CHAPITRE II
Sociétés (P encouragement pour l’industrie et les manufactures.
Ne forle imjticantur extranet virihus luis, c| laborcs lui sint in dorno aliéna. Prov., tap. v, v. 10.
Est-il des bornes au génie de l’homme ou aux faveurs de la Providence ? Quelles sont les limites du possible, lorsqu’au bout de quarante siècles, les découvertes inouïes changent la face du monde, et rendent faciles et simples des prodiges que la génération précédente aurait encore mis au rang des fables ' ? Qui aurait pu prévoir les etfels de la boussole et de l’imprimerie avant qu’ou eût connu ces moyens extraordinaires de communication dans l’espace
i. Veniet tempos ,'dit Sénèque , tjuo posteri nos/ri, tam aperta, nos nescissc mircntur. Quacsl. nat., lib. \ II, cap. a3.
et la pensée? Chaque siècle ajoute ainsi à la masse des idées acquises, et part d’une base plus étendue ; la nature semble plus confiante à mesure que l’homme devient plus éclairé; et tous les arts de pratique, toutes les professions rentrent dans le domaine de la science pour en ressortir avec un nouvel essor et de nouveaux moyens. La science , cette reine des temps modernes, gouverne la société parles bienfaits, calme les troubles en diminuant les besoins, et distrait les passions en augmentant les jouissances. Quelle plume éloquente se chargera de tracer le tableau des merveilles qu’elle a créées en physique, en chimie, en astronomie, et surtout dans l’application de ces hautes connaissances aux travaux usuels des hommes?
L’histoire de la fabrication, jusqu’à présent négligée, mériterait d’occuper la vie entière d’un écrivain laborieux. Certes, l’art qui peut transformer une livre de fer brut valant cinq sous en une valeur de 800,000 francs ', élever le produit d’un arpent de terrre au revenu de toute une province * , présente assez d’intérêt
1. En ressorts de montre. Voyez Say , Économie politique, liv. I.
s. Une livre de fil travaillée en dentelles, vaut i5,ooo
pour mériter quelque examen. Il faudrait, pour tracer ce tableau, le concevoir systématiquement, suivre les progrès des combinaisons du génie dans les machines, leurs moteurs, leurs applications, et arriver, par cette analyse des perfectionnemens graduels , à la découverte de ceux qui restent à faire. Nous avons vingt traités sur le commerce dans les différens temps, et aucun ouvrage sur l’état des manufactures à ces mêmes époques, quoique le commerce ne soit proprement que l’échange des objets manufacturés, et par conséquent dans une sorte de dépendance à leur égard. L’étendue de cet ouvrage ne nous permettra pas d’entrer dans beaucoup de détails sur un sujet de cette importance; mais nous essaierons cependant d’en indiquer les principaux traits, et d’établir ce que l’industrie manufacturière a été, ce qu’elle est aujourd'hui en France, en quoi le principe d’association peut lui être favorable.
L’art de la fabrication fut long-temps une habitude, une occupation d’agrément, au lieu
liv. ; c'est, il est vrai , la matière à laquelle l’art ajoute le plus. M. de Cantillon , dans son Essai sur la nature du commerce, calcule que si la France payait en vins de Champagne les dentelles de Bruxelles, elles donnerait le
d’être une profession; il était alors en honneur, et les personnages les plus illustres ne dédaignaient point de s’y consacrer. On connait l’éloge de la femme forte dans l’Ecriture Homère nous représente les déesses et les reines 1 occupées dans leur intérieur, dans leurs gynécées, à broder des étoffes, à filer le lin. Auguste ne voulait porter que les habits faits par sa femme et ses filles 5 ; et , de son temps, on montrait encore dans le temple de la Fortune la toge de Servus Tullius tissue par Tanaquillia 4. A la célébration d’un mariage , on portait devant l’épouse la navette et l’aiguille 5 ,qui devaient durcir ses mains délicates ®. Mais bientôt l’usage des esclaves vint remplacer ces occupa-
produit de quinze mille arpens de vignes pour la récolte d’un arpent ensemencé de lin. Voyez cet auteur et Beausobre , ÜV. I, p. 203.
î . Et des ouvrières habiles dlsraël. Exod., c. 35, v. a5. a. Calypso et Circé faisaient des étoffes au métier. Andromaque brodait lorsqu’on vint lui annoncer la mort d'Hector. II., chant III, v. ia5 ; chant XXII , v. 44°- 3. Suet. in Octavio.