‹ De l'esprit d'association dans tous les intérêts de la communauté, ou, Essai sur le complément du bien-être et de la richesse en France par le complément des institutionsChapitre 21 sur 35 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Du Commerce.

Ibimuft in hanc civitatem et mereabimur et facemui

lucrum. B. jac. ap. epist. , cap. iv, r. i3. Et erit benedictio super caput vendenlium.

Prov. | cap. xi , ▼. a6.

JN ou s ayons vu combien Fart de la fabrication peut ajouter à celui de produire , quelle influence il a sur les besoins et les jouissances des hommes; mais il existe une troisième puissance , sans la* quelle les deux premières ne seraient que des moyens imparfaits de bonheur, sans laquelle les hommes, circonscrits dans la nature bornée de leur production , sous l'influence rigoureuse de leur climat, seraient pauvres au milieu de l'abondance , et à plaindre avec l'apparence de la prospérité. Cette puissance est le commerce, agent distributeur de toutes les productions , intermédiaire de toutes les jouissances, et véritable principe d'association universelle parmi les hommes. Par lui les distances se rapprochent, les climats se mêlent, les peuples se connaissent et

s'entendent , la terre n'est plus qu'un marché coin- -hiwii de productions variées, où-tout sechaage, se répartit merveilleusement pour le bien-être de chacun. Le cultivateur de la fieauce ou de la Sologne voit dans telles gerbes de son champ les vins de la Bourgogne, le sucre des Antilles, les épiceries desMoluques; dans telle autre , les toiles des Indes, le cuir de Russie (1). L'homme n'a 'plus besoin de combiner, de diversifier ses travaux , en raison de ses besoins ; il lui suffit de produire, de tirer de son champ, de son atelier, de ses mines, tout ce qu'ils peuvent donner ; des fjnains invisibles se chargent d'arranger sa vie sur •cette [base première, de lui apporter tout ce que ses frères., ses compagnons du monde entier ont su créer pour lui pendant qu'il travaillait pour ?eux (2).

Cette vaste combinaison se modifie de mille

.manières. Souvent les relations d'uo peuple avec

un autre ne sont que: des moyens d'échange avec

çn;troi§ième (3), Souvent le peuple qui établit

(1) Diversas geutes ila commercio miscunt ut quod genitum esse usquam id apud omnes natam videretur.

Plia, in Pan.

(2) In qua consumitur quidquid in terris omnibus aratur. Sénèque , de Clem. , cap. 6.

(3) L'Angleterre solde sa balance aux Indes et à la Chine avec les .métaux espagnols»

( 543 ) ces échanges ne produit rien lui-même , et est tout entier un grand intermédiaire (1) dans lçs relations générales sur lesquelles il prélève une commission qui lui représente une quote-p^rt de tous leurs produits.

Que de rapports ce mouvement.d'affaires ne met-il pas entre les peuples et les individus î.qiie de propriétés diverses, et d'une mobilité singulière, se trouvent naître de rechange de ces propriétés variées, de ces produits du monde entier, qyi se placent ainsi ea présence pour se juger et se répartir ! En vain les obstacles de la nature, ceqx de la politique, plus terribles encore, voudraient arrêter cette admirable correspondance, cet^e société du genre humain (2); les déserts et les décrets , les guerres et les douanes font contije elle de vains efforts ; les produits circulent, se mêlent, se glissent à travers les obstacles et lçs dangers, et tendent quelquefois à se multiplier ea raison même des pertes qu'ils éprouvent.

Mais qui pourrait vouloir arrêter cet essor du bien-être des hommes? quel est ce génie malfai- • sant qui prétendrait encombrer un pays de valeurs inutiles, et le priver de celles qui lui sont nécessaires? Ce génie malfaisant est Y ignorance n

(1) La Hollande.

(2) Florus, lib. 3, cap. 6, n.3 1.

l'ignorance à la fois des échanges et des impôts; de ces deux mojens d'enrichir et de gouverner les peuples. De la première naissent les systèmes prohibitifs , les haines nationales qui font voir des rivaux , des ennemis , dans des compagnons d'industrie; qui engendrent les guerres, les spoliations ; lesquelles, en derrier résultat, retombent toujours sur ceux qui les provoquent. De la seconde proviennent ces lois qui pèsent sur la production même } qui l'entravent dès sa naissance, qui la saisissent à ses points de départ et d'arrivée sur les passages inévitables qu'elle doit franchir, qui, sous le prétexte, ou même dans l'intention de répartir également les charges sociales, ne font que les rendre plus pesantes à la masse des Babitàns de tous les pays. En effet, les prohibitions , ou les droits exagérés sur les valeurs imposées de tous cotés, augmentent les frais et le prix des productions, en faisant entrer comme maind'œuvre ce surplus de dépense générale. Une chose n'a de valeur qu'en raison de ce' qu'elle représente d'une autre en échange : si vous frappez cette autre d'un droit, la vôtre diminue d'autant dans l'action de l'échange, puisque vous êtes obligé d'en offrir une plus grande portion pour conclure le marché; mais s'il en est partout de même , c'est alors une prime que les gouvernemens prélèvent sur l'industrie de leurs

voisins, et qui, en définitif, tombe sur leurs propres sujets , puisque tous sont également des consommateurs.

Ces deux actions qui se passent dans le sein d'un même pays, par des hommes devant avoir le même intérêt , sont cause d'une grande partie des maux de la société. La puissance administrative n'ayant d'autre occupation que de frapper des impôts, et l'industrie de s'y soustraire , il s'établit de part et d'autre une méfiance, une infidélité nuisible à toutes les deux. L'incertitude de l'effet possible de nouveaux impôts, des mesures fiscales et des lois prohibitives ne permettent pas aux valeurs de prendre un cours fixe, une marche tranquille et franche; de ce qu'elles ne prennent pas cette marche, l'administration n'agit partout contre elles qu'en tâtonnant , que les yeux bandés, saisissant aujourd'hui une nature de produits qu'elle pressure, la quittant demain pour une autre quelle guettait, et qui bientôt lui échappe également; et, lorsque les peuples sembleraient vouloir unir leurs intérêts, leurs richesses, leurs affections, ces deux ignorances se placent entre eux, les arrêtent, leur persuadent de se haïr, et tracent les vraies frontières qui les séparent.

Ce fléau existe surtout lorsque les hommes ont peu d'intervention dans leurs intérêts, et néan-

moins de l'activité à produire ; car ils sopf livrés alors à l'arbitraire de ministres peu éclairés, et qui font le mal en croyant faire le bien, qui «jugent de l'intérêt général par quelques données isolées ou quelques intérêts privés. S'il est un moyen de diminuer ces graves incon véniens , c'est en adoptant le principe d'association qqi tend à porter toujours au timon des affaires, .des hommes capables de les bien conduire, ayant la connaissance de leurs intérêts, sachant les balancer, combiner les impôts (1) , atteindre les con-

(i) On a toujours cherché à trouver quels étaient les • impôts les moins onéreux ou les plus faciles à percevoir* sans rechercher avant quel était le mode d'administration qui nécessitait le moins d'impôts. On voyait toujours la nécessité là ou il n'y avait que l'abus; sans doute l'impôt .est une nécessité, mais seulement relative à une autre, la puissance publique, dout il est le soutien : avant d'ajouter à l'impôt du superflu , il faut retrancher de la puissance publique tout ce qui dépasse le nécessaire ; s'établit alors la -véritable charge proportionnée à la nature des peuples, et qui ne contrarie pas leur industrie y mais comme ces charges, quelque légères qu'elles soient, sont toujours une .violation de la propriété , une suspension de ses droits en faveur de la communauté, il n'y a que la communauté qui doive se les prescrire, car il n'y a qu'elle qui ne puisse en abuser. Un gouvernement cher dans un pays malheureux est le Ursus esuriens de l'Écriture, super populum pauper&n. Prov. 28 , v. i5.

sommations pour alléger l'agriculture , et cependant ne point décourager la fabrication par des droits trop élevés , écarter quelquefois la concurrence trop prompte de l'étranger, sans jamais ,peser assez sur elle pour entraîner de sa part une réciprocité nuisible.

Le commerce est donc le moyen des échanges, et par conséquent Xart des transports, comme l'administration est la science des impôts. Il agit dans l'intérieur des états ou au-dehors, et ses combinaisons s'étendent à mesure qu'elles prospèrent. La France jadis était plus adonnée aux > entreprises lointaines qu'aux mouvemens intérieurs des productions de son sol : une sorte de

- libqrlé qui régnait dans les relations au-delà des «aers, d'esprit aventureux qui leur donnait de fin-

. «dépendance et de la dignité, faisait préférer la vie commerciale à la routine agricole ; elle éprouvait moins d'entraves, et reposait sur une protection plus active (1). La France couvrait les mers de ses vaisseaux,' elle rivalisait aux Indes avec l'Angleterre, et la surpassait aux Antilles; elle dominait seule dans la Méditerranée. La révolution a tout frappé, tout détruit, et deux fois la

(i) Fer mare pauperiem fugiens per saxa, per ignés.

Hqbat. , lib. i , «p. i.

totalité du mobilier maritime national a été la proie de l'Angleterre.

Qui voudrait aujourd'hui s'exposer à perdre une troisième fois ses avances , ses capitaux, et, à l'exception de quelques expéditions promptes , faciles et éphémères , quel individu , quelle compagnie, se hasarderait dans de hautes combinaisons; et la France voudra-t-elle sacrifier, à l'honneur de son pavillon et à la sûreté de son commerce passager, les travaux utiles et les sueurs de ses habitans?

C'est aujourd'hui dans la seule balance européenne que les peuples doivent espérer le soutien , la garantie de leurs transactions; c'est par l'organisation de leurs forces nationales qu'ils peuvent obtenir, sinon exiger des concessions de la puissance qui a conquis le monopole du monde. Heureusement l'ambition de cette puissance, le désir qu'elle a de jouer un rôle sur le continent, présentent un coin vulnérable par où il est possible de l'atteindre ! Le système continental, trop pesant pour le bras d'un seul homme, serait d'une exécution facile entre les mains de plusieurs puissances réunies. La France, plus intéressée qu'aocune d'elles à secouer ce joug, serait la première à y contribuer ; mais il faut pour cela qu'elle soit forte , unie , tranquille j que cet ad-

<34&) mirable principe d'association , dont nous avons parlé, ait recomposé son crédit , ses armées , ses richesses; qu'elle puisse se montrer ce qu'elle fut, ce qu'elle doit être. L'honneur du pavillon français est sous le sarot du paysan breton , normand ou gascon ; le ministère de la marine est aux affaires étrangères, celui des colonies à l'hôtel de la guerre. Mais, hélas! loin d'être encore prête à donner au monde l'exemple de l'indépendance et de la dignité, la France n'a pu offrir que celui de la bonne foi et de la justice. Elle seule a fermé le temple de Janus , en congédiant ses terribles gardiens ; la Sainte-Alliance a été proclamée, et pas un homme en Europe n'a déposé l'instrument des combats. La France seule a licencié son armée , et différé sa recomposition. Quel bel exemple n'ont-ils pas donné à l'Europe , ces braves qui , fiers de tant d'exploits , ou blessés de tant d'humiliation , ont sacrifié leur ressentiment à l'intérêt de leur pays! La voix d'un seul de leurs nobles chefs a suffi pour que chacun d'eux déposât ses armes redoutables, prit le bâton du voyageur, et retournât paisiblement dans ses foyers : là, ils ont repris la bêche, le mafteau, la navette, avec cette simplicité des anciens, dont ils avaient retracé le courage. Ces débris de tant de héros ne cherchent point l'éclat, ne font pas de bruit dans les

campagnes; on les reconnaît seulement a lettf* air noble et tranquille , à leur manière de se' présenter , et aux égards naturels qu'ont pour eux leurs parens> leurs concitoyens, seul dé*' dommagement de leur gloire passée > de leur utilité nouvelle, f

Cet état éphémère du commerce extérieur noo$ dispense donc d'examiner en quoi le priftcipe? d'association pourrait lui être favorable ; mais on sent qu'en raison même des dangers qu'il présente y aucune entreprise importante ne peut avoir lieu que par f union de plusieurs capitalistes, et par des sociétés (i) qui seraient en état de* subvenir aux dépensés premières des établisse* mens, de supporter plus facilement les pertes, d'activer davantage les succès, et de se concilier mieux des étrangers. Nous avons encore des amis dans les parties éloignées du globe , qui se rap-* pellent les relations utiles qu'ils avaient avec

(1) Les associations commerciales en Francp sont sansr doute les plus anciennes de l'Europe, pmiscfa'elfefc datent du temps de la fondation de la capitale. On connaît l'importance de ce splendwsimum corpus nautarum, mentionné si souvent dans les inscriptions et les chroniques , et qui faisait tout le commerce de Paris et de Lyon* La ville de Paris conserve encore les traces de cette institution dans ses armes, et le nom de prévôt des marchands que portait son premier magistrat.

nous , les services que plusieurs de nos compa*»* triotes leur ont rendus, et surtout la beauté, le bon goût des produits de nos manufactures : le' pavillon français a disparu des mers de l'Indostany de la Cochinchine, des Moluques; mais le souvenir d'une nation brave, spiri luette, aventureuse, y est resté, et il se retrouvera lorsque nous pourrons y reparaître (1). Mais, pour y rétablir des relations solides , il faut qu'il règne parmi nos commerçans un ordre, une police qui attire lé^ respect et la confiance; et voilà ce que les compagnies ont ordinairement, plus que les particuliers isolés, sans compter qu'elles arrivent avec des plans faits, un crédit établi et tout ce qui. inspire la confiance, sans avoir même besoin de privilèges exclusifs nécessaires dans les premières expéditions, mais inutiles, dangereux aujour-' d'hui.

Après ce commerce extérieur, borné, ainsi que nous lavons dit, par la faiblesse de nos ca-

(1) Malgré les opinions contre les compagnies exclu-, sûres , il faut toujours avouer que , pour commencer un commerce qui nécessite de grands capitaux, et est soumis à beaucoup de risques, elles sont nécessaires et doivent toujours mieux réussir que de simples particuliers. La compagnie française aux Indes, fondée par Colbert, rapportait annuellement, jusqu'en 1750, près de 60 millions de numéraire et de marchandises.

pitaux, de notre crédit, de notre marine , et qui fait à peine la vingtième partie de nos opérations (i), vient pour la France son véritable commerce , les échanges des produits de son sol avec les habitans de son territoire ou avec des colonies dépendantes, qui lui consacrent la presque totalité de leurs productions, et sont comme partie intégrante de son territoire; double action qui suffit entièrement à ses besoins, et que je diviserai en échanges extérieurs ou des colonies , et transports intérieurs ou des canaux. Cette dei>

(1) Le commerce extérieur de la France était, avant la > révolution, le douzième environ de ses opérations , il n'est

plus guère que le dix-huitième. En Angleterre , il est près du quart; l'importation de ses objets manufacturés est près de moitié de ce qu'elle fabrique; en France, elle n'est pas le dixième. Chaque famille , en Angleterre, a un aventurier qui va chercher fortune, comme elle avait en France un abbé. Le monde entier est plein de ces individus qui reviennent dans leur pays après avoir fait fortune, et qui achètent des terres; ce qui fait qu'elles sont si chères , et que l'Angleterre pourrait devenir un jour ce qu'était Rome au temps de sa splendeur, une espèce de quartier général du genre humain , habité entièrement par des gens aisés, qui achèteraient les produits de pays moins avancés en civilisationfcetse borneraient à jouir des douceurs de la vie dans leurs domaines. Tout le La ti uni était ainsi, du temps de Cicéron, consacré à l'agréaient, et les blés venaient de Sicile et d'Egypte.

nïère dénomination est M seule qtri convienne pour exprimer le mouvement du commerce après la confection des produits agricoles et manufacturiers que nous avons examinés dans les chapitres précédées.

SECTION PREMIÈRE

Des échanges extérieurs ou des colonies.

Insulte mult» j negotiatio munis tus.

Exech. , cap. xxViii , v» i5»

Illic navet pertransibunt. Psàl.

Un homme d'esprit, mais d'un caractère assez léger, et qui avait trouvé le moyen de se brouiller avec tout le monde, disait à son cocher, à une des trois maisons qui nous restent ; nous pourrions diçe de même à nos marins, à une des trois colonies qui nous restent. Et encore si ce mince patrimoine , si ces pieds à terre, rapportaient au moins ce qu'ils coûtent ! mais c'est à peine s'ils couvrent leurs frais > et s'ils produisent le quart des denrées coloniales nécessaires à notre consommation. Us ont de plus l'inconvénient de ne pouvoir se soutenir seuls pendant la guerre, et par conséquent d'appartenir véritablement à la puis-^ san ce qui nous en accorde l'usufruit. Il faut ce-

(354) pendant entretenir pour eux une marine nombreuse , et consacrer à l'apparence de la protection la réalité d'une dépense annuelle de 5o millions.

Il n'est plus aujourd'hui pour l'Europe de colonies que celles qui sont indépendantes de tout événement politique , dont la possession ou l'alliance ne reposent point sur un traité , mais sur une force et un attachement prononcés; sur une union intime avec la métropole, sur des affections , des habitudes , des rapports volontaires , qui en font une partie plus intégrante du territoire que beaucoup de provinces éloignées , puisque la route commerciale pçur y parvenir est plus facile et moins coûteuse (i). Une guerre n'établit alors aucun changement dans la situation des deux provinces séparées ; elle oblige sans doute de part et d'autre à des emmagasinages onéreux, mais qui diminuent par l'intervention des neutres les expéditions aventureuses , et l'intérêt même qu'ont presque tontes les puissances à encourager la consommation des productions des tropiques.

Tels étaient pour l'Espagne les vastes continens de l'Amérique, avant qu'ils ne se fussent

(i) Il y a moins loin de la Corogne à. la Havane qu'à Madrid , et de même du Havre à Saint-Domingue qu'à Perpignan;

disposés à Tindépen dan ce, on lorsqu'ils Pauroftt tout-à-fait établie; ces provinces étaient séparées par les mers , mais leur ordre social ne souffrait aucune altération, et les armées ennemies venaient expirer sous les murs de Buenos- Ayres , comme dans la baie du Férpl ou de Cadix. Toutes leurs productions avaient un débit assuré et cons-* tant dans la métropole, et elles-mêmes consommaient de préférence les objets manufacturés, les grains, les vins qu'ils tiraient de leur ancienne patrie (1). Telle était également pour la France Pile-Maurice, et surtout Saint-Domingue, merveille de la nature et de l'industrie, qui seul valait à la métropole plus que l'Inde au£ Anglais, plus que l'Amérique aux Espagnols. Cinq cent mille habitans, braves, actifs, laborieux, garantissaient à la fois ses richesses et son indépendance , fournissaient à la France 200 millions de denrées, et en consommoient 1 00 de ses produits , échange si avantageux à l'un et à l'autre.

Qu'est devenue cette reine des Antilles, cette admirable contrée , cette province de France la plus riche et la plus utile? je l'ignore. En vain je la cherche dans les traités de paix. Elle n'est plus à la France; elle n'est point à l'Europe; est-elle au moins à elle-même ? Ce que je trouve

(1) Voyez Appendix P»

seulement, c'est une diminution de 80 millions de bénéfice, et une augmentation de 5o millions de dépense que nous cause sa perte. Quels sont donc les ennemis de la France et de l'humanité qui ont pu porter ainsi le trouble dans son sein? Ces ennemis sont nous-mêmes, ces barbares sont les hommes inconsidérés qui ont placé le théâtre de leurs différends darife les ateliers même de leurs travaux, qui ont fait entrer dans leurs querelles des hommes dont ils auraient dû premièrement améliorer le sort, fixer l'existence. Certes, c'était présumer beaucoup de l'humanité, de lui demander tant de vertusr en lui montrant tant de vices, d'exiger la fidélité de ceux à qui on donnait l'exemple de' la rébellion. Mais ces premiers temps de désordre et d'inconséquence n'auraient point suffi pour perdre ce beau pays, s'ils n'avaient été suivis par une continuelle série de fautes > de mesures funestes , qui ont aliéné lé cœur de ces hommes simples, mais déjà assez avancés en civilisation pour ne pas vouloir rétrograder* Rien n'a été négligé pour établir parmi eux une méfiance, une inquiétude , que le temps même aura beaucoup de peine à vaipcre , et pour les forcer en un mot à chercher en eux-mêmes leur refuge et leur appui. Ils l'ont trouvé, cet appui, et l'on* affermi par quinze ans de résistance, par le mépris de la mort et de la souffrance , mais sur-

(«7> tout par une organisation sociale digne des pays

civilisés , et dont les préjugés ne les auraient pas

crus capables.

Ce ne sont plus des esclaves timides , colères et paresseux, ne connaissant que l'inaction pour se consoler du travail , ou le vol pour tenir lieu de la propriété , mais des hommes actifs, sensés, industrieux , constitués en ordre social , ayant des tribunaux, un code , une police municipale , des troupes réglées , des perceptions régulières , des écoles publiques , des établissemens de bienfaisance , une culture et un commerce déjà fort avancés; enfin une organisation forte et simple, libérale et régulière. La génération qui s'élève parmi eux, fière du développement de ses facultés , ne pense qu'à vaincre l'ignorance , qui • seule l'enchaînerait encore ; partout elle se précipite dans les écoles. L'instruction est une arme qu'elle saisit avec fureur pour l'opposer à l'opinion , comme le fer que portaient ses pères pour se soustraire à l'esclavage. Quelques années encore , et les progrès de la civilisation dans ce pays étonneront et relégueront les préjugés sur l'imperfection des différentes couleurs dans les rêves de l'orgueil 'et de la cupidité.

Il est temps que ce peuple se prononce, ou qu'on se prononce à son égard ; tju'on sache enfin s'il est une nation civilisée ou une horde de bar*

bares. Et qui pourrait mieux que la France agiter cette grande question, §e montrer éclairée et juste , habile et généreuse envers des anciens sujets qui parlent sa langue , se gouvernent par ses lois, préfèrent ses usages , ses habitudes? Elle en a le droit, elle y est intéressée. Se laissera-telle imposer par d'autres peuples le pardon de ses enfans , ou se les verra-t-elle enlevés par d'humilians dédains? Qu'elle se hâte de se les attacher, en reconnaissant leur indépendance; de lès soumettre , en les rendant libres, et d'obtenir, pour leurs anciens et malheureux possesseurs, des compensations à leurs pertes. Cet état incertain est aussi funeste à la colonie qu'à la métropole; l'un et l'autre désirent de retrouver des rapports d'affection, d'intérêt, qui peuvent s'acheter des deux côtés par bien peu de sacrifice.

Le gouvernement français, en abandonnant la souveraineté de ce pays, retrouverait une alliance aussi utile, aussi assurée, et moins coûteuse que la domination. Les propriétaires auraient, dans la redevance quelconque , qui serait stipulée en leur faveur, un sort assuré, à l'abri de toute guerre, de toute révolution nouvelle; la colonie acquerrait la possession incommutable du pays,, la jouissance assurée des immenses travaux que six générations ont amassés sur le sol, en maisons» usines, routes, ports de mer, canaux, planta-

tions ; elle acquerrait surtout l'avenir, cettepossession , sans laquelle . toute autre est nulle > tout effort est pénible , toule jouissance précaire ; elle entrerait dans là grande société euro-; péenne , reconnue par la première puissance dans Tordre de la civilisation; ses habitans prendraient leurs rangs parmi les guerriers, les magistrats, les commerçans, les hommes éclairés du monde entier ; son pavillon s'élèverait noblement avec, ceux des pays industrieux que la législation, le droit des gens protègent contre toute invasion de leurs voisins , qui reposent sans inquiétude sur des traités , sur une balance des états qui les comprend dans leurs garanties.

Alors les richesses reparaîtraient sur cette terre fertile , la confiance y multiplierait les produits et les capitaux. C'est une erreur de croire que l'esclavage soit nécessaire à la culture ; qu'il faille arracher (1) le travail au désespoir. Et l'homme n'est-il pas aussi l'esclave de ses goûts, de ses passions , de ses plaisirs, plus que d'un maître qu'il n'a pas choisi? Ne travaille-t-il pas pour.

( 1) Quidquidfit a desperantibus . Plin. Hist. liât. , lib. 1 8, e. 6. Les anciens faisaient creuser les mines par des enclaves , les modernes par des malfaiteurs , actuellement on les exploite partout par des ouvriers libres; pourquoi n'en serait-il pas de même de la culture plus facile du sucre et du café ?

satisfaire les uns avec autant d'ardeur qu'il • e* mettait peu pour l'autre ? U lui suffît de les connaître pour se consacrer à eux. Loin que le travail soit disparu de Saint-Domingue avec l'esclavage , il est possible qu'il y naisse avec les lumières et la liberté , qu'il y reproduise bientôt ses merveilles, sans plus coûter de larmes à l'humanité. Des relations douces et utiles, en donnant aux habitons de ces belles contrées le goût de nos jouissances, porteraient au plus haut point l'activité et l'industrie qui les procurent , et rendraient bien faciles à supporter les légers sacrifices qu'il leur aurait coûté.

Cependant, sans une garantie positive, sans une asociation de bonne foi , et des rapports réglés entre les deux pays , que pourrait entreprendre cette colonie, isolée, circonscrite, menacée? quelle existence pourrait-elle se flat-» ter d'avoir? quels capitaux voudraient se risquer sur cette terre volcanisée? Plus l'industriemémey paraîtrait, plus le besoin de garantie et de repos s'y ferait . sentir ; qui pourrait lui répondre de n'être pas troublé , au moment le plus inattendu , de son bien-être et de sa richesse? La moindre expédition , qui n'aurait pas même pour but la con quête, détruirait en un jour les travaux de longues années. Dix frégates sorties d'un pays qui possède encore soixante vaisseaux de ligne , suf-

firaient pour intercepter, par un blocus étroit > tous ses rapports utiles devenus nécessaires avec les autres peuples , priver le pays de toutes les jouissances de la vie, obliger de changer sa r-le* champ la culture, et de connaître la disette au milieu de l'abondance, genre de privation le plus cruel de tous (i).

Mais si cette considération et toutes les raisons de prévoyance ne déterminaient pas les habitans de ce pays à un arrangement convenable à leurs intérêts et à la dignité du souverain do la France ; si les dangers ne pouvaient rien sur* leur esprit (2), il est un motif qui doit émouvoir leurs cœurs, qui doit parler fortement à leur imagination ; ils habitent un sol qui ne leur appar-

(1) In di vit iis inopes , quod genus egestatis gravissimum est. Sénèque, ép. 74.

(2) On dit que les nègres étaient plus, heureux dans l'ancien ordre de choses, c'est parfaitement vrai, et cependant un bien petit nombre d'entre eux voudraient y revenir. Je ne crois pas qu'il y ait là beaucoup de ce que nous appelons ici des uUra; sans doute ils sont mal a leur aise dans la partie occupée par Christophe, mais ils es-» pèrent être mieux; ils sont asservis, mais ne sont plus esclave^ ils gémissent sous un tyran, mais ils n'ont plus de maître : le despotisme est chez eux une affaire de famille. Cet état de choses explique assez celui oh on s'est trou ?é pendant quelque temps en France, ou du moins comment on y est arrivé-

tient pas , dont les malheureux propriétaires gémissent dans la misère; ils sont assis sur une terre que les lois sociales, et, plus fort qu'elles, les cris de l'humanité revendiqueront toujours; ils auraient beau parler de propriété acquise par la valeur, améliorée par l'industrie , il n'y a point de prescription pour les droits du malheur; et existerait-elle par les lois? Quel est l'honnête homme qui voudrait en profiter ?

Venez donc,nouvebux admis dansla civilisation, qui vous piquez d'en être dignes , venez contempler les possesseurs de vos champs , jadis de vos personnes, plongés dans un état de détresse auquel ils ne vous ont jamais soumis; venez considérer leurs enfans, que vous vîtes élever dans la mollesse , manger le pain de l'aumône avec le malheureux que vous n'honoriez pas du nom de blanc (i) ! Ah! si plusieurs parmi vous sentent couler dans leurs veines le sang français, si les autres sont supérieurs, par leur éducation et leurs lumières acquises, au pays qui les vit naître, résisteront-ils à un pareil spectacle ? Ne préféreront-ils , pas sacrifier une partie de leurs richesses pour jouir noblement, doucement de l'autre? Vous

(1) Lorsque les nègres voient quelques individus de classe inférieure: ça pas blanc, disent- ils, ça soldats, matelots , ouvriers-, pauvres, eic*

avez acquis par le sang votre liberté , dites-vous : eh bien , elle vous est reconnue; mais qu'ont fait de malheureuses familles innocentes des maux que vous avez soufferts, pour être privées de toute leur fortune? Ont elta pu répondre des mesures arbitraires, des traitemens injustes qu'elles ont éprouvés comme vous ? De quel droit ferez-vous porter sur elles, sous le nom de vengeance , la soif de la cupidité ? Non , il n'en sera pas ainsi : tant qu'un seul rejeton de ces innocentes victimes tendra les bras vers la Providence , vous ne jouirez point tranquillement de leurs biens; un cri lugubre troublera votre sommeil ; vous sentirez trembler sous vos pieds cette terre fertile teinte encore du sang de ses véritables maîtres : mais non, vous serez justes, parce que vous êtes forts et éclairés; vous serez grands , parce que vous êtes libres ; et le traité qui vous unira au monde aura la plus forte des garanties , la reconnaissance des malheureux.

Hélas ! n'est-il point aussi parmi nous de ces fantômes plaintifs qui viennent errer sur la lisière de leurs champs', qui troublent le repos des nuits : leurs tristes familles ont aussi renoncé à l'héritage de leurs pères ; elles respectent les lois qui consacrent leur malheur : semblables à ces généreux citoyens de l'Attique , ils préfèrent renoncer à leurs pénates que d'exciter des troubles.

dans leur patrie (1); mais elles ne perdent pas, elles ne perdront jamais leurs droits a une réparation nationale, grande, noble et juste, véritable signe d'iilliance entre tous les partis , tous les intérêts. Il fift beau , le moment où un guerrier monta à la tribune pour retracer ces malheurs des temps, que la gloire seule pouvait faire oublier, pour plaider la cause de l'innocence , qui fut toujours celle de l'honneur. Oui , Messieurs , disait-il , la générosité nationale sera proportionnée à nos désastres; elle sera immense comme eux, et n'aura d'autres bornes que nos facultés. J'en ai la confiance; j'ai besoin de l'avoir; et si, comme je n'en doute pas , nous sommes tous pressés par le même sentiment, cette session ne se terminera pas sans avoir scellé le bonheur du monarque et celui de la France (2) •

(1) Ceux-là, dît Sénèque, méritèrent avec raison le titre de bons citoyens , qui refusèrent de rentrer dans les biens qu'ils avaient perdus par une disgrâce commune , parce que, disaient-ils, il vaut mieux que quelques individus souffrent que d'entraîner un malheur général. « Illl aervaverunt bon'orum cipium oj/îcium, qui reddi sibi

pénates suos nolueruntclade communiy quia satins eratduos iniquo malo affici9 quant omnes publico. Sénèque , de Benef. , lib. vi, cap. 3y, p. i36. » Voyez Appendix Q.

(2) Discours du maréchal duc de Tarente à la chambre des pairs , le 3 décembre 1 8 14 , au sujet des émigrés.

Une voix semblable ne s'élèvera-t-elle pas aussi parmi les guerriers d'un au Ire hémisphère, voix terrible et douce qui en imposera aux passions, et fera battre le cœur de tous les êtres sensibles, qui apprendra à la France qu'elle a d'autres eufans qui sont dignes d'elle, et à l'Europe qu'il existe un nouveau peuple généreux et libre, éclairé et vaillant, qu'elle peut reconnaître, qu'elle doit protéger.

SECTION n.

Des transports intérieurs ou des canaux.

Ego sapientia efiudi fiumina. ... et ecce factuf est milii trames abundans, et flnvins meus appropinquavit ad mare, Ecclbs. , cap. xxiy, v. 4o et 43.

.Concentrée dans ses frontières , privée de tous rapports avec les étrangers au moment où ses idées tendaient le plus à se développer, la France a entrepris , comme par un instinct spontané , de trouver dans son sein tout ce qui était nécessaire à son bien-être et à sa richesse, de le créer en abondance, afin de pouvoir compenser par le superflu le peu de productions étrangères qu'elle ne pouvait remplacer. Une énergie extraordinaire se manifesta dans toutes les classes de ses citoyens; le courage s'exalta dans l'amouV du

travail comme dans le mépris de la mort. Pour la première fois , le commerce intérieur, cette véritable richesse des états, parut en France dans toute son activité; mais à peine fut-il créé, que de toutes parts il rencontra les obstacles que la nature apporte , que des institutions imparfaites augmentent , lorsque les lumières dans les gouvernemens ne suivent pas les mouvemens des peuples. On vit partout se multiplier les produits et nulle part se perfectionner les moyens de transport, de communication et d'échange.

On serait étonné, si on évaluait la somme de frais de transport qui entre dans le prix de chaque production en France, et par conséquent dans la masse totale des revenus du pays ; on verrait qu'une grande partie de la population et des animaux utiles sont employés improductivement ; tandis que si les communications étaient meilleures et plus multipliées, cette masse de temps et de peine perdue , et à charge aux consommateurs, tournerait à leur profit : encore si la multitude de gens consacrés aux charrois et à leur dépendance établissait partout une répartition habile et prompte des denrées! mais les relations utiles n'ont lieu qu'avec les grandes villes et par des combinaisons locales qui influent peu sur la circulation générale des produits. Le blé est souvent à ao fr. le sac en Bretagne et à 80 en

Lorraine , sans que ce qui encombre les marchés dans une province puisse suppléer à la disette d'une autre. Là , il faut distiller les grains ; ici , brûler les arbres; là, négliger des mines, faute de pouvoir les exploiter sur les lieux. On a vu, dans certaines années abondantes , . le vin de Bordeaux se donner pour la futaille, faute de moyens de transport et d'échange. Ces entraves naturelles en font naître d'autres factices beaucoup plus dangereuses, telles que l'agiotage des denrées , autrement nommé l'accaparement , fruit de l'inquiétude et du défaut de concurrence plus encore que de la cupidité. De ce vice naissaient , à leur tour, des troubles , des mécontenlemens difficiles à détruire ; et on voit combien les plus grands maux proviennent quelquefois des causes les moins apparentes.

Or , parmi les moyens d'un transport rapide , les canaux sont les plus importans et qui contribuent le plus promptement à l'amélioration de tous les pays qu'ils traversent; il n'est même aucun commerce intérieur sans eux (1); il faut les considérer comme des routes bien plus faciles à parcourir et divisés à peu près comme elles ; les rivières , rendues navigables , représentent les

(1) Nullum in mediterraneo nisi per navigia commergiom. Sénèque, Quaest. nat. , lib. 4, ep. a.

toutes principales ou de première classe; le* grands canaux de communication qui les unissent sont les routes de seconde classe ; les canaux de petite section, si utiles, si multipliés en Angleterre , ont rapport aux routes de troisième classe ; et enfin une espèce de chemin de fer, fort en usage dans ce pays , représente les chemins vicinaux. Ces communications réunies forment le système général des artères et des veines d'un pays, son anatomie commerciale : elles ne sont point disposées arbitrairement , quoiqu'elles puissent avec art se multiplier à l'infini ; elles dé-4 pendent principalement de la contexture du sol , de la situation des places de commerce, des débouchés et des demandes de produits, soit à l'intérieur, soit à l'étranger; elles suivent ainsi l'action industrielle; mais il serait souvent à désirer qu'elles pussent la précéder. Dans un pays encore peu habité, on pourrait d'avance réserver le terrain destiné à ces canaux , les tracer même pour servir de direction anx établissemens nouveaux à mesure qu'ils se forment, et présenter un canevas tout fait à la nouvelle population; c'est ce qui a eu lieu dans quelques parties de l'Amérique. Lesétablissemens n'auraient point alors d'intérêts momentanés ; ils ne suivraient point une industrie incertaine; ils seraient assurés, au contraire, de la faire naître. Que de peuples ont traîné et traî*

(869) lieront longtemps une existence pénible pour s'être mal placés sur le globe, ou n'avoir consulté dans l'assiette de leurs demeures qu'un in» térèt précaire et momentané»

Il existe dans tous les pays des dispositions naturelles dn sol qui condamnent les habitans à rester staûonnaires , ou qui les conduit forcé* ment à la richesse : la nature opère ainsi en petit comme en grand ; elle a ses déserts et ses vallées fertiles , ses torrens et ses rivières navigables. Ces dispositions dépendent beaucoup de Télévalion des eaux, de leur point de départ et des lieux où elles aboutissent. Les canaux n'étant que les communications secondaires/ se trouvent tracés suivant la direction des rivières : ainsi , par exemple , l'Angleterre , divisée en deux parties par tin plateau et une chaîne assez élevée venant du nord au sud , versant ses eaux ep égaie quantité dans les deux mers qui la jbaigitenj;,^ ainsi un point de partage naturel; et la direction de ses canaux doit être naturellement de J est à l'ouest pour réunir les rivières et établir une communication constante entre les habitans des deux côtés de cette chaîne. Plus tard , mais lorsque la population a augmenté 9 on aura pensé à unir perpendiculairement ces premières grandes routes entre elles. Cette marche a eu lieu naturellement et sans combinaison du gouvernement, parce que

tout était disposé à cet effet : c'est ainsi qu'on a réuni le Forth et la Glide en Ecosse, la Trent et la Mersey , la Tamise et la Severn , le Kennet et FA von, etc. ; mais ces réunions ne sont rien auprès de la multitude de canaux unissant les deux côtés de la chaîne par les seules sources ou petites dérivations prises en différons points de dé* part : on en compte près de quatre cents finis ou commencés (1), sans compter les nombreux branchemens qui vont aboutir à différentes fabriques, manufactures ou ports de mer. Chaque année , *tLe nouvelles demandes ont lieu au parlement pour des concessions de ce genre (2) , et s'exécutent à l'instant. Tout le pays en est sillonné ; la seule ville de Birmingham en a six lui servant de communication , dont cinq traversent la grande chaîne par des foutes souterraines. On en creuse tous les jours pour le transport des objets les plus communs, pour les pierres, le fùraier (3). La plupart de ces canaux sont d'une petite section , et ne prennent pas plus de place qu'un chemin vicinal, demandent moins d'entretien, ne coûtent guère plus de dépenses premières, et servent à des

(1) Rees's Cyclopedia , art. Canah

(2) Voyez Appendix R, sur le mode de concession de ce genre*

(3) Canal de lord Stanfrope dans le Devonshire*

transports 60 fois plus considérables (1). Les Àû giais ont eu le bon esprit de ne point assu jétir leurs canaux à la forme des bateauxsur les rivières , mais dq changer la nature de leurs bateaux (2) , pour qu'elle «fût également convenable aux deux sortes de navigations. Ces canaux abrègent les communications, enrichissent les pays qu'ils parcourent , multiplient les échanges, vont chercher partout les produits ou les faire naître; un canal est le système des machines appliquées aux transports; c'est; comme on l'a très-bien nommé, un chemin qui marche,

■/ L'histoire des canaux > en Angleterre -, est celle de toute son industrie; et on est émerveillé de voir combien les hommes: libres dans le développement de leurs facultés, sont ingénieux et

(1) lîn sent cheval trahie su* un canal ce qu'il faudrait plus de soixante cheyàttxiptur; traîner sur terre , et tingt hommes pour les conduire ; un cheval traîne aisément

soixante milliers dans un, gâteau*

(2) pn veut faire tout sur une trop grande échelle, en France -, alors on fait très-peu > et les entreprises n'étant pas proportionnées aux dépenses > ne sont pas profitables , et dégoûtent les particuliers de s'en charger. Les canaux de petites sections ont les avantages de né guère Coûter plus qu'une route , de prendre peu de terrain, d'être productifs partout, et de donner un revenu considérable»

( 37* ) grands dans leurs entreprises. Les ouvrages de détails faits en Angleterre depuis quarante ans seulement, offrent dans leur ensemble une combinaison et une masse de travaux qui excède tout ce que la puissance centrale a pu jamais exécuter de plus gigantesque dans aucun pays et en aucun temps. Tout le pays s'en est ressenti ; les moindres villages situés sur leurs bords sont devenus des villes. Lorsqu'on croyait que cette navigation intérieure et facile diminuerait le nombre des matelots employés aux transports extérieurs des côtes, elle Ta triplé par l'activité qu'elle a mise dans toutes les affaires ; lorsqu'on croyait qu'elle diminuerait la valeur des terres, parce qu'elle les divisait par la moitié, elle les a doublées également par les débouchés de leurs productions; enfin, lorsqu'on pensait qu'elle apporterait une humidité dangereuse, elle a, au contraire, assaini ce pays par l'écoulement des eaux et le dessèchement des marais.

Tous ces immenses travaux ne datent cepen dant ' que de quarante ans environ , et prouvent avec quelle promptitude un pays peut s'améliorer, lorsqu'il rencontre dans ses habitans cette confiance mutuelle, cette ardeur du travail, cette facilité d'association dans toutes les classes qui produit tant de miracles. C'est encore un grand propriétaire qui a donné l'impulsion à ce nouveau

développement d'industrie (1). Le duc de Bridgewater conçut le projet d'un canal de quinze lieues de longueur environ sans écluses pour conduire > à plusieurs villes manufacturières , le produit d'une, mine considérable de charbon de terre, dont le transport ne s'opérait que par terre. De grandes difficultés se présentèrent ; mais elles cédèrent au génie de Brindley, homme obsctir , sachant à peine lire, mais d'une sagacité naturelle étonnante , et le fondateur de ce genre de travaux en Angleterre. Son canal passe par des aqueducs sur une grande route, sur une rivière navigable; et, au graod étonnement des habitans , on vit un bateau à voiles passer sur un autre à une élévation prodigieuse du premier.

Le prix du fret des marchandises à Liverpoôl et Manchester tomba de douze à six sur le trausport par les rivières, et de quarante à six pour celui des marchandises venant par terre de

(i) Ce seigneur mit un grand courage et une rare persévérance dans son entreprise; il suivait lui-même ses travaux , couchait souvent dans ses bateaux près du lieu ■de l'exploitation , et marchait le matin au travail a la tête de sa petite armée industrieuse- Il fut an moment d'être . ruiné, ne pouvant trouver i,5oo,ooo fir. qui lui étaient nécessaires pour terminer ses travaux; lorsqu'il se les eut procurés, et qu'il les eut dépensés, il était le plus riche •particulier du pays.

tous les environs. Cet exemple fut généralement suivi, et produisit partout le même avantage. Comment n'est-il pas imité dans les autres pajs? A l'exception de la Hollande , dont toute l'existence tient aux canaux de dessèchement et de communication , l'Europe entière est dans l'enfance à cet égard ; et on peut dire que les deux tiers de toutes les productions naturelles ou fabriquées sont sans valeur par le défaut de ce moyen de bien-être et de richesses. La France se distingua un moment par de grands travaux de navigation : les canaux de Briare et du Languedoc précédèrent tous les autres : ce fut , comme en Angleterre , un homme simple et obscur qui surmonta les difficultés du premier (i), et un particulier riche qui osa exécuter l'autre (2), Mais, depuis cette époque, cette ardeur pour le bien s'est ralentie ; et il est peu de pays moin*

(1) Un simple paysan nommé Durand,

(a) M. Riquet de Caraman. Ce propriétaire offre, Comme le duc de Bridgewater, le modèle du bien que peut faire un particulier industrieux et passionné ponr l'utilité : sa yie toute entière y fut consacrée. Ayant de commencer sa grande entreprise, il s'était assuré du succès par beaucoup, d'expériences particulières; il avait, dans ses châteaux de Mourave et de Bon-Repos, des conduits, d'eau j des aqueducs, de petites écluses , avec lesquels^ \\ te rendait compte de ses plans^

(375) avancé en ce genre , en proportion des avantages qu'il pourrait y trouver (1). Cependant aucun obstacle naturel ne s'oppose aux plus vastes projets, aucune chaîne de montagne difficile ou mal placée n'interrompt le bassin des rivières; la charpente du pajs offre partout, au contraire, des moyens de réunion. Cinq mille rivières, dont trois cents sont navigables , affluent de tous côtés ; ses grands fleuves , coulant parallèlement , peuvent être facilement unis par des lignes perpendiculaires fort courtes, ou fournir les eaux nécessaires à des canaux latéraux de navigation (1). Un coup d œil rapide sur l'état actuel de la navigation intérieure de la France fera voir ce qu'elle pourrait devenir» et combien les insti-

(1) Nous avons déjà quelques parties de la France qui peuvent servir d'exemples de l'influence des canaux d'irrigation ou de transport sur la culture , tels que les environs de Troyes et les départemensdunord. Mais , en calculant la masse de- nos denrées produites annuellement et leur circulation , il faudrait , pour suppléer aux charrois , 75o canaux. Il n'y en a pas vingt.

(2) L'Espagne offre ày>eu près la même disposition; les fleuves coulent parallèlement vers la mer, et les projets de jonction ont tous été perpendiculaires; ainsi le canal de Guadaramà devait joindre le Tage à la Guadiana , et de là se prolonger jusqu'au Guadàiquivir. Le seul canal d'Àrragon devait réunir les deux mers , et produire les mêmes effets que notre canal du Languedoc.

tutions qui tendraient à produire un tel bien seraient désirables.

Sept grandes rivières arrosent le territoire français; savoir : l'Escaut, la Meuse, le Rhin, la Seirie, la Loire, la Garonne et le Rhône. Toutes se communiquent ou pourraient se communiquer par des alfluens > et les productions des départemens qu'elles parcourent offrent partout des avantages considérables à ceux qui voudraient ; entreprendre de perfectionner leur transport et leurs débouchés.

L'Escaut prend sa source dans le département de la Somme, passe à Cambrai, Valenciennes* Tournai, et va se jeter dans la mer d'Allemagne. Lia circonscription nouvelle du territoire français coupe ce fleuve à peu de distance de sa source , et prive la France d'une communication déjà établie entre la Meuse et te Rhin , près de Neuss ; mais la partie qui reste est encore bien importante et suffirait pour établir une nouvelle communication , d'un côté , entre la Meuse , la Moselle, le Rhin, la Saône et le Rhône, et, de Vautre, entre la Somme, l'Oise, la Seine et la Loire. Par les premières jonctions, on acquerrait les débouchés des provinces de Franche- Comté, Bourgogne, l'exploitation des forêts du Jura , de Haut-Rhin , le transport des marchandises de Suisse, de l'Allemagne, du Midi, qui

toutes ont lieu aujourd'hui par des charrois ; par les secondes , on accélérerait tout le commerce intérieur, et celui des côtes et des ports de l'Océan ; par toutes les deux , on activerait les échanges avec la Belgique et le transport si im* portant du charbon d'Aiisin , en attendant que d'autres mines aient été exploitées. Il faut san* doute de grands travaux pour opérer ces communications ; mais elles sont toutes possibles , et ont été dès long-temps proposées. La jonction de l'Escaut à la Meuse aurait lieu par la rivière de Barr, qui tombe dans la Meuse entre Sedan etMézières; celle de la Meuse à la Moselle, déjà projetée par Vauban , pourrait se faire entre Toul et Pagny ; celle de la Moselle à la Saône, déjà entreprise par les Romains, se confondrait dans l'ancien projet du canal de Champagne, ou celui qui fut décrété le 24 mai 1808 , en unissant non la Saône , mais la Seine à la Meuse , et prenant à peu près la même direction. Une fois ces différens résultats obtenus , la jonction avec le Rhin se trouverait opérée par le canal de Bourgogne commencé, et le double canal d'Alsace, aboutissant d'un côté à Strasbourg , et de l'autre K Huningue. Ge système de navigation pourrait se compléter par divers branchemens non moins importans, tels que le canal de Dieuse et de Sarrebruck, pour unir les départemens de la Meurte,

de la Moselle , du Bas-Rhin et de la Seine , ainsi que le canal proposé par le roi Stanislas en 1 701 , pour joindre la Meuse à la Saône.

La seconde partie des communications de l'Escaut, celle qui se rapporte à l'intérieur des terres, est en grande partie terminée par le fatoeux canal de Saint-Quentin , si souvent abandonné et repris, et qui réunit^par des traverses perpendiculaires, la Somme, l'Oise, la Seine, la Loire, et par suite , ainsi que nous l'avons dit , le Rhin et le Rhône , et par conséquent les deux mers. Par ce canal, toutes les productions du Nord, et principalement les charbons, pourraient arrivera Paris, circuler dans l'intérieur, se rendre à différons ports de mer, ou refluer des extrémités au centre; il serait complété par nombre d'affluens , tels que les canaux de la Scarpe, delaCencée, de Saint- Valéry et de la Haute-Somme.

La navigation intérieure de la France, basée sur les deux rivières, là Seine et la Loire, qui la traversent dans presque toute son «étendue de l'est à l'ouest, est encore bien imparfaite; mais rien ne s'oppose à ses progrès , et elle peut même s'étendre à l'infini par des branchemens secondaires ; la Seine et la Marne qui se réunit à elle , ont l'une et l'autre un cours tortueux, difficile et long, qui peut être abrégé par des coupures, dont plusieurs sont achevées. Le canal de l'Ourcq,

(379> arrivant a 80 pieds au-dessus de ces rivières , offre à la porte de Paris le plus beau point de partage dans le bassin de la Villette, pour opérer une communication entre Saint-Denis et l'arsenal, qui donnerait à la fois à Paris une gare superbe , un entrepôt pour ses marchandises, et abrégerait de trois lieues une navigation qui en représente vingt par la difficulté du passage des ponts. Si de Saint-Denis on poussait un autre canal jusqu àPontoise, la navigation de Rouen à Paris serait abrégée de douze lieues ou de près de moitié, et rendue facile pour, toutes les saisons. De cette rivière à la Loire , la communication est établie par le canal deBriare, le plus ancien ouvrage de ce genre. Cette navigation se compléterait par le canal d'Essone d'un côté, celui du Cher de l'autre , et plus haut celui du Nivernois , qui établirait l'échange de tous les produits intérieurs de la France, les blés, vins, bois, et les richesses des départemens qu'arrosent la Vienne, l'Allier, la Sarte.

La navigation du plateau intérieur de la France serait imparfaite, si elle ne servait de jonction entre le nord 4u royaume et le midi, et c'est ce qui aurait lieu par le canal de Bourgogne, dont nous avons parlé, et dont une partie est achevée, par un autre canal direct de la Seine à la Saône, çt par celui du Charollois, .

Le système de navigation dans le midi présentait plus de difficulté , mais en même temps plus d'avantages; une chaîne de montagnes communiquant dés Pyrénées aux Alpes, interrompait toute communication entre les deux mers, et semblait présenter des difficultés insurmontables. Long-temps il fallut doubler la pointe de L'Espagne ,' parcourir 800 lieues de côtes , pour échanger les produits des rives de l'Océan à ceux de la Méditerranée. Les anciens écrivains déploroient cette perte de temps et de capitaux (1). Lorsque François Ier jeta les fondemens de ce grand projet , exécuté si heureusement et si habilement sous le règne d'un de ses successeurs, la chaîne de montagnes, qui séparait comme obstacle ces deux bassins , servit de moyen à leur réunion : en rassemblant sur une des pentes les moins élevées les eaux supérieures, il fut possible de les conduire , par des plans gradues, vers les deux fleuves qu'elles devaient unir, et du sommet de la grande barrière ce canal parcourt un espace de ùfi lieues, sur une pente successive de 600 pieds , pour aboutir, d'un côté , à la Méditerranée, et, de l'autre, à l'Océan,

(1) Voyez le mémoire intéressant de Soaliger sur cet objet. Opéra varia, in-8t°, éd. 1810. (Bibl. mazàr,, n.° 11,262. )

par la Garonne. Ces nobles travaux , dignes detre chantés par le grand Corneille (r) , et vainement tentés par les Romains, mais exécutés par le génie et le zèle d'un particulier, ont servi et servent encore aujourd'hui de modèle aux tra^ ( vaux de ce genre* > ■

Il nous a suffi de tracer le tableau du système facile de la navigation en France , pour montrer les avantages immenses qui pourraient en résulter ; chaque iëoteur joindra dans son imagination, à cfcl ensemble admirable , toutes les subdivisions/les annexes qui le compléteraient II suffira quç ces communications principales soient établies , pour que des milliers d autres viennent s'y joindre , et donnent la vie et l'activité à ce beau pays. Que d'avantages ne proviendraient point de ces travaux! De ce moment, les routes, débar^rafcsées de leurs charrois hideux , seraient libres pour le voyageur, et les communications jour-*

(i) La Garonne et le Rhône en leurs grottes profonde$, Soupiraient de tout temps pour voir unir leurs ondes, Et faire ainsi couler, par un heureux penchant ,

Les trésors de l'aurore aux rive* du couchant

France, ton grand roi parle, et les rochers se fendent ; La terre ouvre son sein,lesplus hauts monts descende ntj Tout cède , et l'eau qui suit ces passages divers Le fail voir tout-puissant sur la terre et les mers.

nalières d'un entretien facile et d'un , aspect agréable. La multitude d'hommes et de bestiaux enlevés à l'agriculture (1), à là fabrication, leur seraient rendus, les produits sans valeur prendraient partout un prix relatif à la facilité des échanges, les terres s'amélioreraient par les arrosages et les transports d'engrais , les manufactures, recevant à meilleur marché les matières premières, fourniraient des marchandises plus abondantes, moins chères, plus usuelles; mais il est une considération à laquelle on songe peu ,. et qui seule est d'un avantage au-delà de tout calcul , et que je regarde comme plus importante à la prospérité de la France qu'aucune amélioration quelconque qu'elle ait éprouvée depuis cent ans, c'est l'exploitation des mines de charbon , et l'introduction de cet admirable combustible dans la plupart des travaux où l'on emploie aujourd'hui le charbon de bois. Je ne crains pas de le dire •*

(1) On calcule qu'il faut, dans les provinces de France médiocrement cultivées, environ dix arpens pour la nourriture annuelle d'un. cheval, ce qui suffirait à l'entretien de sept à huit personnes; ainsi la suppression de 3ooo chevaux, qui eut lieu par le canal de Briare, et autant par celui du Languedoc , rendirent à la culture chacun 3o,ooo arpens, et les moyens d'existence à un nombre d'hommes proportionné.

c'est à l'usage général de ce puissant moteur, que l'Angleterre doit sa richesse (1) autant qu'à ses institutions. Heureux à jamais , heureux les pays qui le possèdent, et qui savent en tirer parti ! Nous avons vu , dans un chapitre précédent, les immenses avantages qu'il a pour tous les genres de fabrication , les millions de bras invisibles qu'il fait agir, la puissance qu'il établit à volonté, et qui le fait préférer souvent aux chutes d'eau naturelles. Nous ne le considérerons ici que dans ses rapports avec les produits agricoles, qui sont plus importans peut-être encore. ,

Des 86 départemens de la France, 4i possèdent de£ mines de charbon bien connues, et dorit l'exploitation a été commencée; 16 annoncent devoir en contenir également (2)4 Avant la séparation de la Belgique , le produit total de

(1) La plus ancienne exploitation des mines., en Angleterre , ne date que de i3ao : le grand développement de cette industrie n'a lieu que depuis 4o ans. A cette époque, le terrain dans le Staflorshire ne valait pas la sixième partie de ce qu'il vaut aujourd'hui ; le vicomte Dudlej s'est trouvé un jour avoir, pour revenu presque la valeur en capital de sa terre.

(2) Journal des Mines , n.° 2.3, p. 71 et 72. L'excellent mémoire à ce sujet de M, Le Fèvre d'Hellencourt. Voyez Appendix S.

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