‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 82 sur 93 · VII. PROTOZOA · texte numérisé non relu

VII. PROTOZOA

Cl. 24. Infosoria. Ord. Astoma, Stomatosa.

Cl. 25. Rhyzopoda. Ord. Monosomatia, Polythalamia.

La classification de Vogt ( Zoologische Briefe, citées p. 298), présente plusieurs traits nouveaux dont un soulève plus particulièrement l’objection. C’est la séparation des Céphalopodes d’avec les autres Mollusques, comme division primaire distincte du Règne animal. Vogt adopte la distinction fondamentale introduite par Kôlliker, entre les animaux dont l’embryon se développe du jaune tout entier et ceux chez lesquels il naît d’une partie du jaune. C’est là, sans doute, la conséquence de ses intéressantes recherches sur l’Actéon dans lequel il a découvert, entre le jaune et l’embryon, un rapport très-différent de celui observé par Kôlliker chez les Céphalopodes. Mais, comme je l’ai déjà dit plus haut, cela

DARWINISME. — HÆÇKEI»

n’autorise pas plus à faire de ces groupes d’animaux deux embranchements, que la segmentation totale du jaune die? les Mammifères ne justifierait une division de la même catégorie entre eux et les autres Vertébrés. Si la distinction faite par Vogt entre les Céphalopodes et les Mollusques avait la valeur qu’il lui assigne, la limace aussi devrait être séparée des autres Gastéropodes. L’assertion que les Protozoaires ne produisent pas d’œufs ne mérite pas qu’on s’y arrête, après ce qui a déjà été dit à l’égard de ces animaux dans les sections précédentes. Quant à rapporter les Cténophores au type des Mollusques, je crois la chose absolument impossible.

Le Darwinisme. — Classification de Hæckel (<).

Il est impossible de ne pas parler, dans un livre comme celui-ci, de l’influence exercée par les théories de Darwin sur les naturalistes systématisaleurs, et c’est là ce qui m’engage à consacrer un paragraphe spécial à la classification de Daeckeh

J’ai pour Darwin toute l’estime qu’on doit avoir ; je connais les travaux remarquables qu’il a accomplis, tant en Paléontologje qu’en Géologie, et les investigations sérieuses dont notre science lui est redevable. Mais je considère comme un devoir de persister dans l’opposition que j’ai toujours faite à la doctrine qui porte aujourd'hui son nom- Je regarde en effet cette doctrine comme contraire aux vraies méthodes dont l’Histoire naturelle doit s’inspirer, comme pernicieuse et fatale aux progrès de cette science- Ce n’est pas que je rende Darwin lui-même responsable de ces fâcheuses conséquences, Dans les différents ouvrages qui sont sortis de sa plume, il n’a jamais fait allusion à l’importance que pouvaient avoir ses idées au point de vue de la classification. Ce sont ses adeptes qui se sont emparés, pour transformer lg

(1) Hæckel, GewraUe Morphologie des Organisme^, ?vol. in-8.

Zootaxie, d’idées théoriquement présentées. A différentes reprises cette influence s’est fait sentir sur les conceptions générales de la Paléontologie et plus directement encore sur celles de la Zoologie; c’est ainsi que Hæckel a publié sur l’ensemble de cette science un ouvrage considérable, tout entier fondé sur les théories de Darwin. Avant donc de formuler une analyse du système de Hæckel, il est indispensable de présenter quelques considérations sur les caractères de la doctrine du naturaliste anglais.

De toutes les théories qui se sont fait jour sur l’Histoire naturelle, la sienne est la seule qui ait été aussi bruyamment acclamée sous le nom de son auteur. Presque tous les écrivains qui l’ont discutée la désignent sous le nom de Darwinisme. C’est un fait significatif; il prouve que, tout d’abord et malgré un fond commun de bienveillance dans l’appréciation, on a reconnu qu’il y a dans la doctrine quelque chose d’autre que ce que la masse y a généralement remarqué. Ce que Darwin a présenté comme la théorie de l’origine des espèces, ce n’est pas le résultat graduellement conquis de recherches pénibles, s’appliquant à la solution de quelques points de détail pour s’élever ensuite à une synthèse générale et compréhensive ; non, c’est une doctrine qui de la conception descend aux faits, et cherche des faits pour soutenir une idée. 11 n’est pas surprenant qu’un tel ensemble de vues ait été décoré du nom d’UmsME. Estce un éloge, est-ce un blâme ? Je ne sais, mais le fait reste. Le Darwinisme sera une des phases par lesquelles l’Histoire naturelle aura passé dans le cours de ce siècle. Je reconnais dans le caractère et la portée de cet enseignement une certaine analogie avec ce qui s’est produit lorsque les phijsiophilosophes, s’inspirant de Schelling, appliquèrent sa philosophie à l’histoire naturelle. Alors aussi, on vit acclamer une doctrine toute faite, embrassant la nature tout entière, et dont le point de départ était que l’Homme est le résumé et la synthèse individualisée de toute la création animale. On démembra le corps humain pour faire de chacun de ses fragments le type idéal des différentes classes d’animaux. Nous

DARWINISME. — HÆCKEL

devons à Oken un traité de zoologie, entrepris exclusivement dans le but de déterminer chacune des parties de ce démembrement de l’Homme et de la création ; mais il n’y eut jamais, à ce groupement des divisions supérieures du Règne animal, d’autre base que l’idée préconçue d’une soi-disant représentation des parties du corps humain par chacune des formes générales de l’animalité. Toute la science acquise jusqu’à cette époque-là, au prix des plus longues et des plus laborieuses recherches, fut mise de côté et remplacée par des conceptions purement théoriques. L’infatuation alla si loin que les travaux les plus spéciaux et les mieux faits de l’époque contemporaine n’étaient accueillis, dans l’Ecole, qu’après avoir été recouverts du vernis de la Doctrine. Je crois qu’il en sera de l’enseignement de Darwin comme decelui de cette secte. Il y a toutefois une différence : le système des philosophes de la Nature a pu contribuer aux progrès de la science; le Darwinisme exclut, lui, presque toute la masse des connaissances acquises, pour s’assimiler et faire ressortir exclusivement ce qui peut servir à la Doctrine. Ce ne sont pas les faits qui déterminent pour les Darwinistes le caractère des généralisations, c’est le système qui prétend dicter les caractères de l’ordre de choses.

L’idée fondamentale sur laquelle repose le Darwinisme, c’est que les êtres organisés qui se succèdent en descendance directe, loin de reproduire nécessairement les caractères essentiels de leurs ancêtres, tendent à s’en éloigner (1). Jusqu’à nos jours toute la Physiologie a admis, comme un axiome basé sur l’expérience de tous les temps, que les descendants d’êtres vivants quelconques ayant la faculté de se reproduire étaient l’image vivante des géniteurs, et que la fécondité même de ces êtres était la garantie de la conservation des types. Celte notion est d’ailleurs corroborée par cet autre fait que, dans les résultat du mélange des espèces, on reconnaît la part afférente à chacun des auteurs qui ont contribué à la production du nouvel

(1) Rütimeyer (p. 10): « Gleiches mentais gleiches erzvugt ; » « Le même ne produit jamais le mime » .

du la CLASSIFICATION,

être. De ces deux faits, dont rien jusqu’aujourd’hui n’a pu ébranler la certitude, s’est formée la conviction qui a dû'» miné la science jusqu’à l’heure actuelle : à savoir, que les êtres organisés se sont reproduits, de génération en géné-, ration, avec des caractères identiques avec ceux qu’ils possédaient lors de leur apparition première. J’ignore ou l’Ecole darwinienne a puisé les faits sur lesquels elle prétend sa fonder pour affirmer que, loin de se ressembler constamment, les êtres organisés de générations successives tendent à se différencier de plus en plus les uns des autres. Je sais fort bien que, à chaque époque géologique distincte, apparaissent des organismes différents ; mais pas plus que les naturalistes d’autres écoles, Darwin et ses adeptes n’ont présenté des faits d’où puisse ressortir la preuve que ces organismes descendent des types dissemblables qui ont vécu à une période antérieure. Toutes les observations relatives aux animaux domestiques, parmi lesquels il y a tant et de si nombreuses variations, n’ont encore abouti qu’à la démonstration de l’amplitude assez grande de ces variations; jamais elles n’ont eu pour résultat rien qui exprimât la tendance indéfinie à une variabilité sans limite, et surtout une marche progressive vers une organisation supérieure. Car c’est là un autre point rattaché par les darwinisles à la doctrine du maitre; non-seulement les générations successives d’un type donné peuvent, disent-ils, parvenir à ne plus ressembler au primitif auteur, mais encore elles peuvent avoir pour résultat l’abaissement ou l’élévation de ce type dans l’échelle des organismes. Ce n’est donc pas faire tort à l’idée darwinienne que de la représenter comme une conception à priori , et de nier qu’elle soit le développement légitime des acquisitions de la science moderne.

Mais, en affirmant ne rien découvrir dans la nature qui ait pu donner lieu à la doctrine des darwinistes, j’exagère; il est un fait connu de tous, dont l’interprétation erronée a sans contredit servi de point de départ à cette doctrine. Quelque semblables que soient entre eux les animaux ou les plantes d’une même espèce, il y a toujours chez tout in-

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