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favorise el défend ouvertement l’esclavage, et cherche à briser ceux qui lui résistent (1). »
L’Europe prend un médiocre intérêt à ee qui se passe aux Etats-Unis; et il semble qu’il n'y ait rien là qui nous touche; c'est une grande erreur, et jamais l'opinion n'eut un jugement plus sérieux et plus utile à porter qu’en ce moment. La question de Nebraska, qui nous laisse indifférents, c’est la question même de l’esclavage dans le monde, et pour qui va au fond des choses, c’cst une question d’existence pour l’Union. Déjà l’esclavage a pris une autorité fâcheuse en Amérique ; qu’il fasse encore un pas et qu’il l’emporte, on peut prédire hardiment les déchirements et la chute des Etats-Unis. Sans doute ce n’est pas en un jour que de pareils événements s’accomplissent; il y a dans les choses humaines un mouvement qui survit au premier choc, et la prospérité des Etats-Unis, cette prospérité due à la sagesse de Washington, à la justice de la Constitution, poura grandir encore longtemps après que sera éteint l’esprit des hommes de 1770. Ce fut l’histoire de la république, romaine qui fit la conquête du monde, quand l’ambition eut remplacé l’esprit de liberté. Ajoutez qu'il y a une fortune matérielle qui fait illusion à ceux qui se contentent des apparences, et que dans cette voie les Etats-Unis sont loin d’être arrivés au bout de la carrière. Leur ambition ne fait que de naître, et il est trop probable que dans un temps assez court ils ne s’arrêteront, comme dit Channing, qu’à l’isthme de Panama, si même ils s’arrètcnt-là, et qu’ils domineront toute l’Amérique du Nord et toutes les Antilles. Les Etoiles se multiplieront à l’infini sur le drapeau de la Confédération ; ce sera le plus grand empire que la terre ait jamais vu.
Mais tout cela n’est qu’une fausse prospérité. Elle peut
(1) London Quarlerly Reviens ocl. 1854, p. 1 28 .
séduire les esprits légers qui jugent des choses par la surface, elle 11 e cachera pas aux esprits sérieux la gangrène intérieure qui ronge les institutions. L’esclavage coupe en deux la République. Il y a deux façons d’entendre la politique et la religion au Nord et au Sud; les mœurs et les idées ne sont plus les mêmes; il y a au Nord du dédain pour les pays d’esclaves, il y a au Sud de la haine contre le Nord et de l’ambition. Croire qu’un pareil levain ne fermentera jamais, s’imaginer que l’Union se maintiendra quand les esprits et les cœurs sont divisés, c'est mal connaître l’hjsioire. Tôt ou tard les sentiments et les idées se traduisent en actes ; les intérêts matériels peuvent retarder sans doute une séparation, mais ils ne l’empêcheront pas. Cette séparation, la verrons-nous? 11 serait insensé de se faire prophète, alors que les États-Unis tiennent encore leur destinée dans leurs mains, et que tant de causes de prospérité balancent le mal de la servitude; mais si l'esclavage grandit, si l’on ne prend pas des mesures énergiques pour arrêter ce chancre dévorant, on peut affirmer que le Nord et le Sud ne vivront pas liés ensemble ; ou il se fera un déchirement douloureux, ou dans ce supplice de Mézenee, ce sera le mort qui empoisonnera le vivant. Par un juste retour l’esclavage du nègre perdra la liberté des blancs, comme autrefois dans l’ancien monde la servitude des provinces ruina cette liberté que Rome, dans son orgueil, avait voulu garder pour elle seule au lieu d’en faire le bien commun des nations.
Channing dit avec raison et dans un beau passage, qu’il v a certaines lois, certaines mesures qui ne font pas de bruit, qui n’occupent pas l’opinion, et qui cependant sont décisives. La postérité qui juge les lois par leurs effets et non par les querelles du jour remet plus tard chaque chose en sou rang, et juir exemple elle donne au Code civil la première place parmi les lois de la révolution, tandis qu’elle jette dans l’ombre dix constitutions avortées. Les lois de l’escla -
, Mil des fugitifs, celui Uu Nebraska, sont de ces me- Zi (‘avenir. MaHieureustiinent, Chanmng
n'est o us là Pour jeter l'alarme, comme il a fait pour u Texas! ^t peut-être l’heure est-elle passée où l’Amcnqun
'TÏue cSng dit lois « — ™ ^" s ;
La postérité revise plus d’une renommée et U y a o vent bien loin de l’opinion des contemporains a celle . b l’histoire. Cela est vrai surtout pour les politiques. Meles a toutes les passions et à toutes les intrigues du moment, ils emportent L, eux ce bruit qui faisait leur célébrité; et uuand vient l’heure du jugement, il ne reste plus rien de ce génie si vanté qui trop souvent n’était que Vecho complmsant des erreurs du jour. En relisant les discours de M^ay et les lettres de Channing, cette idee m’a vivement frappe Voda un homme qui a été un des personnages les blés des États-Unis, qui plusieurs fois désigné pou P dence n’en a paru que plus grand pour n ^e P ’
un homme que deux fois l’Amérique a choisi pour arbiüe
de ses destinées, et qu’elle a écouté comme e e eu Washington lui-mème. Qu’a fait cependant pour ce e que. tion de l’esclavage l’auteur des Compromis de 1820 e de 1850? Rien qu’agrandir la plaie et rendre le mal p • P sont. La question est revenue en 1850 plus terrible quen 1 820 ; elle se représentera bientôt plus menaçante qu en o . La fécondité de l’injustice, c’est la loi divine qui régit le monde ; Dieu fait sortir de nos fautes un mal qui ne s an e e que quand, par son excès même, il a produit lt, remc c.
Au fond ces compromistrop vantés reposent sur une erreur.
Ce n’est pas sur des intérêts que transige M. Clay, cest sur des droits qui ne comportent pas de transaction, parce qu i s sont absolus. Sacrifier une part de son bien-être à la paix publique, c’est le devoir du citoyen, et l’art des politiques est d’amener et de régler ces sacrifices; mais demander aux hommes de renoncer lia justice et à l’humanité, c’est une
folie quand ce n’est pas un crime. On ne transige pas avec la conscience.
Que Channing est un autre caractère! Ce n'est pas un politique; il ne cherche pas de ménagements; il veut la justice, et toute la justice. Plein de charité pour les personnes, il ne transige pas sur les droits; il sait que la liberté et la famille ne sont pas des créations de la loi, et que l’État doit s’incliner devant l’individu. Tandis que M. Clay défend l’esclavage au nom de la propriété, qui est un crime quand elle a l’homme pour objet, tandis qu’il oppose comme un argument décisif qu’il faudrait douze cents millions de dollars, c’est-àdire six milliards, pour faire cesser le despotisme du maître, comme si la grandeur d’une injustice la légalisait, comme si le travail de l’esclave ne suffisait pas à lui racheter la liberté, comme si la possession d’un homme pouvait donner un droit éternel sur la personne de ses enfants, Channing souffle sur ces vains sophismes, et sans art, mais non pas sans éloquence, répand ces vérités qui ont de l’écho dans tous les coeurs. Rien n’est triste comme la lecture de ces discours de M. Clay, qui autrefois excitaient les applaudissements du Sénat et remuaient le Nouveau-Monde ; rien n’est doux et consolant comme ces pamphlets qui valaient à Channing le dédain des puissants et des heureux du jour. La postérité est déjà venue pour ces deux hommes, et le jugement a commencé : M. Clay, l’habile politique, le héros du moment, a reçu les applaudissements de scs contemporains ; c’est la récompense des hommes d’État qui se plongent dans le courant de l’opinion, receperunt merccdem suam, vani vanam. Quoique ses intentions aient été droites, l’histoire, sur laquelle il comptait, sera sévère pour lui ; car, en repoussant l’émancipation, il a été cruel pour ceux qui souffrent, et par ses injustes compromis il a aigri, au lieu de le guérir, un mal qui peut être mortel pour l’Amérique. L’histoire, au contraire, sera plus qu’indulgente pour Channing, qui ne songeait point à elle. En couronnant cet homme de bien.