SECTION IV
Les hommes communément bien organisés sont susceptibles du mênk degré de passion ; leur force inégale est toujours en eux l'effet m la différence des positions où le hasard les place. Le caractère om ginal de chaque homme, comme l'observe Pascal, n'est que le prm duit de ses premières habitudes.
— Le caractère des peuples change ; mais quand (I changement se fait-il le plus sensiblement apercevoir? Dar l les moments de révolution où les peuples passent toii à coup de l'état de liberté à celui de l'esclavage. Alors S fier et d'audacieux qu'était un peuple, il devient faible (fl pusillanime; il n'ose lever ses regards sur l'homme eu place; il est gouverné, et peu lui importe qui le gouverne! Ce peuple enfin découragé se dit comme l'âne de la fable Quel que soit mon maître, je n'en trouverai pas un plu\ lourd fardeau.
— Un prince usurpe-t-ilsur ses peuples une autorité san bornes ? Il est sûr d'en changer le caractère, d'énerver leu| âme, de la rendre craintive et basse. C'est de ce momen
qu'indifférents à la gloire ses sujets perdent ce caractère d'audace et de constance propre à supporter tous les travaux, à braver tous les dangers ; le poids du pouvoir arbitraire brise en eux le ressort de l'émulation.
Qu'impatient de la contradiction le prince donne le nom de factieux à l'homme vrai ; il a substitué dans sa nation le caractère de la fausseté à celui de la franchise. Que, dans des moments critiques, ce prince, livré à ses flatteurs, ne trouve ensuite auprès de lui que des gens sans mérite ; à qui s'en prendre ? A lui seul ; c'est lui-même qui les a rendus tels.
Qui croirait, en considérant les maux de la servitude, qu'il fût encore des princes assez peu éclairés pour vouloir régner sur des esclaves, des princes assez stupides pou ignorer les changements funestes que le despotisme opèr dans le caractère de leurs sujets?
Qu'est-ce que le pouvoir arbitraire ? Un germe de calamités qui, déposé dans le sein d'un état, ne s'y développe que pour y porter le fruit de la misère et de la dévastation. Croyons-en le roi de Prusse : « Rien de meilleur » dit-il, dans un discours prononcé à l'académie de Berlin, », que «le gouvernement arbitraire; mais sous des princes jus- « tes, humains et vertueux : rien de pis sous le commun « des rois » . Que de rois de cette espèce ! Combien comptet-on de Titus, de Trajans et d'Antonins? Voilà ce que pense un grand homme. Quelle élévation d'âme, quelles lumières un tel aveu ne suppose-t-il pas dans un monarque ! Qu'annonce en effet le pouvoir despotique ? Souvent la ruine du despote, et toujours celle de sa postérité. Le fondateur d'une telle puissance met son royaume à fonds perdu : ce n'est que l'intérêt viager et malentendu de la royauté, c'est-à-dire, celui de l'orgueil, de la paresse ou d'une passion semblable qui fait préférer l'exercice d'un despotisme injuste et cruel sur des esclaves malheureux à l'exercice d'une puissance légitime et bien aimée sur un peuple
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libre et fortuné. Le pouvoir arbitraire est un enfant sans I prévoyance, qui sacrifie sans cesse l'avenir au présent.
Le plus redoutable ennemi du bien public n'est point le I trouble, ni la sédition, mais le despotisme. Il change le I caractère d'une nation, et toujours en mal, il n'y porte que I des vices. Quelle que soit la puissance d'un sultan des Indes, I il n'y créera jamais de citoyens magnanimes. Il ne trou- I vera jamais dans ses esclaves les vertus des hommes libres. I La chimie ne tire d'un corps mixte qu'autant d'or qu'il en renferme, et le pouvoir le plus arbitraire ne tire jamais i d'un esclave que la bassesse qu'il contient.
L'expérience prouve donc que le caractère et l'esprit des peuples changent avec la forme de leur gouvernement; 3 qu'un gouvernement différent donne tour à tour à la même < nation un caractère élevé ou bas, constant ou léger, courageux ou timide.
— L'amour de nous-mêmes nous fait en entier ce que nous sommes. Par quelle raison est-on si avide d'honneurs et de dignités? c'est qu'on s'aime, c'est qu'on désire son bonheur, et, par conséquent, le pouvoir de se le procurer. L'amour de la puissance et des moyens de l'acquérir est donc nécessaiment lié dans l'homme à l'amour de lui-même. Chacun veut commander, parce que chacun voudrait accroître sa félicité, et, pour cet effet, que tous ses concitoyens s'en occupassent. De tous les moyens de les y contraindre, le plus sûr est celui de la force et de la violence. L'amour du pouvoir, fondé sur celui du bonheur, est donc l'objet com- U mun de tous nos désirs. Aussi les richesses, les honneurs, W la gloire, l'envie, la considération, la justice, la vertu, a l'intolérance, enfin toutes les passions factices ne sont-elles en nous que l'amour du pouvoir déguisé sous ces noms dif- i férents .
— La gloire, dit-on, est la maîtresse de presque tous les I grands hommes : ils la poursuivent à travers les dangers ; ils bravent, pour l'obtenir, les travaux de la guerre, les j
ennuis de l'étude, et la haine de mille rivaux. Mais dans quel pays ? Dans ceux où la gloire fait puissance. Partout où la gloire ne sera qu'un vain titre, où le mérite sera sans crédit réel, le citoyen indifférent à l'estime publique fera peu d'efforts pour l'obtenir. Pourquoi la gloire est-elle regardée comme une plante du sol républicain, qui, dégénérée dans les pays despotiques, n'y pousse jamais avec une certaine vigueur? C'est que, dans la gloire, on n'aime proprement que le pouvoir, et que dans un gouvernement arbitraire tout pouvoir disparaît devant celui du despote. L'homme qui passe la nuit sous les armes, ou dans ses bureaux, s'imagine aimer l'estime ; il se trompe. L'estime n'est que le nom qu'il donne à l'objet de son amour, et le pouvoir est la chose même.
— Le mérite, dit Pope, produit l'envie, comme le corps produit l'ombre. L'envie annonce le mérite, comme la fumée Fincendie et la flamme. L'envie acharnée contre le mérite ne le respecte ni dans les grandes places, ni sur le trône. Elle poursuit également un Voltaire, un Catinat, un Frédéric. Si l'on se rappelait souvent jusqu'où se porte sa fureur, peut-être qu'effrayés des malheurs semés sur les pas des grands talents on serait sans courage pour les acquérir.
L'homme de génie qui se dit à la lueur de sa lampe : ce soir je finis mon ouvrage : demain est le jour de la récompense : demain le public reconnaissant s'acquitte envers moi : demain enfin je reçois la couronne de l'immortalité, cet homme oublie qu'il est des envieux. En effet, demain arrive ; l'ouvrage est publié ; il est excellent, et le public n'acquitte point sa dette. L'envie détourne loin de l'auteur le parfum suave des éloges ; elle y substitue l'odeur empestée de la critique et de la calomnie. Le jour de la gloire ne luit presque jamais que sur la tombe des grands hommes. Qui mérite l'estime rarement en jouit, et qui sème le laurier se repose rarement sous son ombrage.
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— Justice suppose lois établies ; observation de la justice suppose équilibre de puissance entre les citoyens. Le maintien de cet équilibre est le chef-d'œuvre de la science de la législation.
— La justice est inconnue du sauvage isolé. Si l'homme policé en a quelque idée, c'est qu'il reconnaît des lois ; mais aime-t-il la justice pour elle-même? C'est à l'expérience à nous en instruire.
Quel amour l'homme a-t-il pour la justice? Pour le savoir, qu'on élève un citoyen au-dessus de tout espoir et de toute crainte : qu'on le place sur un trône d'Orient.
Assis sur ce trône, il peut lever d'immenses taxes sur ses peuples. Que va-t-il faire? Toute taxe a les besoins de l'état pour objet et pour mesure. Tout impôt perçu au delà de ses besoins est un vol, une injustice, point de vérité plus avouée. Cependant, malgré le prétendu amour de l'homme pour l'équité, point de despote asiatique qui ne commette cette injustice et ne la commette sans remords. Que conclure? Que l'amour de l'homme pour la justice est fondé ou sur la crainte des maux compagnons de l'iniquité, ou sur l'espoir des biens compagnons de l'estime, de la considération et enfin du pouvoir attaché à la pratique de la justice.
La nécessité où l'on est, pour former des hommes vertueux, de punir, de récompenser, d'instituer des lois sages, d'établir une excellente forme de gouvernement, sont autant de preuves évidentes de cette vérité.
Qu'on applique aux peuples ce que je dis de l'homme. Deux peuples sont voisins ; ils sont, à certains égards, dans une dépendance réciproque : ils sont, en conséquence, forcés de faire entre eux des conventions, et de créer un droit des gens. Le respectent-ils? Oui ; tant qu'ils se craignent réciproquement ; tant qu'une certaine balance de pouvoir subsiste entre eux. Cette balance est-elle rompue ? La nation la plus puissante viole sans pudeur ces conven-
tions. Elle devient injuste, parce qu'elle peut l'être impunément. Le respect tant vanté des hommes pour la justice n'est jamais en eux qu'un respect pour la force.
Cependant point de peuple qui, dans la guerre, ne réclame la justice en sa faveur. Mais dans quel moment, dans quelle position? Lorsque ce peuple est entouré de nations puissantes, qui peuvent prendre partà ses querelles. Quel est alors l'objet de sa réclamation ? De montrer dans son ennemi un voisin injuste, ambitieux, redoutable; d'exciter contre lui la jalousie des autres peuples, de s'en faire des alliés, et de se fortifier de leurs forces. L'objet d'une nation dans tant d'appels à la justice, c'est d'accroître sa puissance, et d'assurer sa supériorité sur une nation rivale. L'amour prétendu des peuples pour la justice n'est donc en eux qu'un amour réel du pouvoir.
— Pour savoir le cas réel qu'on fait de la vertu, supposons-la reléguée près d'un prince dont elle ne puisse attendre ni grâce, ni faveur. Quel respect à sa cour aura-t-on pour la vertu? Aucun. On n'y peut estimer que la bassesse, l'intrigue et la cruauté dégrisées sous les noms de décence, de sagesse, et de fermeté. Un visir y donne-t-il audience ? Les Grands, prosternés à ses pieds, daigneront à peine jeter un regard sur le mérite. Mais, dira-t-on, l'hommage de ces courtisans est forcé ; c'est un effet de leur crainte : soit. L'on rend donc plus à la crainte qu'à la vertu. Ces courtisans, ajoutera-t-on, méprisent l'idole qu'ils encensent. Il n'en est rien. On hait le puissant, on ne le méprise point. Ce n'est pas la colère du géant, c'est celle du pigmée qu'on dédaigne. Son impuissance le rend ridicule. Quelque chose qu'on dise, l'on ne méprise point réellement ce qu'on n'ose mépriser en face. Le mépris secret prouve faiblesse, et celui dont on se targue en pareil cas n'est que la vanterie d'une haine impuissante. L'homme en place est le géant moral ; il est toujours honoré. L'hommage rendu à la vertu est passager; celui qu'on rend à la force est éternel. Dans les
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forêts, c'est le lion et non le cerf qu'on respecte. La force est tout sur terre. La vertu sans crédit s'y éteint. Si, dans les siècles d'oppression, elle a quelquefois jeté le plus grand éclat ; si lorsque Thèbes et Rome gémissaient sous la tyrannie, l'intrépide Pélopidas, le vertueux Brutus naissent et s'arment, c'est que le sceptre était encore incertain dans les mains du tyran ; c'est que la vertu pouvait encore ouvrir un chemin à la grandeur et la puissance. N'y frayet-elle plus de route ? Le tyran s'est-il, à la faveur du luxe et de la mollesse, affermi sur le trône ? i^t-il plié le peuple à la servitude ? Il ne naît plus alors de ces vertus sublimes qui, par le bienfait de l'exemple, pourraient être encore si utiles à l'univers. Le germe de l'héroïsme est étouffé.
Les rois eux-mêmes honorèrent l'injustice dans la personne de Cromwell. Ce Cromwell, instrument aveugle et criminel de la liberté future de son pays, n'était qu'un brigand injuste et redoutable. Cependant à peine est-il nommé protecteur que tous les princes chrétiens courtisent son amitié, tous s'efforcent, par leurs députations et leurs ambassadeurs, de légitimer, autant qu'il est en eux, les crimes de l'usurpateur. Personne alors ne s'indigna de la bassesse avec laquelle on recherchait cette alliance. L'injustice n'est donc jamais méprisée que dans le faible. Or, si le principe moteur des monarques et des nations entières l'est des individus qui les composent, on peut donc assurer qu'uniquement occupé d'accroître sa considération l'homme n'aime dans la justice que la puissance et la félicité qu'elle lui procure .
— Ma raison, qui juge la vertu des morts, me contraint d'estimer dans la spéculation les héros qui se sont rendus utiles à leur patrie. Le tableau de l'héroïsme ancien produit un respect involontaire dans toute âme qui n'est point encore entièrement dégradée. Mais dans mon concitoyen cet héroïsme m'est odieux. J'éprouve en sa présence deux sentiments contradictoires, l'un d'estime, l'autre d'envie.
Soumis à ces deux impulsions différentes, je hais le héros vivant; je dresse un trophée sur sa tombe, et satisfais ainsi mon orgueil et ma raison. Lorsque la vertu est sans crédit, son impuissance me met en droit de la mépriser, et j'en 'profite. La faiblesse attire l'insulte et le dédain.
Pour être honoré de son vivant, il faut être fort. Aussi le pouvoir est-il l'unique objet du désir des hommes. Qu'ils • dent à choisir entre les forces d'Encelade et les vertus l'Aristide; c'est au don de la force qu'ils accorderont la préférence. De l'aveu de tous les critiques, le caractère l'Enée est plus juste et plus vertueux que celui d'Achille. Pourquoi donc celui du dernier excite-t-il plus d'admiraj;ion ? C'est qu'Achille est fort ; c'est qu'on désire encore dIus d'être puissant que juste, et qu'on admire toujours ;e qu'on voudrait être.
— Si la vertu était en nous l'effet ou d'une organisation )articulière, ou d'une grâce de la divinité, il n'y aurait l'honnêtes que les hommes organisés par la nature, ou prédestinés par le ciel pour être vertueux. Les lois bonnes Km mauvaises, la forme plus ou moins parfaite des gouvernements n'auraient que peu d'influence sur les vertus |les peuples. Les souverains seraient dans l'impuissance de 'ormer de bons citoyens; et l'emploi sublime de législateur ferait, pour ainsi dire, sans fonctions. Qu'on regarde, au contraire, la vertu comme l'effet d'un désir commun à tous, tel est le désir de commander) le législateur pouvant touours attacher estime, richesse, enfin puissance, sous quelque dénomination que ce soit, à la pratique des vertus, il leut toujours y nécessiter les hommes. Dans une excellente égislation, les seuls vicieux seraient les fous. C'est donc jj oujours à l'absurdité plus ou moins grande des lois qu'il l'aut en tout pays attribuer la plus ou moins grande stupilité ou méchanceté des citoyens.
; — Que la presse cesse d'être libre, l'homme en place, kpon averti de ses fautes, en commettra sans cesse de
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nouvelles. Il fera presque toutes les sottises que l'écrivai.j eût dites. Or, il importe peu à une nation qu'un auteu'j dise des sottises; c'est tant pis pour lui : mais il lui import beaucoup que le ministre n'en fasse point ; c'est tant pi! pour elle.
La liberté de la presse n'a rien de contraire à l'intérâ général : cette liberté est dans un peuple l'aliment dj l'émulation. Quels hommes doivent l'entretenir? Les genj; en place. Qu'ils veillent d'autant plus soigneusement à s conservation, qu'une fois éteinte, il est presque impossiblj de la rallumer. Un peuple déjà policé tombe-t-il dans l'abrij tissement, quel remède à ce mal ? la conquête : elle seulh peut redonner de nouvelles mœurs à ce peuple, et le rendi encore célèbre et puissant. C'est le vœu d'un citoyen hor( nête ; d'un homme qui s'intéresse à la gloire de sa natior qui se croit grand de sa grandeur, et heureux de son bor heur. Le vœu du despote n'est pas le même, parce qu'il m se confond point avec les esclaves; parce qu'indifférent 1 leur gloire comme à leur bonheur, il n'est touché que d|» leur servile obéissance.
— Nous éclaire-t-on ? on nous humilie ; porte-t-on 1 lumière au nid des petits hiboux ? son éclat les importune! ils crient. Les hommes médiocres sont ces petits hibou?! Qu'on leur présente quelques idées claires et lumineuse! ils crieront qu'elles sont dangereuses, fausses et puniJ sables (i).
Les idées fortes et grandes sont presque partout proJ crites.; les auteurs qu'on lit sont ceux qui rendent d'urJ manière neuve et saillante les idées communes ; ils soi* loués, parce qu'ils ne contredisent personne; la contraditl tion, insupportable à tous, l'est surtout aux grands. 0| connaît la fureur de Charles-Quint contre les Luthériens! cependant, lorsqu'après avoir abdiqué l'Empire il vival
(i) Pour n'offenser personne il ne faut avoir que les idées de tout |J monde. L'on est alors sans génie et sans ennemi.
dans la retraite : « J'ai, disait-il alors, trente montres sur a ma table, et pas deux qui marquent au même instant « précisément la même heure. Gomment donc imaginer « qu'en fait de religion je ferais penser tous les hommes de « la même manière. Quels étaient ma folie et mon orgueil ! » Que Charles-Quint n'a-t-il fait plus tôt cette réflexion! Que de semences de guerre il eût étouffées! Que de sang- humain il eût épargné?
Ce n'est point assez de régler sur un peuple, de comjmander aux idées de ses concitoyens ; on veut encore comjmander à leurs goûts. M.Rousseau n'aime point la musique française; son sentiment est d'accord avec celui de toutes [les nations de l'Europe ; il le déclare dans un ouvrage ; Imille voix s'élèvent contre lui ; il faut le faire pourrir dans [un cachot : on sollicite une lettre de cachet; et le ministre, peureusement trop sage pour l'accorder, ne veut point îxposer la nation française à ce ridicule.
— L'intolérance religieuse est la plus dangereuse; l'amour lu pouvoir en est le motif, et la religion le prétexte. Que punit-on dans l'hérétique ou l'impie ? l'homme assez audacieux pour penser d'après lui, pour croire plus à sa raison ju'à celle des prêtres, et pour se déclarer leur égal. Ce prétendu vengeur du ciel ne l'est jamais que de son orgueil jiumilié.
I — En anathématisant le Kalender ou le Derviche, le 'tfoine ignore-t-il qu'aux yeux de ce Derviche le vrai scélérat est ce Chrétien, ce Pape, ce Moine qui ne croit >as à Mahomet ? Faut-il qu'éternellement condamnée à la I tupidité chaque secte approuve en elle ce qu'elle déteste Ilans les autres ?
Qu'on se rappelle quelquefois la parabole ingénieuse ♦ 'un peintre célèbre. Transporté, dit-il, en rêve aux portes lu paradis, le premier objet qui frappe mes yeux est un ieillard vénérable : à ses clefs, à sa tête chauve, à sa Imgue barbe, je reconnais saint Pierre. L'apôtre se tient
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débout sur le seuil des portes célestes. Une foule de ge s'avancent vers lui ; le premier qui se présente est papiste : J'ai, lui dit-il, toute ma vie été dévot, et cepe dant assez honnête homme. — Entre donc, répond le Sain et place-toi au banc des catholiques. Vient après un réformé il lui présente la même requête ; il en reçoit la même r ponse ; Place-toi, dit le Saint, parmi les réformés. Arrive ensuite des marchands de Smyrne, de Bagdad, de Bassor etc. Ils étaient Musulmans, avaient toujours été vertueu etc., etc. Pierre leur fit prendre place parmi les Musulma Enfin, vient un incrédule. Quel est ta secte? deman l'Apôtre.
— D'aucune, Monseigneur ; j'ai cependant toujours un honnête homme. — Tu peux entrer; mais où te mettr choisis toi-même : assieds-toi près de ceux qui te paraisse les plus raisonnables.
Plût au ciel qu'éclairé par cette parabole on ne préten plus commander aux opinions des autres ! Dieu veut q la vérité soit la récompense de l'examen. Les prières 1 plus efficaces pour en obtenir la connaissance sont, di on, l'étude et l'application. 0 Moines stupides ! avez-vo jamais fait cette prière ?
Qu'est-ce que vérité ? Vous l'ignorez, et vous persécu' celui qui, dites-vous, ne la connaît pas, et vous avez ca nisé les dragonades des Cévennes ; et vous avez élevé à dignité de Saint un Dominique, un barbare qui fonda tribunal de l'inquisition, et massacra les Albigeois; sous Charles IX, vous faisiez aux Catholiques un devoir meurtre des réformés ; et dans ce siècle enfin si éclairé, est des monstres qui traitent la tolérance de crime et d'i différence pour la religion, et qui voudraient revoir en ce jour de sang et de massacre, ce jour affreux de Sa' Barthélémy, où l'orgueil sacerdotal se promenait dans rues, commandant la mort des Français. Tel le Sul suivi du bourreau, parcourt les rues de Gonstantino
demandant le sang- du Chrétien qui porte la culotte rouge. «jiMus barbares que ce Sultan, c'est vous qui distribuez aux ■fchrétiens des glaives pour s'entr'égorger. H — La doctrine, la conduite du prêtre, tout prouve son ^jiniourpourle pouvoir; que protège-t-il? l'ignorance; l'ignorant est crédule ; il fait peu d'usage de sa raison, pense :f- l'après les autres , est facile à tromper, et dupe du plus ^Çrossier sophisme.
n Qu'est-ce que le prêtre persécute ? la science : le savant îe croit pas sans examen, veut voir par ses yeux, est plus M lifficile a tromper. En Europe, les prêtres se sont élevés ^ :ontre Galilée; ils ont excommunié dans Virgile et Scheiner j es découvertes que l'un avait fait des antipodes, et l'autre A les taches dans le soleil, ils ont proscrit dansBayle la saine fl clique, dans Descartes l'unique méthode d'apprendre, ils a ot forcé ce philosophe à s'expatrier, ils ont jadis accusé dus les grands hommes de magie , et maintenant que la ifl lagie a passé de mode, ils accusent encore d'athéisme et ? e matérialisme ceux qu'en qualité de sorciers ils eussent 1< idis fait brûler.
fi Le soin du prêtre fut toujours d'éloigner la vérité du isgard des hommes. Toute lecture instructive leur est interlite, le prêtre s'enferme avec eux dans une chambre obs- 4flre, et ne s'y occupe qu'à boucher les crevasses par les- ^fuelles la lumière pourrait entrer; il hait et haïra toujours *Iî philosophe, il craindra toujours que des hommes éclairés île renversent un empire fondé sur l'erreur et l'aveuglement.