‹ De l'esprit d'association dans tous les intérêts de la communauté, ou, Essai sur le complément du bien-être et de la richesse en France par le complément des institutionsChapitre 16 sur 35 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Deuxième effet de t esprit d'association. — Consolidation et mobilisation de la dette publique.

Haec dicit Dominus : Quis est creditor meus et numquid tam parva facta est manus mea, ut non possim rêdimere ? aut non est in me virtus ad liberandum?

Isaïe, cap. L, y* 1 et 2.

Me voici conduit naturellement, par le mouvement des capitaux et le système d'anticipation , à examiner les opérations du plus gros capitaliste et du plus terrible anticipateur de tous les pays , le gouvernement.

Si l'association de quelques individus a pu produire de si grands résultats, que ne peut Faction de tout le pays dirigé par des hommes habiles et entreprenans ! que de ressources ne possède pas cette immense maison de commerce, cette masse d'actionnaires qui offre pour garantie au monde et à ses propres associés la responsabilité de tous et l'industrie de chacun! que de valeurs d'anticipation ne peut-elle pas créer , et que de valeurs réelles doivent découler de ses opérations en faveur de la masse sociale! La question donc de savoir si une anticipation

nationale , ou autrement une dette publique, est avantageuse ou nuisible à un Etat, se réduit à connaître si l'emploi des fonds pour lesquels cette dette a été contractée était nécessaire ou / utile à la communauté; c'est là que se bornent toutes les discussions qui ne peuvent jamais se juger que sur les événemens divers; mais ce qui peut très-bien être établi en principe, c'est qu'aucun emploi improductif ou inutile de fonds ne peut avoir lieu dans un pays régi par les lois municipales, parce qu'un gouvernement semblable ne connaît ni les puérilités de l'amourpropre , ni les vengeances ou les caprices de la vanité; là on ne verra jamais de guerres entreprises pour des motifs frivoles, pour l'ambition particulière des princes contre les intérêts des peuples ( 1 ); la raison est entrée avec l'industrie dans la politique pour en diriger le mouvement vers les convenances sociales, et les guerres en cela ont suivi la marche des opinions; elles furent des croisades lorsque la religion était l'idée

(i) M. le vicomte de Bonald blâme, dans un de ses ouvrages, les guerres pour du sucre et du café : qu'y a-t il cependant de plus intéressant pour les peuples que les objets de leurs échanges et l'exercice de leurs facultés. Cela ne vaut-il pas bien pour eux les guerres causées par les jalousies de quelques ministres, ou des railleries sur une maîtresse, etc. , etc.

( "7 ) Moulinante , des passions de conquêtes lorsque ■chaque Etat tendait à se composer; plus tard, des jeux d'ambition et de vanité de princes affermis sur leur trône; elles sont aujourd'hui des guerres de calcul et d'intérêt commerciaux, *jui , en effet, représentent les opérations relatives au bien-être et à la richesse des peuples.

Il n'existe qu'une raison de guerre pour un Etat industriel, Y entrave à ses échanges, comme il n'existe qu'un motif de trouble dans son sein, Y obstacle à ses produits. Il agit alors, en qualité de nation, contre ses ennemis, pour garantir ses droits, comme en qualité d'individu pour créer ses valeurs , et le mode par lequel il procède est le même, Y anticipation, qui n'est point une conception particulière, mais qui a dû se présenter naturellement sitôt que la richesse a pu accumuler dans les mains de quelques individus ou d'un grand nombre un surplus de produits disponible au profit de l'Etat, et créer un placement désirable à l'avantage du propriétaire. La société a trouvé par là le moyen de donner aux capitaux inertes, entre les mains de quelques-uns, une nouvelle valeur, l'intérêt, et de ménager la production parmi les autres , en augmentant très* faiblement l'impôt. L'impôt attaque dans le vif la production, que l'emprunt ne fait qu'efflëu-

rer(i). L'invention de ce système et de celui d'amortissement laisse vingt-cinq ans pour rembourser une dette que la, voie de l'impôt aurait idû réaliser sur-le-champ. Combinaison admirable des temps modernes, qui, employée avec art, double, triple les valeurs empruntées avant d'avoir atteint l'époque de leur remboursement, ou plutôt en remboursant d'une manière insensible.

Il s'agit de savoir à présent jusqu'où peut s'étendre ce moyen nouveau pour n'être qu'utile et sans danger pour la communauté; car, dans la masse du produit total de l'industrie et du commerce , le gouvernement ne peut disposer que de la partie susceptible d'être distraite sans nuire à la reproduction; c'est sur cette partie seule qu'il peut acquitter d'une part les dépenses fixes , et de l'autre assurer l'intérêt des emprunts qu'il a été obligé de faire dans les cas extraordinaires.

Tout particulier quelconque divise son revenu en trois parties, la première destinée à l'acquit de ses charges sociales, la seconde nécessaire à 6a consommation , et la troisième seulement susceptible d'être reversée par lui dans la reproduc-

(i) Différence de l'emprunt à l'impôt. Voyez la théorie «lu crédit public, par M. Hennet , depuis la page 44g à 455, et les mémoires divers de Saint- Aubin, qui explique trèstien cette question.

lion; la première est tout-à-fait nulle et impro-> ductive dans sa condition privée, et il la regarde comme faisant partie de la main-d'œuvre et des débouchés qui assurent ses opérations. Les deux autres seulement constituent sa richesse, son avoir. Toute son attention se porte à consommer moins et à reproduire davantage , car il s'enrichit également de ce qu'il épargne ou de ce qu'il crée; moins il dépense en main-d'œuvre sociale^ et privée , c'est-à-dire moins il paye de taxes ou de salaires, plus il a le moyen d'augmenter sa fortune ; par la même raison , plus il devient riche, plus il est en état de subvenir à de nouvelles charges, ou autrement de payer des impôts; mais ici tout est à l'avantage de la production , et un pays devient bien plus [riche par l'augmentation de son industrie que par la diminution de ses impôts , comme un particulier améliore bien mieux sa fortune en travaillant beaucoup qu'en dépensant peu*

Les frais de main-d'œuvre sociale , ou autrement les impôts, se divisent en dépenses ordinaires et extraordinaires.

Les premières , destinées à la garantie des produits, passent à payer le prince qui gouverne, ses ministres et agens, les juges, les gendarmes, l'armée, la marine, etc;, et sont, de leur nature, improductives , quoique relatives à la production,

et n'ont pour raison ou pour excuses que la nécessité ; semblables à ces moulins de la Hollande que Ton entretient pour rejeter les eaux de la mer, aux digues qui les contiennent, et encore à ces mauvais procès qui ne rapportent rien , et connus en chicane sous le nom de damno vitanâo*

Les dépenses extraordinaires sont consacrées à l'amélioration de tout ce qui est analogue à l'industrie et qui ne peut être confié aux intérêts locaux , tels que les ports de mer , les entrepôts >„ les canaux de navigations, les colonisations, les découvertes , les guerres inévitables. Cette nature de dépenses a toujours passé pour moins productive encore que l'autre, mais elle peut l'être davantage si elle est conduite avec habileté et sagesse.

Le principal effet du gouvernement délégatif, c'est de ne jamais pouvoir grever l'Etat de palais r de jardins , de fêtes, de prodigalité, qu'on a vu s'élever dans un seul règne à trois milliards , et d'être toujours restreint à Y utilité certaine ou à la nécessité absolue. Dans le premier cas , c'est un bien qui se fait sentir à chaque individu ; dans le second , c'est un malheur commun dont l'égale répartition aide à supporter le poids.

Cette opération sociale est composée , comme chaque entreprise particulière, de pertes et de profits, suivant le bonheur ou l'habileté des directeurs.

La dette (Tune nation résultant de ces dépenses, est également analogue à celle des particuliers entre eux; c'est une portion de la communauté qui prête à la communauté entière à laquelle elle est intéressée ; c'est, comme dans la famille, le fils qui aurait gagné une somme qu'il mettrait dans le commerce du père; la fortune totale de la famille n'en serait augmentée ou appauvrie que suivant la gestion du père; les dettes des particuliers entre eux représentent une portion de la propriété de chacun aliénée au profit d'un autre, de même la dette de l'Etat représente la portion correspondante de la fortune de chaque particulier, aliénée ou distraite par l'impôt au profit des prêteurs ; mais cet impôt n'étant que le vingtième de la somme empruntée , c'est en effet un capital nouveau créé par anticipation, et qui, bien employé , pourrait rapporter à la communauté un intérêt bien plus fort que ne lui coûterait l'impôt qui lui sert de base.

Je suppose qu'une nation veuille emprunter cent millions pour une entreprise sociale, il faut pour cela qu'elle puisse, sans nuire à la reproduction , imposer 6 millions de plus pendant vingt-cinq ans , qui font l'intérêt à 5 pour îoo du capital et î pour îoo pour l'amortissement. Elle donne alors au préteur une obligation rapportant cet intérêt nouvellement imposé ,i

laquelle obligation se trouvant garantie par Tes institutions, par la volonté de tous, déléguée à un seul; est une valeur aussi bonne pour cet htfmme que l'argent dont il s'est dessaisi, tant qu'il peut se trouver dans ce pays d'autres capitaux flottans ou argent à placer qui peuvent lui rendre ses fonds à volonté- et sans perte; mais s'il n'y a rien de changé dans la situation de cet homme , il y a bien certainement un capital nouveau disponible entre les mains de l'agent général de la communauté, ou le gouvernement, capital qui, se versant dans la circulation, va chercher tous les besoins, préparer, encourager tous les moyens de reproduction ; ce n'est point précisément une acquise tion. faite par l'État, mais la jouissance par anti-* cipation d'un capital dont l'acquisition est assurée. Ce sont des valeurs fictives qui créent des valeurs réelles sans employer de numéraire , comme les machines créent des produits sans employer de bras et de consommateurs (1),

(i) Le mobilier d'un État se compose de tout ce qu'il possède ; ainsi les fonds publics sont une propriété reposant sur le paiement d'impôts possibles a recueillir. Le pays ou la moitié du revenu de l'Etat serait employé au paiement de sa dette, comme en Angleterre, sans que les bahitans fussent plus &enès qu'ailleurs, serois moins à plaindre que le pays où ce même revenu ne couvrirait que les dépenses del'État ; oe n'est pas une valeur de plus qu'il aurait, mais un déplacement

Ainsi, lorsqu'une communauté qui paye cent .millions de contributions est parvenue, par sou industrie, à être en état d'en payer deux cents, c'est, ainsi que nous l'avons dit précédemment, comme si elle s'était ouvert un crédit de vingt fois ces 100 millions, ou 2 milliards, soit sur ses propres capitalistes ou sur ceux du monde entier qui auront confiance dans ses institutions, lesquels 2 milliards elle peut employer pour toute opération utile à l'acquisition d'une nouvelle richesse. Lorsqu'on considère les 20 milliards que l'Angleterre a empruntés depuis vingtcinq ans , on est effrayé de la situation de ce pays, on serait tenté de le plaindre; mais si l'on place à côté tous les édifices, les ports, les navires, les bestiaux, les propriétés de tout genre que ce mouvement d'affaires a créées ; si on y ajoute les mines en exploitation, les canaux, les routes, les établissemens dans le monde entier , on verra que la charge imposée n'équivaut pas au dixième des valeurs produites , et lorsqu'on pense que ces opérations sociales ont été dérangées par les dépenses terribles des guerres improductives,

utile de valeurs acquises; on conçoit combien ce placement même devient nécessaire, là où les produits annuels s'élèvent a 12 milliards , et où la masse seule des dividendes, tant de la dette que des compagnies d'assurances et de banque , s'élèvent à plus d'un milliard net à replacer par an.

par d'autres maux , on peut juger ce qu'auraient été les mêmes efforts dans uu temps calme, et on voit qu'il n'est pas de bornes à leur développement et au bien-être produit par les institutions. M. Say donne, dans le 2,e volume de son excellent ouvrage, un tableau synoptique de la diminution des valeurs, opéré dans un pays parles emprunts; il regarde comme consommé entièrement le capital de ces emprunts et ne rapportant plus d'intérêt; je pense qu'il se trompe. Si cet emprunt a été fait pour créer une chose productive, telle qu'un port de mer, un canal, une route > il est aussi utile à la communauté que toute anticipation créée par l'entreprise d'un particulier : l'impôt qui lui est relatif cessant au bout de peu de temps, l'objet qu'il a servi à produire se trouve acquis à l'Etat. Si l'emprunt a été fait pour une guerre , en mettant même à part la nécessité, on se tromperait encore en pensant qu'il ne reste rien de ce capital. A l'exception des sommes versées à l'étranger pour l'acquisition des matières premières , tout le reste passe en main-d'œuvre et en consommation d'objets du pays. Je ne dis pas que cette partie ne soit une perle, puisque ces valeurs sont consommées improductivement; mais il est impossible de ne pas trouver dans cet emploi de fonds et d'industrie publique une énorme

avance, un mobile puissant pour l'industrie particulière, c'est-à-dire l'ouverture de mines, la construction d'usines, de canaux, d'ateliers de tous genres, de vaisseaux, qui n'auraient peut-être pas été produits aussi promptement sans cette première mise de fonds , sans cette forte commande qui a eu lieu d'abord.

Il faut déduire aussi de la perte présumée des valeurs créées au profit de l'Etat, tout ce qui n'aura pas été entièrement usé , tels que les vaisseaux, arsenaux, équipemens, qui augmentent toujours le fonds de maison; mais il faut ensuite considérer ^opération de la guerre relativement au pays qu'elle concerne , en la séparant du principe général en théorie. Si cette opération a été conduite de manière à ouvrir de nouveaux débouchés, à les garantir, à faire en quelque sorteToffice d'assurances , à hausser le prix des objets manufacturés, à multiplier leurs échanges, l'emprunt aura eu sa part dans la production ; l'argent même envoyé aux étrangers pour l'acquisition des matières premières de leur sol, aura été compensé par l'augmentation des achats qu'ils auront faits en retour.

Sans doute ceux qui, ayant participé à cette charge sociale, ne sont entrés pour rien dans la rentrée du capital, dans la nouvelle distribution faite à l'industrie y en auront supporté la perte

( ^36) entièrement; mais le profit fait par les autre* rétablit cette balance dans la masse commune. C'est donc bien , comme dit Melon , la main droite qui prête à la gauche, et celle-ci qui le lui rend y à l'exception toutefois que, dans la main à qui on restitue, il y a un ou plusieurs doigts qui ne profitent pas de la restitution, et qu'il y a ensuite une certaine quantité de valeurs absorbées par la nécessité.

C'est donc à tous les doigts des mains, ou plutôt à tous les babitans d'un pays, à tâcher d'être industrieux pour réparer autant que possible les charges sociales que chacun doit supporter , à retirer , pour ainsi dire , quelques/efo/?* de présence de la bourse commune.

La dette publique n'a plus , comme le pensait Montesquieu, l'effet d'ôter les revenus véritables de l'Etat à ceux qui ont de l'activité et de l'industrie pour les donner aux gens oisifs et fainéans,mais bien au contraire d'établir une charge commune sur les oisifs et les industrieux, à laquelle seulement ces derniers échappent en se faisant rendre par leurs travaux leur part contributive. Montesquieu , en parlant ainsi , pensait aux monarchies absolues, aux courtisans, aux maîtresses, aux privilégiés de tous genres, aux palais de luxe, aux jardins, etc., qui absorbent les revenus des industrieux; mais, sous un gouvernement muni-

cipal, ces sortes d'abus sont impossibles, et l'improduction est réduite au plus juste nécessaire , aux soldats , aux marins , et à ce qu'il faut strictement pour garantir la propriété. Là ce sont les institutions seules qui règlent les finances, et l'industrie qui s'impose les charges. Le gouvernement n'est que l'intermédiaire, l'agent de distribution entre les hommes laborieux ayant acquis des fonds et qui les prêtent, et ceux qui, par leur travail, les gagnent; le tout aux dépens des oisifs, qui ne prêtent ni ne gagnent, mais qui payent; c'est ce qui fait que l'état de courtisan est une industrie dans une monarchie simple, et l'industrie une puissance et un honneur dans un gouvernement constitué.

Les institutions, en réglant les finances, produisent le crédit, car le crédit n'est autre chose que la sûreté des engagemens, et cette sûreté est garantie ici par la nature du gouvernement; elle va même jusqu'à rendre les contrats plus précieux que les propriétés foncières, parce qu'on ne se permet pas de les imposer. La banqueroute ne peut exister, ou , si elle a lieu , elle se reporte sur toutes les valeurs à égale portion , ce qui n'est plus une banqueroute.

La dette d'un gouvernement commercial me pa* raîç être unejlettrede change tirée par le chef de ce gouvernement, ou nominativement les ministres ,

sur la communauté , acceptée par les chambres comme syndics de cette communauté, et passée à l'ordre des individus qui en ont fourni la valeur; ce papier, qui circule avec les effets des autres maisons de commerce, n'aurait qu'une valeur incertaine dans un Etat monarchique , parce que rien ne constaterait la fidélité à le payer; il ne représenterait que les opérations d'un particulier, et encore d'un particulier non sujet aux lois répressives, révocable par son successeur, par le changement de son ministre ; tandis que, dans un pays constitué, il a pour garantie la volonté libre des contractans de l'acquitter, et la portion de leur revenu affectée à son acquit, la délégation formelle des gouvernans et des gouvernés.

La confiance que l'on a dans un prince repose sur l'idée qu'il conservera sa vie, sa volonté et aon pouvoir, ce qui est beaucoup espérer, et dans une nation , qu'elle connaîtra seulement ses intérêts ; ce qui est plus facile à croire.

Cette dette engage à épargner par la sûreté des placemens , et à produire par l'avantage des épargnes; alors point d'argent caché, point de capitaux stationnants , point de non-valeurs , et , de même que les lois assurent la solidité de ces placemens, l'avantage qu'ils produisent attache au maintien des lois; le patriotisme des temps

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modernes réside dans la fortune, et ce n'est pas un sentiment si honteux que celui qui comprend la jouissance de tout ce qui nous est cher, le bienêtre et la dignité de notre vie, le moyen d'être utile et bienfaisant.

On ne connaissait autrefois , pour les dépenses extraordinaires de l'État, que de prélever des sommes, les mettre en caisse et se composer ce qu'on * appelait un trésor , ou bien on créait des rentes pour lesquelles on recevait une somme en anticipation; lorsqu'il fallait régler avec les traitans, on leur retranchait une partie des sommes qu'on leur avait auparavant déléguées. Lorsque l'industrie fit des progrès et commença ces reviremens de partis, ces mouvemens prodigieux d'échanges, elle communiqua à l'administration ses moyens d'action, son caractère honnête et juste; lès gouvernemens devinrent des financiers qui procédaient par les mêmes principes et présentaient souvent plus de garantie que les particuliers: alors il leur fut ouvert un crédit qui valait mieux que les anciens trésors, parce qu'il n'était point borné, et qu'il s'accroissait au contraire en raison du travail et de la reproduction.

L'Angleterre donna cet exemple au monde, mais ce ne fut que du moment où ses institutions eurent établi une garantie, qu'elle vit naître cette science nouvelle de crédit public fondé sur une

science également nouvelle, celle du gouvernement municipalperfectionné. Alors cessèrent ces ressources mesquines de finances, communes à tous les peuples de l'Europe, ces subterfuges de l'ignorance et de la mauvaise foi. Cesystème d'emprunt commença à s'établir d'abord avec peine et à 10 pour 100; bientôt l'intérêt se réduisit en raison du progrès de la confiance , et on vit avec surprise , après plus de cent ans de guerre , une dette de 20 milliards, à un intérêt moindre que le placement sur aucun particulier, résultat de l'harmonie constante des institutions et du travail. Le dernier emprunt faiten Angleterre ,en i8i4> a été delà somme énorme de 64,766,700 liv. st., ou de 1,618,892,500 1. st. en une année, et on se disputa pour le remplir, tant les richesses s'étaient accrues par les événemens qui ordinairement les détruisent.

Ces différens emprunts ont créé différens signes dé valeurs, différentes obligations, qui s'accordent au goût des capitalistes, comme les propriétés territoriales au choix des acquéreurs. Les trois pour cent sont comme ces étoffes légères, ces terres médiocres qui rapportent moins, mais qui coûtent peu de chose; les annuités présentent des chances de remboursement plus prompt ; les billets de l'échiquier sont à la fois une monnaie et un placement, ils rapportent intérêt dans la

poche et servent à payer les dépenses; enfin l'omnium, composé de différentes valeurs , gagne souvent sur chacune, par l'espérance que Ton a qu'elles augmenteront de prix avant qu'on ne soit obligé de payer tout le montant de l'achat: près de ce magasin, de ce marché dé valeurs mobilières , est placé un gros aequéreu* qui en maintient le prii à un taux élevé; vous avez beau marchander ou vouloir les déprécier, il est toujours là pour en offrir un prix aù-des^as du vôtre et tous forcer à suivre son cours, je veux parler de la caisse d'amortissement , riche propriétaire qui, ne pouvant placer ailleurs ses fonds, soutient le crédit et finirait par absorber la dette si on lui laissait le temps d'agir.

La dette est ainsi le contre-poids dti revenu territorial, en mettant dans la circulation des valeurs plus productives, et qui, sans cela, seraient peut-êtrç stagnantes; d'un autre côté, la caisse d'amortissement est le contre-poids de la dette, en empêchant qu'elle ne soit dépréciée et en la soutenant : c'est un trésor productif, ce que n'étaient pas autrefois les épargnes des souverains, €l un moyen* de libération des iûipôts dans les impôts mêmes; mais , quelque avantage que présente cette utile institution , elle serait de peu d'effet sans l'activité de l'industrie qui alimente toutes les sources de revenus et d'impçts, qui

prépare chaque année un nouveau superflu disponible pour un nouvel emprunt , et un nouveau revenu susceptible d'être grevé d'u% nouvel impôt.

Ce prodigieux mouvement d'affaires , cette multiplication du signe créé par la multiplication des valeurs parviendrait seule à amortir la dette en diminuant la valeur du signe, et, par conséquent , de l'intérêt fixe qu'il faut payer annuellement i). Ainsi la dette d'un pays industrieux tend à s'amortir par le temps, ou du moins à

(i) L'homme qui aurait vendu, il y a cinquante ans, un bien- fonds 100,000 fr. qu'il aurait placé, verrait avec peine ce même bien-fonds valoir aujourd'hui trois fois autant, et les 100,000 fr. n'en valoir, au contraire, relativement au prix des denrées, que 5 0,600. Ainsi, en supposant que cet homme eût laissé le prix de son acquisition entre les mains de son acquéreur, ce qui arrive souvent, l'autre se serait acquitté envers lui avec le tiers de son domaine : il en est f e même pour la dette d'un État qui , jetant nominale , reste stationnaire pendant que les revenus augmentent en raison du prix des denrées. La dette alors se paye presque sans s'en apercevoir, et, tous les jours, semble diminuer en raison de l'augmentation du reste. D'après cela , il y a des gens qui voudraient laisser au pays le surplus d'impôts destiné à la caisse d'amortissement et déclarer la dette perpétuelle ; ce serait au fond la même * chose et quelque dépense de gestion épargnée, mais ce serait se priver d'un moyen factice de crédit qui n'est pas encore à dédaigner.

devenir tous les jours moins onéreuse ; mais aussi malheur à l'homme stalionnaire au milieu de cette progression générale! il se voit dépassé dans toutes les jouissances de là vie, son revenu diminue tous les jours.par l'augmentation du prix des denrées et la concurrencé pour l'acquisition de toutes choses.

Dans un payé pauvre , il faut travailler pour échapper à la misère; dans un pays riche, pour ne pas être accablé par l'opulence.

Nous avons déjà fait, dans le chapitre précédent, l'application des principes du crédit public à la situation de la France aux différentes époques. L'histoire financière de ce pays est d'accord avec celle de ses institutions; elle offre une chronologie dégoûtante d'exactions fiscales de tous genres, de mesures de mauvaise foi , de banqueroutes partielles, sous différent noms, conduisant enfin à une banqueroute générale, et jamais il ne s'élève une voix assez forte pour signaler ou corriger d'aussi étranges abus.

Ce sont d'abord les taxes arbitraires, le pillage, Ieyol organisé (1); bientôt l'altération des monnaies*^) > les oppressions des Juifs, le rachat

(1) Sous Hugues-Capet.- • *

(2) Sous tous les règnes , à commencer de Philippe-* le-Bel. >

du servage , les amendes arbitraires (i ) , la vente des offices royaux (2) ; plus tard suivent les créations de rentes, sans garantie (3), les exactions contre les traitans (4), les chambres de justice, les réductions de rentes (5) , les anticipations sur les fermas, les rescriptions , les loteries , les tontines , les emprunts forcés (6) , etc. > etc.

De temps en temps on pend un ministre des finances pour rétablir le crédit, comme on brûle un sorcier pour ranimer la foi, mais c'est un faible palliatif. Deux puissances existent dans l'État , les ordres privilégiés et les industrieux ; les premiers sont exempts de toutes charges, les autres privés de tous les emplois et entravés dans tous leurs efforts; arrive enfin ce règne glorieux où le talent entre en balance avec la faveur, le mérite personnel avec la naissance. Louis XIV fonde le principe de Y utilité, en ayant l'air de ne s'occuper; que de la gloire; mais à sa mort tout s'arrête de nouveau , on agite dpu& le conseil si on fera la banqueroute; il est décidé qu'elle n'aura pas lieu > mais de fait elle se fait partielle-

(1) Sous les successeurs cb Philippe- ler-Bel & Louis XI.

(2) Sous Louis XI T.

(3) Elles commencent sous François I,r.

(4) Sous Sully et ses successeurs»

(5) Sous Colbert.

(6) Dans les derniers règnes»

( *& ) ment; le crédit public se ranime par le système, et .tombe d'autant plus haut par sa chute; les ministres essaient en vain d'attaquer les privilèges, de généraliser les charges publiques; ils perdent leurs peines ou leurs places (1) ; là cour refuse de diminuer ses dépenses , les parlement d'augmenter les impôts ; enfin une horrible catastrophe vient décider cette lutté en confondant toutes les prétentions, tous les intérêts dans ioui les malheurs.

Qui croirait qu'instruits par l'expérience, il né sortira au moins dé cette effroyable révolution des institutions favorables au développement des facultés, au retour du crédit? mais non, de nouveaux rejetons poussent sur la vieille souche de l'arbitraire, et étouffent toutes les semences de richesse. La puissance prend cependant sous set

(i) Les ministres autrefois ne pouvaient pas arrêter le sj sterne des banqueroutes, ou ils cessaient d'être ministres/ car l'opinion notait rien pour les soutenir; ils étaient le* instrument du pouvoir , et non les agens de la communauté. Le discrédit n'était pas l'origine des banqueroutes, mais les banqueroutes la conséquence des mauvaises institutions. Dans une monarchie absolue, le gouvernement est un être isole , séparé de la société , que l'on considère avec curiosité, que l'on aime ou que l'on craint» Dans un État constitutionnel, chacun y voit une partie de soi-mêmer sa chose , son action et son intérêt»

protection le reste informe, mutilé, de la propriété sociale, le tiers-consolidé ; elle s'intéresse au sort de ce débris, et elle l'élève de 7 pour 100 où il était réduit à 80; c'est à ce dernier et faible engagement que se bornent aujourd'hui nos devoirs et que se rattachent nos espérances , il peut être le gage d'une confiance nouvelle, et le moyen d'un nouveau crédit. Pour prix de tant de malheurs, pour dédommagement de tant de gloire, nous avonsenfin un gouvernement conslitutionnel, un système sans doute imparfait d'intervention, mais qui commence à présenter des garanties.

Semblables aux Anglais, après la révolution qui a consacré leur gouvernement, nous venons d'opérer un emprunt au milieu de nos désastres * emprunt que nous n'aurions pas pu remplir il y a six ans dans toute notre gloire. Les étrangers et les nationaux ont jugé que nos institutions commençaient à donner des gages de notre bonne foi. Poursuivons cet heureux début, donnons à ces institutions la perfection , l'harmonie qui leur manquent, et le crédit, résultat naturel de la justice et de l'arbitrage, s'établira entièrement; nous sommes placés pour cela dans la meilleure situation. Notre dette n'est pas la sixième partie de notre revenu actuel , et notre revenu n'est pas la moitié de ce qu'il pourrait devenir. Le jour où la dette, cette propriété ou cette charge sociale,

< *47 ) sera pleinement garantie par les institutions, par cet esprit complet d'association qui crée, multiplie et assure si bien les produits, elle se répandra dans toutes les classes de la société , dans toutes les provinces du royaume comme toutes les autres propriétés mobilières; elle deviendra un placement facile, convenable à tous les intérêts; on ne donnera plus, pour 60 fr., 5 fr. de rente, qui représentent un capital de plus de 100 fr.j elle servira merveilleusement à la force du gouvernement, en intéressant à sa stabilité (1). Il est possible, il est naturel de prévoir que notre dette nationale doublée, triplée", quadruplée, comprenant tout ce qui reste à payer aux étrangers, aux créanciers de Farriéré, ce qu'it faut consacrer au rétablissement des roules et édifices

(1) Plus la dette serait divisée et entre les mains de beaucoup. d'individus, et plus elle tendrait à éprouver de la hausse, parce qu'elle intéresserait plus de monde à sa conservation. Une dette légère dans un pays ne regarde qu'une partie faible de la population , qui pourrait être sacrifiée à une masse d'intérétjfrplus forts ; mais une dette divisée, comme celle de l'Angleterre, en neuf cent quatre* vingt dix mille familles, ou autrement environ six millions d'individus, faisant le tiers de la population, ne peut jamais être attaquée; elle implique un intérêt aussi actif que les biens-fonds : et le gouvernement sur lequel elle repose ne peut être renversé, parce qu'il a intéressé trop de monde à son soutien»

publics , à indemniser les émigrés , etc. , s'élèvera à un taux semblable à celui des pays industrieux, lorsque le pays deviendra également industrieux par les institutions et par les avantages attachés $u travail , résultat naturel des institutions.

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