‹ De l'esprit d'association dans tous les interêts de la communautéChapitre 35 sur 77 · Esprit des Lois · texte numérisé non relu

Esprit des Lois

raitêlre érigée en maxime; et cependant quel rapport semble-t-il exister entre la vie simple, obscure , ignorée d’un laboureur, et les institutions qui assurent ou compriment la liberté ? Que fait le gouvernement de son pays, de sa province , de son canton même , à cet homme courbé au joug du travail par la nature et la pauvreté, à ce malheureux occupé sans relâche à se défendre contre les besoins? Mais lorsque l’on considère la foule de circonstances en apparence étrangères aux travaux des champs, et qui, pourtant , influent sur leurs produits, soit par le défaut de communication pour les ventes, soit par le haut prix des outils et objets nécessaires à la vie que l’homme ne peut se procurer que par des échanges, soit par les charges sociales qui diminuent encore ses revenus, on voit que la valeur du travail, le prix de la peine, sont plus relatifs qu’on ne le pense à la masse de tous les produits, à leur circulation, au mouvement qui les dirige. Les abus de l’autorité, les fausses mesures du gouvernement retentissent sous le chaume sans que le pauvre connaisse ni l’origine ni le remède de ses maux 1 .

1 . Aucune disposition ne peut être faite, aucune entreprise ne pcnl être formée en administration qu’elle n’in-

Partout il existe à peu près la même dose de travail ; partout la terre est arrosée de la sueur des hommes , et cependant le bien-être n’habite que certaines contrées privilégiées ; souvent sous un climat rigoureux, sur une terre ingrate, mais où l'industrie s'est inontrép supérieure à la nature, les lumières à l’ignorance, les institutions à l’arbitraire. ■

Là, ce ne sont point les classes inférieures seulement qui se consacrent à ce premier des arts, à cette noble profession, sœur de la sagesse et de la philosophie ' , mais tous les propriétaires, à quelque titre qu’ils le soient, soit

{lue sur l'agriculture. L’inégalité dans la répartition des impôts lui ôte son ressort et son énergie ; elle se ranime lorsque le fardeau est distribué avec justice et proportion. L’ouverture d’une route ou d'un canal de navigation peut tripler et quadrupler la valeur territoriale de tout un canton et d’une province entière; ainsi l’agriculture souffre de tous les abus et profite de tout le bien qu’on opère. Les assemblées provinciales saisiront tous ces rapports ; elles sentiront d’ailleurs que le moyen le plus naturel d’alléger les charges publiques est d'augmenter la richesse territoriale, et elles dirigeront vers ce but une partie de leurs soins et de leur activité. ( Instruction de M. Turgot sur l’édit du mois de juin 1787 relatif aux * assemblées provinciales. )

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