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dividu, même en dehors des différences sexuelles, des Irait? particuliers plus ou moins prononcés par lesquels l’individualité s’accuse plus nettement. Toutefois, si grandes que soient ces différences, si tranchée que soit l’individualité, et quand bien même, à raison de cette absence d’uniformité parfaite, il soit permis de dire jusqu’à certain point qu’aucun individu ne reproduit exactement son semblable, il n’en est pas moins vrai que l’espèce, dans son essence, est représentée parla somme do ces individus divers; que, dans les limites de l’espèce, les différences ne dépassent pas ce que j'ai appelé, en plus d’une occasion, les bornes delà flexibilité, de la pliabilité de l’espèce. Jamais, enfin, dans la succession de ces individus non entièrement semblables nés immédiatement ou médiatement les uns des autres, une observation rigoureuse n’a constaté des différences de la catégorie de celles qui, pour le naturaliste pratique, constituent l’espèce animale ou végétale. Les extrêmes de différence remarqués parmi les individus d’une espèce bien étudiée en font connaître l’amplitude, et, à mesure que les espèces sont mieux connues, on définit avec plus de précision ces limites. L’école de Darwin va au delà des faits lorsqu’elle affirme que ces différences individuelles constituent des transitions d’une espèce à l’autre. Elle oublie que dans certaines familles les caractères spécifiques sont trèstranchés, les espèces peu nombreuses, et, par conséquent, la distinction facile, tandis que, dans d’autres, les différences sont faibles, souvent difficiles à saisir et néanmoins constantes. Pour reconnaître les limites des espèces, il faut icj celte étude patiente et prolongée qui, à force de comparaisons répétées, aboutit finalement à nous enseigner la fixité de ces petites différences ; c’est ainsi que, dans le monde minéral, certains métaux sont tellement semblables que les maîtres seuls ont pu, par une élude longue et minutieuse, en saisir et nous en faire connaître les différences, tandis que d’autres diffèrent au point d’être distingués tout d’abord l’un de l’autre par l’homme le moins exercé.
J’ai pris la peine de comparer entre eux des milliers d’in-
dividus de la même espèce; j’ai poussé dans un cas la minutie jusqu’à placer les uns à côté des autres 27 000 exemplaires d’une même coquille dont les espèces congénères (le genre Neritina ) , sont fort voisines les unes des autres. Je puis affirmer que sur ces 27 000 exemplaires, je n’en ai pas rencontré deux qui fussent parfaitement identiques; mais sur ce grand nombre je n’en ai pas non plus trouvé un seul qui déviât du type de l’espèce au point d’en laisser douteuses les limites. Il y a donc lieu de reconnaître que, dans le Règne animal, l’individualité joue un rôle aussi considérable que dans l’humanité même; et je ne doute pas que ce ne soit la connaissance, plus ou moins avancée pour différentes espèces, de la variabilité des individus, qui a conduit à supposer possible la transition d’un type spécifique à l’autre. Mais tant que cette transition n’aura pas été vérifiée ; tant que, de nos jours, on pourra reconnaître parmi les êtrej vivants, et entre individus appartenant à la même espèce, des affinités qui ne sont point les mêmes que celles présentées par d’autres individus susceptibles d’être rapportés à une espèce différente, tant qu’on ne pourra pas démontrer qu’il y a passage des premiers aux seconds; il faudra bien se résigner à envisager l’origine des espèces comme chose inconnue, quelque désirable que puisse en être la connaissance. Je n’affirme pas que cette origine doive nous demeurer à tout jamais inconnue, mais je soutiens que l’explication fournie par Darwin et ses adeptes n’est pas conforme aux faits que la nature met sous nos yeux. A l’égard des différences, souvent fort grandes, présentées par les animaux domestiques et les plantes cultivées, et sur lesquelles la doctrine prétend fonder un argument considérable, j’ai déjà dit et je répète que l’on me parait confondre deux choses très-distintcs; je renvoie à ce sujet aux observations que j’ai produites ailleurs, dans le but de montrer que les variétés ou races, domestiques et cultivées, diffèrent entre elles autrement que les espèces sauvages.
De cette doctrine de la transformation successive et par voie de génération est née l’idée suivante : l’affinité telle que
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les zoologistes la reconnaissent et la définissent, c’est-à-dire ce degré plus ou moins profond de ressemblance que révèlent l’anatomie comparée et l’étude des similitudes les plus générales chez des animaux différant par la forme, la structure, etc., tous ces traits en un mot que l’on envisage comme des points de rapprochement et sur lesquels on a basé les classifications, sont le résultat et la preuve de la communauté d’origine. Ainsi, toutes ces ressemblances, toutes ces affinités existent précisément et seulement parce que les animaux entre lesquels elles établissent un rapprochement quelconque sont sortis d’une même et commune souche. Mais c’est justement ce qu’il faudrait démontrer et ce qu’on ne peut pas démontrer. Au lieu de poser la question dans ses véritables termes, les darwinistes s’emparent de tous les travaux de la Zoologie moderne par lesquels nous avons été conduits à la connaissance des affinités sensibles, évidentes, des animaux différents ; ils en font autant de preuves d’une filiation généalogique et présentent ensuite ce prétendu enchaînement des êtres, qui sont censés remonter tous à une souche commune, comme la conséquence des faits établis de notre temps par la Zoologie et l’Anatomie comparée. C’est-à-dire que, loin d’apporter pour preuves certaines données d’où sa doctrine découle directement, le darwinisme travestit à son profit les faits acquis en suivant la vraie méthode. Qu’on ne dise pas que j’exagère; quand Ilæckel a cherché à fonder un système entier de classification sur l’idée de transformation des êtres par changements successifs, de génération en génération, il ne s’est pas attaché à prouver que tel de ces êtres descend de tel autre; il n’a pas ajouté aux connaissances que nous possédions avant lui sur les affinités des animaux ; il s’est simplement emparé de ces affinités telles qu’on les a constatées ; il en a fait autant d’indices d’une liaison génésique entre les êtres qui les possèdent, et, suivant que ces affinités étaient plus ou moins nettes, il a dressé des arbres généalogiques qui ne sont, en définitive, que la formule nouvelle de notions positives antérieurement acquises.
Cependant* si ces affinités tellement évidentes, sensibles, nombreuses, qui établissent des connexions entre tous les animaux, avaient en effet pour cause la commune descendance d’un même tronc, on devrait retrouver les mêmes traits de ressemblance lorsqu’on met en parallèle l’ordre de succession dans la série géologique et le rang dans la série zoologique. 11 devrait arriver que, partout, les types d’une classe inférieure fussent aussi les plus anciens dans l’histoire de la terre; que, partout, ceux qui ont apparu à une période postérieure fussent d’une organisation plus élevée; que partout, d’époque en époque, il y eût une différenciation croissante. Il faudrait que, ni au point de départ, ni à aucun des points intermédiaires, on ne vît surgir des types nouveaux, entièrement étrangers à ceux qui ont précédé et souvent bien supérieurs à ceux qui suivent. Or, je répète que la succession chronologique n’est point en corrélation directe avec les affinités de la structure, et que les caractères successifs de types qui se suivent ne sont aucunement l’expression de modifications progressives, régulières et constantes.
Au début de ses recherches sur les fossiles, Cuvier s’est surtout appliqué à faire ressortir les différences qui distinguent les animaux des faunes antérieures à la nôtre d’avec ceux qui vivent maintenant. La science avait alors à établir ce qui est aujourd’hui reconnu de tous : que les êtres composant la création animée à laquelle nous appartenons diffèrent de ceux qui, à une époque antérieure, ont représenté ie Règne animal. En démontrant ce grand fait, Cuvier a fondé une science qui n’existait pas avant lui; il a en même temps fondé les méthodes d’après lesquelles cette science pouvait se constituer. 11 n’est donc pas surprenant que les résultats par lui oblenus se soient présentés avec toutes les marques d’une critique différenciatrice très-prononcée. Depuis, il s’est fait une réaction. Le grand nombre de fossiles qu’on a découverts depuis un demisiècle a fait connaître des formes intermédiaires nombreuses; les différences d’abord tranchées qui se présen-
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taienl à l’observateur semblent s’être en quelque sorte effacées; non-seulement on a rapproché les espèces fossiles les unes des autres, mais on les a reliées d’une façon plus intime aux espèces actuelles. 11 en est résulté un enchaînement plus étroit; les types des époques antérieures se sont en quelque sorte fondus avec les types des époques modernes, et c’est alors qu’on a cru voir, dans la succession des faunes passées, une liaison génésique avec la faune contemporaine. Étudiés d’abord séparément, décrits dans des ouvrages indépendants, envisagés comme du domaine de sciences distinctes, la Paléontologie d’une part et la Zoologie de l’autre, tous les êtres vivants ont enfin été reconnus comme rentrant, à quelque époque qu’ils appartinssent, dans un même système, lequel cmbras3e la vie sous toutes ses formes et dans tous les temps. Mais à y regarder de prés, on n’a pas davantage signalé, parmi les espèces différentes frappées d’extinction, des transitions de l’une ê l’autre. Tout au contraire on a reconnu, dans les limites actuelles de l’observation, des caractères tranches pour chacune d’elles, reconnaissables même dans les fragments incomplets que l’on en possède pour la plupart. Je crois par conséquent être dans le vrai en affirmant que ftiitimeyer a commis une erreur lorsque, dans ses travaux si étendus et si bien faits sur les animaux des époques géologiques les plus récentes, après avoir signalé, entre les espèces fossiles et les espèces vivantes qui s’en rapprochent le plus, des ressemblances aussi étroites que celles existant entre les espèces de l’époque actuelle le plus voisines, il a mis l’idée physiologique de la famille fi la place de la notion systématique des familles naturelles. Il n’est permis, en physiologie, d’envisager comme membres d’une même famille que les individus dont la filiation généalogique peut être démontrée. Dès qu’il s'agit de ressemblances plus ou moins étroites entre des ctres dont la commune dérivation d’une même souche reste en dehors des limites de l’observation, on sort de la question physiologique pour rentrer dans le domaine des familles zoologiques naturelles, uni-
quement constituées sur le fait des parités de la structure. Pas plus que les espèces contemporaines, on n’aura droit d’envisager ces espèces comme descendant les unes des autres, tant qu’on n’aura point découvert de faits démontrant que les analogies signalées dépassent les limites de cette sorte de caractères appelés différences spécifiques. Cette démonstration n’a pas encore été donnée; car je ne pense pas qu'on puisse regarder comme des preuves à l’appui d’une communauté d’origine entre certaines espèces, les erreurs des zoologistes qui, par-ci par-là, et même pour certains groupes assez fréquemment, se sont trompés en basant la détermination des caractères spécifiques sur des faits trop peu nombreux ou mal observés. Autant vaudrait conclure d’une analyse chimique mal faite à l’identité des substances mal différenciées par l’opérateur.
Il n’en est pas moins vrai que le travail de Hæckel a la prétention d’exprimer le développement du Règne animal tout entier, et de représenter les types qui se succèdent comme ayant fait leur apparition dans l’ordre de supériorité des classes ou des embranchements, etc., auxquels ils appartiennent. Hæckel a figuré le développement du règne organique et la filiation des types au moyen d’une série d’arbres généalogiques, dont il ne nous est pas possible de présenter la copie, mais que nous essayerons de traduire graphiquement, pour ainsi dire, à l’aide de diagrammes qui en donneront au moins une idée. Le premier de ces arbres retrace l’origine de tous les êtres organisés. Le point de départ est un être unique autogène (né de soi), donnant naissance à trois branches. La première représente l’archéphyte végétal, la troisième l’archéphyte animal, et l'intermédiaire le prototype ou archéphyte d’êtres que l’auteur appelle Prolistes et qui paraissent n’appartenir ni au Règne animal ni au Règne végétal. D’autres tableaux développent ensuite, pour chaque rameau, la généalogie spéciale. A la base du rameau végétal se trouvent les Fucoïdes et les Charagnes; à la base du rameau animal, les Coraliaires, les Échinodermes, les Mollusques et les Vertébrés. C’est-à-dire
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que, de prime abord, tout ce que l’on connaît de plus différent dans le Règne animal naîtrait immédiatement l’un de l’autre ou d’un type antérieur unique qui aurait disparu immédiatement après, tandis que le type intermédiaire serait représenté par les Diatomées. Qu’on jette maintenant un coup d’œil sur les traités de Paléontologie les plus récents, et qu’on nous dise de quel droit les Charagnes. que l’on connaît seulement dans les terrains tertiaires, figurent au point de départ du Règne végétal; de quel droit on assignerait aux Coraliaires une priorité sur les Crinoïdcs ou les Trilobites? Sans nous livrer à l’analyse de chacun des tableaux, jetons un coup d’œil sur celui où est dessinée la généalogie des Échinodermes. On est frappé d’y voir, dans un arbre qui doit être généalogique, c’est-à-dire représenter la succession du développement des êtres dans le temps, deux grandes périodes dont l’une, au point de départ de la classe tout entière dans les terrains les plus anciens, contient, à côté les uns des autres, une douzaine de types aussi différents que les extrêmes de la classe à l’époque actuelle. Bien plus, des types que l’on connaît seulement à l’époque actuelle y sont représentés comme ayant existé à tous les âges de la terre. D’un autre côté, vers les temps moyens de la série géologique on voit surgir, également à côté les uns des autres, des types tout aussi divers que les premiers, entre lesquels la science ne saurait reconnaître aucun lien génésique; ils n’en sont pas moins rattachés ensemble par les rameaux constituant le prétendu arbre généalogique auquel se relient tous les Echinodermes. Les autres grands types du Règne, Articulés, Mollusques et Vertébrés, se trouvent reliés les uns aux autres d’une manière tout aussi arbitraire.
La science renoncerait aux droits qu’elle a possédés jusqu’à présent à la confiance des esprits sérieux, si de pareilles esquisses étaient acceptées comme les indications d’un progrès réel. Encore s’il y avait ici quelque principe qui nous permît de perfectionner nos connaissances ou de les agrandir ! Nous aurions alors, malgré tout, quelque gratitude et quelque
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Tableau généalogique des êtres organisés, d'après Hwckel (i).