‹ De l'Esprit des loisChapitre 103 sur 935 · Ce supplice n’est point moderne · texte numérisé non relu

Ce supplice n’est point moderne

Hannon. le plus illustre et le plus riche citoyen de Carthage, eut les yeux crevés,' les bras, les cuisses et les Jambes brisés, pour avoir conspiré contre sa patrie. Un l'exposa, en cet état, sur un poteau, à la vue du peuple. Voyez Justin, liv. XXI, chnp. iii. (P.)

ü. On fendoit le ncx, ou coupoit les oreilles.

11 ne faut point mener Ifes hommes par les voies extrêmes ; on doit ménager des moyens que la nature noos donne pour les comlub-e. Qu’on examine la cause de tims les relâchements : ou verra qu’elle vient de l’impomté des crimes, et non pas de la modération des peiires.

Suivons la nature, qui a donné aux hommes la honte comme leur fléau ; et que la plus grande partie de la peine soit l’infaime de la soulFrir.

Que, s’il se trouve des i)ays où la honte ne soit pas une suite du supplice, cela vient de là tyrannie, qui a infligé les mêmes peines aux scélérats et aux gens de hieii.

Et si vous en voyez d’autres où les hommes ne sont retenus que par des supplices cruels, comptez encore que cela vient en grande partie de la violence du gouvernement, qui a employé ces supi»lices pour des fautes légères.

Souvent un législateur qui veut corriger un mal ne songe qii’à cette coi-rectiim, ses yeux sont ouverts sur cet objet, et fermés sur les inconvénients. Lorsque le mal est une fois corrigé, on ne voit plus que la dureté du législateur; mais il reste un vice dans l’Etat, que cette dureté a produit : les esprits sont corrompus, ils se sont accoutumés au despotisme.

Lvsandre' ayant remporté la victoire sur les Athéniens, on jugea les prisomiicrs ; on acciwa les Athéniens d’avoir précipité tous les captifs de deux galères, et résolu en pleine assemblée de couper le poing aux prisonniers qu’ils feroient. Ils furent tous égorgés, excepté Adymaute, qui s’étoit opposé à ce décret. Lysamirc reprocha à Philoclès, avant de le faire nioarir, qu’il avoit dépravé les esprits et fait des leçons de cruauté à toute la Grèce.

« Les Argrens, dit Plutarque *, ayant fait mourir quinze cent« « de leurs citoyens, les Athéniens firent apporter les sacritices U d’expiation afin qu’il plût aux dieux de détourner du cœur <c des Athéniens une si cruelle pensée, »

11 y a deux genres de corruption; l’un, lorsque le peuple n’oljservc point les lois; l’autre, lorsqu’il est corrompu par les lois : mal incurable, parce qu’il est dans le remède même.

1. Xénoplion, I/ist., IW. II. Athéniens firent porter autour do l’as-

2. OKuvros morales. De ceux qui ma- semblée les Ticlimes d’espiation. On sait

nieul tes affaires d'Etat. que eet usage avoit pour but de purifier

3. Montesquieu parolt suivre Amyot, l’assemblée. (Crév.) qui se trompe ici. Plutarque dit que les

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