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nièrent eu corporations politiques, sentirent qu’il ne leur sullisaitpas d’avoir des lois écrites, mais qu’il leur fallait la force et fesflknoyens d’en maintenir l’exécution tant au-dedans qu’au dehors ; de là vinrent ces milices bourgeoises semblables aux milices romaines, qui furent établies en même temps que les municipalités, et qui ne sont autre chose qu’une association militaire dans laquelle les bourgeois se sont classés, les uns comme otliciers, les autres comme soldats, et se destinent respectivement à maintenir en dedans la tranquillité et à repousser au-dehors l’aggression.
Ces milices marchaient sous la bannière de leur paroisse, commandées par la bannière du chef-lieu de la banlieue, et obéissant toutes au comte ou seigneur de la province : au-dessus de tous ces étendards municipaux s’élevait la bannière de la nation, plus ornée, plus riche, plus grande que les autres; elle portait l’image de saint Martin, patron de la France, peint sur un voile de taffetas d'azur; elle était gardée avec respect sous une lente, et, au moment du combat, oh la portait en triomphe autour du camp. Ce fut long-temps l’oriflamme de la liberté, et la bannière royale ne tenait que le
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second rang auprès d’elle Ces milices, vraiment nationales, furent à peu près les seules troupes en France jusqu’à Charles VII, et c’est à elles , en grande partie, que la France dut sa délivrance *. Elles servirent plus tard à former les troupes régulières. Depuis celte époque, les institutions communales tombèrent en désuétude; mais, toutes les fois que les princes voulurent recourir aux troupes nationales , fidèles à leur patrie et à leur souverain , les milices donnèrent des marques de ce courage qui suffit à la guerre après quelques mois d’étude , et qui souvent y supplée; elles rivalisèrent dans les guerres de Flandre, avec les troupes de ligne, et se distinguèrent principalement à la
i . Daniel , milice française , t. I" , p. 93, elc.
a. Les milices firent de tout temps le fonds des armées; sous le nom de ban et arrière • ban ; elles marchaient avec la bannière de leurs paroisses, et étaient séparées des troupes de la noblesse, composées des vassaux des seigneurs. Les rois les convoquaient séparément : on les appelait communia ou communistes , pour les distinguer des nobles qui se nommaient équités , armigeri. Leur organisation fut toujours imparfaite ; on les licenciait et on les rappelait sans cesse; et, quoiqu’elles aient rendu de grands services, elles auraient pu être beaucoup plus utiles , si elles avaient été constituées d’une manière fixe et durable.
bataille de Marsaille, en i6g3, et au siège de Barcelonne. Par l’ordonnance de 1 7/j2 , qui contenait la formation de cent bataillons de milice, on leur donnait des officiers en retraite pour les commander ; mais cette organisation fut toujours imparfaite, et l’institution ellemême finit par perdre son importance et retomber dans les mains du pouvoir sans conserver plus de considération et de notoriété que les restes des privilèges des provinces à peu près oubliés.
La révolution arriva, et la première institution qu’elle amena fut la création d’une force publique indépendante sous le nom de garde nationale. Trois millions d’hommes furent en un moment armés, équipés et incorporés dans des cadres; mais cette multitude, réunie dans des momens de trouble, porta l’empreinte du temps de son organisation ; tout y fut admis sans distinction, sans choix, sans contrôle: au lieu d’une association de propriétaires ou d’hommes sages , éclairés , tirés de la classe moyenne, ce fut une levée en masse, une insurrection armée, un travestissement général qu’on ne pouvait ni régulariser ni conduire. Ün sentiment vague de liberté entraînait à cette époque ; mais la connaissance du mode d’insti-
tutions qui lui est propre manquait tout-à-fait. C’est aujourd’hui seulement que la garde nationale est organisée comme il convient pour former une troupe nationale et servir au recrutement d'une armée régulière. Les bases de cette admirable institution sont déjà posées; et, de même qu’il ne faut que donner à l’organisation municipale son mouvement, il ne faut qu’imprimer de bonne foi à ces nouvelles milices leur action pour compléter les conditions du gouvernement représentatif.
La garde nationale, ainsi qu’elle est établie par les dernières lois, quoique très restreinte, est la véritable association militaire telle que nous la concevons , c’est-à-dire un composé de noblesse, de magistrature, de finance, de bourgeoisie et des classes inférieures, réunies pour un but utile et se faisant des concessions mutuelles. Les grades n’y sont point de nécessité relatifs aux rangs, et en effet ne doivent pas l’être, car il est des hommes dans des situations secondaires qui sont souvent très capables de commander, et d’autres élevés en dignité qui préfèrent se borner à obéir. Du moment où une seule de ces inégalités, de ces abnégations a lieu, la considération se distribue également sur toute l’institution , depuis le dernier grade
jusqu'au plus élevé. Tout le corps profite de cet éclat répandu indistinctement , et ceux qui font quelque sacrifice trouvent plqs de charmes dans les égards volontaires qu’on leur rend, que les autres ne jouissent de la supériorité qu’ils acquièrent.
Il y a en France , dans toutes les classes , et , depuis la révolution surtout, dans les classes inférieures, une politesse , un désir de paraître bien élevé , qui fait savoir gré de ce qu’une position a de force , et qui rétablit , par les attentions, les torts causés par les circonstances ; mais aussi il n’y a nulle part , et moins , depuis la révolution, que jamais, ce genre de déférence qui ferait supporter patiemment l’orgueil du droit ou la prétention du rang : voilà ce que rétablira difficilement le pouvoir , mais que peuvent remplacer aisément les procédés.
La garde nationale est une école parfaite de ces égards, de cette union qu’il est si désirable de voir s’étendre à tous les citoyens; elle est de plus, comme force armée, la meilleure garantie du repos, de la propriété, de l’ordre et de cet admirable accord de sacrifices et de secours qui doit exister chez un peuple éclairé et laborieux. Grâce à cette institution, deux fois la capitale a échappé aux événemens les plus
critiques où une population de 800,000 habitans ait pu se trouver. Une succession de chefs concilians et habiles ont su donner à cette association excellente une unité d’action qui prouve combien les lois, dans l’intérêt des hommes, peuvent surmonter les passions.
Mais ici il faut distinguer et considérer cette institution sous deux rapports : le maintien du repos intérieur et la formation d’une pépinière de recrutement pour l’armée, ou plutôt une armée même , capable de marcher tout ent ère, au jlreaiier appel, à la défense du territoire. Sous le premier rapport, il ne reste rien à désirer; sous le second, tout est au contraire à créer : et c’est cependant sous ce point de vue que consistent les principaux avantages de cette mesure. Dans un pays libre, je le répète, tous les citoyens naissent soldats; tous sontdestinés, suivant leur force, leur âge, à contribuer à la défense de leur pays.; il en était ainsi en Grèce, à Rome 1 , et dans les premiers temps de l’his-
1. On co nsacrait un certain nombre d’années au service de son pays, sans quitter pour cela sa profession et ses travaux :
Et patrias artcj militiamrjuc rolunt.
Houack , liv. f , ép. 18, ▼ . 55.
Ciccron était à la fois orateur , consul , général , agronome et grand écrivain.
toire moderne. L’organisation des milices en Angleterre, la landwehr et la landsturm en Allemagne, les pospoliles en Russie et en Pologne, comprennent la totalité des citoyens donnant à la société, soit par leur éducation , soit parleur fortune, quelque garantie. La richesse y conserve, ainsi que dans les associations municipales et industrielles, sa prépondérance, et avec justice, puisque c’est elle surtout qui présente plus de garantie et fait plus de sacrifices.
On voit , dans les pays organiséMe cette manière, les hommes les plus respectables parleur rang, les plus respectables par leur âge, recommencer la vie pénible des camps dans des grades inférieurs, pour ne pas quitter les liabitans de leur ville , de leur province ; les plus grands seigneurs , en Angleterre , sont à la tète de ces bataillons de milice ou de corps volontaires; en Prusse, ils se sont tous placés sans distinction parmi les éludians, les marchands , les cultivateurs, satisfaits de l’estime publique et de la reconnaissance des peuples. Le vieux prince de Lobkowitz en Autriche, et plusieurs autres grands seigneurs , ont préféré marcher à la tète des bataillons que fournissaient leurs terres et qu’ils avaient équipés à leurs frais, que
de reprendre les grades éminens qu’ils occupaient autrefois dans l’armée. Noble patronage, abnégation paternelle , gage d’amour et de fidélité qui adoucit l’obligation du devoir par l’empire de l’exemple et la dépendance des bienfaits.
Ces familles industrieuses et guerrières quittaient ainsi leurs foyers sans se séparer lout-àfait de leurs affections; ils se soutenaient dans leurs fatigues s’encourageaient dans leurs dangers, s’aidaient dans leurs besoins. C’est ainsi, dit Nestor à Agamemnon 1 , que vous aurez soin de composer les tribus; vous placerez le parent auprès du parent, l’ami auprès de l’ami, afin qu’ils puissent se secourir mutuellement.
Organisée dans un temps tranquille, cette milice nationale consacrerait à l’exercice des armes tout le temps que lui laisseraient ses travaux. Les dimanches et fêtes, ces jours perdus pour l’industrie, et qui ne sont point toujours acquis à la religion, seraient ainsi utilement employés, et entreraient dans la production par ^ les rapports qu’ils auraient avec sa garantie; les compagnies pourraient se réunir chaque année après la moisson , pour s’exercer en commun , et être passées en revue par les autorités
i. Iliade, chant XI, v. 36a.
locales, car elles dépendraient toujours de l’administration civile comme aujourd'hui Les frais d’équipement des tambours, leur salaire, celui des adjudans de bataillons seraient pris sur un fonds spécial formé dans chaque département; enfin , tous les trois ans, il pourrait y avoir une revue générale de toutes les gardes nationales de chaque département réunies en bataillons. Des prix seraient alors accordés, des distinctions distribuées à ceux qui auraient montré le plus de zèle dans l’exercice de leurs fonctions , ou de perfection dans l’ordonnance militaire
Les individus qui ne rempliraient pas les conditions voulues par les lois pour faire partie du contrôle, ou qui n’auraient pas le moyen de s’équiper, pourraient être armés et habillés aux frais des départemens ou des communes, ou sur un fonds général de réserve; mais alors
1. Explication de l’ordonnance du 1 6 juillet, par M. le chevalier Allcnt , inspecteur-général des gardes nationales.
2. Les réunions de loin en loin à la parade des gardes nationaux de Paris, sous le commandement d’un général qui s’occupe d’eux avec autant de zèle que le comte de Lobau , a produit dans le corps une instruction , une habitude des mouvemens qui égale , dans plusieurs légions, les régi mens de la ligne les mieux exercés.
leurs armes et leurs vêtemens seraient déposés à la maison-commune ou chez le maire, et deviendraient seidement la propriété de ces individus, lorsque par leur zèle et leur bonne conduite, ils auraient donné une suffisante garantie qu’ils n’en feraient point mauvais usage.
On pourrait egalement organiser, dans les campagnes , des escadrons de cavalerie composés de propriétaires , de fermiers , et de ceux qui, par leur profession , entretiennent des chevaux et sont en état de s’équiper. Cette troupe seconderait dans beaucoup d’occasions la gendarmerie, et pourrait en tenir lieu dans toutes les fonctions qui n’ont- rien de pénible à des hommes indépendans.
L’esprit militaire, une sorte de dignité que donne l’apparence même de cette profession , se répandrait bientôt dans toutes les classes, et corrigerait ce que les habitudes d’un travail pénible ou d’un commerce actif ont quelquefois de contraire à l’élévation des sentimens et à la distinction des manières.
La garde nationale, ainsi composée, formerait plus de 3 millions d’hommes habillés et enrégimentés qui pourraient, à chaque appel, et en raison seulement de deux hommes par compagnies, renforcer de 60,000 hommes l’ar-
mée régulière et garantir tout à la fois la tranquillité intérieure et les entreprises du dehors^
Ce serait vraiment, comme le dit l’explication de l’ordonnance du 16 juillet, une force nationale destinée à ne se montrer qu'au besoin, à n’imposer aux citoyens que peu de sacrifices , et qui permettrait de proportionner l armée aux contributions que le peuple peut acquitter sanspeine / qui , respectable au dehors sans être menaçante, ne laisserait espérer la conquête ni redouter l’invasion. Paroles admirables suffisantes pour prouver que l’institution que nous proposons de créer était déjà conçue , et n’avait besoin que d’ètre mise en vigueur. Malheureusement des impressions craintives ont paralysé de semblables dispositions dans la loi qui a été rendue. On a craint les rassemblemens armés des citoyens dans les campagnes ; le tort qu’ils pourront éprouver de la perte de temps , toutes, objections bien faibles en comparaison de l’importance du but principal.
Mon intention n’est pas cependant d’établir dans cet écrit que la France puisse entièrement se passer d’une force régulière exercée au métier des armes et capable de résister au premier choc d’une armée disciplinée. L’invention de la. poudre a fait de la guerre une science , de la
victoire un calcul qu’il est nécessaire de connaître et d’étudier ; il faut sans doute des corps perinaneus pour conserver l’école, la pratique des manœuvres , la facilité des inouvemens , et au moins des cadres , pour recevoir les jeunes gens moins expérimentés; il faut surtout une étude constante, une formation fixe dans les corps savans, tels que l’artillerie, le génie, la cavalerie même qui, sans école, cause plus d’embarras à la guerre que d’avantage. Il faut un moyen de former des officiers d’état-major ( general-staab ) capables de conduire des colonnes , de faire des dispositions sur le terrain , de connaître enfin la stratégie , première partie de l’art de la guerre.
Autrefois même la science militaire comptait pour beaucoup dans la balance des forces. Ce fut la phalange macédonienne qui conduisit Alexandre aux bornes du monde , et le courage des Cantabres ou des Parthés indomptés ne put résister au dieu qui créa la légion ' . Mais , en reconnaissant cette nécessité , personne ne doutera que l’institution dont nous avons parlé ne permette de réduire à un très petit nombre et à une dépense de peu d’importance les forces