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montagnes Rocheuses ; en d’autres termes ce sont des pays placés au nord de la fameuse ligne tirée lors du Compromis du Missouri, et suivant cet acte, l’esclavage est interdit dans ces provinces nouvelles, ainsi que dans les nouveaux territoires de Minnesota, d’Utah, d'Orégon, de Washington. Ce sont là des noms de déserts qui nous sont inconnus, mais il s’agit d’une contrée grande comme l’Italie, l’Espagne et la France réunies; c'est le cœur du continent américain ; c'est un territoire placé sous le climat le plus favorable, riche par la fertilité du sol et l’abondance des eaux, qui, avant vingt ans sera couvert d’Etats llorissants, et qui, si l'esclavage ne le souille pas, donnera à la liberté une énorme prépondérance dans le Sénat, et plus encore dans l’opinion.
Evidemment, à suivre le Compromisdu Missouri, l'esclavage est perdu dans l’avenir, et ne peut pas résister à l'établissement de huit ou dix nouveaux Etats libres, qui se joindraien t à l’Ouest et à la Nouvelle-Angleterre dans leur haine pour la servitude. C’est ce que les planteurs du Sud ont senti, et l’an dernier ils sont parvenus à faire abroger l'acte qui les gênait. C’est au nom de la souveraineté des États qu’ils ont rouvert à l’esclavage les chances qu’on lui avait à jamais interdites.
« L’acte du 6 mars 1820, est-il dit dans le bill de Nebraska, ne scr<u pas applicable dans les nouveaux terriloires, comme étant incon-n ciliable avec le principe de non intervention du Congrès en ce qui concerne l'esclavage dans les États et les territoires : principe reconnu par l'acte législatif de 1850, connu sous le nom de Compromis (1). L'intention véritable et la signification de cet acte est de ne point régler ni interdire l’esclavage en aucun territoire ou Étal, mais de laisser les habitants parfaitement libres d'organiser et de régler leurs institutions domestiques comme ils l'entendront, en respectant toutefois la constitution des États-Unis. »
(1) C'est l’ensemble des propositions soumises en 1850 au Congrès parM. Henri Clay et dont le bill des fugitifs fait partie.
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Ainsi, comprenons bien la portée de la loi nouvelle: le O.ngrès abandonne le Nebraska et le Kanzasau hasard. Si l’émigration est faite en majorité par des propriétaires d'esclaves, ils voteront la servitude, le jour où le territoire ayant plus de quarante mille âmes deviendra un Etat, et sera admis dans la confédération ; si au contraire (et c’est la chance la moins probable) la majorité des planteurs est composée d’hommes libres, et ennemis de la servitude, si, comme en Californie, on repousse l’esclavage, le Nebraska et le Kanzas seront à tout jamais terre de liberté. C’est ainsi que les successeurs de Washington abandonnent à la fortune et comme une matière indifférente, les droits de plusieurs millions d’hommes et l’avenir même du continent. Qu'on dise maintenant si l’éloquent M. Sumner, avait tort de s’écrier en combattant une si coupable indifférence :
« Les sentiments généreux qui animaient nos patriotiques ancêtres, et leur donnaient une grandeur historique, ont perdu peu à peu leur puissance. Une fois le bienfait de la liberté assuré pour eux-mérnes, les citoyens de ce pays sont devenus indifférents à la liberté des autres. Ils ont cessé de songer aux esclaves. Les maîtres ont profité de celte indifférence, et quoiqu’ils ne soient qu’une minorité, même dans les États à esclaves, ils ont si bien effrayé les intérêts, si bien employé la tactique parlementaire et surtout ils ont si bien usé d’une union persévérante, et que rien n’arrête, qu’ils ont toujours dominé nos grands partis à mesure qu’ils arrivaient au pouvoir ; ils les ont pliés à leurs vues, et ont inspiré au gouvernement une politique favorable à l’esclavage, fatale à la liberté, et directement contraire aux sentiments des grands hommes qui ont fondé nos institutions. Notre république a augmenté en population et en puissance, mais son caractère a baissé. Elle n’est pas ce qu’elle était à l’origine, c’est-à-dire une république qui souffrait l’esclavage, mais avec regret, qui ne tolérait la servitude que là où on ne pouvait l’écarter, qui l’interdisait là où elle n’existait pas; maintenant c’est une propagande toute-puissante, qui