I. ANATOMIE
J. 85. Par le terme d'anatomie ou de dissection on entend l'art de séparer les organes dont un
corps est composé. L'anatomie est appelée animale ou végétale , suivant que le sujet est pris du règne animal ou du règne végétal ; et on divise encore la première en anatomie humaine, et anatomie comparée. Quand on parle simplement danatomie , on suppose que Ton s'est servi de cadavres humains, et on ajoute le ternie de comparée, quand on a fait l'anatomie des animaux, parce que la structure humaine est le type auquel on compare la structure des animaux.
Quoique le médecin s'occupe spécialement de l'anatomie humaine, il a souvent recours à la dissection des animaux, et même à celle des plantes, lorsqu'il s'agit d'un objet que l'examen du cadavre n'éclaircit pas suffisamment
L'instruction anatomique des élèves en médecine et en chirurgie a pour but d'exposer la structure externe et interne du corps humain , au lieu que les artistes, les peintres et les statuaires n'étudient que sa configuration extérieure , ses élévations et ses enfoncemens, et l'influence des passions sur ses traits et ses linéamens. Voilà pourquoi on établit des écoles danatomie particulières à l'usage des artistes.
J. 86. Puisque nous lisons dans des auteurs d'une grande réputation, que l'anatbmie subtile est plutôt un objet de curiosité qu'une connoissance utile au médecin et au chirurgien, nous dirons
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ici notre opinion à cet égard. Certes il faut éviter de se perdre dans des minuties , et le traitement de beaucoup de maladies n'exige pas des connoissances anatomiques recherchées. Mais il n'en est pas moins vrai que le médecin et le chirurgien ne se tirent des cas difficiles qu'au moyen des combinaisons prises de l'anatomie e'tudie'e dans ses plus grands détails. Personne ne disconviendra d'ailleurs qu'un enseignement aussi complet que possible est toujours le plus avantageux pour l'élève.
87. On croit communément la description de la structure humaine sèche , et intéressante seulement quand on explique de suite les usages des parties ; et , par cette raison, on ne veut pas séparer la physiologie de l'anatomie. Cependant la démonstration des vaisseaux, des organes des sens, l'aspect du squelette, etc., très -curieux en euxmêmes, fournissent déjà un entretien agréable à l'esprit; et avec quelque peu de talens on donne de l'intérêt à des objets stériles d'ailleurs. L'histoire naturelle, étudiée avec le plus grand empressement dans le temps pVésent, est spécialement la science de la contemplation des objets.
Indépendamment de cela , la séparation de l'anatomie et de la physiologie est commandée par des raisons majeures. Chacune des, deux sciences repose sur des principes particuliers à établir dès le
commencement, et auxquels il faut avoir égard en exposant les détails, qui ne sont pas traites à fond quand ils sont confondus. Un cours danatomie x physiologique est donc toujours incomplet, parce qu'on néglige des détails physiologiques , et qu'on glisse, d'un autre côté, sur certains objets d'anatomie.
j. 88. L'instruction anatomique est composée du cours public, et des dissections particulières.
En assistant à un cours public , l'élève studieux met par écrit le discours du professeur. Il seroit singulièrement facilité dans son application , si l'art tacbygraphique , qui consiste à écrire toute une langue en abréviation , et qui est très- répandu en Angleterre , l'étoit de même en France. Toute* fois faut -il , dans les cours où l'on démontre des objets matériels , tels que l'anatomie , la chimie, la matière médicale , etc. , se borner souvent à faire, sur les principaux points du discours, des notes, qu'on rédige ensuite. x
L'élève, pénétré de la nécessité d'écrire le discours du professeur, ou de faire des notes , ne néglige jamais de faire la répétition de la leçon. Il se fera un manuscrit de ce qu'il aura recueilli, et il lira un auteur imprimé, au moyen duquel il suppléera les points qu'il n'aura pas saisis avec une clarté suffisante. ,
§. 89. Il est en outre indispensable de disséquer soi-même , quand on veut bien apprendre l'anato-
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itiie. Que le chirurgien n'opère pas bien, quand sa main n'est pas exercée par les dissections anatomiques, c'est trop évident pour s'y arrêter; et, avec quelque attention , on remarque , dans la pratique médicale et dans les ouvrages imprimes, les erreurs des me'decins qui n'ont pas suivi ces exercices pendant leur scolarité'.
Or , pour bien disséquer , il faut procéder avec méthode et avec prudence.
On agit méthodiquement , quand on a déjà assisté à la démonstration des organes auxquels On veut mettre la main , quand on s'y prépare chaque fois par la lecture, et quand on consulte pendant son travail un ouvrage qui enseigne la manière de disséquer. : . .
Les règles de prudence consistent dans la plus grande propreté possible. On évite le danger attaché au maniement des objets cadavériques plus ou moins putrides, en usant des précautions suivantes : porter un habit destiné à ces usages; ne pas se servir des doigts, quand on peut opérer avec la pincette, et se laver chaque fois qu'on a été obligé de manipuler; éviter l'épanchemenl du sang et d'autres fluides , et se garder par cette raison de blesser leurs réservoirs , et si la dissection exige de les ouvrir, essuyer de suite le fluide; soigner exactement la préparation à laquelle on travaille plusieurs jours, et souvent plus d'une semaine; et, à cet effet, ménager la peau,
pour en recouvrir la dissection , après avoir replacé, en quittant, les parties, autant qu'il est possible, dans leur situation naturelle.