Vegece. De re milit
régulières , et à peine au quart de ce qu’elles sont chez les autres puissances. L’Autriche et la Prusse ont de 4 à 5oo,ooo mille hommes; la Russie en a davantage ; l’Angleterre même voit t5o,ooo baïonnettes plantées sur cette terre de la liberté, où quelques années auparavant, le quart de ce nombre aurait excité un soulèvement. La France n’a pas besoin de plus de 240,000 hommes sous les armes , si cette force est organisée de manière à pouvoir en recevoir quatre fois autant dans ses cadres, au moment où l’appel en serait fait dans les campagnes.
Qui oserait attaquer une avant-garde de cinq cent mille grenadiers , soutenue par une réserve de trois millions d’hommes exercés à peu près aussi bien qu’eux ? et n’est-ce pas avec une telle organisation que les guerres deviendraient de tous côtés impraticables, inutiles, odieuses, et que ce temps heureux d’une paix universelle , prédite par les livres saints 1 , fixée par les pères de l’Eglise pour une époque très prochaine * ,
1. Isaïe, cliap. II et XI. Miellée, çhap. IV. Osée, ch.ip.II, v. 18- Zacharie, IX, v. 9 et 10.
a. Ncccsse est, ditLactance, ut in fine sesti miUesimi anni malilia omnis aboleatur e terra et regnet per annos mille justifia, sitque Iranquillitas cl requies a taùoribus. Liv. VII , c. 14.
mais enseignée surtout par la raison , devrait avoir lieu dans le inonde? Non , ce n’est point un rêve fantastique, une utopie ridicule qu’un semblable ordre de choses ; il est difficile sans doute de l’espérer ; mais s’il est un moyen de l’obtenir, c’est en faisaut agir les intérêts uniformes et conciliables des peuples, plutôt qu’en cherchant à concilier les ambitions inconciliables des souverains, ainsi que les publicistes » l’ont tenté Quelle espérance le bon roi lien- * ri IV pouvait-il concevoir à cet égard dans un congrès européen , où chaque négociateur aurait apporté la corruption des cabinets et l’ambition des princes? s’il eut au contraire placé sa confiance dans les peuples , ou plutôt dans les institutions qui sont favorables à leur bien-être, il aurait su que les industrieux ne quittent pas aisément leurs travaux pour aller en déranger d’autres actifs et laborieux comme eux; qu’ils n’imaginent pas de détruire eux-mêmes leurs moyens d’échange , d’acquérir par le pillage et au péril de leur vie ce qu’ils trouvent dans leurs foyers au sein de leur famille. Le jour où
i . Et qu’enfin l’équité ramenât sur la terre
L’impraticable paix de l'abbé de Saint-Pierre. •
* Voltaire.
<âes hommes éclairés auront une entière intervention dans leurs intérêts, ils l’emploieront à les garantir et à se préserver de tout ce qui peut les troubler. C’est bien alors que le glaive pourrait être changé ' en soc de charrue , que le loup dormirait à côté de V agneau * , et qu’une voix toute-puissante crierait : Gloire au Très-Haut et paix à la terre 3. Les commenla- ■* teurs ont attribué ce dernier passage à l'unité dcculte, ce qui n’est nullement prouvé; Sauraient bien dû y voir plutôt l’unité de morale , de lumières et de législation , la pratique générale de l’Évangile et non une interprétation uniforme de ses dogmes. La conformité de religion n’a jamais arrêté aucune guerre ; mais la conformité d’intérêts ne permettraitjamais qu’elles aient lieü , si les intéressés étaient maîtres de leur sort. C’est par celte unité précieuse, et par elle seule , que brillera peut-être un jour sur la terre la Jérusalem promise 4 , ou, il n’y aura plus ni troubles ni différends , où ceux qui ont planté recueilleront leurs fruits , où ceux qui ont