CONCLUSION
§ 1. — Où doivent se porter les principaai( efforts des pablicistes et du goaTemement.
On vient d'esquisser la situation politique, économique et financière de TEspagne ; mais comme il n'y a rien de fait tant quMl reste quelque chose à faire, son gouvernement, ainsi que les publicistes animés de l'amour du bien public, doivent porter leur sollicitude notamment vers la politique, Tagriculture, le commerce et l'industrie, et surtout vers l'instruction publique.
§ 2. *- Objet des réformes politiques.
Les réformes politiques concernent spécialement la justice et l'armée.
Dans l'ordre judiciaire, il est important :
lo de simplifier les rouages en diminuant le nombre des juridictions; 2* de fortifier le personnel en augmentant le nombre des juges, et leur traitement, afin de pouvoir faire de meilleurs
choix (1) ; âo de donner des garanties à l'innocence en instituant le jury, présidé par un magistrat tant au grand qu'au petit criminel.
Dans Tordre militaire, on triplera le nombre des gardes civiles, qui sont la gendarmerie du pays, et l'on ne conservera dans l'effectif de l'armée que 60,000 hommes. Mais on aura soin d'exercer provisoirement, les jours de fêtes et à certaines époques de l'année, les citoyens en état de porter les armes, toutefois sans les y astreindre ni les vexer. Provisoirement lei volontaires suffiront»
9 3* — Objet des réformes agricoles.
L'agriculture doit être particulièrement encouragée ien Espagne, dont la majeure partie du sol est si fertile. Une partie des forêts doit être défrichée, en choisissant celles qui ne produisent que des essences de bois inutiles, c'est-à-'dire des broussailles ; mais il faut toujours respecter celles des forêts qui sont nécessaires pour empêcher l'inondation des terres ou les ravages des vents. Malheureusement en France, comme dans tout
(1) Les dépenses ne seront pas plus considérables, car on peut diminuer le nombre des tribunaux de première instance et de ceux d'appel.
rOrient, la dii^yaritlarï de ces forêts i>ée€ifisaii<'es a eondamné à Ist stérilité détf âol& jadis trè^ fertiless.
Que l'on vende donc à toiït prix, par petits lots, afm (}aè leê paysans en profitent, les forêts destinées au défrichement. Il faudra tes mettre à prix à renchèi'e i^r la valeur intrinsèque du bois» augmentée seulement d'une petite somme pour lefonds^ mais avee des conditions de dé^frichement et de culture dont rinaccomplissement ferait rentrer la propriété dans les mainfe de TEtat. Que Ton ne s'inquiète nullement de la vileté de prix auquel ces domaines seront transmis ! Qu'importe à un Etat d'encaisser momentanément une sommé un peu plus forte, si, durant dé longues années, le peuple est privé ded produits d'un travail agricole! Croit-on que la France ait perdu (|uelque chose à la vente k vil prix des biens nationaux dans la révolution ?
Il faut aussi encourager particulièrement la culture dé la vigne^ puisqu'elle est le meilleur produit de P Espagne- '
§4* — Du commerce et de rindustrie.
C'est la partie qui a repris le plus d'essor en
TEspagne, mais qui nécessite encore bien des réformes. Je voudrais voir abolir tous les octrois san3 exception ; ne conserver les douanes que pour les choses de luxe ou de pur agrément ; et enfin encourager avec persistance et à tout prix la construction des chemins vicinaux, conmie fit en France le gouvernement de Louis-Philippe; car' sans cela, les chemins de fer seraient loin de rendre les services qu'on «n attend.
Les chemins de fer espagnols construits ou eu construction sont tous nécei^aires au réseau et à l'exploitation de ce pays; .mais ils n'ont pas la même valeur pour les capitalistes qui en possèdent les actions. La différence provient tant de la probité et de l'intelligence des administrateurs que de la situation et de l'exiguïté ou de l'étendue des lignes; Je donnerai ultérieurement les chiffres de^ leur valeur respective. Quant à présent, il suffit de dire que les uns ne* valent que /i.00 francs par action, tandis que les autres valent réellement 600 francs. Dans quelques années ceux-ci iront jusqu'à 750 francs^ et les autres, dans leurs conditions actuelles, ne vaudront jamais plus de /i.50 francs.
Généralemeirt la construction des chemins de fer par les Compagnies purement espagnoles n'a pas une solidité suffisante (1).
§ 5. — De rinstniction publique.
On commence à Tencourager : l'institut royal de Madrid est occupé par des professeurs estimables et savants, comme j'en ai pu juger par mes entretiens avec eiix. Mais c'est surtout dans les masses populaires qu'il faut favoriser l'instruction. Il ne dépend que du gouvernement qu'avant deux générations tous les citoyens des deux sexes connaissent les éléments de l'histoire, des mathématiques et' des lois : c'est ainsi qu'on parviendra à former une grande nation ; c'est ainsi qu'on écartera la superstition, tout en conservant les sentiments religieux.
Enfin, il faut avec soin, et par-dessus tout, se délivrer des Sarrasins. Il n'y en plu# de mahométans depuis près de quatre siècles, mais il y en a de financiers; il y en a aussi ps^rmi les hommes chargés de l'administration et de la justice. Qu'Isabelle II ait sans
(1) Je n*en excepte que le chemin du Grao de Valence à Aimansa,9ui est établi consdencieusement.
cesse devant les yeux rej^emple dé sa nûMe devancière I C'est p\us p^t la justice que par ses entrepriseé extérieures que cellô-^i éleva TEspagne au plus haut degré dé splendeur parmi les nations! .C'est aussi, par la justice sévère à Tégard des puissants, clémente à j'égard des faibles, qu'Isabelle II restaurera com«> plétement son pays. Elle y est aimée : qu'elle s'efforce d'en conserver l'estime et l'amour^
Les ignorans seuls accusent leâ peuplée d'in»* constance ; car ceux^i ne changent que quand les gouvernements se corrompent^ Le véritable homnle d'Etat ,. appelé k juger d'une querella entre un peuple et un monarque» peut à cûup sûr condamner te monarque» J'aime dono & espérer que, quant à TEspagne, on ne sera pas ap* pelé à porter une telle sentence, et qu'on saura désormais y prévenir le fléau de la guerre civile, *ce qui est fadle; mais qu'on saura aussi y relever complètement la moralité publique, y faire bonne justice des intrigants» des agioteurs, de» filous et des escrocs» et encourager les arts utiles et surtout 'les lettres ; caries gens de lettres dignes de ce nom sont les précepteurs des monarques et des peuples eux-mêmes.