SC 7 , T
(4) Les cuisiniers furent d'abord donnés assez bon marebé à Rome; ils valaient moins que les peintres, les musiciens et les mathématiciens , mais ils s'élevèrent bientôt au-dessus. Tite-Live, lib. 39, c. 6. xviii de œd. edic.
(5) Strauch diss. 1 , de œd. edic, c. 1, §. 4. Un seul grammairien, nommé Dapbriis, fut vendu très-cber. Pline 9 Hist. nat. , lib. y 11, c. 3g.
(6) Pignorius de Serv. et Propma, de op. ser.
on les donnait en gage ; on leur mettait , comme aux chiens, un collier sur lequel était écrit leur nom, avec la prière de les ramener à leur maître (1). Ces malheureux représentaient assez ce que sont chez nous les machines, portant, comme elles, le nom de la chose à laquelle ils servaie nt (2) , et valant de même en raison de leur durée ou de leur adresse : on disait d'un esclave qu'il rapportait tant de drachmes par an (3), comme on dit d'une pompe à feu qu'elle est de la force de tant de chevaux. Je ne passe jamais devant ces grandes pendules qui sont dans les antichambres, sans me représenter à leur place le malheureux horologete des anciens, qui, immobile comme elles, n'avait d'autre emploi, d'autre destinée sur la terre que de crier les heures et de retourner la clepsydre (4)-
La condition des esclaves s'améliora cependant sur les derniers temps de l'empire romain , à mesure que l'industrie elle-même se perfection-
(1) Fabretti, Ins. ant. , p. 5-22.
(2) Hor tulanii , Cubicullarii. Ostiarii, etc., etc.
(3) Demosth. inITpbob. 1. Œschin. in tim.
(4) Athénée, lib. 3. Martial demande à un ennuyeux s'il n'a pas entendu l'esclave crier cinq heures, lib. 10 , ep. 62. Juvénal s'en plaint également.
nait; il se forma alors des collèges ou corporarations d'ouvriers, colle gi a avtificum , qui donnèrent aux différentes professions une considération dont elles n'avaient pas joui jusque-là: on oublia la loi Flaminia, qui excluait les familles nobles et même tout homme libre du commerce. L'art de la fabrication se perfectionna au point que, sous le règne de Théodose, la plus grande partie des étoffes des Indes et de l'Egypte s'imitaient à Rome et y étaient devenues communes.
L'invasion des peuples du nord arrêta cet heureux progrès, et obligea toutes les institutions à rétrograder vers leur origine. L'art de la fabrication fut de nouveau confiné dans la demeure des femmes , et borné à quelques étoffes précieuses fabriquées dans les palais, ou aux tissus communs produits par l'industrie grossière de chaque ménage. Charlemagne faisait apprendre à filer et à coudre à ses filles (1) ; l'impératrice Cunégonde portait les habits qu'elle avait elle-même tissus (2). Le célèbre Oddo, dans les vieilles chroniques danoises, trouva la' belle Ingiberg qui
(1) Eginhard, de vit. et gest. Car. m., cap. 3 et 4. Id. , cap. 2, lib. 1 , 19.
(2) Smidt geseb. der deut., tom. II, p. 98.
(Si4)
cousait une chemise pour son amant (1). Qu'est donc devenu le sentiment dans le monde , s'écrie le vaillant Hrolf ? voilà que ma mère ne veut pas raccommoder les habits déchirés de son fils (a). C'est dans les ateliers ou gjnacées des femmes et dans les couvens que se préparaient les ornemens d'église , les tapisseries des châteaux , les étoffes précieuses des jours de cérémonie. La condition des esclaves (3), employés à ces travaux , était la même que chez les Romains ; mais il existait des lois plus favorables à leur sort et dues à l'esprit de l'Evangile.
11 ne parait pas que ces institutions aient changé en Europe avant le douzième siècle ; mais , à dater de cette époque , l'industrie commença à prendre son essor; il se forma dans les villes de véritables collèges ou corporations de fabricans , des ateliers , des manufactures , où l'on
(i) Fisher gesch. der Hand. , tom. I, p. s3. Ordvarods Saga. Bar t bol. ant. dan., 1. a, c. 10.
(2) Saxo Hist. dan., 1. 1 1 ,p. 29. Robert, abbé de Saint- Albaii , envoya en 1 1 89 au pape Adrien une mitre et des sandales brodées, par Christine, princesse de Margate. Anderson, tom. I, p. 348, Hist. of trao\
(3) On les vendait cependant encore en masse , et séparément ; on les troquait contre un cheval , une lance. Du Cange, Glos. in ver: Servus. On en vit une fois jusqu'à sept mille à la foire de Mecklembourg. Chron* slav.,
distinguait déjà les entrepreneurs d'industrie, les ouvriers , les commis et teneurs de liyres. Cbâlons , Verdun , Carcassonne , Narbonne , les villes de la Flandre surtout , devancèrent T Angleterre dans tous les genres de fabrication (1); mais elles lui cédèrent bientôt le pas, lorsque celle-ci ajant perfectionné ses institutions , eut le moyen de donner un libre cours à son génie. Une ardeur générale se manifesta alors spontanément dans toutes les classes d'babitarfs de ce pays : les savans dirigèrent leurs recherches vers les choses utiles: les ouvriers voulurent devenir inventeurs; les gens riches et éclairés mirent leur ambition à créer, et des progrès immenses se manifestèrent de toutes parts.
Essayons d'en tracer brièvement le tableau pour servir de point de comparaison.
(i) On voit qu'à la fin même du douzième siècle, du moment île la rançon de Richard Cœur-de-lion, toute la laine d'Angleterre s'exportait en Flandre, d'où elle revenait manufacturée. Les fabriques de draps ne furent établies en Angleterre par les Flamands qu'en i33i. Parmi les articles de commerce mentionnés dans les archives du consulat de Barcelonne, on voit toujours, avant le quinzième siècle , les toiles de Flandre , Champagne" , Bretagne, les draps de Provins, de Châlons, de Reims, Narbonne et Béziers , et jamais ceux de l'Angleterre. Capman. , Coir • BarceL, p. 33a. Balducci , Pratique du commerce*
Le premier produit de l'industrie et son mobile à la fois qui s'offre aux yeux de l'observateur en Angleterre , est l'emploi perfectionné du fer , dont la puissance agit sur tous les autres objets, qui entre dans la compostion de toutes les substances, du fer qui est vraiment For des pajs industrieux. Plusieurs grandes provinces , longtemps sans valeur , ont ouvert tout-à-coup leur sein aux bras industrieux qui les ont exploités: elles leur ont offert, à côté du minéral précieux qu'ils cherchaient , toutes les substances nécessaires à sa fabrication ; à peu près à la même profondeur, et de l'eau en abondance pour tout voiturer sous terre par les canaux; circonstance singulière, et qui ôte tout moyen d'entrer en concurrence avec de semblables avantages. L'emploi admirable de la pompe à feu, suite naturelle de cette découverte , a créé des milliers de mains invisibles qui se placent dans toutes les directions, sur tous les points à volonté, pour abréger le temps, la fatigue et la dépense : ce sont elles qui tirent le charbon, le fer, la chaux de leurs demeures souterraines , qui les chargent dans les paniers , les transportent au sommet des fourneaux , les y versent, agitent leurs immenses soufflets ; et le métal coule , sans autre préparation , dans les moules de tous genres qu'on lui présente , sans avoir besoin de passer à une
seconde fusion (1). Bientôt ces mêmes pompes font mouvoir d'énormes laminoirs de toutes les formes, à travers lesquels le fer passe et sort en barres, en lingots, en cerceaux, en lames f comme le ferait le papier ou la toile sous la main du fabricant : le marteau a disparu de ces ateliers , comme jadis l'aiguille à l'invention du métier. La campagne entière est éclairée des feux de ces innombrables ateliers : des édifices légers, construits en cerceaux de fer, abritent les travailleurs, et autour dfe leurs ateliers s'élèvent partout des moisSonssur cette lave fertilisée , sur cette terre doublement productive. Il m'est arrivé souvent , au milieu de la nuit , de lire à ma fenêtre à la seule clarté de ces fourneaux ; je m'arrêtais alors pour considérer cette plaine couverte ainsi de feux semblables à ceux des bivouacs d'une armée immense, et je pensais avec plaisir que ce vaste camp n'était composé que de citoyens paisibles, laborieux, utiles, dont le travail enrichit les familles et le pays, sans coûter une larme à l'humanité*
De cette admirable exploitation du fer découle la source de toutes les autres richesses , puisque c'est par son moyen que se multiplient
(1) Le fer coulé devient par-là d'une préparation si facile qu'il ne coûte pas plus cjue la geuse même.
à si bon marché les machines qui abrègent tons les travaux, et doublent, décuplent les produits ? la, ce sont des milliers de bobines qui filent le coton , la laine, le lin ;*tà , des millions d'aiguilles qui brodent les dessins les plus variés sans la moindre confusion ; plus loin , tombe une pluie de clous tout formés; d'autres machines polissent Facier, tournent la poterie, taillent le verre. Des cotons en balles, du chanvre grossier, placés au bas d'un édifice, sont, les uns démêlés, par des doigts délicats, les autres tournés par des bras robustes , et se roulent en câbles énormes ou se dévident en fils imperceptibles au haut de ce même édifice. On s'étonne , dit un voyageur moderne (1), de voir sortir d'entre les dents de roues innombrables obéissant à une force qui. ne se lasse jamais, la laine ou le coton en longues cardes blanches et légères que d'autres rouages saisissent, qui coulent ensuite en fontaines de fil et se perdent parmi des tourbillons de fuseaux. L'œil d'une femme parcourt sans cesse tout ce mécanisme; sa main répare, sans arrêter le mouvement, les accidens auxquels une force aveugle ne saurait pourvoir, et paraît commander la manœuvre des bataillons de roues et de fuseaux dans leurs évolutions compliquées; la navette,
(ij Simond, Voy. en Angleterre, tom. L
obéissant également à une impulsion étrangère, s'arrête d'elle-même lorsqu'elle n'a pas frappé au point juste qu'elle doit atteindre; le tisserand ne la pousse point ; il ne fait que surveiller sa marche, réparer ses fautes; et, par ce moyen, il produit quarante - huit aunes de toile dans le même temps qu'il lui aurait fallu pour en faire quatre par le procédé ordinaire.»
Le génie , qui sait ainsi créer l'adresse , produit ailleurs la force. Le travail trop délicat pour les doigts les plus fins soulève des masses au-dessus de tous les efforts; des grues sai«* sissent des arbres entiers aussi légèrement que le fil , les placent dans la direction nécessaire à la forme qu'on veut leur donner; des scies, des rabots, des vrilles immenses les façonnent, les préparent, et en font spontanément les mâts des plus gros navires avec la précision que Ton peut donnera une queue de billard; d'autres mor? ceaux de bois informes, jetés dans les intervalles d'une roue , sont broyés , macérés et polis par des instrumens tranchans, et sortent de cette même roue formés en poulies régulières et précises : soixante se fabriquent ainsi en une minute, et remplacent le travail d un millier de bra (i). La
( 1) Machines à enlever les bois de constuction à Chalham, et une autre à construire les poulies, du célèbre mécanicien français , M. Bauncl. Koy. Reess Gyclopedia.
pompe à feu se place sur le batardeau , et suffit pour épuiser en un moment l'enceinte de la pile d'un pont ou d'une écluse; elle creuse les ports, bat les pilotis, fait tourner les moulins, broie la poudre, les os, exécute à elle seule tous les travaux des brasseries, charge et décharge les navires; enfin, elle ajoute à la population de l'Angleterre environ 3 millions d'individus incorporels qui sont sous la dépendance des autres sans leur rien coûter.
Cette admirable combinaison du travail et du génie multiplie tous les produits, rend toutes les jouissances usuelles sans diminuer l'emploi des ouvriers, puisque, dans les fabriques comme dans l'agriculture , elles ne remplacent que le dernier échelon de la société , que le temps , pour ainsi dire , de la fatigue et de l'apprentissage ; elle laisse en entier à l'homme des travaux dignes de lui et proportionnés à ses organes; elle lui laisse surtout Ja faculté de réfléchir, d'observer, et par conséquent de concevoir. L'invention d'une machine met sur la roule de cent autres ; car la plus compliquée, comme la plus simple , n'est jamais autre chose que l'imitation des travaux manuels de l'homme, réduits, par la division du travail, a un petit nombre de mouvemens qu'il est facile de connaître et de remplacer par une puissance matérielle. La conduite et la direc»
■( 3ai )
tion de ces bras supplémentaires restent toujours les mêmes; et, ainsi que nous Favons prouvé plus haut, ce n'est point le travail qui diminue, mais la production qui augmente (1).
La France est loin sans doute encore de ces grandes combinaisons; mais elle a fait cependant plus de pas pour y parvenir qu'il ne lui en reste à faire. L'énergie du travail et de l'invention s'est développée à mesure que les entraves , les réglemens (2), les prohibitions disparaissaient : larévo-
(1) Voyez au chapitre précédent, de l'agriculture , page 278 et 279.
(2) L'édit de i583, sous Henri III, déclare que la permission de travailler est un droit royal et domanial. Une ordonnance du même temps détermine l'ampleur des chausses. Deux conciles, en 1212 et i365, s'occupèrent à défendre les souliers à la poulaine. Le règlement du. 5o mars 1700 sur les fabriques de bas contient ce qui suit s « Contre noire intention les fabricans font sur leurs métiers des ouvrages très-grossiers , et ils y emploient des laines d'une qualité très-inférieure, de sorte qu'il est à craindre que la multiplication et les progrès de ladite fabrique ne causent la ruine entière de la fabrique des bas au tricot; en conséquence , il est ordonné que le travail du métier sera resserré dans des bornes convenables et réglé de la manière la plus propre à perfectionner les ouvrages. Voyez Forbonnais, p. 1 14, tom. II. La conséquence d'une semblable mesure était que les étrangers qui auraient acheté nos bas fabriqués au métier, à cause du bon marché, étaient obligés de les aller prendre ailleurt,
si
lution , destructive des privilèges , des richesses , de la propriété même, a semblé respecter les produits mobiliers du travail ; ses magistrats éphémères sortaient presque tous des classes industrieuses ; et on sait que les hommes conservent toujours une prédilection pour la profession qu'ils ont exercée; ils peuvent faire des fautes dans d'autres opérations, mais ils en font rarement dans celle qui leur est familière et à laquelle ils s'intéressent. De là cette prodigieuse activité, cette singulière perfection de notre industrie au milieu des guerres , des révolutions : les mêmes gens qui brûlaient des châteaux élevaient des fabriques, appelaient des savans à les diriger, les
ou que les Français devaient les acheter chez eux. L'arrêt du 3omars 1700 fixe à dix~huit villes seulement la permission de travailler au mélier, afin, dit l'arrêt, que les particuliers travaillant au tricot ne reçoivent pas trop de préjudice de cette sorte de fabriques.
Celui qui inventa en France le métier à bas fut persécuté tous le même prétexte; cet artisan passa en Angleterre et y fut accueilli; les métiers y devinrent communs, et les> Français furent obligés de le faire revenir secrètement* Beausobre , i.'r vol. , p. 200. Il en fut de même de Nicolas Briot,qui inventa le balancier pour battre la monnaie, en 1617; les ouvriers furent au moment de l'assommer, il passa en Angleterre où il construisit différentes machines, et ce ne fut qu'en 1 645 que le chancelier Seguier parvint à faire adopter sa découverte.
ouvriers à les remplir, et détruisaient les obstacles à leur réussite. Ces obstacles consistaient surtout dans les corporations (1), qui arrêtaieqt toute concurrence , tôule innovation utile, qui resserraient les bornes des efforts , consommaient beaucoup de temps, et n'étaient avantageuses •peut-être que sous le rapport de la police et comme obstacle à l'arbitraire. Aujourd'hui que nous avous' d'autres garanties de la liberté, et d'autres moyens de police et d'ordre dans les fabriques (2) , il est inconcevable qu'on parle de les
(1) On croit rêver en lisant les anciennes lots des jurandes et maîtrises. Un ouvrier ne. pouvait entrer en apprentissage avant quinze ans; il ne pouvait être maître, c'est-à-dire exercer véritablement, avant cinq ans d'apprentissage et autant de compagnonage , c'est-à-dire dix ans , quelque talent qu'il eût. Un étranger devait le recommencer, et une femme ne pouvait travailler au métier. Un teinturier en fil ne pouvait teindre en soie , etc. , etc.
- (2) Cette police consiste dans la nécessité de prendre une patente (loi du 17 mai 1791) j pour les ouvriers, d'avoir un livret (9 frimaire an XI 1) -, dans la création de chambres de manufactures qui éclairent l'administration (loi du 22 germinal an XI) ; d'un tribunal de prud'hommes qui jugent les différends entre les maîtres et les ouvriers (décret du 18 mars 1806) , et d'autres mesures utiles qui assurent la bonne espèce de fabrication (20 floréal an XIII, i4 dé-* cembre 1810.) Voyez Costaz, État de l'industrie* en France, ji vol. in- 8°.
rétablir (2) ; et fort heureux qu'on n'y réussisse? pas!
La nature de l'industrie en France, avant la révolution, était celle d'un peuple adroit, mais dépendant ; d'ouvriers intelligens , mais isolés et timides , fixés machinalement sur leur métier comme les cultivateurs sur leurs charrues ; tout* s'y faisait, mais en détail et avec peine , rarement en masse ; à l'exception de quelques grandes manufactures de production de luxe , tout le reste était une sorte d'industrie de ménages. Les objets les plus utiles , la lime , la scie, toute la quincaillerie , venaient de l'Angleterre et de l'Allemagne j la filature et le tissage da coton, le travail de» cristaux, de l'acier, des métaux laminés, étaient à peu près inconnus; les marteaux , les soufflets dans les forges, étaient encore tels que les décrit Virgile dans le 8.e livre , la tannerie comme da temps d'Homère (1). On ne voyait dans la chimie qu'une science de curiosité , de spéculation, qni aurait dédaigné de s'appliquer aux arts mécaniques. Colbert avait sans doute essayé de don-' ner à l'industrie un essor; mais il n'avait pu se soustraire à la manie réglementaire et à la direc-
(1) Requête au Roi sur le rétablissement des jurandes* et maîtrises , par M. Levacher-Duplessis, in-4°. Observai lion à ce sujet, par M. Pillet, in-8°.
(1) Virgile , lib,8, v. 44g; et Georg. ,4, v. 171.
lion fausse vers les objets de luxe ; l'organisation même de la société entraînait à cet inconvénient; la France était composée d'une noblesse riche, d'une bourgeoisie pauvre et d'un* peuple industrieux; elle devait donc employer ce peuple à manufacturer de préférence ce qui plaisait à la classe aisée , et peu s'inquiéter des objets qui concernaient l'aisance générale. La fabrica-r tion est toujours en raison de la demande , et la demande relative à la situation des individus c c'est ce qui fait que le traité de 1786 eut lieu naturellement , et ne fut point , comme on le répète toujours, l'effet de la faiblesse ou de la surprise ; on accorda à la 'France la libre exportation de ce qu'elle fabriquait et de ce qu'elle vendait aux autres , à la condition de recevoir de même ce qu'elle était accoutumée de prendre ailleurs. Ce traité ne parut si désavantageux que lorsque les classes inférieures 'eurent le moyen d'acquérir et de consommer beaucoup d'objets de fabrication commune et cependant élégante , lorsque tous les individus, entrant dans une part plus forte des produits et des lumières , voulurent participer également aux jouissances 4e la vie , et ne plus en être tributaires de l'étran»ger. Le premier pas des sociétés dans l'industrie est ordinairement de parer aux premiers besoins; tfiais le second n'est pas toujours de multiplier le$
produits ; il est plus commun , au contraire , que ceux-là acquis en petite quantité; on passe surlç-champ au luxe , et tel fut en effet l'état des peuples jusqu'au dix-huitième siècle. Les gens riches avaient alors un grand château peu commode, mal meublé , mais des armes superbes , des chevaux caparaçonnés , des "étoffes d'or et d'argent, et autour d'eux régnait une honteuse misère. Ud degré de civilisation plus élevé leur fit renoncer à mesure à ces objets de vanité pour acquérir des jouissances plus réelles ; ils eurent plus de linge que d'habits , de meubles utiles que des vases d'or et d'argent ; chaque nouvelle invention , tenant à l'aisance ou à la propreté , disposait à retrancher quelque chose du luxe ; et la richesse* faisant de son côté des progrès dans les classes inférieures > il s'établit un point naturel de ren^ contre dans les produits usuels.
Ce changement influa sur la fabrication, qui, s'étendant aux fabricans même, fut trop considé1ïable pour se concentrer dans les mains de quelques ouvriers; elle passa alors aux machines qui la développèrent. Lorsqu'il ne faut qu'un sabre , un fauteuil , une voiture , l'ouvrier qui l'exécute y met toute la recherche , tout le soin dont il est capable ; il en varie à l'infini les détails ; mais s'il doit en fabriquer cent, il faut nécessairement qu'il adopte une forme simple, facile,
( 327 ) élégante* qu'il puisse livrer plus tôt et à meilleur marché : de ce qu'il la livre à meilleur marché , une foule de gens peuvent prétendre à la posséder, et le pays se couvre ainsi d'un immense mobilier qui se renouvelle facilement et s'accroît à l'infini. Stimulée par ces nouyeaux encouragemens et débarrassée des anciennes entraves , la France fit des progrès rapides dans tous les arts mécaniques : les filatures et le tissage du coton par des machines, peu connus jusque-là, acquirent un développement immense, malgré les droits énormes mis impolitiquement sur les matières premières et la difficulté de se les procurer pendant la guerre. L'emploi de la laine, de la soie et du lin , ne resta pas en arrière ; la fabrication des toiles peintes réunit l'élégance des dessins aq bon marché (1). Partout les procédés les plus simples jet les plus habiles furent inventés ou appliqués; les moteurs, comme les machines, furent perfectionnés : le mouvemeot de rotation succéda à celui de va et vient partout où il fut possible de l'appliquer, tel que dans la fabrication des toiles, dans les scieries en grand , dans
(1) Les étoffes de France, en raison de leur dessin agréable et de la -vivacité des couleurs, ont gagné, en Allemagne et en Amérique, un \ et un -*- pour cent sur les ouvrages de même espèce fabriqués ailleurs , et les Anglais ont imité alors nos échantillons.
le dégraissage des draps , daos la taille des cristaux et la polissure de Facier ; la navette volante s'empara des métiers, les soufflets cjlindriquesdes forges; les procédés chimiques eurent des succès plus complets encore : les opérations relatives au rouissage du chanvre et du lin , au blanchissage des sels et des étoffes, au dégraissage de la soie, sont abrégés et économisés de moitié ; la tannerie Test au point qu'il ne faut plus que quelques semaines, quelques jours pour des opérations qui demandaient des années ; la composition des acides, des. soudes, des aluns, des couperoses, des sels ammoniacs et autres , pour lesquels on était tributaire d'une somme énorme aux étrangers, est aujourd'hui entièrement remplacée par des produits artificiels et faciles. On a même tenté de suppléer, par l'extraction des métaux et des plantes indigènes, aux produits coloniaux de teinture. En un mot , tout ce qui tient aux sciences et à leur application aux besoins de la vie, est parvenu à un point de perfection qu'il eût été difficile de prévoir (i). Il ne resterait rien à désirer, s'il existait un emploi plus usuel de toutes ces découvertes, si nous avions un plus grand nombre d'établissemens où on les mît en pratique, plus de machines et de moteurs artificiels , si les mines surtout qui leur sont né-
(1) Voy. Cuvier, Rapport à l'institut, et l'excellent me-, moire de M. le comte Cbaptal.
( 3*9 ) cessaires étaient exploitées : malheureusement , nous n'avons que des échantillons de toutes ces choses ; et l'accroissement est aujourd'hui la véritable perfection qui manque à notre industrie. - Ce sont l'appui du gouvernement et le zèle des particuliers riches qui peuvent mettre la dernière main à ce grand œuvre, qui peuvent, par la considération et les honneurs, plus puissans en France que l'intérêt, activer au plus haut point les travaux utiles. Notre industrie, comme notre agriculture, n'est pas encore assez for te pour pousser en plein vent, il lui faut des espaliers; on verrait alors de tous côtés les hommes indépendans et éclairés s'y livrer. Si l'existence d'un propriétaire faisant valoir de grands domaines, est noble et distinguée , que n'est pas celle de l'homme industrieux qui rassemble autour de lui une population toute entière, qu'il enrichit en s'enrichissant par elle! Est-il un spectacle plus intéressant que celui d'une grande manufacture dans un beau pays , que ce mouvement d'un peuple entier rassemblé ainsi par le travail et l'industrie ! Le chef de celte grande famille est au milieu d'elle "plus qu'un roi, plus qu'un père ; il en connaît tous les individus, et tous le connaissent; leurs besoins, leurs affaires, leurs plaisirs sont aussi les siens; car sa fortune est liée à leurs travaux /comme leur existence à ses succès, •
Que ceux qui se croient dans leur province une importance exclusive par quelques vieux souvenirs , quelques chroniques ignorées , viennent visiter l'établissement de M. Ferrej à Essone, ils y trouveront dans un parc orné, près d une habitation charmante, une peuplade toute entière active et heureuse , sans inquiétude pour L'avenir, et jouissant, dans un beau lieu, de tous les avantages du travail et de tous les charmes du repok. Les excellens propriétaires s'occupent eux-* mêmes du sort de leurs ouvriers /jugent leurs différends, les soignent dans leurs maladies, les consolent dans leurs peines. Ils élèvent leurs enfans à leurs frais, et prennent part , les jours de fêtes , à leurs divertissemens : voilà la véritable seigneurie des temps modernes, composée de respect sans humiliation , de bienfaits sans orgueil. C'est ainsi que trois mille ouvriers composent à Lanark, en Ecosse , une petite république ayant ses lois, ses habitudes , ses chefs , entendant tous ensemble le service divin , élevant leurs enfans en commun , et assistant, le soir, après leurs travaux, à des concerts de voix et d'instrumens formés par un certain nombre d'entre eux (1). Je fus témoin d'une réunion semblable à Marinha-
(i) Rapport sur l'établissement de Lanarck, par M. Owen, ia-8.°, London.
Grande , en Portugal , dans la manufacture immense de M. Steven : ce brave homme, qui vivait aussi comme un patriarche au milieu de ses nombreux serviteurs, avait fait bâtir un théâtre où toutes les familles de ses ouvriers se réunissaient le dimanche. Le récit de belles actions, le spectacle de scènes touchantes, plaisaient plus à ces bonnes gens que les orgies des cabarets ou les dangereuses-combinaisons du jeu. On lisait sur la toile du théâtre ces mots : Descansa porque trabalhastes j « Repose-toi, parce que tu as travaillé : » paroles remarquables , véritable devise de l'industrie, qui renferment l'histoire de la société, dont le repos est le véritable but , et le travail la meilleure route pour y parvenir.
Les efforts des particuliers en faveur de l'industrie ne seraient point suffisans cependant au degré où sont aujourd'hui les échanges et les besoins, si on ne joignait à leur intervention l'excellent principe d'association : il est peu d'entreprises qui puissent s'exécuter par les «oins d'un seul homme, et qui n'ait besoin , pour dominer la concurrence des étrangers, de la réunion de grands capitaux.
Les compagnies opèrent ce concours d'action , comme les sociétés leur moyen d'encouragement.
C'est à une association formée en 1750, sous le
nom de Société des Arts et de* Manufactures} que l'Angleterre a dû en grande partie les nouveaux procédés dans les arts mécaniques (i). Cette société s'est établi le point décentre de toutes les lumières , a réuni toutes les données éparses , fondé des prix pour les perfectionnemens , et distribué , en moins de quinze ans, près de deux millions d'encouragement A son exemple, le comte de Rumford a imaginé le plan d'une institution qui réunissait la théorie de la science à son application, et comprenait des cours publics de l'une et l'autre (2).
\(i) Fondée à Londres, en 1720, par William Shipley, et composée en peu de temps de 3ooo abonnés ; c'est à elle qu'on attribue une grande partie du succès des nouvelles découvertes.
(2) Cette société, fondée à Londres en 1799, est le complément de la première ; c'est un moyen d'application de la théorie des arts à leur pratique usuelle : en peu de mois elle eut un capital de cinq millions par des souscriptions volontaires, et fut en état de s'établir dans un fort beau local , de réunir les instrumens de tous genres et de commencer des cours publics. Voici comment s'exprimait le prospectus de cet établissement :
« Les machines et les modèles fournissent une source perpétuelle d'instructions; les leçons seront plus particulièrement destinées au développement et à l'application des principes généraux qui n'entreront que partiellement dans l'exécution des divers appareils; on démontrera lei
Nous ne sommes point restes en arrière , en France, sources, deux points de vue; mais il nous restait plus à faire, parce que nous opérions sur un pays moins généralement industrieux. Nous avons aussi une société d'encouragement pour les arts et manufactures qui fait beaucoup de bien : chaque nouvelle invention lui est soumise ; et le compte qu'elle en rend dansles mémoires qu elle publie fait connaître son utilité ; les prix qu'elle
premiers élémens de la mécanique dans les machines simples, et on rapportera à celle-ci l'immense variété d'outils et d'instrumens de tout genre dont on fait un usage journalier, soit dans les arts, soit dans l'économie domestique. On ignore pour l'ordinaire quel degré d'intérêt méritent ces objets , et de quels perfectionnemens ils sont susceptibles. Ici viendra l'exposition des divers procédés des arts , et des rapports qui existent entre les théories mécaniques et les connaissances expérimentales de» substances dont on fait usage; ces rapports, essentiels à connaître, sont souvent "négligés. Sous le titre de mécanique générale,' on exposera les avantages que l'homme retire de ces expédiens si heureusement inventés , qui abrègent son travail dans la culture de la terre et la pré-* paration des alimens et des vêtemens; les moulins, les métiers d'étoffes, ete. On indiquera les perfectionnemens dont seraient encore susceptibles ces arts déjà si étounans et qui ont tant influé sur l'organisation sociale , l'écriture et l'imprimerie , etc. {Prospectus ofthe Royal institution ofGreat Britain, par le comte de Rumfort. Londres, i8oo> Bulmer. )
(334) décerne activent les travaux (1). Les chambres consultatives des manufactures établies dans les grandes villes et en relation avec la chambre de commerce de Paris , sont de véritables associations libres d'hommes éclairés semblables aux conseils généraux de départe mens, et représentant les intérêts de l'industrie, comme eux ceux de la propriété ; il leur manque peut-être comme à ceux-ci une action plus directe, mais leur influence et leurs conseils sont souvent pris en considération , et évitent des mesures fiscales dangereuses. Le point de centre de toutes ces sociétés se trouve dans le conservatoire des arts et métiers, établissement analogue à l'institution du comte deRumford , sur une plus grande échelle , et qui fait l'admiration des étrangers. Là sont rassemblés
(1) La société a distribué cette année pour 20,000 francs de prix ; ces honorables récompenses suppléent au moins par la considération aux encouragemens que les gouvernemens accordent ailleurs aux grands services rendus dans ce genre. M. Stepban, qui découvrit en ijSS un moyen de faire en Amérique de la potasse semblable à celle de la Russie, reçut du parlement une gratification de 72,000***. Gromelin , réfugié français, ayant perfectionné les toiles eu Irlande , la chambre des communes le remercia et lui fît un présent de 10,000 lst. 11 n'y a pas dix ans que l'habile M. Brunel , que nous avons déjà cité et qui fait bonneur à la France chez les étrangers , reçut, comme récompense de ses travaux, du gouvernement anglais, a5,ooo liv. st«
et classés méthodiquement toutes les machines usitées ou proposées dans les arts, depuis le simple clou jusqu'au filoir continua double rang de broches, de manière à présenter, par leur seul catalogue, le tableau du génie de l'homme appliqué à la création de tous ses besoins , de toutes ses jouissances. Cette admirable collection, formée d'abord par hasard, suivie par système, s'augmente tous les jours et réunit lea archives des sciences à leurs instrumens, les renseignemens de toute espèce aux moyens d'ap-/ plication (1). Une ordonnance du Roi vient d'y adjoindre un conseil de perfectionnement composé de savans et de riches manufacturiers , sous la présidence d'un directeur général {2) , et chargé d'étendre la correspondance et de proposer au gouvernement les vues utiles à la fabrication : des cours ont lieu à cet établissement , et sont, pour les jeunes gens qui se destinent à l'in-
(1) M. Christian , qui dirige cet établissement , vient d'y établir un nouvel ordre, un nouveau classement, qui présage de plus grands succès encore.
(2) En nommant à cette place M. le duc de la Rochefoucaud-Liancourt, le gouvernement montrait l'intérêt qu'il prenait à cet établissement. Il est inutile de rappeler que c'est à cet excellent philantrope qu'est due l'introduction de la vaccine , des filatures en grand , du meilleur régime des hôpitaux et des prisons , etc. , etc.
dustrie , le complément des écoles d'Angers et de Ghâlons.
Cet ordre de choses en France offre une excellente base des institutions utiles aux progrès des arts mécaniques; et, comme le système municipal , il n'a besoin que de recevoir plus de développement, de latitude, pour opérer tout le bien qu'pn peut attendre d'une bonne organisation et d'un peuple spirituel ; mais il faudrait lui donner cette extension, il faudrait fixer les attributions des chambres consultatives et de la chambre du commerce , les coQrdonner pour qu'elles puissent contribuer à un système méthodique d'amélioration en tout genre , sans se borner à donner des avis spontanés pour des mesures du moment , qui souvent ne sont que des palliatifs à de longs abus, ou des parties détachées qu'il n'est pas possible de juger isolément. Il serait à désirer que la société d'encouragement de Paris agrandît la sphère de ses opérations . qu'elle complétât son organisation par une véritable section toute entière de théorie industrielle (1) , chargée de faire connaître et d'encourager tous les ouvrages qui auraient rapport au moral de l'industrie, à l'économie politique, à l'in-
(1) La place de cette section est en quelque sorte indiquée dans les réglemens.
fluence de la fabrication dans l'Etat. Des en cou* ragemens accordés à cette partie importante de l'industrie attireraient à elle les savans , les gens de lettres, dirigeraient l'attention des hommes d'esprit vers des sujets qui , plus qu'on ne le pense , prêtent à l'imagination par l'influence qu'ils ont sur le bonheur des hommes*
Le conservatoire des arts et métiers fait voir P dans ce qu'il est, ce qu'il pourra devenir : je voudrais qu'on fit de cet.établissement le centre d'une association admirable sous le nom d'institut des arts mécaniques ne formant qu'une académie , mais divisée en plusieurs sections, comme la première classe de l'institut royal. Cette société serait le point de centre de toutes les connaissances utiles, le foyer de toutes les lumières, d'où partiraient et où viendraient aboutir les découvertes de tous les pays. Près de la doctrine serait l'instrument, le modèle, h fait pour ainsi dire, ce que les Anglais appellent évidence : elle formerait le véritable lien entre les sciences et les arts, la théorie et l'application ; tandis qu'aujourd'hui les secours mutuels des savans et des praticiens sont divisés, et tiennent plus au hasard qu'à un système établi. Cette académie pour* rait être divisée en trois sections : la première f de mécanique usuelle > appliquée au perfectionnement des machines, de leurs moteurs et des
travaux qu'elles concernent ; la secondé, de cA/-' mie pratique y développerait tou!s les procédés , toutes les découvertes applicables aux arts ; la troisième, dé théorie industrielle, réunirait l'économie politique à la science des faits et au tableau des formes. Chacune de ces sections ferait , par l'organe d'un ou plusieurs de ses membres, des cours publics dans le local de l'établissement, de ihaiiièrè à étendre, à reàdrë communes ces admirables notions de la formation des richesses qui, aujourd'hui, ne semblent réservées qu'à un petit nombre d'individus studieux. Par le zèle que beaucoup de gens du monde ont mis à suivre quelques cours élémentaires de ces matières, on peut juger de la faveur dont jouiront de pareilles leçons parties d'un corps distingué et avec les exemples sous les yeux : ce serait en quelque sorte l'Encyclopédie en action , ou la réunion en corps de doctrine de morceaux détachés avec les figures eh relief. Cette académie serait présidée par un mdividu de son choix et pris annuellement dans son sein; mais le complément de son institution serait de lui adjoindre comme présidens honoraires les hommes qui, dans toute la France, se seraient le plus distingués par de gTands travaux, des découvertes marquantes ou de grands services rendus* àî leur pays dans cette carrière utile. Une députa-
taon de cette société ne pourrait-elle pas être admise, à certaines époques, à l'audience du monarque? Il serait également flatteur pour elle qu'un prince Tint quelquefois présider son assemblée générale annuelle; peut-être même les membres les plus distingués parmi ses présidons honoraires mériteraient-ils de fixer les regards du souverain pour de plus hauts honneurs (1). E& Angleterre y d'émînens services dans ce genre élèvent quelquefois à la patrie ; et un peuple industrieux voit avec plaisir les lords Garrington, Radgliffe, Thelusson, siéger à côté des Pembrockey des Percy, des Spencer, célèbres dans son histoire; ou près de ces braves, tels que les Nelson, Saint-Vincent, Keith, qui ont commencé la généalogie de leur famille en illustrant leur patrie. En effet > quel citoyen est plus digne de parvenir à la haute magistrature de son pays , que celui qui en occupe déjà le rang par une richesse utilement acquise , et une influence de génie et de bienfaits; que celui qui défend ses concitoyens de la dépendance des étrangers, souvent plus
(l) On ne parle jamais qu'avec orgueil des résultats de l'industrie de son pays, et qu'avec indifférence des hommes industrieux. Il n'est personne qui n'estime à gloire nationale les progrès que nous faisons ainsi sur les étrangers dans les arts utiles, et il est rare que l'on s'empresse à honorer ceux qui les produisent.
funeste que leurs armées; qui combat au-dedans l'ignorance et les préjugés , au-dehors la science et le talent? Le souverain, en reconnaissant hautement de pareils services , romprait la barrière fatale qui semble encore exister ou voudrait reparaître entre le mérite et la naissance, le travail et la faveur ; il serait censé dire à celui qu'il élèverait ainsi : sujet utile, reçois le prix du bien que tu as fait à ton pays; citoyen habile et modeste, glorifie-toi des honneurs que tu n'as pas sollicités; homme laborieux, repose-toi, parce que tu as travaillé : V esc ans a porqué trabalhastes.
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