‹ De l'esprit d'association dans tous les interêts de la communautéChapitre 64 sur 77 · Académie des Inscriptions et Belles- Lettres · texte numérisé non relu

Académie des Inscriptions et Belles- Lettres

DigitizecUjy-Coogle

cour, créa pour eux une existence honorable, indépendante, si favorable à l’étude et à la contemplation.

Il y a partout des savans et des poètes; en France seulement, il y a des gens de lettres, c’est-à-dire , des hommes dont la vie entière peut être consacrée à l'étude, sans qu'ils soient obligés d’y mêler les travaux d'une autre profession. Tranquilles sur leur sort, sous les auspices d’une seconde Providence qui veille à leurs besoins , ces enfans des Muses et d’Apollon ne s’occupent que de leur renommée et du bien de leur pays. Et qu’on ne croie pas que cette dépense soit improductive à l’Etat ! L’utilité dont elle a été pour l’agriculture, l’industrie, le commerce, est mille fois au-dessus de la faible charge qu’elle aura occasionée. La Grange , Laplace, Bertholet , Monge , Chaptal, Cuvier, auraient-ils porté si loin leurs utiles travaux, s’ils n’avaient été que le délassement de professions pénibles ou de pratiques assidues? Corneille et Racine auraient-ils produit tant de chefs-d’œuvre, s’ils avaient été chefs de bureau du contentieux, ou référendaires à la cour des comptes? Quelle liquidation aurait valu Athalie et Cinna ! La société même devait en France une grande partie de ces agréinens

au concours des gens de lettres , et à l’existence que donnait l’esprit dans le monde; les salons établissaient de nouveaux rangs, donnaient de nouveaux litres , pour lesquels les anciens n’étaient nullement comptés : plaire était le seul mot qui voulût dire mériter. Les femmes qui présidaient encore ces nouvelles académies, étaient inexorables sur l’ennui et les prétentions ; la sottise ne trouvait grâce à leurs yeux qu’à force de bonté; l’orgueil, de politesse; le vice, de dehors vertueux; la raison même, de gaîté. Ceux qui refusaient de plier sous ce joug des grâces et des manières, allaient se faire respecter par des subalternes , qui leur conservaient des hommages plus faciles à obtenir \

De pareilles associations avaient lieu dans les autres pays de l’Europe ; en Italie, sous le nom de kumoristi, otiosi, qui rappelaient le caractère de leur réunion *. Dès le quatorzième siècle, une académie fut fondée à Strasbourg8, et bien-

i . Grimm dit, dans ses Mémoires , que le maréchal de Saxe préférait la société des actrices et des personnes de classes inférieures , parce qu'il trouvait qu’ou ne lui rendait pas assez dans la bonne compagnie.

a. Aibcrti Discorso del. Orig. Acad., p. a. Diction, do Trévoux, Académies.

Page 1