SECTION TI
Tous les Hommes communément bien organisés ont une égale aptitude à l'esprit.
Lorsqu'éclairé par Locke l'on sait que c'est aux organes des sens qu'on doit ses idées, et par conséquent son esprit; lorsqu'on remarque des différences et dans les organes et dans l'esprit des divers hommes, l'on doit communément en conclure que l'inégalité des esprits est l'effet de l'inégale finesse de leurs sens.
Une opinion si vraisemblable et si analogue aux faits (i) doit être d'autant plus généralement adoptée qu'elle favorise la paresse humaine, et lui épargne la peine d'une recherche inutile.
(i) C'est par le moyen des analogies qu'on parvient quelquefois aux plus grandes découvertes ; mais dans quels cas doit-on se contenter de la preuve des analogies? Lorsqu'il est impossible d'en acquérir d'autres. Cette espèce de preuve est souvent trompeuse. A-t-on toujours vu les animaux se multiplier p?r l'accouplement des mâles avec les femelles ? On en conclut que cette manière est la seule dont les êtres puissent se régénérer. 11 faut, pour nous détromper, que des observateurs exacts et scrupuleux enferment un puceron dans un bocal ; qu'ils découpent des polypes, et prouvent, par des expériences réitérées, qu'il est encore dans la nature d'autres manières dont les animaux peuvent se reproduire.
1 86 HELVÉTIL'S
Cependant si des expériences contraires prouvaient que la supériorité de l'esprit n'est point proportionnée à la plus ou moins grande perfection des cinq sens, c'est dans une autre cause qu'on serait forcé de chercher l'explication de ce phénomène.
Deux opinions partagent aujourd'hui les savants sur cet objet. Les uns disent : Vesprit est V effet d'une certaine es/ièce de tempérament et d'organisation intérieure ; mais aucun n'a, par une suite d'observations, encore déterminé l'espèce d'organe, de tempérament ou de nourriture qui produit l'esprit (i). Cette assertion vague et destituée de preuves se réduit donc à ceci : L'esprit est l'effet d'une cause inconnue ou d'une qualité occulte, à laquelle je donne le nom de tempérament ou d'organisation.
Quintilien, Locke et moi disons :
L'inégalité des esprits est l'effet d'une cause connue, et cette cause est la différence de l 'éducation.
Pour justifier la première de ces opinions, il eût fallu montrer par des observations répétées que la supériorité de l'esprit n'appartenait réellement qu'à telle espèce d'organe et de tempérament,, Or, ces expériences sont à faire. Il
(i) Quelques médecins, entre autres M. Lansel de Magny, ont dit que les tempéraments les plus forts et les plus courageux étaient les plus spirituels Cependant on n'a jamais cité Racine, Boileau, Pascal, Hobbes, Toland, Fontenelle, etc., comme des hommes forts et courageux. D'autres ont prétendu que les bilieux et les sanguins étaient à la fois et les plus ingénieux, et les moins capables d'une attention constante. Mais peut-on être en même temps incapable d'attention et doué de grands talents ? Croit-on que, sans application, Locke et Newton fussent jamais parvenus à leurs sublimes découvertes?
Quelques-uns ont observé que le méditatif et le spirituel était ordinairement mélancolique. Ils ne se sont pas aperçus qu'ils prenaient en lui l'effet pour la cause ; que le spirituel n'était point tel parce qu'il était mélancolique, mais mélancolique, parce que l'habitude de la méditation le rendait tel.
Plusieurs enfin ont fait dépendre l'esprit de la mobilité des nerfs ; mais les femmes sont très vivement affectées. La mobilité de leurs nerfs devrait donc leur assurer une grande supériorité sur les hommes. Ontelles en conséquence plus d'esprit? Non : quelle idée nette, d'ailleurs, se former de cette mobilité plus ou moins grande des nerfs ?
DE l'hOMMK
paraît donc que si des principes que j'ai admis l'on peut clairement déduire la cause de l'inégalité des esprits; c'est à cette dernière opinion qu'il faut donner la préférence.
Une cause connue rend-elle compte d'un fait ? pourquoi le rapporter à une cause inconnue, à une qualité occulte, dont l'existence, toujours incertaine, n'explique rien qu'on ne puisse expliquer sans elle?
L'âme ne nous abandonne qu'à la mort. Tant que je vis, j'ai une âme. En est-il ainsi de l'esprit? non : je le perds quelquefois de mon vivant; parce que, de mon vivant, je puis perdre la mémoire, et que l'esprit est presque en entier l'effet de cette faculté. Si les Grecs donnaient le nom de Mnémosyne à la mère des Muses, c'est qu'observateurs attentifs de l'homme ils s'étaient aperçus que son jugement, son esprit, etc., étaient en grande partie le produit de sa mémoire.
Qu'un homme soit privé de cet organe, de quoi peut-il juger? est-ce des sensations passées? non : il les a oubliées. Est-ce des sensations présentes? mais, pour juger entre deux sensations actuelles, il faut encore que l'organe de la mémoire les prolonge du moins assez longtemps pour lui donner le loisir de les comparer entre elles, c'est-à-dire, d'observer alternativement la différente impression qa il éprouve à la présence de deux objets. Or, sans le secours d'une mémoire conservatrice des impressions reçues, comment apercevoir des différences, même entre des impressions présentes, et qui, à chaque instant, seraient et senties et de nouveau oubliées. Il n'est donc point de jugement, d'idées, ni d'esprit sans mémoire. L'imbécile qu'on assied sur le pas de sa porte n'est qu'un homme qui a peu ou point de mémoire. S'il ne répond pas aux questions qu'on lui fait, c'est ou parce que les diverses expressions de la langue ne lui rappellent plus d'idées distinctes, ou parce qu'en écoutant les derniers mots d'une phrase, il oublie ceux qui la précèdent. Consulte-t-on l'expérience? onrecon-
HELVÉTIUS
naît que c'est à la mémoire (dont l'existence suppose la faculté de sentir) que l'homme doit et ses idées et son esprit. Point de sensations sans âme ; mais sans mémoire, point d'expérience, point de comparaison d'objets, point d'idées ; et l'homme serait, dans sa vieillesse, ce qu'il était dans son enfance.
On est réputé imbécile lorsqu'on est ignorant , mais on l'est réellement lorsque l'organe de la mémoire ne fait plus ses fonctions. Or, sans perdre l'âme, on peut perdre la mémoire. Il ne faut, pour cet effet, qu'une chute, une apoplexie, un accident de cette espèce. L'esprit diffère donc essentiellement de l'âme, en ce qu'on peut perdre l'un de son vivant, et qu'on ne perd l'autre qu'avec la vie.
— Toutes les opérations de l'esprit se réduisent à l'observation des ressemblances et des différences, des convenances et des disconvenances que les divers objets ont entre eux et avec nous. La justesse de l'esprit dépend de l'attention plus ou moins grande avec laquelle on fait ces observations.
Veux-je connaître les rapports de certains objets entre eux? que fais-je, je place sous mes jeux, ou rends présents à ma mémoire plusieurs, ou du moins deux de ces objets : ensuite je les compare. Mais qu'est-ce que comparer? c'est observer alternativement et avec attention l'impression différente que Jont sur moi ces deux objets présents ou absents. Cette observation faite, je juge, c'est-à-dire, je rapporte exactement V impression que j'ai reçue. Ai-je, par exemple, grand intérêt de distinguer, entre deux nuances presque imperceptibles de la même couleur, laquelle est la plus foncée ; j'examine longtemps et successivement les morceaux de draps teints de ces deux nuances : je les compare, c'est-à-dire je les regarde alternativement. Je me rends très attentif à l'impression différente que font sur mon œil les rayons réfléchis des deux échantillons, et je juge enfin que l'un est plus foncé que l'autre, c'est-à-dire je rapporte exactement l'impression que j'ai reçue. Tout
jugement n'est donc que le récit de deux sensations, ou actuellement éprouvées, ou conservées dans ma mémoire.
Lorsque j'observe les rapports des objets avec moi, je me rends pareillement attentif à l'impression que j'en reçois. Cette impression est agréable ou désagréable. Or, dans l'un ou l'autre cas, qu'est-ce que juger? c'est dire ce que je sens. Suis-je frappé à la tête? la douleur est-elle vive? le simple récit delà sensation que j'éprouve forme mon jugement.
Je n'ajouterai qu'un mot à ce que je viens de dire, c'est qu'à l'égard des jugements portés sur les rapports que les objets ont entre eux avec nous il est une différence qui, peu importante en apparence, mérite cependant d'être remarquée. Lorsqu'il s'agit de juger du rapport des objets entre eux, il faut pour cet effet en avoir au moins deux sous les jeux. Mais si je juge du rapport d'un objet avec moi, il est évident, puisque tout objet peut exciter une sensation, qu'un seul suffît pour produire un jugement.
Je conclus de cette observation que toute assertion sur le rapport des objets entre eux suppose comparaison de ces objets; toute comparaison, une peine; toute peine, un intérêt puissant pour se la donner. Et qu'au contraire lorsqu'il s'agit du rapport d'un objet avec moi, c'est-à-dire, d'une sensation, cette sensation, si elle est vive, devient elle-même l'intérêt puissant qui me force à l'attention. Toute sensation de cette espèce emporte donc toujours avec elle un jugement. Je ne m'arrêterai pas davantage à cette observation, et répéterai, d'après ce que j'ai dit ci-dessus, que, dans tous les cas, juger est sentir.
— Toute comparaison des objets entre eux suppose attention : toute attention suppose peine, et toute peine un motif pour se la donner. S'il était un homme sans désir, et qu'un tel homme pût exister, il ne comparerait point les corps entre eux, il ne prononcerait aucun jugement. Mais, dans
igo
HELVÉTIUS
cette supposition, il pourrait encore juger l'impression immédiate des objets sur lui : oui, lorsque cette impression serait forte. Sa force, devenue un mot ifd attention, emporterait avec elle un jugement. Il n'en serait pas de même si cette sensation était faible : il n'aurait alors ni conscience, ni souvenir des jugements qu'elle aurait occasionnés. Un homme est environné d'une infinité d'objets; il est nécessairement affecté d'une infinité de sensations; il porte donc une infinité de jugements; mais il les porte à son insu. Pourquoi ? c'est que la nature de ses jugements suit celle de ses sensations. Ne font-elles sur lui qu'une trace légère, effacée aussitôt que sentie? Les jugements portés sur ces sortes de sensations sont de la môme espèce; il n'en a point de conscience. Il n'est point d'homme, en effet, qui, sans s'en apercevoir, ne fasse tous les jours une infinité de raisonnements dont il n'a pas de conscience. Je prends pour exemple ceux qui précèdent presque tous les mouvements rapides de notre corps.
Lorsque, dans un ballet, Vestris fait plutôt une cabriole qu'un entrechat; lorsque, dans la salle d'armes, Moté tire plutôt la tierce que la quarte, il faut, s'il n'est point d'effet sans cause, que Vestris et Moté y soient déterminés par un raisonnement trop rapide, pour être, si je l'ose dire, aperçu. Tel est celui que je fais, lorsque j'oppose ma main au corps prêt à frapper mon oeil. Il se réduit à peu près à ceci.
L'expérience m'apprend que ma main résiste sans douleur au choc d'un corps qui me priverait de la vue : mes j eux, d'ailleurs, me sont plus chers que ma main : je dois donc exposer ma main pour sauver mes yeux.
Il n'est personne qui ne fasse, en pareil cas, le même raisonnement : mais ce raisonnement d'habitude est si rapide qu'on a plutôt mis la main devant les yeux qu'on ne s'est aperçu et de l'action et du raisonnement dont cette action est l'effet.
— Plaisir. — Il est deux sortes de plaisirs, comme il est
deux sortes de douleurs : l'un est le plaisir physique ; l'autre, le plaisir de prévoyance. Un homme aime-t-il les belles esclaves et les beaux tableaux? s'il découvre un trésor, il est transporté. Cependant, dira-t-on, il n'éprouve encore aucun plaisir physique : j'en conviens. Mais il acquiert en ce moment les moyens de se procurer les objets de ses désirs. Or, cette prévoyance d'un plaisir prochain est déjà un plaisir. Sans amour pour les belles esclaves et les beaux tableaux, il eût été indifférent à la découverte de ce trésor.
Les plaisirs de prévoyance supposent donc toujours l'existence des plaisirs des sens. C'est l'espoir de jouir demain de ma maîtresse qui me rend heureux aujourd'hui. La prévoyance ou la mémoire convertit en jouissance réelle l'acquisition de tout moyen propre à me procurer des plaisirs. Par quel motif, en effet, éprouvai-je une sensation agréable, chaque fois que j'obtiens un nouveau degré d'estime, de considération, de richesses, et surtout de pouvoir? c'est que je regarde le pouvoir comme le plus sûr moyen d'accroître mon bonheur.
— Lorsque le livre de V Esprit parut, les théologiens me traitèrent de corrupteur des mœurs. Ils me reprochaient d'avoir soutenu, d'après Platon, Plutarque et l'expérience, que l'amour des femmes avait quelquefois excité les hommes à la vertu.
Le fait cependant est notoire : leur reproche est donc absurde. Si le pain, leur dit-on, peut être la récompense du travail et de l'industrie, pourquoi pas les femmes? Tout objet désiré peut devenir un encouragement à la vertu, lorsqu'on n'en obtiendra la jouissance que par des services rendus à la patrie.
Dans les siècles où les invasions des peuples du Nord et les incursions d'une infinité de brigands tenaient toujours les citoyens en armes, où les femmes, souvent exposées aux insultes d'un ravisseur, avaient perpétuellement besoin de défenseurs; quelle vertu devait être la plus honorée? La
HELVÉTIUS
valeur. Aussi les faveurs des femmes étaient-elles la récompense des plus vaillants : aussi tout homme jaloux de ces mêmes faveurs devait-il, pour les obtenir, s'élever à ce haut degré de courage qui animait encore, il y a quatre siècles, tous les preux chevaliers.
L'amour du plaisir fut donc en ces siècles le principe productif de la seule vertu connue, c'est-à-dire, de la valeur. Aussi lorsque les mœurs changèrent, lorsque la police plus perfectionnée mit la vierge timide à l'abri de toute insulte, alors la beauté (car tout se tient dans un gouvernement), moins exposée aux outrages d'un ravisseur, honora moins les défenseurs. Si l'enthousiasme des femmes pour la valeur décrut alors dans la proportion de leur crainte ; si l'estime, conservée encore aujourd'hui pour le courage, n'est plus qu'une estime de tradition; si dans ce siècle l'amant le plus jeune, le plus assidu, le plus complaisant, et surtout le plus riche, est communément l'amant préféré, qu'on ne s'en étonne point : tout est ce qu'il doit être.
Les faveurs des femmes, selon les changements arrivés dans les mœurs et les gouvernements, ou sont, ou cessent d'être des encouragements à certaines vertus. L'amour en lui-même n1est donc point un mal. Pourquoi regarder ces plaisirs comme la cause de la corruption politique des mœurs? Les hommes ont eu dans tous les temps à peu près les mêmes besoins, et dans tous les temps ils les ont satisfaits. Les siècles où les peuples ont été plus adonnés à l'amour furent ceux où les hommes étaient les plus forts et les plus robustes.
La jeunesse est fortement attirée vers les femmes : elle est plus avide de plaisir que lage avancé; cependant, elle est communément plus humaine et plus vertueuse; elle est au moins plus active, et l'activité est une vertu.
S'il est un moment où les faveurs des femmes puissent devenir un principe de corruption, c'est lorsqu'elles sont vénales; lorsqu'on achète leur jouissance, lorsque l'argent,
loin d'être la récompense du mérite et des talents, devient celle de l'intrigue, de la flatterie, et qu'enfin un satrape ou un Nabab peut, à force d'injustices et de crimes, obtenir du souverain le droit de molester, de piller les peuples de son gouvernement, et de s'en approprier les dépouilles.
Il en est des femmes comme des honneurs, ces objets communs du désir des hommes; les honneurs sont-ils le prix de l'iniquité; faut-il, pour y parvenir, flatter lesGrands, sacrifier le faible au puissant, et l'intérêt d'une nation à l'intérêt d'un Soudan? Alors les honneurs, si heureusement inventés pour la récompense et la décoration du mérite et des talents, deviennent une source de corruption. Les femmes, comme les honneurs, peuvent donc, selon les temps et les mœurs, successivement devenir des encouragements au vice ou à la vertu.
La corruption politique des mœurs ne consiste donc que dans la dépravation des moyens employés pour se procurer des plaisirs. Le moraliste austère qui prêche sans cesse contre les plaisirs n'est que l'écho de sa mie ou de son confesseur. Comment éteindre tout désir dans les hommes, sans détruire en eux tout principe d'action ! Celui qu'aucun intérêt ne touche n'est bon à rien, et n'a d'esprit en rien.
— La faim, par conséquent, la douleur, est le principe d'activité du pauvre, c'est-à-dire, du plus grand nombre; et le plaisir est le principe d'activité de l'homme au-dessus de l'indigence, c'est-à-dire du riche. Or, entre tous les plaisirs., celui qui sans contredit agit le plus fortement sur nous, et communique à notre âme le plus d'énergie, est le plaisir des femmes. La nature, en attachant la plus grande ivresse à leur jouissance, a voulu en faire un des plus puissants principes de notre activité.
Nulle passion n'opère de plus grand changement dans l'homme. Son empire s'étend jusque sur les brutes. L'animal, timide et tremblant à l'approche de l'animal même le plus faible, est enhardi par l'amour. À Tordre de l'amour,
HELVETIU!
l'animal s'arrête, dépouille toute crainte, attaque et combat des animaux ses égaux ou même ses supérieurs en force. Point de dangers, point de travaux dont l'amour s'étonne. Il est la source de la vie. A mesure que ses désirs s'éteignent, l'homme perd son activité ; et par degrés la mort s'empare de lui.
Plaisir et douleur physique, voilà les seuls et vrais efforts de tout gouvernement. On n'aime point proprement la gloire, les richesses et les honneurs, mais les plaisirs seuls dont cette gloire, ces richesses et ces honneurs sont représentatifs. Et, quoiqu'on dise, tant qu'on donnera pour boire à l'ouvrier pour l'exciter au travail, il faudra convenir du pouvoir qu'ont sur nous les plaisirs des sens.
— Les hommes ont des goûts différents ; mais ces goûts peuvent être également l'effet ou de leur habitude et de leur éducation diverse ou de l'inégale finesse de leur organisation. Que le Nègre, par exemple, se sente plus de désir pour le teint noir d'une beauté africaine que pour les lys et les roses de nos Europénnes, c'est en lui l'effet de l'habitude. Que l'homme, selon le pays qu'il habite, soit plus ou moins sensible à tel ou tel genre de musique, et devienne, en conséquence, susceptible de telles ou telles impressions, c'est encore un effet de l'habitude. Tous les goûts factices et produits par une éducation différente ne font point ici l'objet de mon examen : je n'y traiterai que de la différence des goûts occasionnés par la pure différence des sensations reçues à la présence des mêmes objets.
Pour savoir exactement quelle peut être cette différence, il faudrait avoir été successivement soi et les autres. Or, on n'a jamais été que soi. Ce n'est donc qu'en considérant avec une très grande attention les impressions diverses que les mêmes objets paraissent faire sur les différents hommes qu'on peut parvenir à quelque découverte. S'examine-t-on soi-même sur ce point ? on sent que si son voisin voyait carré ce qu'on voit rond ; si le lait paraissait blanc à l'un,
et rouge à l'autre, et qu'enfin certains hommes n'aperçussent qu'un chardon dans une rose, et que deux monstres dans une d'Egmont et une Forcalquier, il serait impossible que les hommes pussent s'entendre et se communiquer leurs idées. Or, ils s'entendent, et se les communiquent. Les mêmes objets excitent donc en eux à peu près les mêmes impressions.
Pour jeter plus de clarté sur cette question, voyons dans un même exemple en quoi les hommes diffèrent, et se ressemblent.
Ils se ressemblent tous en ce point : c'est que tous veulent se soustraire à l'ennui; c'est qu'en conséquence tous veulent être émus ; c'est que plus une impression est vive, plus elle leur est agréable, si cette impression néanmoins n'est pas portée jusqu'au terme de la douleur.
Ils diffèrent en ceci, c'est que le degré d'émotion que l'un regarde comme l'excès du plaisir est quelquefois pour l'autre un commencement de douleur. L'œil de mon ami peut être blessé du degré de lumière qui m'est agréable ; et cependant lui et moi convenir que la lumière est le plus bel objet de la nature. Or, d'où vient cette uniformité de jugement avec cette différence dans la sensation ? De ce que cette différence est peu considérable, et de ce qu'une vue tendre éprouve, dans le plus faible degré de lumière, le même plaisir qu'une vue forte ressent à la clarté d'un plus grand jour. Que je passe du physique au moral, j'aperçois encore moins de différence dans la manière dont les hommes sont affectés des mêmes objets, et je retrouve en conséquence chez les Chinois tous les proverbes de notre Europe. D'où je conclus que de légères différences dans l'organisation des divers peuples ne doivent être comptées pour rien; puisqu'en comparant les mêmes objets, tous les peuples parviennent aux mêmes résultats.
— Qu'est-ce que l'esprit en lui-même? V aptitude à voir les ressemblances et les différences, les convenances et les
IQfj HEt.VÉTIUS
disconvenances quont entre eux les objets divers. Mais quel est dans l'homme le principe productif de son esprit? Sa sensibilité physique, sa mémoire, et surtout l'intérêt qu'il a de combiner ses sensations entre elles. L'esprit n'est donc en lui que le résultat de ses sensations comparées , et "le bon esprit consiste dans la justesse de leur comparaison.
Tous les hommes, il est vrai, n'éprouvent pas précisément les mêmes sensations; mais tous sentent les objets dans une proportion toujours la même. Tous ont donc une ég'ale aptitude à l'esprit.
En effet si, comme l'expérience le prouve, chaque homme aperçoit les mêmes rapports entre les mêmes objets; si chacun d'eux convient de la vérité des propositions géométriques ; si, d'ailleurs, nulle différence dans la nuance de leurs sensations ne change leur manière de voir ; si (pour en donner un exemple sensibL), au moment où le soleil s'élève du sein des mers, tous les habitants des mêmes côtes, frappés au même instant de l'éclat de ses rayons, le reconnaissent également pour l'astre le plus brillant de la nature, il faut avouer que tous les hommes portent ou peuvent porter les mêmes jugements sur les mêmes objets; qu'ils peuvent atteindre aux mêmes vérités, et qu'enfin si tous n'ont pas dans le fait également d'esprit, tous du moins en ont également en puissance, c'est-à-dire, en aptitude à en avoir.
— Ce n'est plus aux Sorbonnistes à prétendre au titre de moralistes; ils en ignorent jusqu'aux principes. L'inscription de quelques cadrans solaires: Quod ignoro doceo ; ce que f enseigne, je V ignore, devrait être la devise de la| Sorbonne. Ses docteurs sont des guides infidèles qui n'ont d'idées de la vertu que celle de leur intérêt, et cet intérêt varie selon le temps ; au lieu que la vraie vertu est la même dans tous les siècles et les pays. C'est conséquemment à son intérêt que le prêtre a partout sollicité le privilège!
I exclusif de l'instruction publique. Des comédiens français îlèvent un théâtre à Sévi lie : le chapitre et le curé le font liibattre ici, leur dit un des chanoines, notre troupe n'en j;ouffre point d'autre.
| 0 homme, s'écriait autrefois un sage, qui saura jamais usqu'où tu portes la folie et la sottise ? Le théologien le lait, en rit, et en tire bon parti.
I Sous le nom de religion, ce fut donc toujours l'accroisiement de ses richesses et de son autorité que le théologien poursuivit. Qu'on ne s'étonne donc point si ses jnaximes changent selon sa position, s'il n'a plus maintenant de la vertu les idées qu'il en avait autrefois, et si la morale de Jésus n'est plus celle de ses ministres, j — Une jeune fille est élevée par une mère stupide et dévote: jette fille n'entend appliquer ce mot vertu qu'à l'exactitude Itvec laquelle les religieuses se fessent, jeûnent et récitent jeur rosaire. Le mot vertu ne réveillera donc en elle que l'idée de discipline, de haire et de patenôtres. I Une autre fille, au contraire, est-elle élevée par des pajents instruits et patriotes? N'ont-ils jamais cité devant elle j:omme vertueuses que les actions utiles à la patrie? N'ontjls loué que les Aricie, les Porcie, etc. ? Cette fille aura iiécessairement de la vertu des idées différentes de la première; l'une admirera dans Aricie et la force de la vertu, lit l'exemple de l'amour conjugal; l'autre ne verra dans ';ette même Aricie qu'une païenne, une femme mondaine, ihuicide et damnée, qu'il faut fuir et détester. J Qu'on répète sur deux jeunes gens l'expérience faite sur fleux filles; que l'un d'eux, lecteur assidu de la Vie des paints, et témoin, pour ainsi dire, des tourments que leur ait éprouver le démon de la chair, les voie toujours se buetter, se rouler dans les épines, se pétrir des femmes de îeige, etc., il aura de la vertu des idées différentes de celui mi, livré à des études plus honnêtes et plus instructives, mra pris pour modèles les Socrate, les Scipion, les Aris-
HELVÉTIUS
tide, les Timoléon, et, pour me rapprocher de mon siècle les Miron, les Harlai, les Pibrac, les Barillon : « Ce furen ces magistrats respectables, ces illustres victimes de leu « amour pour la patrie, qui, par leurs bonnes et sage « maximes, dissipèrent, dit le cardinal de Retz, plus d « factions que n'en put allumer tout l'or de l'Espagne e « de l'Angleterre». Il est donc impossible que ce mot vert, ne réveille en nous des idées diverses, selon qu'on li Plutarque, ou la Légende dorée. Aussi a-t-on, dans tous le siècles et les pays, élevé des autels à des hommes d'u. caractère tout à fait différent.
— Entre les pays imaginaires que parcourt l'espri humain, celui des Fées, des Génies, des Enchanteurs est 1 premier où je m'arrête. On aime les contes : chacun les lit les écoute, et s'en fait. Un désir confus du bonheur nou promène avec complaisance dans le pays des prodiges c des chimères.
Quant aux chimères, elles sont toutes de la même espèce Tous les hommes désirent des richesses sans nombre, u pouvoir sans bornes, des voluptés sans fin ; et ce désir vol toujours au-delà de la possession.
Quel bonheur serait le nôtre, disent la plupart des nom mes, si nos souhaits étaient remplis aussitôt que formés?* insensés! ignorez-vous toujours que c'est dans le désir mêm que consiste une partie de votre félicité. Il en est du bon heur comme de l'oiseau envoyé par les Fées à une jeun princesse. L'oiseau s'abat à trente pas d'elle. Elle vei le prendre, s'avance doucement, elle est prête à le saisir l'oiseau vole trente pas plus loin ; elle s'avance encore, pass plusieurs mois à sa poursuite; elle est heureuse. Si l'oisea se fût d'abord laissé prendre, la princesse l'eût mis en cag et huit jours après s'en fût dégoûtée. C'est l'oiseau d bonheur que poursuivent sans cesse l'avare et la coquette Ils ne l'attrapent point, et sont heureux dans leurs pou] suites, parce qu'ils sont à l'abri de l'ennui. Si nos souhait
DE L'HOMME I99
1* aient à chaque instant réalisés, l'âme languirait dans î| aaction et croupirait dans l'ennui. Il faut des désirs à t îomme; il faut, pour son bonheur, qu'un désir nouveau H facile à remplir succède toujours au désir satisfait. Peu
tommes reconnaissent en eux ce besoin. Cependant c'est « la succession de leurs désirs qu'ils doivent leur félicité, "i — Le désir du clergé fut en tous les temps d'être puisli nt et riche. Par quel moyen parvint-il à le satisfaire? par sli vente de la crainte et de l'espérance. Les prêtres, ncgo- • w mts en gros de cette espèce de denrée, sentirent que le
ibit en était suret lucratif, et que s'il nourrit le colporteur j* 11 vend dans les rues l'espoir du gros lot, et le charlatan, ^iî û vend sur des tréteaux l'espoir de la guérison et de la iii inté, il pourrait pareillement nourrir le Bonze et le Tala- 01 >in, qui vendraient dans leurs temples la crainte de l'en- 'i r et l'espoir du paradis : que si le charlatan fait fortune
1 ne débitant qu'une de ces deux espèces de denrées, c'est-
dire, l'espérance, les prêtres en feraient une plus grande m 1 débitant encore la crainte. L'homme, se sont-ils dit, est •al aide ; ce sera, par conséquent, sur cette dernière mar-
landise qu'il y aura le plus à gagner. Mais à qui vendre )Œ crainte? aux pécheurs; à qui vendre l'espoir? aux péni- !l ûts. Convaincu de cette vérité, le sacerdoce comprit qu'un .1 *and nombre d'acheteurs supposait un grand nombre s î pécheurs, et que si les présents des malades enrichisi iit le médecin, ce seraient les offrandes et les expiations îi îi, désormais, enrichiraient les prêtres; qu'il fallait des if alades aux uns, et des pécheurs aux autres. Le pécheur A fuient toujours l'esclave du prêtre; c'est la rnultiplica- 4 tok des péchés qui favorise le commerce des induli «ces, des messes, etc., accroît le pouvoir et la richesse d! 1 clergé. Mais, parmi les péchés, si les prêtres n'eussent tt «npté que les actions vraiment nuisibles à la société, la 0 aissance sacerdotale eût été peu considérable. Elle ne se ni U étendue que sur un certain nombre de scélérats et de
HELVKTIU8
fripons ; or, le clergé voulait même l'exercer sur les hom mes vertueux; pour cet effet, il fallait créer des péchés qu les honnêtes gens pussent commettre. Les prêtres vouluren donc que les moindres libertés entre filles et garçons, qu le désir seul du plaisir fût un péché; de plus, ils institué rent un grand nombre de rits et de cérémonies supersti tieuses; ils voulurent que tous les citoyens y fussent assu jettis; que l'inobservation de ces rits fût réputée le plu grand des crimes, et que la violation de la loi rituelle, s' était possible, fût, comme chez les Juifs, plus sévèremer punie que les forfaits les plus abominables.
Ces rits et ces cérémonies, plus ou moins nombreux che les diverses nations, furent partout à peu près les mêmes partout ils furent sacrés, et assurèrent au sacerdoce la plu grande autorité sur les divers ordres de l'état.
Cependant, parmi les prêtres des différentes nations, en fut qui, plus adroits que les autres, exigèrent du citoye non seulement l'observation de certains rits, mais encore 1 croyance de certains dogmes. Le nombre de ces dogme; insensiblement multiplié par eux, accrut celui des incr< dules et des hérétiques. Que prétendit ensuite le clergé Que l'hérésie fût punie en eux par la confiscation de leui biens, et cette loi augmenta les richesses de l'église ; el voulut de plus que la mort fût la peine des incrédules, < cette loi augmenta son pouvoir. Du moment où les prêtre eurent condamné Socrate, le génie, la vertu, et les rois eu3 mêmes tremblèrent devant le sacerdoce. Son trône eut poi soutien l'effroi et la terreur panique. L'un et l'autre, étei dant sur les esprits les ténèbres de l'ignorance, devinrei d'inébranlables appuis du pouvoir pontifical. Lorsqu l'homme est forcé d'éteindre en lui les lumières de la ra son, alors, sans connaissance du juste ou de l'injuste, c'e; le prêtre qu'il consulte, c'est à ses conseils qu'il s'abai donne.
— L'intérêt des prêtres n'est pas que le citoyen agiss
)ien, mais qu'il ne pense point. // faut, disent-ils, que le ils de l'homme sache peu, et croie beaucoup.
— Il en est de l'auteur d'une vérité nouvelle comme l'un astronome que le désir de la gloire ou la curiosité fait nonter à son observatoire. Il pointe sa lunette vers les ;ieux ; a-t-il aperçu dans leur profondeur quelque astre ou juelque satellite nouveau ; il appelle ses amis : ils naonent, regardent à travers la lunette; ils aperçoivent le même istre, parce qu'avec des organes à peu près semblables les îommes doivent découvrir les mêmes objets.
S'il était des idées auxquelles les hommes ordinaires ne Dussent s'élever, il serait des vérités qui, dans l'étendue des siècles, n'auraient été saisies que de deux ou trois hommes le la terre également bien organisés; le reste des habitants seraient, à cet égard, dans une ignorance invincible. La découverte du carré de l'hypoténuse égal au carré des ieux autres côtés du triangle ne serait connu que d'un nouveau Pythagore ; l'esprit humain ne serait point susceptible de perfectibilité : il y aurait enfin des vérités réservées ï certains hommes en particulier ; l'expérience, au contraire, qous apprend fijue les découvertes les plus sublimes, clairement présentées, sont conçues de tous : de là ce sentiment d'étonnementet de honte toujours éprouvé lorsqu'on se dit: rien de plus simple que cette vérité ; comment ne C aurais-] e pas toujours aperçue ?
— Les passions peuvent tout. Il n'est point de fille idiote que l'amour ne rende spirituelle. Que de moyens ne lui fournit-il pas pour tromper la vigilance de ses parents, pour voir et entretenir son amant? La plus sotte est souvent alors la plus inventive.
L'homme sans passions est incapable du degré d'application auquel est attachée la supériorité d'esprit; supériorité, dis-je, qui peut-être est moins en nous l'effet d'un effort extraordinaire d'attention que d'une attention habituelle.
HELVÉTIUS
Mais si tous les hommes ont une égale aptitude à l'e prit, qui peut donc produire entre eux tant de différenoj
SECTION III \ Des causes générales de l'inégalité des Esprits.
— Il n'est point d'homme, animé du désir ardent de D gloire, qui ne se distingue toujours plus ou moins da f l'art ou la science qu'il cultive. Il est vrai qu'entre dei • hommes également jaloux de s'illustrer, c'est le hasa: P qui, présentant à l'un d'eux des objets de la comparais( 1 desquels il résulte des idées plus fécondes et des découvert s plus importantes, décide sa supériorité. Le hasard, par l'i fluence qu'il aura toujours sur le choix des objets qui s'c *: frent à nous, conservera donc toujours quelque influen f sur les esprits. Contient-on sa puissance dans ces étroit E: limites, on a fait tout son possible. On ne doit pas s'atte dre, à quelque degré de perfection qu'on porte la scien W de l'éducation, qu'elle forme jamais des gens de génie ( W tous les habitants d'un empire. Elle ne peut que les y mu ^ tiplier, et faire, du plus grand nombre des citoyens, d< i: hommes de sens et d'esprit. Voilà jusqu'où s'étend son po voir. C'en est assez pour réveiller l'attention des citoyen et les encourager à la culture d'une science dont la perfe tion procurerait, en général, tant de bonheur à l'humanit et en particulier tant d'avantages aux nations qui s'en occi ; peraient. Un peuple, où l'éducation publique donnerait c génie à un certain nombre de citoyens, et du sens à pre que tous, serait, sans contredit, le premier peuple ( l'univers. Le seul et sûr moyen d'opérer cet effet est d'h; bituer de bonne heure les enfants à la fatigue de l'attei ' tion.
— Presque tous les hommes sont sans passions, sar (d amour pour la gloire. Loin d'en exciter en eux le désii sa
F, a plupart des gouvernements, par une petite et fausse ^ wlitique, cherchent, au contraire, à l'éteindre. Alors, ndifférents à la gloire, les citoyens font peu de cas de l'esime publique, et peu d'efforts pour la mériter.
Je ne vois dans la plupart des hommes que des comnerçants avides. S'ils arment, ce n'est point dans l'espé- •ance de donner leur nom à quelque contrée nouvelle. Unii [uement sensibles à l'espoir du gain, ce qu'ils craignent, ]ai 'est que leur vaisseau ne s'écarte des routes fréquentées, iej )r, ces routes ne sont pas celles des découvertes. Que le ai tavire soit, par le hasard, ou la tempête, porté sur des îles inconnues; le pilote, forcé d'y relâcher, n'en reconnaît ni rt( es terres, ni les habitants. Il y fait de l'eau, remet à la fil 'oile, et court de nouveau les côtes pour y échanger ses narchandises. Rentré enfin dans le port, il désarme, et ^emplit le magasin du propriétaire des richesses et des )j|lenrées du retour, et ne lui rapporte aucune découverte. Id II est peu de Colombs ; et sur les mers de ce monde, •H iniquement jaloux d'honneurs, de places, de crédit et de M ichesses, peu d'hommes s'embarquent pour la découverte n le vérités nouvelles. Pourquoi donc s'étonner si ces découd, rertes sont rares ?
■o, I Un homme, jaloux d'un grand nom, doit s'armer de .q. a patience du chasseur. Il en est du philosophe comme du foiauvage : le moindre mouvement du dernier écarte de lui il, e gibier, et la moindre distraction du premier éloigne de a ui la vérité. Rien n'est plus pénible que de tenir longd emps son corps et son esprit dans le même état d'imrnorg nlité ou d'attention; c'est le produit d'une grande passion. ( Dans le sauvage, c'est le besoin de manger; dans le philolu iophe, c'est celui de la gloire qui opère cet effet. ;i Mais qu'est-ce que ce besoin de la gloire ? Le besoin
nême du plaisir. Aussi, dans tout pays où la gloire cesse m l'en être représentative, le citoyen est indifférentà la gloire;
e pays est stérile en génies et en découvertes. Il n'en est