‹ De l'Esprit des loisChapitre 191 sur 935 · LIVRE X, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE XIV

<le la course, comme dans les jeux de la Grèce, que le prix de la victoire.

C’est ainsi qu’il fit ses conquêtes : voyons comment il les con-

serva.

Il résista à ceux qui vouloicnt qu'il traitât ‘ les Grecs comme maîtres, et les Perses comme esclaves; il ne songea qu’à unir les deux nations, et à faire perdre les distinctions du peuple conquérant et du peuple vaincu ; il abandonna après la conquête tous les préjugés qui lui avoient servi à la faire; il prit les mœurs des Perses, pour ne pas désoler les Perses, en leur faisant ])rendrc les mœurs des Grecs ; c’est ce qui fit qu’il marqua tant de respect pour la femme et pour la mère de Darius, et qu’il montra tant de continence ; c’est ce qui le fit tant regretter des Perses. Qu’est-ce que ce conquérant qui est pleuré de tous les peuples qu’il a soumis? qu’cst-ce que cet usurpateur sur la nrort duquel la famille qu’il a renversée du troue vei'se des larmes? C’est un trait de cette vie dont les historiens ne nous (lisent pas que quelque autre Conquérant se puisse yanter.

Rien n’afîermit plus une conquête que l’union qui se fait des deux pc'uples par les mariages. Alexandre prit des femmes de la nation qu’il avoit vaincue : il voulut que ceux de sa cour* en prissent aussi ; le reste des Macédoniens suivit cet exemple. Les Francs et les Bourguignons ^ permii’ent ces mariages : les Wisigoths les défendirent ♦ en Espagne, et ensuite ils les permirent; les Lombards ne les permirent pas seulement, mais même les favorisèrent ® ; quand les Romains voulurent affoiblir la Macédoine, ils y établirent qu'il ne pourroit se faire d’union par mariages entre les peuples des provinces.

• Alexandre, qui cherchoit à unir les deux peuples, songea à faire dans la Perse un grand nombre de colonies grecques : il bâtit une infinité de villes, et il cimenta si bien toutes les parties de ce nouvel empire, qu’après sa mort, dans le trouble et la confusion des plus affreuses guerres civiles, après qmî les Grecs se furent, pour ainsi dire, anéantis eux-mêmes, aucune province de Perse ne se révolta.

Pour ne point épuiser la Grèce et la Macédoine, il envoya à Alexandrie une colonie de Juifs « : il ne lui importoit quejles

1. C'étoit le conseil d’Aristote. (Plutarque, Œuvres morales, de la Fortune d* Alexandre.)

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