VI. VKRTEBRATA (Leuckart ne s’en occupe point
Je n’ai pas besoin de répéter ici ce que j’ai déjà dit, dans la première section, à l’égard des divisions primaires adoptées par Siebold et Leukart. Quant aux classes, je puis ajouter que les trois classes d’Echinodermes de Leuckart ne présentent que des caractères d’ordre. A part les Oiseaux et les Céphalopodes, il n’y a pas une classe aussi bien définie que celle des Echinodermes et aussi peu susceptible d’être fractionnée en groupes mineurs présentant quelque chose de semblable aux caractères de classe. Les systèmes organiques offrent chez ces êtres des homologies si étroites (voy, p. 302) que, pour entreprendre de les subdiviser en trois classes, Leuckart a dû admettre comme classes des groupes qui fournissent seulement les caractères de l’ordre,
(1) Leuckart incline tant soit peu à considérer les Tünicata non pas simplement comme une classe, mais même comme un autre grand type ou embranchement intermédiaire entre les Échinodertues et les Vers.
DK LA CLASSIFICATION.
3 tltl
c’est-à-dire des degrés différents de complication dans la structure. La même observation est également fondée à l’égard de ses classes de Vers. L’arrangement de ces animaux proposé par Burmeister est certainement plus conforme aux faits que ceux de von Siebold et de Leuckart, d’autant qu’il rapporte déjà et à bon droit les Rotifères à la classe des Crustacés et ne veut pas, comme Leuckart, réunir les Bryozoaires et les Vers. Je suis d’accord avec Leuckart quant à la convenance de séparer les Nemertins et les Hirudinés des vrais Annélides, mais Burmeister fait une appréciation plus exacte de la position à attribuer au type tout entier des Vers, puisqu’ avec De Blainville il le reporte à l’embranchement des Articulés.
Le défaut commun à toutes les classifications qui ont été proposées depuis Cuvier est, d’abord, d’avoir abandonné plus ou moins complètement l’idée du plan de structure, idée admirablement développée par Cuvier, et sur laquelle il n’a cessé d’insister avec une confiance croissante et une conscience de plus en plus nette de sa valeur, depuis 1812; ensuite, d’avoir fréquemment laissé l’idée de complication de structure l’emporter sur tous les autres traits plus généraux du plan. Pour apprécier convenablement ces traits, il faut, il est vrai, une connaissance de la structure du règne animal tout entier, autrement profonde que celle qui suffit à l’investigation des caractères anatomiques de types particuliers.
Cependant, qu’on jette sur tous ces systèmes un coup d’œil rétrospectif, qu’on examine avec attention les plus récents d’entre eux et, pour peu qu’on soit bien au fait des vues qui ont cours actuellement dans notre science, on ne manquera pas de reconnaître que, après un demi-siècle d’expérience, l’idée d’embranchements caractérisés par la différence des plans de structure a prévalu, comme expression des véritables rapports existant entre les animaux, sur celle de gradation réunissant tous les animaux en une seule série progressive. Or, si l’on réfléchit que cette idée s’est fait jour à travers les vues les plus contradictoires sur la classification, et même en l’absence de tout principe régulateur, il faut bien
LES PHYSIOPHILOSOPBES.
convenir que cela ne peut être dû qu’à la vérité intrinsèque du jugement pour la première fois émis par Cuvier. Ou découvre dans les classifications de Siebold, de Leuckart et des autres le triomphe de la grande conception du naturaliste français, malgré toute la différence qu’il y a entre leurs systèmes et le sien. La question de principe en effet n’est pas de savoir s’il y a quatre grands plans, s’il n’y en a que trois ou s’il y en a davantage, ni si ces plans sont circonscrits de telle ou telle manière ; c’est là une simple affaire de soin et de pénétration de la part de l’observateur. Aussi je maintiens que la première ébauche de Cuvier, avec toutes ses imperfections de détail, offre un tableau des rapports essentiels existant entre les animaux plus conforme à la nature que les classifications en apparence plus correctes des écrivains modernes.
Systèmes physiophilosophiques.
Vers le temps où Cuvier et les naturalistes français décrivaient la structure du Règne animal et entreprenaient d’en faire la base d’un système naturel de zoologie, il se formait en Allemagne, sous la direction de Schelling, une école philosophique qui étendait sa puissante influence sur toutes les branches des sciences physiques. Oken, Kieser, Bojanus, Spix, Huschke et Carus sont les plus remarquables parmi les naturalistes qui appliquèrent la philosophie nouvelle à l’étude de la Zoologie. Mais aucun d’eux n’a, au même degré qu’Oken, incorporé les vues de l’école aux résultats de l’étude de l’histoire naturelle.
Aujourd’hui, le courant repousse avec violence tout ce qui rappelle les physiophilosophes allemands et ce qu'ils ont fait; il est de bon ton d’en dire du mal. L’obligation n’en est que plus impérieuse, pour qui veut faire l’histoire impartiale de la science, de montrer combien grande et bienfaisante fut l’influence d’Oken sur les progrès de la science en général et sur ceux de la Zoologie en particulier.
Il est d’ailleurs bien plus facile de lui emprunter ses idées, tout en se moquant de son style et de sa nomenclature, que de découvrir le sens véritable de ce que ses formule* presque toujours paradoxales, sentencieuses ou aphoristiques laissent inexpliqué. Mais l’homme qui a changé du tout au tout la méthode d’étude de l’ostéologie comparée, l’homme qui a porté une investigation profonde dans l’embryologie des animaux supérieurs, en un temps où un petit nombre seulement de physiologistes prêtaient attention à cette matière; celui qui a classé les trois règnes de la nature d’après des principes qui n’appartiennent qu’à lui, qui a aperçu chez les êtres organisés des milliers d’homologies et d’analogies entièrement méconnues auparavant; l’homme qui a publié sur l’histoire naturelle un traité considérable, résumé substantiel de tout ce qu’on savait au jour de sa publication; celui qui a dirigé pendant vingt-cinq ans le journal des sciences naturelles le plus complet qui ait jamais été publié, y enregistrant avec une scrupuleuse fidélité toutes les découvertes faites pendant un quart de siècle ; le savant qui a su inspirer à tous les étudiants qui l’ont approché un ardent amour pour la science et une sincère admiration pour le maître; cet homme-là ne doit pas être oublié, et les services qu’il a rendus ne doivent pas être dédaignés, aussi longtemps du moins que l’intelligence et l’observation seront réunies.
Classification d’Oken.
Le tableau suivant de la classification d’Oken est extrait de son Allgemeine Nalurgesehichte für aile Sliinde , Sluttgardt, 1833-42, 14 vol. in-8, t. 1 er , p. 5. On peut se rendre compte des changements qui ont été introduits dans ce système en comparant le Lchrbuch der N alur philosophie du même auteur, léna, 1809-11; 2* édit., 1831; 3 e édit., Zurich, 1843; — version anglaise par la Hoy-Society, Londres, 1847 ; et aussi Lehrbuch der Nalurgesehichte, Leipsig, 1813; Weimar, 1815 et 1825. — Handbuch der Nalurgesehichte zum Gebrauch bei Vurlesungcn, Nuremberg, 1816-20. — Nalurgesehichte für Schulcn, Leipsig, 1820, et divers mémoires dans 17sù.
1er Dpgré. Animaux-intestin, encore appelés Animaux-Corps, ou Animaux-Tact. Une cavité seulement ; point de télé garnie d’un cerveau; rien que le sens le moins parfait; des intestins et des or-
PHYSIOPHILOSOPHES. — OKEN.
ganes cutanés, mais point de chair: c’est-à-dire ni os, ni muscles, ni moelle épinière. = INVERTÉBRÉS. Caractérisés par le développement des systèmes organiques de la vie végétative, qui sont ceux de la digestion, de la circulation et de la respiration. De là :
Cycle I. Animaux-digestion. = rayonnés. Caractère essentiel : rien de développé que l’intestin.
Cl. 1. Infusoires (animaux-estomac). Bouche simplement garnie de cils vibratiles.
Cl. 2. Polypes (animaux-intestin). Bouche munie de lèvres et de tentacules pour la préhension.
Cl. 3. Acalèphes (animaux lactescents). Corps traversé par des tubes semblables aux vaisseaux lymphatiques.
Cycle II. Animaux-circulation. — mollusques. Caractère essentiel: intestins et vaisseaux.
Cl. 4. Acéphales (animaux biauriculés). Cœur membraneux à deux oreillettes.
Cl. 5. Gastéropodes (animaux uniauriculés). Cœur membraneux à une seule oreillette.
Cl. 6. Céphalopodes (Animaux bicardiés). Deux cœurs.
Cycle III. Animaux-respiration. = articulés. Caractère essentiel : intestin, vaisseaux et pores respiratoires.
Cl. 7. Vers (animaux-peau). Respiration par la peau elle-même, ou partie de la peau ; pas de pieds articulés.
Cl. 8. Crustacés (animaux-branchies). Branchies ou tubesaériens parlant d’une peau cornée.
Cl. 9. Insectes (animaux-trachées). Des trachées intérieurement; des branchies au dehors, servant d’ailes.
2° Degré. Animaux-chair, encore appelés animaux-tête. = VERTÉ- BRÉS. Le corps a deux cavités entourées de parois charnues (os et muscles), qui renferment la moelle épinière et les intestins. Tète contenant un cerveau; sens supérieurs développés. Caractérisés par le développement des systèmes de la vie animale, spécialement du squelette, des muscles, des nerfs et des sens.
Cycle IV. Animaux charnels proprement dits. Sens non perfectionnés.
Cl. 10. Poissons (animaux-os). Squelette prédominant et extrè 1 mement morcelé ; muscles blancs ; cerveau sans circonvolutions; langue dénuée d'os; nez non perfoté; oreilles cachées ; yeux sans paupières.
Cl. 11. Reptiles (animaux-rm/sc/es). Muscles rouges, cerveau sans circonvolutions, nez perforé, oreilles sans orifice extérieur, yeux immobiles, à paupières imparfaites.
Cl. 12. Oiseaux (animaux-ner/s). Cerveau avec des circonvolutions, oreilles ouvertes, yeux immobiles, à paupières imparfaites.
Cycle V. Animaux sensuels. Tous les systèmes anatomiques et tous les sens perfectionnés.
Cl. 13. Mammifères (animaux-sens). Langue et nez charnus, oreilles ouvertes, le plus souvent munies d’une conque, yeux mobiles, avec deux paupières distinctes.
Les principes posés par Oken et dont cette classification est, en zoologie, le résultat pratique, peuvent se résumer ainsi : les degrés ou grands embranchements sont déterminés par les systèmes anatomiques, par exemple par la tête et le corps, par l’intestin, par les chairs, par les sens. De là deux degrés dans le Règne animal. Les animaux sont, pour ainsi dire, des parties faites vivantes du corps humain démembré. Les classes d’animaux sont la représentation spéciale, par des formes vivantes, des systèmes anatomiques de l'être le plus élevé de la création.
L’Homme, dans ce système, est considéré, non pas seulement comme la clef du Règne, mais encore comme le prototype et la mesure de l’organisation animale. Il n’existe rien dans le Règne qui ne soit représenté, et par une combinaison plus parfaite, dans l’homme même. L’existence de plusieurs plans distincts de structure est ainsi niée virtuellement. Tous les animaux sont construits sur le patron de l’homme. Les différences qu’il y a entre eux sont purement et simplement dues à ce qu’ils présentent soit un seul système, soit un plus petit ou un plus grand nombre de systèmes d’organes, d’une importance physiologique ou moindre ou plus considérable, et dont le développement, dans le corps de chacun d'eux, est ou bien exclusif ou bien lié à celui d’un ou de plusieurs autres systèmes. Les principes sur lesquels se fondent la classification de Cuvier et celle d’Ehrenberg sont les uns et les autres complètement réduits à néant. Le principe de Cuvier, qui admet dans le Règne animal quatre différents plans de structure, est, en effet, contradictoire avec l’idée que tous les animaux ne re-
PHYSIOPRILOSOPHES. — FITZINGER. 349
présentent pas autre chose que les organes de l’Homme. Le principe d’Ehrenberg, qui considère tous les animaux comme également parfaits, n’est pas moins inconciliable avec la supposition que tous les animaux représentent une somme inégale d’organes. Or, d’après Oken, le corps des animaux est, en quelque sorte, le corps de l’homme analysé; les organes de celui-ci vivent soit isolément, soit sous diverses combinaisons, à l’état d’animaux indépendants. Chacune de ces combinaisons constitue une classe distincte. Le principe sur lequel sont fondés les ordres a déjà été exposé précédemment (chap. Il, section 3, p. 247).
Il y a quelque chose de séduisant dans l’idée que l’Homme est le prototype d’après lequel on doit apprécier la structure de tous les animaux. Mais toutes les tentatives qu’on a faites jusqu’ici, pour appliquer ce principe au Règne animal tel qu’il est, doivent être regardées comme ayant complètement avorté. Dans ses différents ouvrages, Oken a successivement identifié les systèmes d’organes de l’Homme avec des groupes différents d’animaux ; à leur tour, divers auteurs qui admettaient le même principe de classification ont identifié ces systèmes à d’autres groupes. L’impraticabilité d’un semblable dessein saute aux yeux lorsqu’on s’est convaincu par les faits de l’existence de plans distincts de structure. Mais si insensé que soit le principe général des physiophilosophes, nous ne devons pas méconnaître tout ce qu’il y a de profitable dans leurs œuvres spéciales. Les ouvrages d’Oken, en particulier, abondent en vues originales sur les affinités naturelles des animaux, et sa connaissance profonde de toutes les observations de ses prédécesseurs et de ses contemporains prouve qu’il fut un des zoologistes les plus instruits de ce siècle.
Classification de Filzinger.
Ce diagramme est extrait du Syslema reptilium, de Fitzinger, Vienne, 1843, in-8. I. Provincia. EVERTEBRATA.
Animalia systematum anatomicorum vegetativorum grndum
. evolutionis exhibentia.
350 DK LA CLASSIFICATION.
À. Gradua evolutionis systematum physiologicorum vegetativorum. i. Circulus. Gastrozoa.
Evolutio systematis nutrilionis :
a. Evolutio prscvalcns b. Evolutio prævalens c. Evolutio prævalens systematis digestionis. systcmatis circulationis. systcmatis rcspirationis.
Cl. i. Infüsorja. Cl. 2. Zoophïta. Cl. 3. Acalephæ. îi. Circulus. Phïsiozoa.
Evolutio systcmatis generationis :
Cl. U. Vermes. Cl. 5. Radiata. Cl. 6. Annulata.
B. Gradus evolutionis systematum physiologicorum animalium. m. Circulus. Df.iimatozoa.
Evolutio systcmatis sensibilitatis :
Cl. 7. Acf.phai.a. Cl. 8. Cephalopoda. Cl. 9. Mollüsca.
rv. Circulus. Arthrozoa.
Evolutio systematis motûs :
Cl. 10. Crüstacea. Cl. 11. Arachnoidea. Cl. 12. Insecta.