B A E II
qu’ils montrent les relations multiples qu’il y a entre tous les groupes naturels, de quelque catégorie qu’ils soient.
Systèmes embryologiques.
L’embryologie, dans la forme qu’elle a prise depuis cinquante ans, est une science aussi complètement allemande que la Naturphilosophie elle-même. Elle s’éveilla à son activité nouvelle dans le même temps que se développait la Philosophie de la Nature. Il ne serait guère possible de reconnaître, à la lecture seule de ses ouvrages, l’esprit qui lui imprima l’impulsion ; mais l’homme que Pander et K. E. von Baer ont proclamé leur maître doit être considéré comme l’âme de ce mouvement, et cet homme c’est Ignace Dôllinger. C’est avec un profond sentiment de gratitude que, pour mon propre compte, je me souviens de l’influence que cet homme si bienveillant et si éclairé exerça sur mes études et sur mes débuts, pendant les quatre années que je passai sous son toit à Munich, de 1827 à 1831. C’est à lui que je dois d’avoir été initié à tout ce que l’on savait sur le développement des animaux, avant la publication du grand ouvrage de Baer ; c’est à ses cours que j’ai appris à apprécier l'importance de l’Embryologie pour la Physiologie et la Zoologie. Les observations de Pander (1) sur le développement du poulet dans l’œuf, qui ouvrirent la série de ces études vraiment originales sur l’Embryologie dont l’Allemagne a le droit d’être fière, ont été faites sous la direction et avec le concours de Dôllinger. Elles furent bientôt suivies des travaux plus étendus de Rathke et de Baer, en qui le monde civilisé reconnaît les fondateurs de l’Embryologie moderne.
Les principes de classification proposés par K. E. von Baer semblent avoir passé inaperçus des écrivains systématisateurs. Cependant, non-seulement ils méritent la considé-
(1) Pander, Beilriige sur Enlwickelwngsgeschichte des Hühnchens im Eie. Würzbourg, 1817, in-fol.
DE r.A CLASSIFICATION.
ration la plus attentive, mais encore on peut dire que pas un naturaliste, excepté Cuvier, n’a émis une vue aussi profonde des véritables caractères d’un système naturel que le grand Embryologiste, dans ses Scholien und Corollarien su der Entwickelungsgeschichte des Uühnchens im Eie (1 ). Ces principes sont présentés sous forme de propositions générales et non sous forme de synopsis avec nomenclature rigoureuse et systématique. C’est pour cela, sans doute, qu’ils ont été négligés par ceux qui se payent plus volontiers de mots que d’idées; mais il suffira de quelques extraits pour faire voir combien est amplement récompensé quiconque prend la •peine de lire ce livre.
Les résultats auxquels K. E. von Baer avait été conduit par ses études embryologiques, touchant les rapports fondamentaux des animaux entre eux, s’écartaient beaucoup des idées alors dominantes. Aussi, pour être bien compris, il commence avec son soin et sa clarté habituels, par résumer les opinions de ceux avec qui il n’est pas d’accord.
* Il est, dit-il, peu de manières de voir touchant les rapports qui existent dans le monde organique qu’on ait accueillies avec autant d’approbation que celie-ci : — Les formes animales supérieures, à diverses phases du développement de l’individu, depuis le commencement de son existence jusqu'à son achèvement parfait, correspondent à des formes permanentes de la série animale; le développement de quelques animaux suit les mêmes lois que la série tout entière des animaux; conséquemment, l’animal de l’organisation la plus élevée passe, durant son développement individuel et pour tout ce qui est essentiel, à travers des phases qui, chez des êtres moins nobles, sont l’état permanent; si bien que les différences périodiques de l'individu peuvent être ramenées aux différences des formes permanentes des animaux. »
Ensuite, afin d’avoir pour les résultats de l’embryologie
(I) Ueber Entudckkclungsgeschwhte der Thiere Reobachlung und Réflexion von 0. Karl Ernst von Baer. Xoenigsbeig, 1828, in-Z|. Voyez aussi A cia nova Acad. Leop. Cœsar., vol. XIII, et Archives deMeckel. 1826.
EMBRYOLOGISTES. — BAER. 381
un terme de comparaison, il discute la place relative des différents types permanents d’animaux, et il poursuit :
« Il importe spécialement de distinguer entre le degré de perfection de la structure et le type d’orgahisaliun. Le degré de perfection de la structure animale consiste dans l'hétérogénéité plus ou moins grande des parties élémentaires et dans la netteté des divisions d’un appareil complexe, en un mot dans la plus grande différenciation histologique et morphologique. Plus la masse du corps est uniforme, moindre est le degré de perfection; il y a supériorité quand les nerfs et les muscles, le sang et le tissu cellulaire sont nettement distincts. A mesure que la différence croît entre ces parties, la vie animale développe des tendances diverses; ou, pour être plus exact, plus le développement de la vie animale produit de tendances diverses, et plus les parties élémentaires que celle vie met en jeu sont hétérogènes. La même chose est vraie des parties isolées d’un appareil quelconque: l’organisation dans laquelle les parties d’un système entier diffèrent davantage entre elles, cl dans laquelle chaque partie a une individualité, est plus haute que celle où le tout est plus uniforme. J’appelle type le rapport qu’il y a, au point de vue de leur position, entre les éléments organiques et les organes. Ce rapport de position ne fait qu’exprimer certaines connexions fondamentales entre les tendances que manifestent individuellement les rapports de la vie; on en peut donner pour exemple les pôles de réception et de décharge du corps. Le type est d’ailleurs distinct du degré de perfection; si bien que le même type peut comprendre plusieurs degrés de perfection et, vice versd, le même degré de perfection peut être atteint dans plusieurs types. Le degré de perfection combiné au type détermine tout d’abord ces grands groupes du règne animal qu’on a appelés classes (1), et c’est â la confusion de ces deux choses que sont dues sans doute tant de classifications erronées ; par cela même que
(1) Il est clair, par là, que Baer a une idée Irès-déliuie du plan de structure et qu’il y est parvenu par une tout autre route que Cuvier. Il est visible qu’il comprend la distinction entre le plan et le mode d’exécution. Mais ses
ces deux rapports sont évidemment distincts, il est suffisamment prouvé que les diverses formes animales ne présentent pas une série unique de développement, depuis la monade jusqu’à l’Homme. »
Les types reconnus par Baer, sont :
1° Le type périphérique. Dans ce type, c’est entre le centre et la périphérie que se trouvent les contrastes essentiels (1); les fonctions organiques s’exécutent, en rapport d’antagonisme, du centre à la circonférence, et, par conformité avec ce fait, l’organisation tout entière rayonne autour d’un centre commun. En dehors de cela, il n’existe qu’un contraste : celui entre le dessus elle dessous, et encore faiblement marqué; l’opposition entre la gauche et la droite ou entre le devant et le derrière n’est pas du tout perceptible, et, en conséquence, le mouvement a lieu dans celte direction unique. Comme toute l'organisation rayonne autour d’un foyer unique, de même les centres de tous les systèmes organiques sont disposés en anneau autour de ce foyer; ainsi sont placés, par exemple, l’estomac, les nerfs, les vaisseaux (si ces parties sont développées) et leurs ramifications qui se prolongent dans les rayons; ce que l’on trouve dans un rayon est répété dans tous les autres, le rayonnement ayant toujours lieu du centre à la circonférence et tous les rayons ayant avec le centre le même rapport.
2° Le type longitudinal, comme on l’observe dans le Vibrion, la Filaire, le Gordius, la Nais et dans toute la série des Articulés. Le contraste entre les organes de réception et ceux de décharge, qui sont placés aux deux extrémités du corps, domine toute l’organisation; la bouche et l’anus sont toujours à des extrémités opposées, et, le plus souvent aussi, les organes sexuels sont placés à une extré-
idées à l'égard des différents traits de structure ne sont pas du tout aussi précises. Il ne distingue pas, par exemple, entre la complication de structure, base de la détermination du rang à assigner aux ordres, et les voies et moyens différents de réalisation du plan, par quoi la classe se caractérise.
(1) Sans traduire ici littéralement les descriptions que Baer fait de ses types et que j’abrège d'ailleurs considérablement, je reproduis autant que possible ses propres expressions.
EMBRYOLOGISTES. — BAEB.
mité, quoique leur orifice soit cependant, parfois, un peu plus en avant. (Cette dernière circonstance se produit plus fréquemment chez les femelles, où ces organes ont une double fonction, que chez les mâles; quand les organes sexuels des deux sexes sont éloignés de l’extrémité postérieure du corps, leur orifice est d’ordinaire plus en avant chez la femelle que chez le mâle, il en est ainsi chez les myriapodes et chez les Crabes ; les Sangsues et les Vers de terre ne sont, à cet égard, qu’une exception j5eu commune.) Le pôle récepteur ayant ainsi une situation fixe et définie, les organes des sens, intermédiaires du système nerveux pour la réception, atteignent promptement un important degré de perfection. Le canal intestinal, les troncs vasculaires et le système nerveux s’étendent dans toute la longueur du corps, et tout le mouvement organique a la même direction dominante. Toutefois, des branches subordonnées de ces organes se projettent latéralement, là surtout où le contraste général manifesté dans toute la longueur est répété de telle manière que, pour chaque segment séparé, la même opposition se reproduit de nouveau à l’égard des éléments essentiels de l’organisme tout entier; d’où la tendance, chez les animaux de ce type, à une division en plusieurs segments dans la direction de l’axe longitudinal du corps. Dans les vrais insectes qui subissent des métamorphoses, ces segments se réunissent en trois sections principales; la vie des nerfs prédomine dans la première, la locomotion dans la seconde, la digestion dans la troisième, sans qu’aucune des trois soit entièrement privée de l’une quelconque de ces fonctions. Outre cette opposition entre l’avant et l’arrière, un contraste moins marqué s’observe, à un plus haut degré de développement, entre le dessus et le dessous. Une différence entre la droite et la gauche est chose exceptionnellement rare et qui fait généralement défaut. La sensibilité et l’irritabilité sont particulièrement développées dans cette série ; la locomotion est active et dirigée d’autant plus décidément en avant que l’axe longitudinal l’emporte davantage (quand le corps est contracté, comme dans les Araignées et les
86 h DE LA CLASSIFICATION.
Crabes, cette direction est plus indécise) ; les organes plastiques sont peu développés ; les glandes, spécialement, soht rares et remplacées le plus souvent par de simples tubes.
3° Le type massif. On peut donner ce nom au type des Mollusques, car ni la longueur ni la surface ne remportent chez eux ; au contraire, tout le corps et toutes les parties distinctes ont à peu près la forme de masses arrondies tantôt creuses, tantôt solides. Comme le contraste principal de la structure n’est ni entre les extrémités du corps, ni entre le centre et la périphérie, il y a absence de svmétiie presque dans tout le type. Généralement le pôle de décharge est à droite du pôle de réception. Le premier est d’ailleurs tantôt plus voisin du second, tantôt plus rapproché de l’extrémité postérieure du corps. L’étendue occupée par l’appareil digestif étant toujours déterminée par ces deux pôles, cet appareil est plus ou moins courbe; sous sa forme la plus simple, dans la Plumalelle, par exemple, ce n’est qu’un arc. Quand le canal est long, il est roulé en spirale au centre et cette spirale a probablement ses lois ; par exemple, la partie antérieure paraît être toujours placée sous la postérieure. Les principaux courants sanguins sont aussi curvilignes et leurs méandres ne coïncident pas avec la ligne médiane du corps. Le système nerveux se compose de ganglions disséminés unis par des filets, et les plus gros entourent l’œsophage. Ce système et les organes des sens apparaissent tard ; les mouvements sont lents et faibles.
4° Le type vertébré. Celui-ci est pour ainsi dire un composé des types précédents. On y distingue un système animal et un système végétatif; et, quoique influant l’un sur l’autre dans leur développement, ces deux systèmes ont chacun une organisation typique particulière. Dans le système animal, l’articulation rappelle le second type et les organes de réception et de décharge sont aussi placés aux deux extrémités opposées du corps. Il y a cependant une différence marquée entre les Articulés et les Vertébrés, car le système animal des Vertébrés est non-seulement double par répétition latérale, mais double en même temps par
EMBRYOLOGISTES. — BAER. 365
répétition en haut et en bas ; en sorte que les deux parois latérales qui se réunissent inférieurement circonscrivent le système végétatif, tandis que les deux parois qui convergent supérieurement entourent un organe central de la vie animale: • — le cerveau et la moelle épinière, qui manquent chez les Invertébrés. La charpente solide est la représentation très-complète de ce type. En effet, de l’axe médian, l’épine dorsale, s’élèvent supérieurement des arcs qui se ferment et constituent une arête supérieure ; tandis que, en bas, descendent d’autres arcs, qui se réunissent plus on moins pour former une crête inférieure. En concordance avec ce premier fait, on observe quatre rangées de filets nerveux le long de la moelle épinière, composée elle-même de quatre cordons et constituant une masse grise quadripartite. Les muscles du tronc forment aussi quatre masses principales qui sont particulièrement distinctes chez les poissons. Il y a donc, dans l’arrangement du système animal, une double symétrie. On montrerait sans peine que les systèmes végétatifs du corps correspondent au type des Mollusques, tout en étant influencés par le système animal.
Quand on examine les figures qui accompagnent cette discussion des grands types ou embranchements du Règne Animal, et, mieux encore, quand on lit le mémoire publié par K. E. von Baer dans les « Nova Acta » (1), il devient évident qu’il avait découvert, plus clairement et plus tôt qu’aucun autre naturaliste, les vrais rapports des animaux inférieurs avec leur embranchement respectif. Il ne met ni les Bryozoaires ni les Vers intestinaux parmi les Rayonnés, comme a fait Cuvier et comme ont fait après lui tant d’autres écrivains modernes; il rapporte très-exactement les premiers aux Mollusques et les seconds aux Articulés.
(1) Ueitrage zur Kenntniss der niedern T hier e (Nova Acla Academiæ Naluræ Curiosorum, vol. XIII, part. 2, 1827), contenant sept mémoires surl’^s- * pidogasler, le Dislôme, etc. , le Cercaire, le Nitzchia , le Polyslome, le Planaire, et les afllnilés générales de tous les animaux. Ces Heiirüge et les mémoires dans lesquels Cuvier a caractérisé, pour la première fois, les quatre grands types du Règne animal sont au nombre des plus intéressants travaux de zoologie générale, qu’on ait jamais publiés.
GoogI
En comparant ces quatre types avec le développement embryonnaire, von Baer montre qu’il n’y a, entre les phases embryonnaires des animaux supérieurs et l’état permanent des animaux inférieurs, qu’une ressemblance générale due exclusivement à ce que la différenciation n’est pas faite dans le corps, et non point à ce que les types soient semblables. L’embryon ne passe pas d’un type (embranchement) à un autre type ; au contraire, le type de chaque animal est défini dès la première heure et domine tout le développement; l'embryon d’un Vertébré est un Vertébré dès le commencement et ne correspond, à aucun moment, à un Invertébré. Les Vertébrés embryonnaires ne passent pas, pendant qu’ils se développent, par d’autres types permanents d’animaux; le type fondamental est d’abord développé; puis, des caractères de plus en plus subordonnés apparaissent; d’un type plus général se dégage la manifestation d’un type (classe, genre, etc.), plus spécial. Plus deux formes animales diffèrent, et plus leur développement doit être étudié de bonne heure pour qu’on puisse distinguer une ressemblance entre elles. 11 est simplement possible qu’au premier moment, tous les animaux se ressemblent et ne représentent qu’une sphère creuse; mais le développement individuel des animaux supérieurs ne reproduit pas dans ses phases les formes permanentes d animaux inférieurs ; ce qu’il y a de commun dans un groupe supérieur d’animaux est toujours développé plus tôt dans l’embryon que ce qu’il y a de spécial. De ce qu’il y a de plus général sort ce qu’il y a de moins général jusqu’à ce qu’enfin ce qu’il y a de plus spécial apparaisse. Chaque embryon d'un type donné, au lieu de traverser d’autres types définis, devient au contraire de moins en moins semblable à ces types; un embryon de type supérieur n’est par conséquent jamais identique avec un autre type animal ; un embryon n’est identique qu’avec un autre embryon.
La thèse de Von Baer va jusque-là (1).
(I) Huxley rend inexactement compte des vues de Baer (voy. Bailen Pm'el's Essay s. Appendice n° 7 , p. 495). Baer ne dit pas : « démontrent que la classiflca- » tion de Cuvier ne fit simplement, au Tond, qu'exprimer le fait qu’il y allons le
EMBRYOLOGISTES. — RAER.
Il a donc, cela est bien clair, très-nettement l’idée que les divers modes de développement embryonnaires sont limités aux embranchements respectifs du Règne Animal ; mais il est également certain que ses assertions sont trop générales; elles ne fournissent pas, pour les comparaisons à faire, la clef des changements successifs subis par les différents types dans leurs limites respectives. Baer est encore vaguement sous l’impression de celte pensée que, à mesure que l’individualisation se prononce, le développement correspond aux degrés de complication de la structure. Il ne pouvait guère en être autrement à une époque où les diverses catégories de la structure n’avaient pas été clairement distinguées (1).
D’après les résultats de ses recherches sur l'Embryologie, K. E. von Baer propose la classification suivante :
Classification de K. E. von Baer.
I. Type périphérique (HAYONNÉS). Evolutio radiata. Le développement procède d’un centre, et produit des parties identiques dans un ordre rayonnant.
il. Type massif (MOLLUSQUES). Evolutio contorta. Le développement
« Règne animal, certains pians de développement communs, etc. » Car Cuvier avait reconnu ces plans dans la slructtire des animaux, avant que Baer eût retracé te développement de ceux-ci. Itaer lui-mème proteste contre toute identification de ses vues avec celles de Cuvier (Baer, Enturtck., p. 7). Baer n’a pas non plus démontré la « doctrine de l’unité d’organisation chez tous les animaux » , et il ne l’a pas assise sur un piédestal aussi inébranlable que celui de la loi de la gravitation; il n'est pas arrivé jusqu’à «lapins grande loi », celle que, dans une cerlaine mesure, le développement « suit un plan commun pour tous les animaux» . Au contraire, Baer admet quatre types d’animaux et quatre modes de développement. 11 se borne à ajouter : « Il est simplement possible, qu’au premier moment, tous les animaux se ressemblent. » Huxley devait aussi avoir oublié l’introduction au Règne animal de Cuvier (citée textuellement plus haut, p. 317), lorsqu’il avance que Cuvier « n’essaya pas de découvrir sur quel plan les animaux sont construils,mais de déterminer de quelle manière les faits de l'organisation animale pourraient être exprimés dans le plus petit nombre possible de propositions » . Au contraire, pendant plusieurs années, Cuvier s’attacha spécialement à faire ressortir ces plans et à montrer qu’ils sont caractérisés par des structures particulières. Le mérite de Baer consiste dans la découverte de quatre modes de développement coïncidant avec les quatre embranchements du Règne animal, où Cuvier avait reconnu quatre différents plans de structure. Huxley sc trompe encore en disant que Cuvier adopla le système nouveau comme « base de ses grandes divisions ».
(1) Cf. Chap. II, sect. I à lx.
produit des parties identiques, courbées autour d’un espace conique ou autre.
III. Type longitudinal (ARTICU LÉS). Evolutio gemina. Le développement produit des parties identiques, partant des deux côtés d’un axe et se refermant supérieurement le long d’une ligne opposée à l’axe.
IV. Type à symétrie double (VERTÉBRÉS). Evolutio big emina. Le développement produit des parties identiques qui partent des deux côtés d'un axe, se projettent en haut et en bas, et se closent le long de deux lignes, de telle sorte que le feuillet interne du germe se ferme en dessous et le feuillet supérieur en dessus. L’embryon de ces animaux a une corde dorsale, des lames dorsales et des lames ventrales, un tube nerveux et des fissures branchiales.
1» Il acquiert des franges branchiales;
a. Mais il ne se développe point de vrais poumons :
a. Le squelette ne s’ossifie pas. Poissons cartilaginküx . p. Le squelette s’ossifie- Poissons proprement dits.
b. 11 se développe des poumons : Amphibies.
a. Les franges branchiales persistent. Sirènes.
p. Les franges branchiales disparaissent. Urodèles et Anoures.
2° 11 acquiert une allantoïde,
a. et n’a point de cordon ombilical;
a. point d’ailes ni de sacs à air. Reptiles.
p. a des ailes et des sacs à air; Oiseaux.
b. ef a un cordon ombilical : Mammifères.
a. qui disparaît de bonne heure
1° sans avoir connexion avec la mère. Monotrèmes.
2° après courte connexion avec la mère. Marsupiaux. p. qui persiste plus longtemps :
1° Le sac du jaune continue à croître pendant longtemps. L’allantoïde s’accroît peu. Rongeurs.
L’allantoïde s’accroît moyennement. Insectivores. L’allantoïde s’accroît beaucoup. Carnivores.
2° Le sac du jaune ne s'accroît que légèrement.
L’allantoïde se développe peu. Le cordon ombilical est très-long. — Les Singes et THomme.
L’allantoïde continue à se développer pendant longtemps. Le placenta est en masses simples. Ruminants. L’allantoïde continue à se développer pendant longtemps. Le placenta est disséminé. Pachydermes et Cétacés.
EMBRYOLOGISTES. — VAN BENEDEN.
Classification de Van Beneden.
Yan Beneden a aussi proposé une classification basée sur l'Embryologie ; on en trouve le premier essai dans ses Recherches sur l’anatomie, la physiologie et l'embryogénie des bryozoaires, Bruxelles, 1845, in-4, et le développement dans son Anatomie comparée, Bruxelles, sans date, mais probablement 1855, in-8.
I. HYPOCOTYLÉDONÉS ou HYPOVITELLIENS. (Vertébrés.) Le vitellus
pénètre dans le corps par la face ventrale :
Cl. 1. Mammifères. (Primates, Chéiroptères, Insectivores, Rongeurs, Carnivores, Édentés, Proboscidiens, Ongulés, Sirénoïdes, Cétacés.)
Cl. 2. Oiseaux. (Psittacés, Rapaces, Passereaux, Colombins, Gallinacés, Struthionés, Échassiers, Palmipèdes.)
Cl. 3. Reptiles. (Crocodiles, Chéloniens, Ophidiens, Sauriens, Plôrodactyles, Simusaures, Plésiosaures, Ichlhyosaures.)
Cl. b. Batraciens. (Labyrinthodontes, Péromèles, Anoures, Urodèles, Lépidosirônes.)
Cl. 5. Poissons. (Plagiostomes, Ganoïdcs, Téléostôs, Cyelostomes, Leptocardiés.)
II. ÉPICOTYLÉDONÉS ou ÉPIVITELL1ENS. ( Articulés .) Le vitellus
pénètre dans le corps par la face dorsale.
Cl. 6. Insectes. (Coléoptères, Névroptères, Hyménoptères, Lépidoptères, Diptères, Orthoptères, Hémiptères, Thysanoures, Parasites.)
Cl. 7. Myriapodes. (Diplopodes, Chilopodes.)
Cl. 8. Arachnides. (Scorpions, Araignées, Acares, Tardigrades.) Cl. 9. Crustacés. (Décapodes, Stomapodes, Amphipodes, Isopodes, Lémodipodes, Phyllopodes, Lophyropodes, Xiphosures, Siphonostomes, Myzostomes, Cirripèdes.)
III. ALLOCOT YLÉDON ÉS ou ALLOVITELLIENS. ( Mollusco-Radiaires .)
Le vitellus ne pénètre dans le corps ni par la face ventrale ni par la face dorsale :
Cl. 10. Mollusques, y compris les Céphalopodes, les Gastéropodes et les Brachiopodes. (Acéphales, Tuniciers, Bryozoaires.) Cl. 11. Vers. (Malacopodes, Annélidcs, Siponculides, Némertins, Nématodes, Acanthocéphales, Scoléides, Hirudinés, Trématodes, Cestodes, Rotifères, Planaires.)
Cl. 12. Échinodermes. (Holothuries, Échinides, Stcllérides, Crinoi'des.)
Cl. 13. Polypes, y compris les Tuniciers, les Bryozoaires, les agassiz. 24
Anthozoaires, les Alcyonaircs et les Méduses. (Clénophores, Siphonopliores, Discophores, Hydroïdes, Anlhophorides.)
Cl. 14. Rhizopodes. Des genres seulement.
Cl. 15, Infusoires. Des familles et des genres seulement.
Van Beneden croit la classification de Linné plus conforme à la nature que celle de Cuvier ou de De Blainville. En effet, la classe des Vers du naturaliste suédois correspond â ses Allocotylédonés, celle des Insectes à ses Épicotylédonés, et les quatre classes des Poissons, des Amphibies, des Oiseaux et des Mammifères à sa classe des Ilypocotylédonés. Il compare ces divisions primaires au* Dicotylédonées, Monocotylédonées et Acotylédonées du Règne végétal. Mais il oublie que les Céphalopodes ne sont pas des Allocotylédonés, et qu’aucun groupe d’animaux faisant des Mollusques, des Vers et des Rayonnés un grand tout, ne peut être fondé sur des principes exacts. Quant à ses classes, je n'ai qu’une chose à en dire : c’est que, s’il y a des classes naturelles parmi les animaux, on n’a jamais proposé depuis Linné une combinaison moins capable de répondre à l’idée philosophique de classe que celle qui réunit les Tuniciers aux Polypes et aux Acalèphes. Dans son dernier ouvrage, Van Beneden a fait à sa classification des améliorations et des additions importantes, au nombre desquelles il faut particulièrement remarquer l’indication des ordres (compris entre parenthèses dans le tableau qui précède)} ces changements se rapportent principalement aux groupes des Mollusques et des Polypes, les Tuniciers et les Bryozoaires ayant été transportés du second au premier. Les Acalèphes et les Polypes sont d’ailleurs considérés encore comme ne formant ensemble qu’une classe unique.
La comparaison instituée par Van Beneden entre la classification du Règne animal et celle des plantes, telle qu’elle est le plus généralement adoptée, m’amène de nouveau à appeler l’attention sur la nécessité de réviser soigneusement le Règne végétal, afin de déterminer jusqu’à quel point les résultats auxquels je suis parvenu, touchant la valeur des différentes sortes de groupes naturels chez les animaux,
EMBRYOLOGISTES. — KOLL1KER. 371
peuvent s’appliquer aux plantes (1) . Sans aucun doute, de ce que les embranchements du Règne animal sont fondés sur les différences du plan de structure, il ne s’ensuit pas que le Règne végétal doive être nécessairement, lui aussi, construit sur des plans différents. Il n’v a probablement pas autant de modes de développement parmi les plantes que parmi les animaux, à moins qu’on ne considère comme équivalent à l’indication de plans de structure divers, le fait que la reproduction par des spores, par des graines nues polyembryoniques, par des graines monocotylédonées ou dicotylédonées angiospermes, est dans une certaine corrélation avec les différences de structure présentées par les Acolylédonées, les Gymnospermes, les Monocotylédonées et les Dicolylédonées. Mais, même dans ce cas, ces différences ne seraient pas si marquées que celles qui distinguent les quatre embranchements du Règne animal. La limitation des classes et des ordres, qui présente relativement peu de difficulté dans le Règne animal, est moins avancée en Botanique. Au contraire, les botanistes ont mieux réussi jusqu’à présenté bien caractériser les familles. C’est sans doute la conséquence des particularités que présente chacun des deux règnes organiques.
11 faut remarquer en outre que, dans la classification de Van Beneden, les animaux réunis sous la dénomination d’Âllocotylédonés sont construits sür des plans de structure si entièrement différents que, pour un observateur non prévenu, leur combinaison est à elle seule une démonstration que tout principe les rattachant les uns aux autres ne peut pas être conforme à la nature.
Diagramme du développement des animaux, par Kolli/cer.
(Entwickelungsgeschichte der Cephalopoden, Zurich, 1844, iii-4, p. 175.)
A. L’embryon naît d’une partie primitive ( Evulutio ex uné parte),
1° Il se développe dans deux directions* avec symétrie bilatérale (Evolutio bigemina).
(1) Vojr. cliap. II.
a. Les lames dorsales se ferment. Vertébrés.
6. Les lames dorsales demeurent ouvertes et se transforment en membres. Articulés.
2° Il se développe uniformément dans toutes les directions ( Evo lutio radiatd), et
o. enveloppe entièrement la vésicule embryonale : a. Ce qui a lieu de bonne heure; Gastéropodes et Acéphales;
. Ce qui a lieu tard (sac vitellin temporaire) ; Limace;
b. se resserre au-dessus de la vésicule embryonale (sac vitellin
véritable); Céphalopodes.
B. Tout le corps de l’embryon fait saillie à la fois ( Eoolutio ex omnibus partibus).
1° Il se développe dans la direction de l’axe transversal.
a. par sa partie postérieure ; Rayonnés, (tèchinodermes.)
b. par sa partie antérieure et
a. la partie postérieure ne se développe pas, Acaléphes; p. la partie postérieure se développe longitudinalement; Polypes.
2° Il se développe dans la direction de l’axe longitudinal. Vers.
J’ai déjà fait voir combien contraire à la nature est nécessairement un système zoologique fondé sur la distinction entre la segmentation totale et la segmentation partielle du jaune (t). Un diagramme du développement des animaux, où l’on adopte cette différence comme base fondamentale, n’en est pas moins artificiel pour s'appuyer sur des faits positifs ; on ne doit jamais s’attacher exclusivement, comme font beaucoup d’anatomistes, à certains traits isolés par lesquels les animaux peuvent être réunis ou séparés; le but doit être de déterminer les relations générales des êtres, comme ont si admirablement fait Cuvier et K. E. von Baer. Je crois aussi que l’homologie entre les membres des Articulés et les lames dorsales des Vertébrés est chose plus que douteuse. La distinction introduite entre les Polypes et les Acalèphes d’une part, ceux-ci et les autres Rayonnés d’autre part, n’est en aucune façon mieux fondée. 11 me semble de même tout à fait impropre d’ap-
(1) Chap. III, scct. I, p. 298.
EMBRYOLOGISTES. — VOGT.
peler le développement des Mollusques unsevolutio radiata, surtout après que Baer a désigné par la même expression le mode de formation de l’embranchement des Rayonnés, auquel elle s’applique beaucoup mieux.
Classification de Vogt.
Contraste entre l'embryon et le jaune.