SECTION IL
* Des trottoirs.
Gressus rectos fac pedibus tuis. P. ad Heb. xii, j$. ■ Tune ambulabis fiducialiter in via tua ,e\ pes tuus non impinget; Prov., cap. n i, y. 23.
Un des principaux agrémens d'une grande ville consiste dans la fteilité des communications et la commodité des gens à pied pour les parcourir. Oïl est peu tenté d'admirer l'élégance des édifices, la richesse des boutiques, lorsqu'on ne parvient aux uns et aux autres que par des rues sales et mal pavées. Vienne, Madrid, Milan , Florence, Amsterdam ont des trottoirs en dalles
(1) S'TctfTcdJ' * KcL%i<r T&vTctv Kocrpei. Erasme, adag. II, 5,i. Meursiui , mise. Lac. III , 5. loin. III de ses œuyre*, pag. 238.
de granit de niveau avec le pavé de leurs rues* Toutes les villes de l'Angleterre et des Etats- Unis en ont de semblables, mais exhaussés de quelques pouces. Paris seul conserve son ancien pavé raboteux et glissant, tel à peu près qu'il fut établi sous Philippe-Auguste , sans qu'on ait jamais rien fait pour l'améliorer, Quelques hommes éclairés se sont élevés dans leurs écrits contre cette négligence (i), et ont attiré l'attention des administrateurs. M. le comte Frochot, préfet de la Seine, fit publier, en 1806, dans les mairies, une invitation aux propriétaires de maisons de donner leur avis sur l'utilité des trottoirs et de s'entendre pour leur construction. Ces propriétaires, auxquels on demandait la dépense du premier établissement , et auxquels on n'expliquait pas les avantages de cette mesure , s'y refusèrent tous , et la plupart sous les prétextes les plus puérils (2). Aujourd'hui , pour obtenir ce consentement, il est nécessaire de leur en bien prouver les avantages, la facilité d'exécution, et le peu de dépense à laquelle cette institution entraînerait.
(1) Principalement M. Arthur Dillon, qui publia, en i8o5 et en 1806, plusieurs écrits fort intéressans sur cette matière.
(2) Une des objections portait sur le danger qu'il en résulterait pour les nourrices, les enfans, et les gens ivres , etc , etc.
L'utilité des trottoirs, considérée seulement comme une partie de la voie publique disposée particulièrement pour les gens à pied , çst incontestable. Le mouvement seul qui a lieu dans les rues le prouve et en indique la forme et remplacement En effet, l'homme à pied qui veut entrer dans les maisons ou regarder les boutiques , marche de préférence près du mur qui le met à l'abri du vent par son élévation , et des ^voitures par les bornes , tandis que les voitures ont plus de facilité à s'étendre, à se croiser dans le milieu de la rue. L'homme a besoin , pour marcher commodément, d'une surface plane et sèche, qu'on peut aisément pratiquer des deux côtés des maisons; tandis que le cheval, au contraire, se tient mieux sur un pavé raboteux et humide. De là provient naturellement la distinction des places que les hommes et les chevaux doivent occuper dans les rues , et la forme que ces places doivent avoir pour être analogues à leur destination, c'est-à-dire les unes en grandes dalles plates , les autres en pavé inégal. Ce qui constitue un trottoir n'est donc point, comme on l'a cru jusqu'à présent, une différence de niveau, mais une différence de construction , parce que cette dernière seule suffit pour déterminer le chemin qui convient à chacun. Il est facile d'ailleurs de se garantir des voitures en se rangeant derrière
les bornes ; mais il est impossible de se sauver de la boue et de la fatigue en marchant sur un pavé, pointu et dont tous les joints sont pleins d'eau.
Les trottoirs proposés en 1806, et exécutés jusqu'à présent dans Paris , semblent avoir été faits pour dégoûter de cette institution; ils consistent en un massif élevé de 6 à 7 pouces, aussi sale, aussi mal pavé que le reste de la rue; ils n'offrent ni le plain-pied commode ni la surface propre qui détermine les gens à pied à s y porter de préférence; ils ont de plus des inconvèniens. qui les rendent impraticables dans la plupart des rues.
i.° Ils sont sans cesse interrompus par les portes-cochères ; et , quelque soin qu'on apporte dans leur pente , ils établissent dans la rue une ondulation fatigante qui augmente la longueur de la course a 11 lieu d'en adoucir la marche;
2.0 Us ne peuvent point être admis dans les rues d'une largeur au-dessous de 10 mètres sans rendre ces rues trop étroites et impraticables pour les voilures, et ces rues se trouvent former les neuf dixièmes des communications de Paris;
3.° Us enterrent les rez-de-chaussées des maisons ou boutiques devant lesquelles ils passent, et plusieurs même élevés d'un pied sont de véritables précipices , où les femmes , les enfans r les vieillards peuvent éprouver de graves acci-
dens : tels étaient les trottoirs des rues Saint-Florentin et Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie.
•Oest ainsi qu'en envisageant mal une question , où plutôt eu exécutant mal des projets, on jette de la défaveur sur des institutions dont tout le monde attrait senti l'avantage.
De.quoi s'àgital , et quel est te véritable objet
des trottoirs?
& 'améliorer Pétat de la me; de distinguer, - ainsi que nous l'avons dit plus haut , la voie destinée aux gens de pied , à celle qui est assignée aux voitures, afin d'éviter à tous les deux les embarras et les inconvéniens attachés à la fréquentation simultanée du même espace ; et le moyen infeiffibfe d'obtenir ce résultat est de disposer l'espace destiné aux gens à pied de manière U ce qu'il y ait pour eux un avantage à le fréquenter de préférence à toute antre partie de h rue.
Dégager b voie charretière de leur concurte&ee, eH*s¥l»git par ce feit même, quelque étroite qu'elfe ait été dans l'origine.
•« On a Tait, dit M. Dîlloti , devancer tm paradoxe , en disant que l'établissement des trottoirs, au lieu de diminuer la voie du roulage , l'élargit; Cest cependant une vérité. Dans f état ordinaire des tues , le marcher étant également mauvais pttttout, les gens à pied s'espacent à l'aise et
embarrassent la marche des voitures , au lieu que trouvant un marcher propre et commode sur le trottoir, ils ne le quitteront jamais sans nécessité, et dès-lors les voitures ont une circulation plus faeile , dans un espace plus étendu. j>
Cette observation, outre sa justesse, oflfre encore dénoncé du moyen propre à déterminer les gens à pied à se porter de préférence sur le trottoir. C'est en effet d'en faire un sentier uni, propre, et plus agréable' que te reste de la voie publique; qualités essentielles du trottoir, dont on croit communément les avantages bornés à protéger l'homme à pied en l'élevant au-dessus du niveau de la rue. La propreté , la commodité > la salubrité sont des choses au moins aussi nécessaires et d'un avantage plus continuellement senti , et auquel ou peut prétendre, tout en renonçant à l'isolement absolu.
Or , il est un moyen 4e procurer ces trois avantages à l'homme à pied , et cette bonne disposition à une rue, sans rien retrancher de sa largeur, moyen pratiqué à Vienne, à Florence, à Milan , et spécialement propre aux rues étroites de Paris.
Cest le trottoir à fleur de pavé servant uniquement d'accotement à celui-ci, et carrelé ea grosses dalles de pierres dures , et par consé-
quent dans un système différent de celui du roulage.
Des trottoirs de cette espèce ont tous les avantages que n'ont pas ceux qui ont été essayés à Paris , et ils atteignent à peu près le même but sous le rapport de la sûreté contre les voitures. En effet, la différence de surlace et de carrelage suffiront pour établir la démarcation, et pour empêcher les voitures de se porter sur le trottoir, hors les cas d'une nécessité absolue; et dans ceux-ci elles pourront s'y jeter momentanément, sans que cela tire à conséquence, par la solidité qu'on aura su donner à cette construction. D'ailleurs les conducteurs se trouvant plus à l'aise dans la voie du roulage , qui sera toute entière à leur disposition , se garderont bien de faire passer, hors des cas de nécessité absolue, leurs voitures sur une surface plane où les pieds des chevaux Sauront plus autant de prise que sur le pavé.
On sent au premier abord que ces trottoirs au niveau du pavé font tomber toutes les objections que Ton a faites jusqu'ici contre l'introduction générale de ceux que l'on connaît à Paris. Ils n'ont point, comme ces derniers , l'inconvénient d'enterrer le rez-de-chaussée des maisons auxquelles on les ajustera; d'usurper exclusivement vue portion de la voie publique ; d'éprouver des
ressauts continuels par la rencontre fréquente des portes-cochères.
Nous avons dit qu'un système de carrelage différent constituerait véritablement la distinction entre le trottoir et la voie du roulage , quand là différence de niveau n'était pas praticable. Ce principe et le simple raisonnement suffisent pour exclurel'idée d emploiera cette opération le pavé ordinaire , ainsi qu'on Ta fait jusqu'à présent.
Il n'est que les grandes dalles qui, à raison de leur solidité et de légalité de leur surface, puissent procurer à un trottoir tous les avantages dont il est susceptible. ;
1 .° Elles offrent un plain-rpied commode, dont l'avantage est suffisamment démontré par l'empressement avec lequel on voit rechercher dans Paris toutes les bordures qui offrent une surface un peu plus large, un peu plus uni 3 que le pavé ordinaire.
Cette observation peut se faire principalement aux trottoirs des pdnts dont les bordures sont presque toutes usées par le passage continuel, quoiqu'elles soient trop étroites pour qu'on y marche commodément.
2.° La moindre pente qu'on leur donne empêche l'eau d'y séjourner, e» la pluie suffit pour y entretenir la propreté.
3.° Elles rendent le balayage devant les maisons aussi facile qu'il est aujourd'hui pénible.
Il faut avoir vécu dans les pays où se trouvent ces sortes dé trottoirs pour en sentir tout l'avantage; il est même, on peut le dire, d'une grande importance daris l'ordre social: en effet, tout ce qui tend à diminuer la perte du temps et à augmenter la circulation est d'une influence très-grande dans le commerce. H est facile de remarquer que l'activité est plus grande dans les villes où les communications sont meilleures; alors tout le monde agit* les femmes vont ellesmêmes acheter dans les» boutiques; un homme fait dix commissions au lieu d'une; on supporte mieux la marche /oa fait plus d'affaires. Il est facile de se convaincre de cette vérité en faisant seulement le tour du Palais-Royal par les galeries cou vertos , et le recommençant par les rues qui l'entourent; on met certainement un tiers de temps de plus par la dernière voie, quoiqu'on y ait moins de distraction et qu'on y rencontre .moins d'obstacles.
Les objections qu'on peut faire contre les trottoirs en dalles et à fleur du pavé, ie réduisent àquetques considérations de peu d'importance et qui ne sont rien en comparaison des avantages qu'ils procurent; tel que le défaut d'épaisseur suffisante
(459) des dalles pour résister au poids de? vpityrçs et à leur circulation , au danger de gUs&er dessus pendant quelques semaines de verglas l'hiver» J'ii réfuté ces objections dans un ouvrage q\j je? présentais les plans et devis de ces trottoirs; maià/Qe qui est mieux que les raisonnemensj ce so^it les faits: depuis sept ans , de semblable* trottoirs que j'ai fait construire comme modèles devant la maison que j'habite, rue dkdrtois, n.° st89 où on peut les voir , ont constamment supporté le poids des voitures les pins lourdes; ils n'ont eu besoin d'aucune répara tioo, tandis que le milieu dçiarue a été remanié trois fois depuis lew construction Ces trottoirs à fleur de pavé auraient environ quatre pieds et demi de largeur, ee qui ne ferait que neuf pieds pour toute la rue» ou autrement le tiers environ de la largeur totale <fes mes de neuf à dix mètres j qui sont les plus ordinaires. Dans les rues de douze mètres et ait-dessus, on pourrait les faire exhausser de quatre à cinq pouces , ainsi qu'ils le sont en Angleterre , mais en dalles comme les autres, et non dans aucune espèce de petite pavés , qui ont toujours le défaut des rainures et l'inégalité de la surface. Les trottoirs de Madrid n'ont que trois pieds de ' large *, et on circule dans les rues les plus étroites presque aussi bien que dans la rué d'Alcala , par un usage qui s'introduirait à Paris» celui de
prendre la droite. La masse des gens à pied se trouve
• par-là réduite dans les rues à deux doubles files, Tune qui va et l'autre qui vient, et Ton n'éprouve jamais de retard :*celui qui n'aime pas à céder la place passe de l'autre côté de la rue, où il est en droit d'occuper toujours le mur.
Le prix d'un mètre courant de trottoirs ainsi construits en pierre dure de la Flandre de six pouces d'épaisseur, tamée dans le pays, revient de 4° à ôo fr. en pose , ce qui porterait la totalité des rues de Paris, comprenant environ 120,000 mètf es de communications courantes , à 5 millions, qui pourraient être faites dans dix ans, à raison d'une dépense annuelle de 5oo,ooo francs, laquelle dépense, f épartie au marc le franc, comme : addition à la- contribution foncière des 28,000 maiions de Paris, rie reviendrait pas à 10 fr. par an pour lès petits propriétaires et doublerait l'agrément du séjour de Paris.
ïl n'y avait pas chez les anciens de petites villes
dont les rues n'eussent de semblables trottoirs,
-nommés marginesj les routes même en étaient
* somptueusement décorées des deux côtés, et de distance en distance on y avait ajouté des espèces d'estrades pour aider à remonter à che-
. val. Cette dépense, au surplus, ne serait qu'un placement , dent on aurait l'intérêt annuel par la diminution des frais d'entretien que cou-
terait le pavé de Paris : les trottoirs composant environ le tiers de la largeur de la rue , et ne devant coûter presque aucune réparation , ce serait annnellement une économie de 5oo,ooô fr. que ferait le gouvernement. Quant à la chargé d'entretien , qui désormais serait à la charge du payé de Paris , elle ne formerait pas le quart de la somme qu'elle épargnerait, puisqu'elle ne consisterait tout au plus qu'au repiquage des dalles tous les dix ans. Si les propriétaires des maisons se refusaient encore à cette importante amélioration, il serait facile à l'administration de trouver une compagnie qui entreprendrait l'exécution , moyennant qu'il lui fût concédé une somme d'intérêts et d'amortissement sur les fonds du pavé de. Paris, qui ne sont jamais moindres de 8 à 900,000 fr. par an. Ainsi, par une dépense annuelle légère , ou par une anticipation nullement onéreuse, on aurait sur-le-champ la jouissance de cet inestimable bienfait. Il n'est point, je le répèle, une entreprise plus utile et dont les conséquences soient plus étendues. Ce présent seul à la ville de Paris , dont chaque jour on sentirait les avantages, dont on aimerait à se rappeler l'époque, illustrerait plus un règne que le monument le plus considérable. Peu de personnes se rappellent que l'Ecole militaire a été bâtie sous Louis XV; mais tout le monde sait que
cest à ce règne trop mal jvgé que la France doit les routes magnifiques qui la traversent en tous sens, qui abrègent et assurent les communications, vivifient le commerce , et font connaître aux étrangers et aux voyageurs qu'ils parcourent un pays aussi distingué par les travaux des hommes que par les productions de la nature. Vestris s'extasiait sur la quantité de choses qu'il voyait dans un menuet. Je suis de même pour les trottoirs, avec plus de raison, car je n'ai pas énoncé la moitié des avantages et des conséquences de cette institution. Cette facilité des communications donnera le moyen à chacun de faire lui-même ses affaires et de ne plus s'en rapporter aux domestiques ; les femmes feront leurs emplettes. Les gens occupés n'ayant plus . à fixer leur attention dans la rue sur les pierres qu'ils doivent choisir. pour marcher, penseront librement à leurs intérêts, à leurs travaux, et augmenteront d'autant leurs conceptions. Les bibliothèques , les établissemens publics * les spectacles seront plus fréquentés, et leur magnificence ne sera plus en contraste avec les espaces incommodes qu'il faut traverser pour parvenir jusqu'à eux. En effet, n'est- il pas cruel, lprsqu'on vient d'entendre dçs vers de Racine, de recevoir sur la tête les eaux sales d'une gouttiçre qui Avance; inutilement de trois ou quatre pieds
sur le sommet de la rue, de se couvrir de boue en glissant sur des pavés ronds et*pointusf malgré l'équilibre que Ton cherche à garder, et les contorsions ridicules que Ton fait pour y parvenir? Paris est le lieu où l'on est parvenu le plus près de la perfection dani une quantité de choses , et où on est encore le plus enfoncé dans la barbarie pour beaucoup d'autres.
SECTION m.
Des promenades publiques.
F«ci hortos et pomaria et conterai ea opinU ^eodrU arboribus. Ecclbs. , cap. n, y. 5.
Nous avons vu que les.geos à pied étaient biea mal dans les villes de France ; il est vrai que lés gens à cheval n'y sont guère mieux, et que les promenades, qui sembleraient devpir leur être consacrées, ne sont disposées qup pour lc3 piétons qui n'y vont pas, ce. qui fait qute personnjs véritablement ne peut se promener. On ne trouve nulle parMe promenade soignée, pu la place des voitures légères, des gens à cheval et des gens à pied soient distincte* / et où loo puisse trouver un rendez-vous agréable, de l'ombre,, un aspect riant, comme U en est près des moia-
dres villes de l'Italie > dé l'Allemagne et de l'Espagne même. Paris est moins bien partagé qu'ancun autre Ken sous ce rapport, tandis qu'il serait si facile de lui procurer cet avantage; mais eh cela , comme en toute chose , une malheureuse routine empêche toute amélioration. Ceux qui veulent se promener à cheval , soit pour leur santé , soit par goût, sont obligés d'aller chercher le bois de Boulogne , distant d'une lieue de Paris, par une route pavée, que Ton partage encore avec les petites voitures de Saint -Cloud et les charrettes. Cette route d'ailleurs , après les Champs-Elysées, ne présente plus d'aspect agréable; ce sont partout des murs de clôture et des bas-fonds; te temps qu'il faut pour la parcourir, détourne beaucoup de personnes des quartiers éloignés de s'y rendre; mais ce qui les en détourne davantage, c'est l'impossibilité d y trouver un terrain soigné' et commode; la moitié de l'année les revers du pavé: sont impraticables, tandis qu'il existe à droite et à gauche deux immenses contre-allées qu'on interdit aux voitures légères et aux gens à cheval, sans qu'elles servent davantage aux gens à pied ; dRix-ci trouvant plus agréable de passer dans les Champs- Elysées même, jusqu'à l'allée des Veuves ; et de ce point,- an bois de Boulogne, pa* upe seconde contre-allée qui leur est suffisante.
Aucun motif n'empêcherait donc d'abandonner aux gens à cheval et aux voitures légères les deux contre-allées , ou du moins une seule, dont on ferait une route solide et commode; mais, en rattachant celte idée à un plan plus étendu,, on pourrait pratiquer à la porte de Paris une promenade publique ou Corso qui n'aurait rien à envier aux dispositions de ce genre dans lçs autres grandes villes; il suffirait d'y consacrer .toute la partie gauche des Champs-Elysées, depuis la place Louis XV jusqu'à l'allée des Veuves et la pompe à feu de Chaillot, en y comprenant le Cours-la- Reine , avenue charmante dont personne ne prOr fite et que peu de gens même ont parcourue. Cette disposition pourrait avoir lieu sans presque rien changer à lf tat. actuel des Champs-Elysées qu'elle embellirait, sans priver les joueurs de paume de leur emplacement, sans même usurper sur les gens à pied aucune des parties qu'ils peuvent choisir; tout se bornerait, i.° à construire en cailloutis (i) solides et gravier de rivière , comme en Angleterre , la contre-alléte de la partie, gauche des Champs-Elysées; et à la rendre semblable à la belle route de Vitry qui peut servir dç modèle
(1) M. le comte Mole, pendant le temps de son administration des ponts-et-chaussées , a fait construire en eatlloutis les accotemens du pavé delà grande route.
à cet égard ; 2.° à continuer dans le même système .¥ l'allée d'Antin , celle des Veuves et le Cours-la- Reine; 3.° à pratiquer, dans l'intérieur de cette même partie des Champs-Elysées , une route irrégulière et aussi large que les précédentes , qui passerait sous la futaie et servirait de jonction aux autres.
Le circuit que feraient ces différentes allées composerait une promenade très-longue et trèsagréable, qui offrirait un exercice suffisant et un rendez-vous naturel aux ha bilan s de tous les quartiers de h capitale , qui ne fatiguerait point les chevaux , permettrait de profiter du moindre moment de beau temps, et laisserait m luxe des équipages, cette marque <ie l'opulence d'une grande ville , l'occasion de se flépk>yer. belles sont lés promenades aux environs des capitales; le P rater à Vienne, Hyde-Puri à Londres, le Prado et la Fïorida à Madrid , hiVitta-Borghese à Rome , qui toutes font partie de la ville même. Ce sont de grands rendez- vous, où les gens à pied , en voiture ou à cheval , trouvent le genre d'exercice qui leur convient, et qu'ils n'achètent par aucune gêne, aucune fatigue ou perte de temps. A peine une promenade de la sorte auraitelle aeqtris quelque vogue , qu'on verrait s'établir sur ses bords des jeux de toute espèce, des tentes élégantes où Ton trouverait des rafrafehissemens,
tandis qu'aujourd'hui, sur tonte la route du bois de Boulogne et au bote même, on ne voit que de mauvaises guinguettes et des habitations communes.
La dépense première une fois faite (1) , l'entretien serait peu coûteux, parce que les routes n'étant pratiquées que pour des voitures légères et des gens à cheval, seraient peu dégradées ; elle* ne le seraient même pas du tout, si Ton distribuait dans toute l'étendue un nombre suffisant de cantonniers pou* réparer et maintenir la disposition première ; on pourrait d'ailleurs établir à l'entrée un péage, et certes il rapporterait suffisamment pour couvrir tous les frais, et personne ne se refuserait à l'acquitter (2).
Si, par la suite,, on vouait agrandir cette promenade, on le pourrait facilement en faisant l'acquisition des marais situé* entre l'allée d'Antin et l'allée des Veuves, et traçant au milieu plusieurs routes irrégulières plantées d'arbres de
(1) Cette prbbienade pourrait être farte par tme eom» pagnis d'actionnaires et une souscription valoatair* dont le montant rentrerait par le péage très~pr*mptemeot, La dépense totale ne s'élèverait pas a 200,000 francs*
(a) Voyez, pour le détail et le plan, l'ouvrage, déjà cité, des Projets de travaux extraordinaires concernant les ponts* et-chaussées; in-fol. , chez Gœury, libraire des ponts-etchaussées.
différentes espèces ; bientôt toute cette partie si négligée aujourd'hui se couvrirait d'habitatiops agréables, de jardins ornés, d'autant plus précieux qu'ils auraient pour dépendance la promenade à l'entour; cette promenade, outre tous les avantages que nous venons d'énoncer , aurait celui de présenter constamment à la vue des aspects agréables : d'un côté , l'arc de triomphe , les Champs-Elysées; de l'autre , le pont de Jéna, le quai deCI^aillot, l'Ecole militaire et le nouveau quai de la Chambre des Députés, qui serait luimême un annexe à cetle belle promenade.