, ce qui forma jdus tard les grands-duchés de Franconie/de Souabe, de Bavière, et même le margraviat d'Autriche.

les provinces extrêmes de T Allemagne, là où les peuples de race germanique se trouyaient en contact avec les peuples de race slave , Vesclavage avait dû , parle seul fait d*ane guerre perpétuelle, se manifester sous un aspect plus dur, et que les améliorations apportées au sort de T esclave dans les autres parties de Tempire n^avaient pu s'introduire sur les marches que lentement et difficilement. Cette restriction étant posée, nous persistons à croire que les causes qui amenèrent dans la Gaule Taholition de Tesclavage ancien et rétablissement de la servitude de la glèbe agirent également et simultanément en Allemagne. Néanmoins nous ne voulons point ici nous contenter d'une simple assertion. Nous chercherons à appuyer notre (^inion sur de graves autorités, et les preuves que nous fournirons seront de plusieurs sortes.

Avant la soumission complète des Saxons, des Frisons, des Thuringiens, des Allemands proprement dits, des Bavarois, Tesclavage existait dans tous les pays d*outre-Rhin : c'était l'esclavage de la terre ^ , l'ancien esclavage dont parle Tacite dans son livre de la Germanie, et non point la servitude de la g^èbe telle qu'elle exista au moyen âge. L'esclave était une chose et non point une personne. Au commenc^nent du vtii* siècle le christianisme fut porté aux peuples d'outre-Rhin , et , malgré de nombreux obstacles , il prit un rapide essor. Les expéditions de Pépin et de Charlemagne, les tentatives de ce dernier pour intpoduire dans le pays son administration et sa législation, aidèrent puissamment à la propagation des idées chrétiennes, et les évéchés et les monastères se multiplièrent sur le sol de l'antique Germanie *. •

* Le vieux droit germanique appelait i'&gricullure oput serviU,

* Fondation des évéchés d'Osnabruk , en 777 ; de Minden , en 780 ; de Seligenstadt (il fut transféré plus tard à Halberstadt) , en 781; de Verden, en 786; de Brème, en 788; de Paderbom, en 796; d*Eke (plus tard, ce fut l'évéché de Hildesbeim) , en 796 ; de Munster, en 806 , etc.

APPENDICES. Iti5

Les doctrines chrétiennes n'ayant jamais varié suivant les temps on soivant les lieux , nous sommes porté à croire que le christianisme, en ce qui concerne Tesdavage, suivit, en Allemagne, la même règle de conduite qu en France. Mais nous pouvons donner d*autres preuves que cette induction trèslégitime. Et d'abord le christianisme intervint, d*une manière directe, en Allemagne. La loi imposée au pays par les Carlovingiens était émanée des prêtres ; nous avons dit ailleurs que la législation des capitulaires était une législation purement ecclésiastique \ Répéter les articles de ces capitulaires qui sont favorables aux esclaves, ce serait faire double emploi. Nous devons ajouter seulement que la législation des Carlovingîens fut longtemps en vigueur en Allemagne, plus longtemps peutêtre qu'en nul autre pays. Ainsi nous lisons que, sous les empereurs de la maison de Saxe, dans une dièle tenue à Francfort, en 963, les Capitulaires se trouvèrent sur la table avec d'autres collections de lois ecclésiastiques *. Quelles étaient ces autres lois ecclésiastiques i^ C'étaient des ordonnances rendues par les évêques, dans leurs tournées pastorales, pour suppléer k ce qu'il y avait d'incomplet dans les Capitulaires. Réginon nous a conservé (dans^son Recueil des lois de l'Église) quelquesunes de ces ordonnances. Elles ne règlent pas seuleinent des points de discipline ecclésiastique, mais encore, par leur réunion, elles forment un code civil et un code pénal. Quelcpefois aussi les évêques et les abbés faisaient des lois spéciales pour les lieux qu'ils gouvernaient. Quelques-unes de ces lois

1 "^tikom (Deutsche Stoalê wnd RetkU GeaiMthtt) a longuement insisté sur )*înflaencc ecdésiastiqae dans les lois ; il est peut-être tcwibé dans Texagération , quand il a voulu prouver que la société laïque était modelée exactement sur la société eodésiastique , savoir : Pape ^ roi. — Métropolitains z:z ducs. — Évêques r=: comtes. — Parocfai = centeniers. — Inspection des vniui dominici =: visites pastorales. — Diètes = conciles , etc.

' Concil. German, t. II, p. 621.

sont parvenues jusquà nous, et nous citerons, parmi dies, cdles que Tévèque Burkard donna aux hommes (pii dépendaient de son église ^

A vrai dire, depuis Cbariemagne (noos exceptons quelques coutumes locales), le droit quir^t F Allemagne pendant tout le moyen âge fut le droit canonique *. Pour la question qui nous occupe nous ne devons point tenir compte ici de plusieurs villes du Midi, où s'étaient maintenus quelques débris du vieux droit romain. Nous devons rappeler un dernier fait, c'est qu'en Allemagne, même dans les coutumes locales et dans les lois qui étaient particulières à chaque province, dans le Sacluenspiegel, et dans le Schwabenspiegel (miroir de Saxe et miroir de Souabe), par exemple, on saisit, dans plusieurs articles, l'influence directe du droit canonique.

Nous avons donc montré, nous le croyons, d'une manière incontestable , l'influence du christianisme sur les différentes lois qui furent en vigueur dans toute l'Allemagne. Il nous reste à prouver que les grands changements politiques du ix' siècle se sont opérés simultanément en France et en Allemagne, et que leur action a été la même dans ces deux pays sur l'état des personnes et de la propriété. Ici nous emprunterons qudques mots à un historien allemand : « Les incursions réitérées « des Slaves et des Normands eurent des suites qui renver- « sèrent entièrement le système politique de Cbariemagne. Ce « prince ne voulait souffrir aucun chef indépendant , et les chefs «indépendants parurent, quand le pouvoir central se montra « trop faible pour défendre les provinces ... Il fallait des çheh

^ «£go Borchardus, Wormatiensis ecdesiœ episoopns has jusù scnbere

«leges. • . » (Codex prohat. hisL episc, Wormat, n** Ll , p. kk»)

* Le Miroir de la pénitence (par Burkard) , qui était un livre de droit cano^ nique, fit longtemps autorité, comme code civil et code pénal, dans plusieurs parties de l'Âllemagoe. — Déjà, à une époque 6>rt reculée, les évéques, en Allemagne, avaient fait les plus grands efforts pour mettre en vigueur les DecrétaUs d*Isidore.

« qui veillassent à la conservation de tonte la contrée , qui don- « nassent des ordres , et qui eussent enfin le commandement «général. , . , . » L*auteur place h cette époque Torigine des grands fiefs et rétablissement des duchés \

Au reste, sans recourir aux ouvrages modernes, nous avons des textes originaux qui nous montrent que la révolution féo* dale commenta à la même époque en France et en Allemagne.

Réginon rapporte, conune un fait extraordinaire, que les deux fils laissés par un duc, appelé Robert, ne lui succédèrent point dans son duché *.

Autre exemple : Les fils de Guillaume et de Engelschalk , comtes d*Autriche , n'ayant pas été mis en possession ducomlé de leur père , après sa mort , leurs parents prirent les armes contre Aribo, qui avait obtenu ce comté, et le chassèrent du pays^.

Nous ne pousserons pas plus loin cette démonstration. Nous dirons seulement que nous tirons pour F Allemagne, en ce qui concerne Tesclavage, les mêmes conclusions que pour la France. En effet, les mêmes causes, dans ces deux pays, durent produire des effets semblables.

Nous terminerons en rappelant que, dans les premiers siècles de la féodalité, le servage de la glèbe fiit très-dur en Allemagne. Pendant longtemps les serfs opprimés ne trou* vèrent point, comme en France, un asile assuré dans les villes ; car dans les villes le serf fugitif pouvait espérer, tout au plus, d*être rangé dans la classe des artisans, et les artisans, ainsi que les juifs, furent comptés pendant longtemps au nombre des. serfs *. L'empereur Henri V accrut de beaucoup la prospérité

* Schmidt, Hist. d'AUmagne, liv. in,cli. iy, t. II, p. 82. — Luden (Gefchichte des teutschen Volhes) et Piîster {Hist. d'Allemagne , trad. de M. Pasquis), admettent , eo }a développant , Topinion de Scbmidt.

* Regîno ad ann. 876. — Voy. Perte, Monum, hist. Gennarié ' Annal. Fdldenses , ad ann. SSh*

^ Les negotiatores et les mercatores furent places , parles Othon et par Henri

des villes en honorant les corps de métiers et en abolifsaol la distinction qui avait existé entre les boui^eois complètement libres et les artisans. Alors les serfs abandonnèrent les champs pour se réfugier dans les cités, et une loi leur garantit une liberté pleine et entière , après dix ans de séjour* Il y eut , sans doute, parmi ceux qui cultivaient les terres de la banlieue des villes, un grand nombre de serfs fugitifs. Là ils devenaient cultivateurs libres; ils étaient placés dans la classe des bourgeois externes ou bourgeois des palbsades'(ilii«ftitrgr6r), qui, jouissant des droits de la cité , étaient enlevés à toute juridiction féodale. Toutefois le nombre des serfs ne diminua guère sur les terres de l'Empire, et le servage de la glèbe, considéré comme une des formes essentielles de la société, dqvait durer longtemps encore en Allemagne. Nous lisons, dans un jurisconsulte allemand qui vivait au xvi* siècle, ces paroles remarquables : tOo a dit, avec raison , que l'esclavage ancien est « actuellement aboli ches les chrétiens. C'est là, cependant, une «opinion qu'il ne faut pas prendre dans un sens trop absolu; « car si cet esclavage si dur, qui donnait aux maitres le droit « de vie et de mort sur leurs esclaves , et mettait entre ceux-ci « et les brutes peu ou point de différence, a disparu, cependant « une sorte d'esclavage, modéré il est vrai, et moins dur, mais

• présentant, à beaucoup d'égards, une image de la servitude « ancienne, existe encore, et ne peut cesser d'exister sans com- « promettre le salut de l'État \ »

le Saint, dans la catégorie des serfs. — Voy. Pfeffel, HisU d'AÏUmagne (p<^riode des empereurs francoDieDs).

• * Friderici Husani Tractatva de servh s€u hominihus prûpiiis, p* 9 ; Gîssœ , 166S, în-ia. Il y a en une édition de ce traité en 1690; c*est rédition mentionnée par J. A. Faliricius.

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