SECTION IV
De l'éclairage par le gaz.
Et lux lucerne non lucebit in te amplius.
Joan> Apoc. cap. 18, t. a5.
Il y a à peine trente ans qu'on ne connaissait, pour éclairer les rues, les cours, l'intérieur même des maisons, que les résines et le suif. A ces matières d'une odeur forte , et souvent malsaines, succédèrent les huiles tirées des végétaux ou des poissons, sitôt qu'une préparation habile permit de les consacrera cette sorte d'usage! Les formes élégantes des lampes et des autres
rases destinés à leur combustion , ajoutèrent à la vogue qu'elles reçurent, et leur emploi devint général ; aujourd'hui une nouvelle découverte menace d'envahir leur domaine, et de le restreindre à quelque partie des édifices où elles auraient même encore à lutter avec les bougies, leur éternelle rivale. Il n'est point étonnant qu'en *cela, comme dans toutes les inventions reconnues utiles , il ait fallu long-temps pour détruire les préjugés et changer les habitudes, surtout dans un pays comme la France, où les capitaux ont rarement la hardiesse d'attaquer un usage établi, et de se livrer dans le champ de l'incertitude.
H est cependant bien prouvé aujourd'hui que le gaz tiré du charbon de terre ou du bois, et dégagé de ses parties bitumineuses, produit une flamme blanche , légère , brillante , inodore et bien supérieure aux lumières des lampes, des chandelles, et même des bougies ; qu'il renferme si peu de parties grasses et salissantes, que la flamme ne tache même pas l'orifice par lequel elle s'échappe ; qu'elle épargne, par conséquent, ces soins pénibles et minutieux, souvent imparfaits, que demande l'entretien des lampes; qu'elle donne une chaleur suffisante pour échauffer des appartemens ; qu'elle n'a aucune odeur , ne produit ni fumée , ni étincelles , ni flammèche ; qu'elle
résiste au vent et à la pluie; qu'elle est enfin d'une économie telle dans les lieux où le charbon peut être exploité, qu'il n'y a point de comparaison à faire avec son usage et celui des autres substances applicables à l'éclairage. Au prix même qù est aujourd'hui le charbon en France ,. il y a du bénéfice encore à l'employer, par la valeur des autres produits qui résultent de sa combustion.; tels que le goudron, le cooke , l'ammoniaque, etc. , etc.
Sans doute, et c'est là le véritable obstacle à l'introduction de ce mode deql^irage , il faut des capitaux considérables pour le premier établissement , et. peu de particuliers sont en état de l'entreprendre; mais ce serait alors justement le fait d'une compagnie, qui se constituerait comme à Londres, pour se charger de cette importante affaire. Paris offre un admirable "emplacement pour commencer à assurer, dès l'abord, de grands bénéfices» ; le Palais-Royal et les rues adjacentes représentent une grande manufacture , un superbe bazar, qui n'est éclairé qu'un certain nombre d'heures fixes, et dont toutes les lumières sont si rapprochées et si multipliées, qu'elles peuvent être servies par le même appareil , sans dépense extraordinaire de tuyaux; le milieu du jardin pourrait être décoré de gerbes dé feu , qui en feraient un lieu magique. Déjà la moilié de la
viUe de fcondres est éclairée de là sorte: les prince pales manufactures en Angleterre , les casernes > les hôpitaux, quelques théâtres, et plusieurs villes entières , le sont également : tons les jours, quel* ques améliof ations dans la distillation du charbon augmentent les bénéfices et diminuent les dé* penses*
11 faut que ce mode d'éclairage soit véràta*» blexnent avantageux , puisque l'intérêt national qui s'y oppose en Angleterre , à cause du tort qui en résulte pour la pêche et l'école des *na* telots, n'a pu l'emporter sur lui* Quels succès ne devrait il donc pas avoir en France , où il rem* placerait par des produits nationaux les sufos* tances que nous achetons de l'étranger ! Cet en** couragemeot nouveau , donné à 1 exploitation de nos mines de houille, dont j'ai fait sentir l'importance , suffirait pour déterminer ; mais qui ne se représente avec charme l'effet que produirait ce mode brillant d'éclairage dans les rues, après qu'elles auraient des trottoirs , car l'un ne peut pas aller sans l'autre; qu'on se figure ces belles galeries en dalles des deux côtés du mur, éélairées directement comme dans les jours d'illumination, au lieu de ces réverbères clair-semés, dont la clarté vacille et papillote sur quelques parties seulement de la rue, ne croirait -on pas habiter les abords d'un grand palais ! Cette propreté,
cet ordre qui régnerait partout , auraient uAe in* fluence très-grande sur les habitudes des classes inférieures. J'ai toujours remarqué que les ivrognes , les filles; les mendians, présentaient un aspect plus choquant dans les villes où Tordre régnait davantage ; ils y étaient eux-mêmes plus gênés , plus contraints ; dans les pajs peu civilisés, tout est d'accord , tout se confond dans une sorte de décousu qui fait masse ; on traverse des champs en friche , on passe une rivière à guet ; on ne trouve rien dans les auberges, les paysans sont mal vêtus, les pauvres vous assiègent : tout cela est en harmonie , et on s9 y fait ; ce qui choque après, c'est de rencontrer un palais superbe, des meubles riches, qui ont l'air d'être jetés là pour établir le contraste du luxe et de là misère. .
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