‹ De l'Esprit des loisChapitre 189 sur 935 · LIVRE X, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE XIII

détruit dans ce lieu, il l’auruit été dans un autre. Les accidents delà fortune se réparent aisément; mais comment parer à des événements qui naissent continuellement de la nature des choses?’

Mais la nature ni la fortune ne furent jamais si fortes contre lui que lui-mème.

Il ne se régloit point sur la disposition actuelle des choses, mais sur un certain modèle qu’il avoit pris ; encore le suivit-il très-mal. 11 n’étoit iwint Alexandre ; mais il auroit été le meilleur soldat d'Alexandre.

Le projet d’.\lexandre ne réussit que parce qu’il étoit sensé *. Les mauvais succès des Pei'ses dans les invasions qu’ils firent de la Grtîce, les conquêtes d'Agésilas, et la reti-aite des Dix mille, avoient fait connoître au juste la supériorité des Grecs dans leur manière de combattre, et dans le genre de leui's armes; et l’on savoit bien que les Perses étoient ti’op grands pour se corriger. (

Ils ne pouvoient plus afToihlir la Grèce par des divisions : elle étoit alors réunie sous un chef qui ne pouvoit avoir de meilleur moyen pour lui cacher sa servitude que de l’éblmiir par la destruction de ses ennemis éternels, et par l’espérance de la conquête de l’Asie.

Un empire cultivé par la nation du monde la plus industrieuse, et qui travailloit les teiTes par j)rincipe de religion, fertile et abondant en toutes choses, donnoit à un ennemi toutes sortes de facilités pour y subsister.

On pouvoit juger par l’orgueil de scs rois, toujours vainement mortifiés par leurs défaites , qu’ils précipiteroient leur chute en donnant toujours des batailles, et que la llatterie ne |)ermetti'oit jamais qu’ils pussent douter de leur grandeur.

Et non-seulement le projet étoit sage, mais il fut sagement exécuté. Alexandre, dans la rajiidité de ses actions, dans le feu de ses passions mômes, avoit, si j’ose me servir de ce terme, une saillie de raison qui le conduisoit, et que ceux qui ont voulu faire un roman de son histoire, et qui avoient l’esprit plus gâté ijuc lui, n’ont pu nous dérober. Parlons-en tout à notre aise.

1 . Le préjugé «’est tellenienl obstiné Pour s’en convaincre, on n’a qu’à lire à De voir dans Aleiaodre qu’une ambi- avec attention tout ce que l’auteur de lion effrénée, conduite par nne valeur VEspril des Lois a dit d'Alexandre, téméraire, et suivie d’une fortune aveu- Voltaire est aussi l'un des historiens qui gle, qu’on est tout étonné, en réfléchis- a le premier rétabli Alexandre dans ae» sant sur les faits de son histoire, on bien droits à l’admiration de la postérité, en écoutant les jugements de quelques Après lui, Robertson, dans son Histoire auteurs modernes, ne retrouver dans cet d'Amérique, a rendu la même justice à Alexandre le conquérant le plus sensé, cet homme extraordinaire en tous points, le plus sage, le plus modéré, et le moins funeste à l’humanité.

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