De l'esclavage [Texte imprimé]
La presse et le public ont accueilli avec faveur les écrits de Channing que nous avons traduits et réunis sous le titre d ’OEuvres sociales ; c’est un succès durable et qui s’accroît chaque jour. On a vu comme nous dans Channing, non pas un moraliste ordinaire mais une âme vraiment chrétienne, qui aborde tous les problèmes de notre époque avec pleine confiance en la raison et en Dieu, et qui souvent les résout de la façon la plus heureuse et la plus sage. A la première lecture, Channing n’est qu’un cœur ardent dont la charité transporterait les montagnes; quand on vit dans son intimité, on s’aperçoit bien-
tôt que c’est un grand esprit qui a beaucoup étudié et beaucoup réfléchi; c’est un guide sôr auquel on peut se confier, et qui ne sacrifie jamais ni la raison à la foi, ni la liberté au pouvoir, tout en rastanl chrétien sincère et citoven obéissant. Aussi est-il
devenu pour beaucoup de lecteurs un ami fidèle, un compagnon du foyer; son livre est du petit nombre de ceux qu’on recherche alors qu’on a besoin d’une consolation ou d’un conseil.
La bienveillance de l’opinion nous faisait un devoir de poursuivre une publication commencée sous d’aussi bons auspices. Nous donnons aujourd’hui un nouveau volume de Channing qui contient trois de ses meilleurs écrits sur l’esclavage. On pourra s’étonner que nous ayons choisi de préférence un sujet qui ne nous touche pas directement; mais je crois qu’à la lecture l’étonnement cessera. Ces traités sur l’esclavage montrent mieux que tout le reste la grandeur et la vérité des idées que Channing a défendues. Qu’il s’agisse de l’élévation des classes laborieuses, de l’éducation personnelle, du soin des pauvres, ou de l’esclavage, tout, pour Channing, se ramène à l’individu. C’est parce qu’il a une âme immortelle, que le dernier des misérables est libre et qu’il a des devoirs et des droits que personne ne
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peut méconnaître ; c’est parce que sa destinée ne se , termine pas ici-bas que l’esclave ne peut dépendre d’un maître, ni le citoyen d’un tyran ; que ce tyran se nomme Despote, Peuple ou République. C’est toujours la même question, le problème où est engagé notre avenir et celui de nos enfants. Reconnaîtrons-nous partout, et en toutes choses, l’indépendance légitime et les droits de l’individu, ou sacrifierons-nous l’esclave à l’intérêt du maître, l’homme libre à l’intérêt de l’État. En deux mots, serons-nous chrétiens ou païens, citoyens ou sujets?
En traitant de l’esclavage, Channing, avec son habitude de creuser les principes jusqu’à leurs dernières racines, a discuté en jurisconsulte, ou plutôt en philosophe, les problèmes les plus délicats de la politique et du droit. Qu’est-ce que la propriété, qu’esl-ce que l’individu, et pourquoi un individu ne peut-il pas être possédé ? L’homme a-t-il des droits naturels, et quels sont ces droits? Est-il vrai qu’en entrant en société on sacrifie une partie de sa liberté, ou tout au contraire ne fait-on que la mieux garantir? Où s’arrête le droit de l’État? Quelle est la limite de l’intérêt public ? Ce sont là quelques-unes des questions que remue Channing, et je ne connais pas de publiciste ni d’homme d’État
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qui ait porté plus «le clarté dans un pareil examen, ni qui se soit élevé à des considérations plus hautes. Mais ce sont là, il est aisé de le voir, des questions qui intéressent les sociétés libres aussi bien que les sociétés à esclaves, et l’Europe autant que l’Amérique.
Ainsi donc rien ne nous est moins étranger que la discussion de l’esclavage; c’est sous un autre nom le sujet même de la politique. Il n’est pas d’argument en faveur du maître et de son intérêt qu’on ne fasse valoir pour défendre cette souveraineté absolue de l’Etat, qui est la grande hérésie de nos jours, et qui va droit au «communisme; et au contraire tous les raisonnements, toutes les preuves qu’on invoque en faveur de l’esclave, protègent également les droits de l’individu. Si chacun de nous a des droits essentiels qu’il apporte avec lui en naissant, si la liberté, si la famille, si la propriété ne sont pas des créations de la loi, si la société peut seulement régulariser l’exercice de ces droits sans jamais les anéantir, l’esclavage est un crime ; et du même coup, la suprématie de l’État, au delà de certaines limites, est une tyrannie. En ne perdant pas de vue l’identité des deux problèmes, on comprendra pourquoi nous avons traduit