Ce sont les Milanais qui on$apporté , en i520,les
premières manufactures de soie qn France ; et , quoiqu’on fabriquât déjà, en 1 3 1 4 > des draps dans les villes de Reims , de Châlons, de Carcassonne et de Valenciennes , cette branche de commerce , si importante pour la France , ne prit une grande extension que depuis l'arrivée de î)ros et de Van Rokais, à qui Louis XIV fit de grands avantages pour les attirer. Voyez deThou, Htst. , chap. 129. Ralducci, Prat. du Com. *
2. Ce fut l’émigration des artisans français , à diverses époques, et principalement à la révocation de l’édit-de Nantes, qui enrichit le Brandebourg, la Saxe , la Suisse ; qui servit à la puissance du grand-électeur , père de Frédéric ; et la Pologne , en offrant la couronue au duc tf Anjou, exigea que ce prince amenât avec lui une grande quantité de familles d'artisans distingués.
3. L'industrie, p ée à un si haut point cliex les Arabes, se conserva pcruii les Espagnols de Tolède, de Séville, de Valence, deCordoue , et aurait encore étendu ses progrès sans la politique mal raisonnéedes souverains catholiques , qui expulsèrent, à plusieurs reprises, ces hommes industrieux, avant d’être parvenus à les remplacer. On chercha bientôt à en attirer des autres pays ; la ville de Barcelone , dans les cortès de 1706 , rendit une ordonnance en leur faveur, et, depuis Philippe IV, tous les souverains les protégèrent. Voyez Capmanni, Com. r
Barc , toni. III , p. 3 1 G et 3a4-
Russes aux Anglais et, ce qui est singulier, c’est que les avantages que chaque peuple retirait ainsi du séjour des étrangers, ne venaient pas des efforts qu’il faisait pour les attirer chez lui, mais de la persécution qu’il faisait éprouver à ses propres sujets qui les forçait de s’expatrier
i. Il existe partout des compagnies anglaises qui dominent le commerce et l’industrie ; sans doute , après de longues années de travaux et avoir acquis de grandes richesses , quelques-unes retournent dans leur patrie pour y jouir, à l’abri de ses excellentes lois, du fruit de leurs peines; mais elles laissent, au pays qu’elles quittent, leur établissement, le mouvement de la production et des affaires qu’elles ont créé , le crédit qu’elles ont fondé, et qu’il ne suffit plus que d’entretenir. Un Etat se meuble alors de toutes les inventions , de tous les procédés utiles, sans être obligé , pour ainsi dire, de se donner aucune peine pour y parvenir.
a. Quand on pense aux conséquences de la révocation de l’édit de Nantes, on croit rêver. De gaîté de cœur , un souverain chasse de chez lui près d’un million de ses sujets les plus industrieux , cl fait passer aux étrangers , a la fois , leur richesse acquise , et , ce qui est le plus précieux , leurs moyens d'acquisition. Ce n’était point là ce qu’aurait fait Colbert , qui invitait les étrangers à venir s'établir à Marseille, dont le commerce était stagnant et sans crédit, et .qui se ranima sur-le-champ et devint si florissant, que les Anglais firent des lois très sévères pour
A ccs honteuses législations se joignaient les jalousies nationales que les gouvernemens étaient bien aises d’entretenir pour s’en servir dans l’occasion comme instrumens de conquête et d’agrandissement ; préjugés absurdes que des institutions sages effaceraient bientôt! Des peuples éclairés ne verront au contraire dans les étrangers industrieux que des compagnons indirects de leurs travaux, que des concurrens, peut-être, mais jamais des rivaux de leur industrie ils sauront que, pour le blé qu'ils
rappeler leurs nationaux. Comment pourrait-on créer un commerce semblable à celui de Tyr, dit Ptolémée dans Télémaque ? Facilement, répond Narbal; en laissant les étrangers venir librement chez vous. On voit dans la Vie et Elizabeth, parCaropden, que cette princesse remontrait à Charles IX le tort qu'il se faisait en persécutant ses sujets protestans et indusU'ieux. Elle les accueillait et dépensait même des sommes considérables pour les attirer. Anderson, tom. II, p. 147. L’extension du commerce d’Anvers, en 1 555 , provenait de la persécution simultanée des protestans en Allemagne, sous Charles V ; eu France, sous François 11; et en Angleterre , sous Marie.
i. Il y a , dit Sénèque, deux républiques : celle qui comprend la terre entière et celle où on est né ( de otio sap. xxxi.) J’ai deux patries , dit l’empereur Antonin , en tant qu’Antonin , Rome, en tant qu’homme, l’univers.
Liv. VI, v. 44-
cultivent, d’autres mains préparent le cuir, le chanvre, le sucre, l’indigo qui leur manquent; que plus le voisin aura de productions, ou autrement de richesses, plus il sera en état d’acquérir les siennes, et plus ils jouiront tous les deux par des échanges. Mais, à plus forte raison, lorsqu’un étranger, ne trouvant pas chez lui l’emploi de son industrie ou de ses capitaux, vient vous offrir l’un ou l’autre, doit-il être accueilli ? Et c’est cependant le contraire qui a lieu sans cesse , et encore dernièrement pour une des entreprises les plus utiles à la ville de Paris, et dont nous aurons occasion de parler dans le cours de cet ouvrage.
Si c’est une invention nouvelle, un procédé avantageux qu’un étranger apporte, quel que soit le bénéfice qu’il fasse , il laisse au pays en amélioration bien au-delà de ce qui peut constituer la fortune d’un particulier; si ce sont des capitaux, peu importe l’intérêt que cet individu en retire, puisqu’il ne peut faire de bénéfices, que par une opération plus productive encore au pays qu’à son auteur.
On répond à cela: Il vaudrait mieux que ce fussent des capitaux nationaux. Sans doute; comme il vaudrait mieux qu’on n’eût besoin ni du sucre des Antilles, ni des épiceries des Mo-
luques; mais, puisque ces capitaux ne se présentent pas dans le pays pour cet objet, c’est donc qu’ils sont employés plus avantageusement autrement, et que l’opération manquerait sans cette nouvelle intervention; en effet, si l’on retire un capital de la dette publique, on la fait baisser ; si on vend un bien-fonds , on déprécie la masse de ceux qui restent ; partout on dérange une combinaison pour en créer une autre.
Il est d’ailleurs nécessaire d’examiner en quoi consiste le bénéfice que fait un individu dans une opération commerciale. Ce bénéfice n’est que le produit net de l’opération , mais tous les avantages du produit brut, bien plus considérables, restent au pays où cette opération a lieu; de plus, l’étranger qui la dirige y vit, y attire sa famille, y dépense souvent plus qu’il n’en retire. Là ou est mon trésor , dit l’Ecriture, là est mon cœur ’. Au bout de vingt ans de séjour quelque part, il n’y a plus d’étranger; si même cet individu, après un assez long séjour, retirait ses capitaux et les sommes qu’ils lui auraient produites, il ne.retirerait pas les sommes bien plus considérables que ces mêmes capitaux,
I , Ecciésiaste , cliap. VI,
doublés, triplés par la circulation, auraient enfantées dans toutes les mains par lesquelles ils auraient passé.
J’ai entendu les mêmes personnes qui avaient des idées erronnées sur cette question, prétendre qu’il était fâcheux pour la France que les étrangers plaçassent leurs capitaux dans nos fonds, parce que, disaient-elles, cela oblige la France à leur payer éternellement un gros intérêt. Elles ne remarquent pas que ce placement produit l’effet de faire hausser ces mêmes fonds qui, sans cela, seraient encore plus dépréciés, et n’auraient qu’une faible valeur pour acquitter tou tes les charges de l’Etat qui, en définitif, ne peuventse solder que par une augmentation de la dette publique au cours.
Ainsi, pour mieux traiter en apparence ses anciens créanciers, la France se grèverait de capitaux doubles envers ses créanciers nouveaux; et, pour un emprunt onéreux qu’elle refuserait de faire sur-le-champ, elle ferait, pendant de longues années, cent mauvaises affaires, après lesquelles il faudrait toujours recourir à ce même emprunt, ou reprendre le système impraticable de banqueroute. Règle générale: les capitaux étrangers sont utiles dans un pays tant que l’intérêt de l’argent y est plus
liant que dans les autres; et, du moment où il est le même qu’ailleurs, c’est une preuve que ce pays possède assez de crédit et de capitaux: et alors il n’a pas besoin de refuser les placemens étrangers, car ils ne s’y présentent plus.
L’Angleterre, dans ce moment, regorge de capitaux qui n’y ont pas d’emploi, parce que les objets manufacturés ont trouvé leur place, et qu’il n’est pas facile de créer de nouveaux débouchés. La France, au contraire, est pleine de bras industrieux qui peuvent produire des denrées échangeables contre les produits anglais; mais elle manque decapitaux pourétablir ces produits, pour doubler la récolte de sesvins, de ses huiles, pour creuser les canaux, construire des routes, etc., qui diminueraient les frais de transport. Qu’il s’établisse alors, entre l’Angleterre et la France, ces relations de confiance qui feraient que les capitaux stagnans dans un pays viendraient chercher l’industrie stagnante dans l’autre, tous les deux y gagneraient; les produits français, plus abondans, seraient consommés plus généralement en Angleterre, et les manufactures anglaises pourraient fournir plus de leurs produits en échange à un peuple devenu plus riche pour se les procurer; les jouissances de tous les deux seraient
ainsi doublées. Dans ce moment ce serait la France qui gagnerait davantage à ce marché. Le malheur des temps faisant sortir du pays une grande quantité de numéraire, c’est la même chose que s’il en sortait des marchandises dont il ne reviendrait point d’échange. Le pays ne s’appauvrit pas parce que le numéraire sort, comme on le dit généralement, mais parce que les valeurs s'absorbent. Si donc l’industrie était assez active pour créer une masse de produits plus forte, celte perte annuelle, prise sur la totalité des revenus en tous genres, serait facile à supporter. Le crédit, qui n’est qu’une anticipation d’échange, s’élèverait en proportion des produits qu’on ferait naître.
Il est donc bien important d’encourager toute rentrée de capitaux qui se reversent dans le commerce et de créer des valeurs nouvelles pour compenser celles qui se perdent.
Je sais qu’il existe en France plus de capitaux qu’on ne le croit, malgré les pertes énormes faites pendant la révolution; mais n’importe, si les gens qui les possèdent tremblent d’en faire usage ’. Les capitaux anglais sont mobiles,
i . 11 existe en France une grande niasse de numéraire enlevé à la circulation par la métiance et le défaut d'ins-
énergiques, conflans; les nôtres sont moroses, craintifs, apoplectiques; ils ont peur de tout, ils n’osent pas mettre le nez à la fenêtre; leur proposez-vous de sortir de leurs coffres, il faut qu’il fasse un temps superbe , qu’il n’y ait pas un nuage à l’horizon; les engagez-vous à venir se fixer dans une usine excellente, sur le bord d’un beau canal, ils vous regardent de travers et vous demandent une première hypothèque ou un dépôt de rente d’une valeur triple; encore soul-ce là les plus hardis; les autres ne veulent s’aventurer que pour trois mois et sur trois signatures, ou bien, autre caprice, ils assiègent la porte des gens qui n’en veulent pas; ils s’offrent à 4 pour îoo à MM. Rotchild, Delessert, Baguenaud, etc. Le Plutus français est timide ÆeîAIv , comme le peint Euripide; ce qui,
titulions protectrices des valeurs mobilières; la plupart des inventaires après les décès font voir des sommes considérables en argent comptant , ce qui n'existe jamais ou bien rarement dans les pays qui offrent des placemens faciles et assurés. On peut juger de la pertequ’en éprouve un pays, en pensant que 100 millions mis en circulation rapportent, au bout d'un siècle, par l'intérêt composé et à 5 pourion seulement, la sommeénonaicde63 milliards, c'est-à-dire plus de trente fois la totalité des matières d'or et d'argent en circulation en France.
certes, n’est pas ordinairement son défaut; je ne puis toutefois le blâmer après ce que nous lui avons fait éprouver dans tous les temps. Le crédit sort chez nous d’une maladie de dix siècles, dont la convalescence ne peut pas être bien prompte; mais dont la guérison s’opérerait sur-le-champ, comme nous l’avons dit, par les institutions qui le garantissent.
Ce sont elles qui donneraient également de la confiance aux étrangers pour nous aider de leurs richesses, car je ne me suis occupé dans ce chapitre qu’approuver l’avantage de l’introduction des capitaux étrangers , et à faire une espèce de plaidoyer en leur faveur ; mais il faudrait actuellement en faire un autre pour prouver aux étrangers qu’ils ont également raison d’y venir, et cela serait plus difficile jusqu’au moment où nous serons parfaitement en état de les recevoir, c’est-à-dire que nos institutions seront d’accord avec les leurs et leur donneront une égale confiance. L’agent d’une compagnie anglaise dont je parlerai bientôt, et qui faisait une proposition fort avantageuse à la ville de Paris, demandait toujours à traiter avec la corporation ; j’avais beaucoup de peine à lui expliquer en quoi consistait le conseil général du département, faisant en même temps office de conseil municipal, et,
sous ces deux attributions, ne faisant rien du tout, ou du moins ne pouvant rien discuter que sur la proposition du préfet, et rien conclure que par les décisions du ministre de l’intérieur, ce qui le mettait dans la même dépendance de ce même ministère que l’homme qui demande une place dans un hospice, ou un port d’armes ; il ne concevait rien à cela et m’établissait ce dilemme assez spécieux :
Puisque la corporation a si peu de pouvoir , pourquoi existe-t-elle; et, puisqu’elle existe, pourquoi a-t-elle si peu de pouvoir 2
A cela on aurait pu répondre : C’est qu’en France ce n’est pas toujours celui qui parait agir qui opère, comme il y a des charges où ce n’est pas le titulaire de l’office qui en remplit l’emploi. Les rois paraissaient gouverner dans l’ancien régime , et c’était la cour ; dans le nouveau , les ministres semblent administrer, et ce sont les ministères. Il arrivera peut-être un temps où les hommes auront moins de pouvoir que les institutions, où l’on s’occupera plus de servir son pays que ses préjugés , de rétablir soi-même sa fortune que de la devoir au gouvernement ; alors on demandera, pour placer quelqu’un, non plus ce qu’il pense, mais ce qu’il sait; ce qu’il dit , mais ce qu’il fait ; ce qu’il est , mais ce
, qu’il vaut. Alors les étrangers viendront de tous côtés nous apporter leurs richesses et leur industrie; alors.... mais alors nous n’aurons plus besoin d’eux , nos institutions seront fondées , notre crédit rétabli ; ce sont eux qui auront besoin de nous, car nous aurons égalé la sagesse de leur pays sans qu’ils soient prêts d’atteindre lesagrémens du nôtre.
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