‹ De l'Espagne et de ses chemins de ferChapitre 32 sur 167 · OPINION DE MARIANA SUR LA NATION ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

OPINION DE MARIANA SUR LA NATION ESPAGNOLE

Les anciens Espagnols étoient grossiers : leui^ mœurs, leur génie et leurs manière^ atoient qtiel<|te chose de féroce, et ils ressembloient presque plus à des bètes qu'à des hommes. Us^ étoient toutefois si discrets, que les tonrmens les plus affreux n^étoient pas ciapables de leur faire révéler une chose qu'on leur avoit conifiée!. Us étoient d'une agilité de corps extraordinaire ; du reste temuans^ su|ierstitieuxy ennemis du sçaYoir. Cependant Ils ont toujours eu l'esprit excellent, et ils le fsàsoient bieft yoir, quand ils sortoient de leur pays^ pour aWcr en d'autres proTÎncfes : car on peut dire qu'ils ne cedoient à aucune autre nation ni pour la pénétration d'espfit, ni pour la mémoire^ ni même pour la politesse et. pour Féloquence. Ils étoient autrefois plus guerriers que politiques. Leur manière de TÎvre étoit sautage, ils mangeoient beauctoup ; mais ils se mettoient peu en peine* de Tiaades délicates : inexorables

envers les cnminels, ils étoient affables et humains envers les étrangers. Dans la suite des tems, ils changèrent de nuBurs; le nombre de leurs vices et de leurs bonnes qualités augmenta, ils s^appliquèrent aux sciences qu*on voit fleurir en Espagne, autant qu'en aucun autre lieu du monde : nulle nation ne récompensa plus libéralement, et plus sûrement la vertu ; le chemin fut ouvert à la gloire. S'ils négligent un peu les belles lettres, c'est sans préjudice des autres sciences.

Ils sont grands observateurs de la justice, et les magistrats soutenus par les loix, et appuies de L'autorité du prince, sçavent maintenir les grands dans l'ordre, et tenir la balance égale entre le peuple et la noblesse. Par ce soin et par la vigilance des magistrats, l'on n'entend point parler en Espagne de vols, de meurtres, de brigandages, et Ton ne pardonne à quiconque ose violer les loix, ou faire insulte à la moindre personne; mais ce qui donne un lustre encore plus éclatant à la nation espagnole, cVst son zélé pour la religion catholique, et sa fermeté à en conserver la pureté : politiques dans le cabinet, et braves dans l'action , les Espagnols, après avoir chassé les Maures, et conservé la tranquillité dans, leur propre pays, ont avec un courage invincible porté leurs armes jusqu'aux extrémités les plus reculées de l'univers.

Ils sont infatigables, et« la nature semble leur avoir donné un corps capable de souflrir la faim, la soif, et les plus pénibles travaux; aussi ont -ils surmonté sur mer et sur terre tous les obstacles que la fortune avoit voulu mettre à leurs desseins ; après tout, ils se sont laissés corrompre par les étrangers, et amollir par les plaisirs. L'abondance que la terre et la mer leur procure, le commerce des nations étrangères^ que les richesses «extraordinaires de l'Es-

pagae y attirent de tous les endroits de la terre, n*a serri qn'à leur amener ce qui étoit capable d'affoiblir, d'étouffer, et même d'éteindre leur ancienne Vertu, ^exemple de la cour a entraîné le peuple, qui se plonge ordinairement dans les plus affreux desordres, qui enchérit en matière de libertinage sur la noblesse, et qui ne sçait ce que c'est que de donner des bornes à ses passions, si l'exemple des grands» et l'autorité des magistrats ne le retiennent : de là Tient que les Espagnols ne gardent plus à présent de mesures ni dans leur dépense, ni dans la délicatesse de leur table, ni dafts la magnificence de leurs habits. 11 semble même qu^ils aient pris plaisir à réunir dans leurs personnes tous les yices, et tout ce que chaque nation a de mauvais en particulier : ce qui fait appréhender aux personnes sages, que toutes sortes de malheurs ne viennent bien-têt accabler cette nation ; d'autant plus qu'elle se rend odieuse aux autres, par Torgueil et l'inflexibilité de ceux qui gouvernent ; vices inséparables des grands empires. ^

ZH m L'ESPAGNE

DU PRIX DE LA JOURNÉE DK TRAVAIL. DES PRINCIPALES CÉRÉALES. ET DES MOYENS DE TRANSPORT.

Il n'est pas possible de déterminer arec exactitude le prix de la journée d'un ouvrier des champs ou de l'industrie en Espagne ; on peut seulement indiquer^ d'après les données officielles, que le prix moyen de la journée des hommes employés à la construction des routes de premier ordre, pendant l'année 1859, a été le suivant :

HAffcBtmtcft :

Province de Lugo et dfOrense, mmtmtim . « 4 » Province de Bareelone* maocifnwn . « • • . 8 50

Page 1