‹ De l'Esprit des loisChapitre 104 sur 935 · CHAPITRE XTH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTH

Impuissance des lots japonoises*

Les peines outrées peuvent corrompre le despotisme môme. Jetons les yeux sur le Japon.

On y punit de mort presque tous les crimes', 'parce que la désobéissance à mi si grand empereur que celui du Japon est un crime énorme. 11 n’est pas question de corriger le coupable, mais de venger le prince. Ces idées sont tirées de la servitude, et viennent surtout de ce que, l’empereur étant propriétaire de tous les biens, presque tous les crimes se font directement contre ses intérêts.

On punit de mort les mensonges qui se font devant les magistrats * : chose contraire à la défense naturelle.

Ce qui n’a point l’apparence d’un crime, est là sévèrement puni : par exemple, un homme qui hasarde de l’argent au jeu est puni de mort.

Il est vrai que le caractère étonnant de ce peuple opiniâtre, capricieux, déterminé, bizarre, et qui brave tous les périls et tous les malheurs, semble, à la première vue, absoudre ses législateurs de l’atrocité de leurs lois. Mais des gens qui natnreilement méprisent la mort, et qui s’ouvrent le ventre pour la moindre fantaisie, sont-ils corrigés ou arrêtés par la vue continuelle des supplices? et ne s’y familiarisent-ils pas?

Les relations nous disent, au sujet de l'éducation des Japonois, qu’il faut traiter les enfants avec douceur, parce, qu’ils s’obstinent contre les peines; que les esclaves ne doivent point être trop rudement traités, parce qu’ils se mettent d’abord en défense. Par l'esprit qui doit régner dans le gouvernement domestique, n’auroit-on pas pu juger de celui qu’on devoit porter dans le gouvernement politique et civil?

Un législateur sage auroit cherché à ramener les esprits par un juste teini)érament des peines et des récompenses; jiar des maximes de philosophie, de morale et de religion, assorties à ces caractères; par la juste application des règles de l’honneur; par le supplice de la honte; par la jouissance d’un bonheur constant, et d’une douce tranquillité; et, s’il avoit craint que les esprits, accoutumés à n’être arrêtés que par une peine cruelle, ne pussent plus l’ètre par une plus douce, il auroit agi*

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