‹ De l'esprit d'association dans tous les interêts de la communautéChapitre 62 sur 77 · Cic., de Oflic. , lib. I · texte numérisé non relu

Cic., de Oflic. , lib. I

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de penser que c'est à un monarque français qu’est dû le premier retour des associations littéraires. Charlemagne créa dans son palais une académie, où il admettait les savans de tous les pays; il y portait le nom de David; lé célèbre Alcuin celui d’Horace, et un gentilhomme, nommé Agilbert, celui d’Homère, et l’archevêque de Mayence s’appelait Damœtas. L’empereur avait établi cette règle, afin d’éloigner de ces réunions toute prérogative gênante ; et les personnes qui en faisaient partie , conservaient même hors de leur séance cette douce familiarité : «Vous êtes, je pense, en Saxe, Damœtas, écrivait Alcuin à l’archevêque; Homère est en Italie, et nos autres associés sont répandus en différens lieux ; Dieu veuille que David revienne bientôt parmi nous, ainsi que tous ceux qui accompagnent ce prince victorieux 1 ! u Charlemagne savait à peine écrire, ce qui est rare dans un académicien; mais il savait régner , ce qui n’est pas moins rare dans un roi; il voulait que ses sujets fussent plus instruits que lui, et ne pensait pas que l’ignorance fût bonne à rien , pas même au pouvoir absolu. Pendant que ce grand homme étendait

i. Alcuin , epistolæ.

ainsi sa munificence sur les lettres , qu’il traçait des canaux pour unir les mers, il vendait par économie les légumes de ses jardins, il portait des peaux de moutons pour diminuer le luxe de sa cour, et dictait des traités d’économie politique dans l’intervalle de deux victoires'. Il fut un temps où il était fort à la mode en France, et on ne parlait que de lui sur les théâtres et à la tribune , dans les poèmes et les décrets ; tout à coup il n’en a plusété question, et heureusement c’est fienri IV qui lui a succédé. En effet , dans l’état où nous sommes , la poule au pot vaut mieux qu’une thèse de rhétorique , écrite surtout dans le latin de ce temps. Henri IV d’ailleurs aimait les lettres, comme François Ier, comme presque tous les princes de sa maison , jusqu’à saint Louis même qui, tout saint qu’il était, préférait, disait-il, un prud'homme à un béguin (cagot) ’.

C’est à cette protection puissante que les sciences et les lettres durent en France leqrs progrès rapides. Dès le treizième siècle , les palais des souverains , les châteaux des grands

j . De Gçft. Caro!. Mag.

a. Joinville, Méin. Relranrhcz de ma labié pour payer mes lecteurs, (lisait Htmi IV.

seigneurs, renfermaient , sous le nom de cours d’amour, de véritables académies, où des questions étaient proposées, des prix accordés, et qui furent les parfaits modèles des associations littéraires, telles qu’elles ont été établies depuis. Les dames les plus spirituelles présidaient ces réunions , en dressaient les procès verbaux , rédigeaient les règlemens , et distribuaient les prix. Princes, chevaliers, troubadours, accouraient de tous côtés à ces combats nouveaux de l’esprit et du goût; délassemens glorieux d’exploits plus glorieux encore. Les rangs , les distinctions , s'effacaient dans celle école de la galanterie, où le mérite seul était compté, où l’esprit ajoutait l’éclat au courage, et la grâce à la beauté. C'est là que naquit la poésie française à la voix d’un prince aimable 1 * 3 , et où les dons du génie commencèrent à rivaliser avec les avantages de la naissance a et de la fortune 8. L’institution des Jeux Floreaux

i. Thibaut, comte de Champagne.

a. Philippe-le- Long, comte de Poitiers, et depuis roi de France, ne voulait , dans les charges de l'Etat, que des poètes, afin, disait-il, de pouvoir tenir à toute heure cour <( amour. Voyez Caseneuvc , Origine dos Jeux Floraux , bibl. acad. , tom. IX.

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