‹ De l'Esprit des loisChapitre 144 sur 935 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la corruption du principe de l’aristocratie.

L’aristocratie se corrompt lorsque le pouvoir des nobles devient arbitraire : il ne peut plus y avoir de vertu dans ceux qui gouvernent ni dans ceux qui sont gouvernés.

Quand les familles régnantes observent les lois, c’est une monarchie qui a plusieurs monarques, et qui est très-bonne par sa nature; presque tous ces monarques sont liés ptir les lois. Mais quand elles ne les observent pas, c’est un État despotique qui a plusieurs desitotes.

Dans ce cas, la républiqmt ne subsiste qu’à l’égard des nobles et entre eux scttlement. Elle est dans le corps qui gouverne,, et l’État despotique est dans le corps qui est gouverné : ce .qui fait les deux corps du monde les plus désunis.

L’extrême corruption est lorsque les nobles deviennent héréditaires ' : ils ne peuvent plus guère avoir de modération. S’ils . !

sont en petit nombre, leur pouvoir est plus grand, mais leur sûreté diminue; s’ils sont en plus grand nombre, leur pouvoir est moindre, et leur sûreté plus grande ; en sorte que le pouvoir va croissant, et la sûreté diminuant, jusqu’au despote, sur la tête duquel est l’excès du pouvoir et du danger.

Le grand nombre des nobles dans l’aristocratie héréditaire rendra donc le gouvernement moins violent; mais, comme il y aura peu de vertu, on tombera dans un esprit de nonchalance, de paresse, d’abandon, qui fera que l’Etat n’aura plus de force ni de,' ressort ’.

Une aristocratie peut maintenir la force de son principe, si les 16is sont telles qu’elles fassent plus sentir aux nobles les périls et les fatigues du commandement que ses délices, et si l’Etat est dans une telle situation qu’il ait quelque chose à redouter, et que la sûreté vienne du dedans, et l’incertitude du dehors.

Comme une certaine confiance fait la gloire et la sûreté d’une monarchie, il faut au contraire qu’une république redoute quelque chose *. La crainte des Perses maintint les lois chez

1 . ^aristocratie sc change en oli- eonTcnients de l'aristocratie héréditaire*

garchie. 3. Justin attribue à la mort d’£pami>

2. Venise est une des républiques gni nondas l’extinction delà \ertu à Athènes* a le mieux corrigé, par ses lois, les jn- N’ayant plus d’émulation, ils dépen-

le

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