‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 16 sur 93 · LA STRUCTURE FORMANT LIEN SÉRIEL. G · texte numérisé non relu

LA STRUCTURE FORMANT LIEN SÉRIEL. G

à la fois trois doigts à une patte et quatre doigts à l’autre. Ceux qui ont quatre doigts aux quatre pattes habitent la Nouvelle-Hollande ; ceux qui ont cinq doigts à la patte antérieure et quatre à la postérieure vivent au Bengale ; la combinaison inverse se rencontre en Afrique, aux Indes orientales, au Brésil, et en Australie. — Les genres qui possèdent cinq doigts aux quatre pattes sont le plus largement distribués, et cependant tellement disséminés, qu’aucune province zoologique isolée ne montre une série parfaite ou quelque chose d’approchant. Au contraire, le mélange, dans presque toutes les faunes, de quelques représentants de la combinaison la plus achevée avec ceux de la combinaison la plus simple, exclut plus décidément encore tonte idée d’une influence des agents physiques sur le développement des organes.

Une autre série semblable et non moins remarquable peut être tracée chez les Batraciens à queue, .le renvoie, pour les caractères de ces animaux, aux ouvrages de Holbrook, Duméril et Bibron, Tschudi et Baird (1). A la vérité, ces auteurs ne les ont point présentés sous ce point de vue, mais les particularités génériques de ces animaux suggèrent d’elles-mêmes ce rapprochement; d’ailleurs de plus longs détails «à cet égard seraient, pour le but que je me propose, d’autant plus oiseux, que j’ai déjà discuté ailleurs la gradation de cette série (2).

Des séries analogues, bien que moins remarquables et plus limitées, pourraient être tracées dans chaque classe du règne animal, non-seulement parmi les types actuels, mais encore parmi ceux des époques géologiques antérieures. L’intérêt < qui s’attache à l’étude de ces séries en devient plus grand ; car on voit alors que ces combinaisons sont non-seulement développées dans l’espace, témoignant par là de l’omniprésence, mais contiennent encore le temps comme élément, ce

(1) I. E. Holbrook, Norlh American Erpelology. Philadelphie, 1862, in-4, vol. V. — .1. .1. Tschudi, Classification der Balrachier. Noufchâlel, 1838, in-4. — Sp. F. Baird, Révision of llie Narlh American tailcd Batrachia (Journ. Acad. Nat. Sc. of Philadelphie, 2* série, vol. 1,1840, in-4.

;2) L. Agassiz, Tu/ilve Lectures on Comparative Embryulogy. Boston,

DE L’ESPÈCE

qui dénote prescience. La série des Crinoïdes; celle des Brachiopodes à travers tous les âges géologiques ; celle des Nautiloïdes, des Ammonitoïdes, depuis le trias jusqu’au terrain crétacé inclusivement; celle des Trilobites, depuis les couches inférieures jusqu’à l’étage carbonifère ; celle des Ganoïdes à travers toutes les formations ; enfin, parmi les animaux vivants : dans la classe des Mammifères, celle des Singes de l’ancien monde spécialement; celle des Carnivores, depuis les Phoques jusqu’aux Digitigrades, en passant par les Plantigrades; — dans la classe des Oiseaux, celle des Échassiers et celle des Gallinacés; — dans la classe des Poissons, celle des Pleuronectides et celle dcsGadoïdes, celle des Raies et des Requins; — dans la classe des Insectes, celle des Lépidoptères, depuis les Teignes jusqu’aux Papillons ; — dans la classe des Crustacés, celle des Décapodes en particulier ; — dans la classe des Vers, celle des Nudibranches et celle des Dorsibranchcs spécialement; — dans la classe des Céphalopodes, celle des Sépioïdes; — dans la classe des Gastéropodes, celle des Nudibranches; — dans la classe des Acéphales, celle des Ascidiens et celle des Huîtres dans le sens le plus large ; — dans la classe des Échinodermes, celle des Holothuries et des Astérioïdes; — dans la classe des Acalèphes, celle des Hydroïdes; — dans la classe des Polypes, celle des Alcyonoïdes, des Aslræoïdes, etc., etc., méritent une attention spéciale, et pourraient être étudiées avec beaucoup de fruit au point de vue où je les envisage. Car, partout, nous y découvrons, dans les deux dimensions de l’espace et du temps, les combinaisons intelligentes et l’acte d’un esprit. Mais il ne faut toutefois pas perdre de vue que, taudis que certains types déroulent une série d’un enchaînement remarquable, il en est d’autres chez lesquels il ne paraît exister rien de semblable et dont la diversité donne lieu à des considérations d’un autre ordre.

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