‹ De l'esprit des étiquettes de l'ancienne cour et des usages du monde de ce tempsChapitre 1 sur 6 · VINGT EXEMPLAIRES SUR PAPIER DU JAPON NUMÉ&OTÉS DE UN A VINGT · texte numérisé non relu

VINGT EXEMPLAIRES SUR PAPIER DU JAPON NUMÉ&OTÉS DE UN A VINGT

TRENTE EXEMPLAIRES SUR PAPIER TEINTÉ DE HOLLANDE NUMÉROTÉS DE VINGT-UN A CINQUANTE

Exemplaire N** XXXII

Des Étiquettes

DE

Par M»ne DE GENLIS

Publié par Éoouaxd Q.UESNET ArchivisU d'illt'et- Vilaine , OQicier de l'Instruction publique.

HTME CAILLIHRE, LIBRAIRE-HDITEUK 2, Place du Palais, 2

Introduction.

H M"" dt Genlis' est un des noms les plus cités, les plus familiers à l'oreille, et l'un de ceux qui 'laissent l'idée la moins nette dans l'esprit des générations nouvelles, i> Cette pensée , par laquelle Sainte- Beuve commençait, en iSSo, l'article d'appréciation qu'il consacrait à cette femme célèbre est toujours vraie; elle le devient même chaque jour davantage , à mesure

VI INTRODUCTION

que le temps efface les souvenirs que M*"' de Genlis avait laissés dans la mémoire de ses contemporains.

Pourtant, comme le dit l'éminent critique, il n'est pas de nom plus souvent cité et, pour tout dire, son nom est aussi connu que ses œuvres le sont peu. Ce n'est pas que celles-ci soient de mince importance; c'est au contraire qu'elles sont trop considérables et trop nombreuses. Les écrits de M*"* de Genlis forment plus de cent volumes, et pour les lire en entier ^ il faudrait aujourd'hui un véritable courage.

Nous n'avons pas l'intention d'ajouter un volume de plus à ces volumes oubliés, nous voulons seulement, dans un format léger, commode, agréable, offrir au public une sorte de spécimen et comme une réduction de ces ouvrages qu'on ne lit plus.

Le livre que nous publions est composé de lettres ou chapitres destinés par M*"' de Genlis à une princesse dont nous parlerons

INTRODUCTION. vn

tout à Vheure. Ces lettres forment un manuscrit de dix cahiers de papier à lettre, petit in-^^y dorés sur tranche. Elles sont écrites de cette écriture fine et serrée dont on trouvera plus loin un curieux spécimen.

Ce manuscrit appartenait à une personne qui s'était trouvée en relations avec la fille de la princesse dont nous parlons et à qui celle-ci l'avait offert. Il a été donné depuis aux archives départementales d'Illeet- Vilaine, dont il fait partie aujourd'hui. Son authenticité n'est donc pas douteuse.

Au mérite de l'inédit, ce petit livre nous a paru en joindre un autre, celui de présenter dans un cadre restreint, un aperçu très exact des qualités littéraires, du genre et de l'esprit de M*^ de Genlis.

Le sujet est léger, mondain : il s'agit de l'étiquette, de la mode, des usages du monde, des relations de société. Ce n'est point un traité didactique, ni un code de

INTRODUCTION

la civilité plus puérile encore qu'honnête.

Ce sont des souvenirs, des indications, des enseignements mêlés d'anecdotes piquantes sur les mœurs et la manière de vivre de l'ancienne société.

Le style convient au sujet, il a de la grâce, de l'élégance y une remarquable facilité. Ces pages se lisent aisément, on y jette d'abord un coup d'œil un peu distrait, et y sans y penser^ l'on arrive à la fin. Ecrites par une femme et pour une femme, elles sont faites pour plaire atix femmes; elles ont l'attrait et le charme de la conversation, et nous nous figurons que plus d'une lectrice qui aura ouvert ce gentil volume par désœuvrement, en poursuivra la lecture avec intérêt et le fermera avec regret.

M""' de Genlis professe toujours un peu, il est vrai, mais c'était là sa vocation, sa passion; c'était dans sa nature, elle était née pour enseigner cotnme l'ois$au pour

INTRODUCTION

voler; le gêût d'enseigner ne doit point être considéré che^ elle comme une bi^ar^ rerie d'esprit , c'était bien le fond et la direction de sa nature.

D'ailleurs, hâtons-nous de l'ajouter, dans cet écrit, nulle trace de pédanterie, de raideur, de déclamation ou de rhétorique; elle sait entremêler ses enseignements de souvenirs y de traits, par/ois même un peu légers, et, comme le dit encore Sainte- Beuve : « elle est le plus gracieux et le plus

gaiant des pédagogues. »

Du reste, si elle en avait besoin, elle ' aurait une autre excuse : c'est certain nement sur une demande formelle, sur une imitation expresse qu'elle écrivit ces pages.

Elles étaient adressées à la princesse Eli$a Bonaparte, grande duchesse de Toscane, qui avait épousé le prince Bacciochi.

Suivant une coutume trop habituelle aux fempi^, ces lettres ne sont point datées.

INTRODUCTION

mats deux incidents auxquels l'auteur fait allusion, au commencement et à la Jîn, peuvent servir à déterminer d'une façon précise l'époque oii elles furent écrites.

Le premier est le mariage de M. Gui^ot avec M"' de Meulan qui eut lieu en 1812; ' le second est l'exposition , sur un lit de parade, du corps de Delille qui mourut le i^ mai 18 13, Cest donc entre ces deux dates extrêmes qu'il faut placer celle de ce manuscrit.

D'une famille noble de Bourgogne, Félicité Ducrest de Saint -Aubin montra de bonne heure une vive intelligence, une rare facilité d'esprit et une aptitude extraordinaire pour la musique. Sa mère, atteinte par des revers de fortune, l'amena très jeune à Paris et elle y accepta l'hospita^ lité du célèbre fermier général La Popelinière.

La jeune fille obtint bientôt un véritable succès dans les salons par sa charmante

INTRODUCTION, xi

physionomie, sa conversation spirituelle et ses talents de musicienne. Elle Jouait surtout de la harpe d'une façon merveilleuse.

C'est alors que le comte de Genlis, colonel de grenadiers, devint amoureux d'elle et l'épousa malgré la volonté de sa famille, La jeune comtesse sut bientôt par son adroite habileté et son amabilité charmante faire tomber les préventions et gagner les bonnes grâces des parents de son mari. Celui-ci, qui devait plus tard adopter les idées de la Révolution , suivit le parti des Girondins, et, sous le nom de Sillery, mourut avec eux sur l'écha^ faud,

M"^ de Genlis qui s'était mariée à sei^e ans (en 2^62) avait déjà à ce moment commencé à écrire. Elle ft paraître vers cette époque plusieurs traités d'éducation et de morale.

Introduite dans la petite Cour du Palais- Royal par M"^ de Montesson , sa tante.

XII INTRODUCTION

qui avait épousé morganatiquement le duc d'Orléans^ elle y fui bientôt distinguée par le duc de Chartres^ fils du duc d'Orléans, qui lui témoigna une estime et une considération particulières. Il la ^t présenter à la duchesse de Chartres et bientôt lui confia V éducation de ses enfant s. y dont l'un, qu'on appelait alors M, de Valois, devint plus tard roi de France^ sous le nom de Louis-Philippe. M"^ de Genlis qtét ne mourut qu'en i83o, à l'âge de 84 ans, vécut asseï pour voir son ancien élève monter sur le trône. Elle donna aux jeunes princes et princesses une éducation forte et variée, habilement combinée pour développer leurs facultés intellectuelles et leur vigueur physique.

A la Révolution M"^ de Genlis accueillit d'abord avec enthousiasme les premiers succès des réformateurs ; mais devant les excès et les violences qui suivirent , elle se crut obligée d'émigrer.

INTRODUCTION. xni

Elle passa plusieurs années en Allemagne et en Suisse. Après le i8 brumaire elle adressa au Premier Consul, avec de magnifiques éloges, -une demande de radiation de la liste des émigrés qui lui fut aussitôt accordée.

Rentrée en France, elle accabla Napoléon d'adulations et de flatteries qui font peu d'honneur y il faut le dire, à la dignité du caractère de l'ancienne gouvei^nante des princes d'Orléans; elles furent même jugées d'autant plus sévèrement qu'elles eurent pour elle un résultat plus fructueux.

L'empereur voulut utiliser la connaissance qu'avait M*"* de Genlis de l'étiquette et des anciens usages de la Cour de Versailles quand il songea à les rétablir dans son entourage. Il lui donna, en récompense de ses services, une pension de 6,000 francs et un logement à la Bibliothèque de l'Arsenal. Elle obtint une autre pension de

XIV INTRODUCTION

3,000 francs de la reine de Naples, femme de Joseph Bonaparie^'\

C'est ainsi que M*"* de Genlis fut amenée à composer le petit ouvrage qu'elle adressait, comme nous l'avons dit^ à la grande duchesse Elisa, sœur de Napoléon, soit directement, soit par l'entremise d'une de ses nièces qu'elle avait fait admettre à la suite de cette princesff.

Ce livre parle donc de l'étiquette, des préséances et des usages de la Cour et du monde.

On sait quelle place importante tenait V étiquette à la Cour de Louis XIV ; bien que sous Louis XVI ses règles se fussent un peu relâchées , elle n'en imposait pas moins une foule de prescriptions qu'il fallait connaître, sous peine de se rendre cou-

(i) (( La reine Julie, dit Napoléon dans le Mémorial de Sainte- Hélène, est la meilleure créature qui ait existé. » — Elle avait épousé en 1794, Joseph Bonaparte, lequel reçut en 2806, la couronne de Naples qu'il céda à Murât, en i8o8, pour prendre celle d'Espagne.

INTRODUCTION. xv

pable de ce qu'on appelle « tm manque d'usage ». Or, qu'y a-t-il de plus gt^ave pour un homme du monde, ou qui veut paraître tel^ qu'un manque d'usage ?

M*^ de Genlis nous fait pénétrer un instant dans cette société polie du dix-huitième siècle « dans ce monde exquis^ élégant , d'une simplicité qui était le dernier degré du bon goût et de la recherche jine^"^. »

L'étiquette française n'eut jamais, en effet , la rigueur puérile et compliquée de l'étiquette espagnole qui « renfermait le monarque comme une momie dans sa gaine et n'aboutissait qu'à l'ennui morne et au faste insensé ^^^ ». « Au contraire, l'esprit de l'étiquette française, dit avec raison M*"* de Genlis, paraît avoir toujours été de ménager avec un art infini et d'accorder les droits les plus étendus de la souveraineté

(i) Sainte-Beuve, iv, 99.

(2) Taine, I, 159.

XVI INTRODUCTION

avec la dignité de l'homme, accord délicat et difficile^ mais qui peut seul donner au trône la majesté et tout l'éclat qu'il peut avoir, »

Cependant Af"^ de Genlis exagère, sans doute, l'importance des usages d'étiquette quand elle dit que leur relâchement et leur décadence ont beaucoup contribué à la diminution du respect envers la royauté et par là secondé les tendances et hâté les progrès de la Révolution,

On remarquera les observations curieuses et fort justes de l'auteur sur le « bon ton » et la vraie distinction; sur la manière d'entrer dans un salon et de prendre congé avec grand fracas, en faisant une scène, comme elle le dit spirituellement ; sur la mauvaise habitude de faire ce qu'on appelle des compliments , « le vrai respect consistant à obéir »

Mais nous ne voulons pas déflorer le sujet, nous voulons seulement en faire près-

INTRODUCTION. xvn

sentir l'intérêt. Ce petit livre, nous le répétons encore, n'est point un traité, c'est une causerie familière et de bonne compagnie; or, il y a toujours plaisir à causer avec une femme d'esprit, et quand cette femme d'esprit est une grande dame aussi connue et aussi célèbre que M*^ 4^ Genlis, ce plaisir est doublé d'un profit.

Ed. Quesnet.

De l'esprit général de la Cour et de la société pendant les sept ou huit detnitres oonies du rigne de Louis XV (1).

A cette époque d'heureuses traditions conservaient encore à la Cour et i la ville une pol' "se pleine de charme et le goût des plaisirs et de l'esprit.

M"" de Pompadour, favorite du Roi , n'existait plus; on prétendait qu'elle avait un peu altéré le ton de la Cour, mais elle avait aimé les

(i) C«t écrit 1 ité rédigf inlérîeurement au Dicllmnairi Éliquillts, publM par M°" de Genlis en iSiS, et à la Mèmm imprimii eu 1S2;. Il n'est donc pas surprenaat que l'aut ait reprodnil dans ces deux ouvraRCi quelques passages de

arts et cultivé avec succès plusieurs talents. Elle y laissa ce goût, c'était un bienfait, et elle ne changea rien aux étiquettes.

La musique et les fêtes étaient à la mode, on en donnait sans cesse de charmantes, surtout à la campagne, chez les princes du sang.

Tous les princes alors s'attachaient un auteur, bel esprit, qui faisait partie de leur maison. Collé ^'^ fut celui du vieux duc d'Orléans ; Laujon ^^\ celui de M. le prince de Condé; et Pont-de-Veyle , de M. le prince de Conti.

A l'exception de Pont-de-Veyle, tous avaient des places subalternes de secrétaires des commandements ou de lecteurs. Ces places excluaient de la table des princesses. Elles donnaient un logement dans le palais à Paris, et le droit d*e suivre les princes à la campagne. Là, ces Messieurs avaient une table à part, avec les maîtres d'hôtel ordinaires, fort différents du premier maître d'hôtel, et les écuyers.

Ces beaux esprits venaient dans le salon, à

(i) Collé, chansonnier, né en 1709, mort en 1783. (2) Laujon , chansonnier et auteur dramatique , fut reçu à l'Académie française en 1807 ; né en 1727, il vécut jusqu'en 181 1.

la campagne, communément après dîner, à l'heure où l'on prenait des glaces ; ils en prenaient aussi. On les accueillait parfaitement, on aimait à causer avec eux, ils ne restaient guère dans le salon que trois quarts d'heure; quelquefois ils revenaient le soir dans la salle de billard, pour voir jouer au billard, mais toujours debout, comme lorsqu'ils prenaient des glaces. On ne les apercevait jamais dans le salon des princesses à Paris. Dans les fêtes, ils faisaient des couplets et étaient fort consultés. Pont-de-Veyle ^^\ bel esprit de M. le prince de Conti, était fort bien né, sans cependant pouvoir faire les preuves nécessaires pour être présenté. Auteur de la comédie du Somnambule et de la jolie pièce intitulée le Complaisant, faite avec sa tante M"*^ de Tencîn, il était alors fort vieux et fort aimable, il avait beaucoup d'esprit, une grande douceur, d'excellentes manières et une mémoire étonnante dont il n'abusait jamais, n'ayant nulle envie de briller, ni de dominer dans la conversation, même

(i) Antoine de Ferriol , comte de Pont-de-Veyle , fut lecteur du Roi et intendant général des classes de la marine ; né en 1697, il mourut en 1774.

avec ses égaux, qui, quels qu'ils fussent, lui étaient presque toujours inférieurs en mérite. M. le prince de Conti, le père de celui qui existe peut-être encore, Tainiait véritablement. Il lui faisait une pension et ne lui avait donné ni place, ni titre, c'était son ami et il était traité dans la société comme tel-. Il passait tous les étés à l'Isle-Adam, tout l'hiver il était admis aux soupers du Temple et dans la plus grande intimité du prince, qui, à la campagne, faisait un singulier usage de ses talents. Tous les soirs, à souper, au dessert, M. le prince de Conti lui demandait des couplets impromptus en vers blancs, c'est-à-dire sans rimes, mais avec la mesure, pour deux ou trois jeunes personnes du souper. C'était une scène embarrassante et un vrai supplice que ces couplets pour celles qui, très jeunes et très timides, en étaient les objets, et toutes successivement y passaient à leur tour et plusieurs fois dans le cours de l'été, mais les couplets étaient si charmants que nous ne pouvions les croire impromptus ; on croyait généralement qu'ils étaient concertés le matin avec M. le prince de Conti.

L'esprit de la magnificence de ce temps avait quelque chose de solide et de bienfaisant. La magnificence égoïste ou de pure ostentation paraissait être de mauvais goût; par exemple, tous les grands seigneurs et les princes du sang étaient de la plus modeste simplicité dans l'ameublement de leurs châteaux et de leurs maisons de plaisance. On ne voyait à Villers- Cotterets, à Chantilly, à l'Isle-Adam, que de vieux meubles gothiques, sans nulle recherche, et la même chose dans toutes les plus belles terres du royaume, Sillery, Louvois, Montmirail, etc., tandis que les financiers étalaient dans leurs maisons de campagne le faste le plus éclatant; mais les princes et les grands seigneurs avaient un luxe extrême dans toutes les choses qui peuvent procurer aux autres d'agréables jouissances, en chevaux, en voitures, en tables ouvertes, en logements donnés dans leurs palais, même à des personnes qui n'étaient point attachées à leurs maisons; en fêtes, en loges aux spectacles qu'ils prêtaient sans cesse à leurs amis ; enfin , en domestiques beaucoup plus nombreux qu'aujourd'hui.

Le luxe avait de la grandeur, parce qu'il

était aussi peu frivole qu il peut l'être et que , n'ayant rien de faux, les fortunes médiocres n'y pouvaient atteindre ; alors il était une distinction.

Les femmes, en achetant de belles pierreries , se promettaient de les laisser a leurs filles , cette idée ennoblissait et justifiait, en quelque sorte, ces grandes dépenses; c'était un fonds, une espèce de trésor domestique qui restait dans les familles et qui comptait dans les mariages. Le luxe, sous le règne suivant, prit un caractère imposteur et extravagant qui parut être à la portée de tout le monde, qui confondit tous les états, qui ne laissa rien de durable et qui, par le caprice de son inconstance, ruina toutes les familles.

Les ministres alors et tous les gens qui occupaient d'éminentes places étaient obligés de tenir un si grand état qu'il leur était bien difficile de s'enrichir; tous avaient une table ouverte à Paris , au moins trois fois la semaine , et à Versailles et à Fontainebleau tous les jours.

Les princes du sang, tous à Paris durant l'hiver, faisaient allumer à la porte extérieure de leurs hôtels d'énormes brasiers, entretenus

depuis six heures du soir jusqu'à une heure après minuit. Si ces feux étaient plus dispendieux qu'utiles, du moins c'était une- belle enseigne de magnificence et un signe éclatant d'hospitalité qui étonnait les étrangers, qui donnait à la ville un air de fête et qui servait à purifier l'air; on sait que rien ne le purifie comme le feu, aussi, a-t-on remarqué que depuis que cet usage a cessé il y a beaucoup plus de maladies à Paris.

Dans le chapitre suivant, qui sera beaucoup plus long, je parlerai de l'étiquette de la Cour, et toujours de l'esprit qui semblait l'avoir réglé.

Il n'y a nulle nouvelle littéraire, sinon que, d'après ma dernière critique, les auteurs de la Biographie (') ont mis un carton à l'indigne article de M. de Lauzun, refait l'article entiè-

(i) La Biographie dont parle ici M""* de Genlis est la Biographie universelle de Michaud. Elle avait d'abord accepté d'y publier divers articles, mais elle se brouilla ensuite avec plusieurs des auteurs qui y collaboraient, notamment avec Ginguené. Elle voua dès lors à cette œuvre une véritable aversion et elle l'attaqua avec une grande vivacité dans plusieurs publications où elle critiquait les articles de la Biographie.

rement, sur ma critique, et ôté toutes les calomnies. Je suis sensible à ce triomphe qui a peu 4'exemples ; cela vaut mieux que des compliments. Je m'applaudis d'avoir ainsi vengé et justifié la mémoire d'un homme intéressant que j'ai beaucoup aimé.

On assure dans le monde que M"* Victorine de Chastenay épouse M. le maréchal Kellermann qui a soixante-treize ans^*\ Je ne sais si j'ai parlé d'un autre mariage aussi bizarre qui divertira ma nièce, celui de M"* de Meulan, âgée de quarante-cinq ans, qui a épousé un M. Guizot, qui n'en a que vingt-quatre ^*\

M. de Millevoye vient de m'envoyer son poème de Charlemagm qui n'est en vente que d'aujourd'hui. Je viens de le parcourir, cela me paraît fort joli. J'y trouve beaucoup de vers très agréables, et, en général, de la grâce et de l'élégance. J'ai pensé que ce petit ouvrage pourrait amuser quelques instants Son Altesse Impériale. Je me mets à ses pieds pour la pataraphe d'encre que je viens de faire à ce

(i) Kellermann avait, en 1812, 77 ans. Il était né en 1735.

(2) M"' de Mculan, étant née le 2 novembre 1773, n'avait que 39 ans; M. Guizot, né en 1787, avait 25 ans.

papier, que je n'ose envoyer ainsi que parce que je serais infiniment plus longtemps à la recopier que je n'ai mis de temps à l'écrire ; ma peine ne serait rien, mais je ne veux pas retarder ce petit paquet.

Suite de U magnificence. — Étiquettes de U Cour.

JE dirai encore un mot de l'ancienne magnificence, ensuite je parlerai des étiquettes de la Cour.

Le caractère bienfaisant de la magnificence s'étendait à tout. On avait des loges surtout pour les prêter à. ses amis et aux étrangers. Les femmes qui avaient des diamaiits les prêtaient sans cesse à celles de leurs amies qui n'en avaient pas. Elles leur confiaient même leur ècrin pour aller à la campagne pour cinq ou six semaines. On était sans cesse parée des diamants des princesses. Madame Victoire pré- , tait continuellement et pendant des inois en-

tiers ses pierreries de couleur à M"** de Donnisan, la fille de sa dame d'honneur. Il m'est souvent arrivé, étant à Versailles, de porter ces pierreries, que M"* de Donnisan me prêtait pour aller faire ma cour à Madame Victoire, qui me voyait coiffée avec ses aigrettes de diamants, prêtées par une autre, et qui le trouvait tout simple. '

On prêtait aussi très souvent des calèches et des' chevaux pour aller à Longchamps. M""^ de Rouget, une veille de Longchamps, en fit demander une à M. de Valence, sachant qu'il en avait deux; il avait disposé de l'une et de l'autre, mais sur-le-champ il en fit acheter une très belle, uniquement pour la prêter trois heures à M"**' de Rouget. Cette galanterie parut fort aimable, mais elle n'étonna point. Cette grâce obligeante était encore dans les moeurs générales.

Des présentations à la Cour.

La présentation des hommes à la Cour consistait à chasser avec le Roi, par conséquentà monter dans ses carrosses, ainsi qu'à mon*

ter ses chevaux 'à la chasse, et à souper dans les petits appartements. Toute autre présentation ne constituait pas homme de la Cour.

Il parait singulier que la chassé fût choisie pour marque de cette dignité, mais ce n'était point la chasse, c'était de monter dans les carrosses, et comme les Rois» chassaient toutes les semaines à des jours marqués et qu'ils revenaient de la chasse en carrosse avec tous les seigneurs de leur suite , on avait 'fixé les présentations les jours de chasse pour cette raison. Les présentés ne montaient jamais que dans les carrosses de suite, ce qui donnait le droit de monter dans celui du Roi, du moins par le rang et la naissance ; mais le Roi n'appelait dans le sien que les favoris. Ce n'était point une distinction de naissance, c'était une faveur de choix. Quelques places cependant donnaient le droit positif d'y être admis.

On donnait, à sa présentation , dix louis au premier piqueur qui présentait le cheval pour chasser, et dix louis au cocher qui ramenait en -carrosse ; pour toutes les autres fois , on ne donnait rien. Toutes ces choses existaient semblables pour les carrosses de la Reine. J'ou-

blie de dire que les hommes, la veille et le jour de leur présentation, allaient faire des visites au premier gentilhomme de la Chan:J>re et au grand écuyer.

La présentation des femmes consistait, après les preuves faites et examinées par le généalogiste de la, Cour, ainsi que 'celles des hommes, à être présentées publiquement en cérémonie, en grand habit de CouTy par une femme déjà présentée.

Le Roi et la famille royale donnaient leur heure et leur jour, c'était toujours un dimanche.

Cette présentation, en grand habit, donnait le droit de qionter dans les carrosses du Roi et de la Reine et de souper dans les petits appartements.

La veille de la présentation, la présentée allait à Versailles avec celle qui devait la présenter faire des visites à tout ce qu'on appelait les honneurs ; c'étaient la dame d'honneur et la dame d'atours de la Reine et celles de Mesdames ^'^ et des princesses ses belles-sœurs; on y retournait encore le lendemain.

(i) Mesdames Adélaïde, Victoire et Louise, filles de Louis XV.

On avait pris des leçons de révérences pour la présentation, on avait un énorme panier, une queue qui pouvait se détacher, afin qu'on pût l'ôter quand on rentrait chez soi ; cette queue s'appelait bas de robe , elle était assez étroite et d'une longueur démesurée. Il fallait vingt ou vingt-deux aufies d'étoffe pour faire un grand habit, sans garniture.

La présentée faisait une révérence à la porte, ensuite quelques pas et une seconde révérence, et une troisième près de la Reine; alors elle ôtait le gant* de sa main droite, se penchait et saisissait le bas de jupe de la Reine pour le baiser. La Reine l'empêchait de le prendre en retirant sa jupe et se retirait un peu ellemême. L'hommage était rendu, on en restait là. La Reine disait quelques phrases obligeantes, ensuite elle faisait une révérence, ce qui signifiait .qu'il fallait se retirer, ce qu'on faisait à reculons, malgré la grande queue, qu'on poussait adroitement en faisant ses trois révérences d'adieu. Si la présentée était duchesse ou que, sans avoir ce titre, elle eût le tabouret (ce qui était souvent), elle ne faisait point l'humiUante* démonstration du baisement

i6 CHAPITRE DEUXIÈME.

de bas de robe, elle était saluée par la Reine et les princesses. On appelait saluer, à la Cour, en présentation, Thonneur de présenter sa joue droite à la Reine , qui y appliquait légèrement la sienne. Le Roi et ses frères accordaient indistinctement cet honneur à toutes les présentées, titrées, duchesses ou non."

Quand la présentée était duchesse ou titrée, elle était toujours présentée par une titra, La Reine la recevait- assise dans un fauteuil, et après l'avoir saluée debout, se remettait dans son fauteuil, et Ton présentait des tabourets à la présentée et à la présentante qui s'asseyaient. Qjaand la présentée retournait faire sa cour, elle pouvait alors y aller avec une femme non titrée.

Quand une duchesse ou celle qui avait le tabouret allait faire sa cour au dîner, l'huissier de la chambre lui présentait un tabouret, elle le prenait, à moins qu'elle ne fût avec une femme non titrée; dans ce dernier cas, elle repoussait le tabouret et restait debout au dîner, comme toutes les femmes qui n'avaient pas les honneurs, c'est-à-dire le tabouret. Ici, la politesse sociale l'emportait sur le respect

d'étiquette, puisque, par égard pour une parente ou une amie, on refusait un honneur offert pfU* les princes, et en leur présence, et ils le trouvaient bon. •

Cest ce qui m'est arrivé bien souvent quand M°* la duchesse maréchale d'Estrées me menait à la. Cour, et elle avait de toute manière le degré sur moi, par son âge, son rang et la parenté, elle était tante de mon mari. Aux dîners, elle n'acceptait jamais le tabouret quand j'étais avec elle. Cet usagé était universçl.

On ne portait le grand corps à la Cour que le jour de la présentation et de la première année, et aux fêtes de la Cour. D'ailleurs, on prenait la mantille, que portaient toujours les personnes qui n'étaient plus jeunes, même lorsqu'elles se faisaient présenter.

Le soir de la présentation, on allait au jeu de la Reine ou de Madame la Dauphine ; là , toutes les femmes présentées, sans distinction de titres, étaient assises sur des tabourets et pouvaient, si elles le voulaient, jouer à la grande table ronde de la Reine. Il ne fallait pour cela qu'arriver avant le jeu commencé,

i8 CHAPITRE DEUXIÈME,

et s'y mettre quand la Reine s'y mettait. Mesdames et les autres princesses faisaient dans le même salon d'autres parties particulières; on ne s'y présentait poiùt sans être nommée et appelée par elles.

Quand on ne voulait pas jouer, on n'arrivait que lorsque le jeu était commencé; alors, après avoir fait seulement une révérence à la porte , on allait prendre place sur un des tabourets qui formaient un cercle autour de la chambre, mais on y restait jusqu'après le jeu. Quand le jeu était fini, la Reine et tout le monde se levaient, la Reine faisait le tour du cercle, disait un mot à chacune, ensuite faisait une révérence et s'en allait; alors on sortait du salon.

Les hommes faisaient aussi leur cour au jeu.

Ceux qui ne jouaient pas restaient toujours debout, quel que fût leur rang, étiquette établie pour eux par la galanterie française.

On faisait le même jour toutes les présentations à toute la famille royale. On entendait par famille royale : le Roi, la Reine, leurs enfants, les filles du dernier Roi, les frères, sœurs, belles-sœurs, les petits-enfants, les

neveux et nièces du Roi. Toute cette famille logeait à demeure à Versailles.

Les cousins et cousines formaient les princes du sang et logeaient à demeure à Paris. On leur était présentée à Paris quelques jours après la présentation à Versailles. Dans les présentations à la famille royale on rassemblait, outre celles qui présentaient , plusieurs parentes. Le bon air était d'avoir au moins six ou sept femmes. Dans les présentations aux princes du sang on n'avait jamais que celles qui présentaient, mais les unes et les autres étaient en grand habit, comme à Versailles.

Les princes et les princesses saluaient les présentées, titrées ou non. On s'asseyait un quart d'heure, ensuite on s'en allait ; les dames d'honneur des princesses reconduisaient jusqu'à la porte du salon.

Voilà l'histoire complète des présentations.

Dans le troisième chapitre, j'y joindrai des réflexions, qui me paraissent neuves, sur l'esprit de ces formes de présentations, et ces réflexions serotit toutes à la gloire de l'urbanité

française.

Nouvelles.

Il y a dans Paris une grande tranquillité, un ordre parfait et point de nouvelles. Il ne paraît rien en littérature, car les insipides éloges de M°* GeofFrin ne méritent pas qu'on en fasse mention. Je ne sais sur la littérature qu'un petit trait plaisant que, pour cette «raison, je rapporterai quoiqu'il me soit personnel. M. de PommereuH'^, dont je n'ai pas gagné le cœur, a fait défendre à mon libraire de mettre mes notes sur La Bruyère au bas du texte (ce qui en ôte tout l'intérêt). Mon libraire désespéré s'est débattu, a demandé des raisons , on n'en a donné aucune , mais on m'a reléguée, sans pitié, à la fin du volume. Je crois que j'en suis flattée, c'est un genre de distinction. Au reste, j'ai remporté une petite victoire, dont je suis très fière. Dans ma dernière brochure contre la Bîographie^^\ je m'élevais avec force contre un article infâme sur le

(i) M. de Pommereul, né à Fougères en 1745, était général de division d'artillerie en 1796, collabora à divers grands recueils, ainsi qu'à V Encyclopédie méthodique, à la même époque que M"** de Genlis.

(2) Voir la note de la page 7.

malheureuic duc de Biron.'On m'a dit beaucoup d'injures, mais on a mis un carton à cet indigne article, c'est-à-dire on l'a supprimé dans l'ouvrage. On a refait entièrement cet article, duquel on a supprimé toutes les calomnies que je réfutais et ajouté tous les éloges que je donnais au duc de Biron. Ainsi j'ai vengé et justifié la mémoire d'un hoipme intéressant que j'ai beaucoup aimé. Cela vaut mieux pour moi que des louanges.

Réflexions aur les formes de prisenUtions. — Confusion fiute à dessein, depuis la Révolution, sur les présentations. — Des soupers dans les petits appartements. — Seul acte servile, « le bongeoir », et pourquoi.

ANaples et dans les autres cours étrangères les' Reines saluaient aussi les titrées et donnaient aux autres femmes leur main à baiser, et on la baisait. En France, la Majesté suprême, plus aère , mais plus délicate et plus généreuse , exigeait une démonstration d'une soumission entière et parfaite , mais eUe n'en abusait pas. C'était seulement une profession de foi qu'elle demandait; cela fait elle épargnait l'action qui devait surtout coûter. En dispensant de la faire

elle semblait dire : Je suis contente de vos sentiments, ils me suffisent : quand vous êtes disposée à m*accorder tout, je me charge de votre propre dignitéy comme d'un bien qui ajoute à la mienne. D est à remarquer que cet hommage d'une profonde soumission n'était prescrit qu'aux femmes et pour nos Reines. Les Rois semblaient vouloir les en dédommager, puisqu'ils saluaient indistinctement les titrées et les non titrées. Ainsi quand l'homme de la Cour voyait son maître traiter aussi paternellement et fraternellement son épouse et sa fille, l'acte de souniission pour la Reine ne pouvait lui coûter. Au contraire, dans les pays étrangers les souverains donnaient leur main à baiser aux femmes, non seulement à la présentation, mais tous les jours. C'est ce que j'ai 'vu faire

au roi de Naples, ^ce qui me parut bien étrange.

Comme la reine de France n'acceptait pas

i iiommage du baisement de bas de robe, les

nun^^é^^ conservaient une fierté que n'avait

autre C ^^^^^^' J^^^is Française, dans une

m^i^ ' ^^ ^*^^^ soumise au baisement de

"' parce qu'il était exigé et positif. Tous

nos ambassadeurs les avertissaient qu'elles ne le devaient pas. A Naples , le marquis de Clermont , notre ambassadeur, la veille de ma présentation à cette Cour, me dit qu'aussitôt que j'aurais fait mes trois révérences, il fallait tout de suite me reculer doucement deux pas en arrière, afin que la Reine ne me présentât pas sa main. Il ajouta que toutes nos Françaises se conduisaient ainsi, ce que je fis pour la Reine, ainsi que pour le Roi. Au reste, en particulier, c'est-à-dire hors de toute étiquette, quand nos Reines ou même les princesses du sang nous faisaient l'honneur de nous embrasser, nous ne manquions jamais de leur baiser la main, action fort simple; c'était un témoignage volontaire d'une respectueuse reconnaissance. Les jeunes femmes bien élevées faisaient la même chose pour les femmes âgées qui les embrassaient.

Certains émigrés, qui n'ont jamais été à la Cour, se sont plu à jeter une grande confusion sur les présentations en France, ils disaient dans les pays étrangers qu'ils avaient été présentés.

Le Roi recevait à certaines heures des

militaires venant prendre congé pour aller à leur garnison. Ce n'était point là ce qu'on appelait présentation. Il fallait comme je l'ai dit monter dans les carrosses.

Beaucoup de colonels, faute de naissance et de pouvoir faire les preuves de noblesse, n'ont jamais été des gens de la Cour. Le grade militaire n'y faisait rien, à l'exception de celui de maréchal de France, mais je ne sais que le seul maréchal Fabert qui ait été sans naissance.

Il y avait ausçi pour la Reine des présentations subalternes, celles qu'elle recevait à sa toilette, mais alors on lui était présentée en robe de chambre et non en grand habit, que les seules dames de la Cour avaient le droit de porter. La première femme de chambre faisait ces sortes de présentations.

Les femmes de la Reine et celles des princesses de la famille royale faisaient toujours leur

service en grand habit, mais elles ne pouvaient porter le bas de robe ou queue ; elles n'avaient que la mantille et la jupe sans queue ; elles ne pouvaient non plus, quelque jeunes qu'elles fussent, porter le grand corps.

L'esprit de l'étiquette française paraît avoir

toujours été de ménager avec un art infini et d'accorder les droits les plus étendus de la souveraineté avec la dignité de Thomme, accord délicat et difficile, mais qui peut seul donner au trône la majesté et tout l'éclat qu'il peut avoir.

Les rois d'Espagne ont mal entendu l'intérêt de leur propre dignité en se faisant servir à genoux par les -grands de leur Cour. Imposer aux courtisans la vile attitude des esclaves , c'est ôter tout le prix de leurs hommages. La véritable grandeur sait naturellement élever tout ce qui l'approche, c'est une création digne d'elle. Rabaisser, c'est détruire, c'est l'emploi le plus malheureux et le moins noble de la puissance.

Nos Rois admettaient à leur table, dans les petits appartements, les seigneurs de leur Cour; ils formaient une société intérieure, où le respect était payé par tous les égards et toutes les grâces les plus aimables.

Au milieu de tant d'honneurs, on avait imaginé' une étiquette qui seule, mais continuellement, rappelait l'énorme distance du souverain au sujet, c'était celle du bougeoir. Le

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Les femmes avaient la permission de ne point être en grand habit pour souper dans les petits apparten^ents. On y était en robe de chambre; mais très parées.

Le Roi, la Reine et les princesses nommaient les personnes qu'ils voulaient avoir auprès d'eux à table, le reste se plaçait au hasard. Ils nommaient de même pour leur partie de jeu.

Pour aller souper, le Roi passait d'abord, ensuite la Reine et les princesses, après quoi, les princes faisaient passer toutes les femmes avant eux et ne passaient qu'après.

De même, les princesses du sang, chez elles, passaient les premières et seules, ensuite les femmes, le prince ne passait qu'après elles.

Les hommes ne donnaient point la main aux femmes pour les conduire à table. On ne voyait nulle part le maître de la maison se précipiter vers la personne la plus considérable et l'entraîner dans la salle à manger. Cet usage n'avait lieu qu'en province.

L'esprit social du temps où j'ai vécu dans le monde n'était nullement de confondre dans la société les rangs et les personnes, mais de ne faire ces distinctions que par des nuances

(o . CHAPITRE TROISIÈME.

délicates et des moyens ingénieux, qui, par conséquent, n'eussent rien de tranchant et de choquant pour qui que ce fût, et c'est ce que j'espère prouver par la suite dans les chapitres

des usages de sociéti.

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