CHAPITRE XT
Nuuveaux moyeDS de coiuerver la couquète.
Lorsqu’un monarque conquiert un grand Etat, il y a une pratique admirable, également propre à modérer le despotisme et à conserver la conquête : les conquérants de la Chine l’ont mise en usage.
Pour ne point désespérer le iieuple vaincu et ne point enorgueillir le vainqueur, pour empêcher que le gouvernement ne devienne militaire, et pour contenir les deux peuples dans le devoir, la famille tartare qui règne jiresentement à la Chine a établi que chaque corps de troupes, dans les provinces, seroit composé de moitié Chinois et moitié Tartares, afin que la jalousie entre les deux nations les contienne dans le devoir. Les tribunaux sont aussi moitié chinois, moitié tartares. Cela produit plusieurs bons effets : 1° les deux nations se contiennent l’une l’autre; 2* elles gardent toutes les deux la puissance militaire et civile, et l’une n’est pas anéantie par l’autre ; 3® la nation conquérante peut se ré|)audre partout sans s’affoiblir et se perdre ; elle devient capable de résister aux guerres civiles et éti angèrcs. Institution si sensée que c’est le défaut d’une pareille qui a perdu presque tous ceux qui ont conljuis sur la terre.
CHAPl’TRE XVI
D'un Etat d<8p{Aique qui conquiert.
Lorsque la conquête est immense, elle suppose le despotisme. Pour lors l’armée, répandue dans les provinces, ne suffit pas. Il faut qu’il y ait toujours autour du prince un corps particulièrement affidé, toujours prêt à fondre sur la partie de l’empire qui poiuToit s’ébranler. Cette milice doit contenir les autres, et faire trembler tons ceux à qui on a été obligé de laisser quelque autorité dans l’empire. 11 y a autour de l’empereur de la Chine un gros corps de ’fartares, toujours pi-êt pour le besoin. Chez le Mogol, chez les Turcs, au Japon, il y a un corps à la solde du prince, indépendamment de ce qui est entretenu du revenu des terres. Ces forces particulières tiennent en respect les générfiles.