PRIMORDIAL. PRIMAIRE. SECONDAIRE. T TERTIAIRE
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DARWINISME. — HÆCKEL. 387
sympathie pour les efforts tentés dans celte voie. Mais quand on fausse les faits, quand on présente à l’appui d’une doctrine des faits qui n’en découlent en aucune façon, quand on avance comme des faits des assertions contraires à tout ce que nous savons de positif, le devoir est de protester. (Jr, un examen attentif des tableaux généalogiques de Hæckel prouve qu’il n’y a rien d’exagéré dans la sévérité de ce jugement. Partout, cet auteur donne, comme l’expression du développement successif des êtres dans le temps, des arbres généalogiques qui, loin d’être tracés sur les indications de la Paléontologie, sont simplement dessinés d’après la connaissance des affinités des types actuels. Et si, dans quelques-uns de ses tableaux, l’ordre chronologique est repris, c’est dans les classes où l’on s’accorde effectivement à reconnaître, entre l’ordre de succession dans le temps et l’ordre du développement embryogénique, une analogie que j’ai signalée dans le premier chapitre de ce livre. Mais tous les faits qui servent de base à ces rapports singuliers, facilement reconnaissables d’ailleurs, que j’ai désignés par le nom de types synthétiques ; tout ce qui se rattache à cette apparition subite de types richement doués qui vont s’appauvrissant dans l’ordre chronologique, tout cela est complètement négligé, comme si cela n’existait pas.
Il y a un autre côté de la question que les défenseurs du darwinisme passent de même sous silence, et qui, cependant, me paraît la pierre angulaire de tout l’édifice. Que l’on consulte tel traité de Paléontologie qu'on voudra, que l’on examine entre autresles arbres généalogiques de Hæckel, et l’on verra que, à certaines époques, le nombre des types très-variés qui apparaissent sur le même horizon est trèsconsidérable. Nous avons là, de l’aveu même de ceux qui voudraient faire descendre tous les animaux les uns des autres par des transformations graduelles et successives, un ensemble très-considérable de formes très-diverses appartenant à des classes, des ordres distincts, etc., en un mot, des êtres entièrement différents, au témoignage de la Zoologie et de l’Anatomie comparée, et qui sont cependant tous *
contemporains. Que devient alors la généalogie ? Ces contemporains seraient-ils les ancêtres les uns des autres ? Evidemment, ici, la théorie des transformations est en défaut et cesse d’avoir sa raison d’être. Loin de venir à son appui, le grand fait que nous révèle la Paléontologie se trouve en dehors de la doctrine ; il ne s’y rattache que par la liaison purement artificielle établie entre ces êtres, au moyen des branches de l’arbre projetées sur le tableau pour les réunir au tronc; or ces rameaux sont entièrement le produit arbitraire du système ; ils ne sortent point des faits. Il y a plus de trente ans que j’ai représenté graphiquement les affinités . de la classe des poissons dans leurs rapports avec l’époque île l’apparition successive de ces animaux. Mais, tout en faisant pencher les unes vers les autres les lignes verticales qui figurent la durée des espèces, afin de signaler les affinités naturelles qui existent entre les types, je n’ai point relié entre elles ces différentes souches parce que les faits ne m’y autorisaient pas. La différence qu’il y a entre ces tableaux et ceux de Hæckel, c’est que les miens représentent le fait tel que la nature nous l’a enseigné, tandis que les arbres généalogiques de l’écrivain allemand y ajoutent un élément artificiel, factice, de son invention, capable de faire admettre par le lecteur inexpérimenté la réalité d’une liaison généalogique qui n’a jusqu’à présent d’existence que dans l'imagination de l’auteur.
Entre le système de Hæckel et la classification jadis proposée par Oken, il y a cela de commun que les deux auteurs ont commencé par établir leur cadre d’après une idée préconçue, puis y ont ensuite adapté les faits connus de leur temps. Sous l’influence des idées émises par la philosophie de son époque, Oken nous représente, dans son système, les animaux rangés d’après la connaissance des faits que la Zoologie et l’Anatomie comparée avaient acquis au commencement de ce siècle. Or, aucun de ces faits n’était le résultat de l’influence de cette philosophie. La philosophie n’a rien produit en Zoologie, bien qu’elle ait vivifié l’Anatomie comparée. De même la théorie d’une transformation graduelle