‹ De l'espèce et de la classification en zoologieChapitre 86 sur 93 · HÆCKEL · texte numérisé non relu

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du Règne animal tout entier, par suite de générations successives présentant une série de différences, n’est point le résultat d’études spéciales; elle ne découle pas de travaux accomplis sur l’ensemble du Règne animal ; c’est une doctrine à laquelle nos connaissances actuelles servent tant bien que mal de point d’appui. Les faits eux-mêmes s’y trouvent interprétés, non pas dans la sincérité d’un travail de recherches originales, mais avec tout ce qu’il y a de forcé dans les arguments d’une école doctrinaire. Les travaux modernes de Paléontologie et d’Embryologie peuvent étayer jusqu’à un certain point la doctrine de Darwin. Tout ce qu’on a reconnu de direct dans l’enchaînement des animaux d’époques successives se trouve transformé en preuves d’une filiation directe. Toutes les ressemblances que font naître les phases successives du développement embryonnaire, sont interprétées comme autant de preuves d’une transformation, par voie de filiation directe ou indirecte, chez tous les animaux qui présentent entre eux des ressemblances de même ordre que les rapports entre les phases diverses du développement embryonnaire.

Et cependant, chaque être nouveau parcourt invariablement, dans la limite de son type propre, en un très-bref espace de temps, de l’ovule à l’adulte, toutes les phases de développement que peuvent présenter, dans leurs types les plus extrêmes, les différentes classes du Règne animal. Chaque jour, des centaines de mille d’individus répètent chacun son cycle de changements extrêmement variés sans que jamais, nulle part, on voie dévier le terme auquel toutes ces transitions doivent fatalement aboutir. Comment admettre alors que ces différences se soient produites parles mêmes procédés qui de nosjours entretiennent et maintiennent l’identité ? Comment se fait-il que, dans l’ordre chronologique, certains types anciens soient encore synthétiques, c’est-à-dire réunissent des caractères complexes qui successivement apparaîtront isolés dans des types postérieurs, appauvris, pour ainsi dire, par la différenciation qu’ils expriment? Comment d’autres, au contraire, sem-

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blent-ils progresser; comment d’autres encore restent-ils au même point pour se reproduire indéfiniment sans modifications? Pourquoi plusieurs rappellent-ils, dans l’ordre de succession chronologique, les phases de la métamorphose embryonnaire individuelle, tandis que tels autres semblent réunir toutes les combinaisons possibles de plusieurs types divers? Dans l’infinie diversité de ces dispositions, je vois l’action immédiate d’une intelligence se manifestant par les actes les plus diversifiés, bien plutôt que l’effet de générations successives aboutissant, on ne sait ni comment ni pourquoi, à quelque chose d’autre que leurs conditions primitives.

Les travaux de Paléontologie qui se rattachent aux idées de Darwin me semblent pécher par les mêmes erreurs que les tentatives faites en Zoologie. On a reconnu des ressemblances très-étendues entre certains animaux ayant vécu à des époques différentes; elles sont même souvent d’autant plus fortes que ces types successifs sont plus voisins les uns des autres, dans le temps et dans l’espace. Mais nous découvrons des analogies identiques avec toutes les époques de l’histoire de la terre, et les mêmes faits se reproduisent à l’époque actuelle. 11 n’y a donc pas lieu de recourir à un élément chronologique pour en expliquer l’origine. D’ailleurs, à côté de cet enchaînement de formes semblables dont nous reconnaissons l’existence, même pour l’époque contemporaine, nous avons des types isolés et indépendants. Enfin, qu’on n’oublie pas ce grand point de l’histoire de la terre : où que l’on veuille placer l’origine des êtres organisés, ils ont eu un commencement ; lors de ce commencement, les premiers venus n’eurent pas d’ancêtres; ils ont dû sortir de quelque source capable de les douer, au point de départ, des forces nécessaires à leur maintien et des forces nécessaires à leur reproduction. Ces premiers venus sont autochthones, car là où ils se sont montrés d’abord, ils n’étaient pas venus d’ailleurs. Là où ils ont été les premiers, ils sont devenus les ancêtres de tous ceux qui ont suivi et quiileur ont ressemblé. Et s’il est démontré que les êtres

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