‹ De l'Esprit des loisChapitre 2 sur 935 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

11 n’est pas hulinerenl que le peuple soit éclairé. Le.s préjugés des magistrats ont commencé par être 1rs préjugés de la nation. Dans un temps d’ignorance, on n’a miciin doute, même lorsqu’on fait les plus grands maux ; dans un temps de lumière, un tremlile encore iorsqii’oii • fait les plus grands liicns. Ou sent les uluis anciens, on en voit la correction; maison voit encore les abus de la correction même. On laisse le mal, si l’on craint le pire; un laisse le bien, si on est en doute du * mieux. On ne regarde les parties que pour juger du tout ensemble; on •examine toutes lescinses pour voir tous les résult.its.

Si je pouvois faire en sorte que tout le monde ciH de nouvelles raisons pour aimer ses devoirs, son prince, sa (jatric, ses lois; (pi'oii piU mieux sentir son boulieur dans cluupie pays, dans clin(|ue gouvernement, dans chaque poste oh l’on se trouve, je me Croirois le plus heureux des mortels. v

Si je pouvois faire en .sorte que ceux qui commandent augmentassent leurs connoissances .sur ce qu’ils doivent prescrire , et que ceux qui obéissent trouvassent un nouveau plaisir h obéir, je me croirois le plus heureux des mortels.

Je me croirois le plus heureux des mortels ,si je pouvois faire qur les hommes pussent se guérir de leurs préjugés. J'appelle ici préjugés, non pas ce qtd fait ipi'on ignore de cei-taim-s clio.sos, mais ce qui fait qu’ou s’ignore soi-inéme.

C’est en chercliant à instmiru les hommes que l’on peut pratiipier cette vertu générale (pii comprend l’amour de tous. L’homme, cet être Uexihie, se pliant dans la société .aux pensées et aux impressions des autres, est également (;apahle de eonnoltre sa propre nature lorsqu’on la lui montre, et d’en perdre jusqu’au sentiment lorsqu’on l.v lui dérohe.

(*" Tal bien des fois commencé et bien des fois abandonné cet ouvrage ; J’ai mille fois nliaïulonué aux vents les feuilles que j’avois écrites*; je senlüis tous les jours les mains pateruelles tomber*; je suivois mou olijel sans former de dessein; je ne counoi.ssois ni les règles ni les excepüons; je ne Irouvois la vérité que pour la perdre : mais quand j’ai découvert mes principes, tout ee que je clierchois e.«l venu à moi ; cl, dans le cours de vingt années, j’ai vu mon ouvrage eoimmmcer, croître, s’avancer et Unir.

Si cet ouvrage a du succès , je le devrai beaucoup à la majesté de mon sujet : cependant je ne crois pas Ttvoir totalement manqué de génie. Quand j’ai vu ce que Unit de grands hommes, en France, en Angleterre et en Allemagne, ont écrit avant moi, j'ai été dans l’admiration , mais je n’ai point perdu le coui’agu. « Et moi aussi je suis peintre *, n ai-je dit avec le Corrége.

t. Ludibria rends. 3. Ed io anche son piltore.

ï. Uis patriœ cecidere manvs.

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