LIVRE XI, CHAPITRE VI
Si la puissance législative statue, non pas d’année en année, mais pour toujours, sur la levée des deniers publics, elle court risque de perdre sa liberté, parce que la puissance exécutrice ne dépendra plus d’elle; et quand on tient un pareil droit pour toujours, il est assez indiirérent qu’on le tienne de soi ou d’un autre. Il en est de même si elle statue, non jjas d’année en année, mais pour toujours, sur les forces de terre et de mer qu’elle doit confier à la puissance exécutrice.
Pour que celui qui exécute ne puisse pas opprimer, il faut que les armées qu’on lui confie soient peujile, et aient le même esjirit que le peuple, comme cela fut Rome jusqu’au temps de Marius. Et, pour que cela soit ainsi, il n’y a que deux moyens, ou que ceux que l’on emploie dans l’armée aient assez de bien pour répondre de leur conduite aux autres citoyens, et qu’ils ne soient enrôlés que pour un an, comme il st^ pratiquoit à Rome; ou, si on a un corps de troupes permanent, et où les soldats soient une des plus viles parties de la nation, il faut que la puissance législative puisse le casser sitôt qu’elle le désire; que les soldats habitent avec les citoyens, et qu’il n'y ait ni camp sépare, ni casernes, ni places de guerre.
L’armée étant une fois établie, elle ne doit point dépendre immédiatement du Cor()S législatif, mais de la puissance exécutrice ; et cela, par la nature de la chose, son fait consistant plus en action épi’eii délibération.
H est dans la luaniiu’c de penser des hommes que l’on fasse plus de cas du cmçagc que de la timidité, de l’activité que de H prudence, de la force que des conseils. L’armée méprisera toujours un sénat, et respectera ses officiers. Elle ne fera point cas des ordres qui lui seront envoyés de la part d’un corps composé de gens qu’elle croira timides, et indignes par là de lui commander. Ainsi, sitôt que l’armée dépendra uniquement du Corjis législatif, le gouvernement deviendra militaire. Et si le contraire est jamais arrivé, c’est l’elfet de quelques circonstances extraordinaires; c’e.st que farinée y est toujours séparée ; c’esf qu’elle est comiiosée de plusieurs corps qui dépendent chacun de leur province particulière; c’est que les villes capitales sont des places excellentes, qui sc défendent par leur situation seule, et où il n’y a point de troupes.
La Hollande est encore plus en sûreté (}ue Venise : elle submergeroit les troupes révoltées, elle les feroit mourir de faim. Elles ne sont poiattvéxns les villes qui pourroient leur donner la subsistance ; cette subsistance est donc précaire.
Que si, dans le cas où l’armée est gouvernée par le Corps
i;i> DE l’esprit des lois.
li'frislatif, des circoiistain'ps particulières empêchent le gouvernement de devenir militaire, oii tomhera dans d’autres inconvénients : de deux choses l’iine ; ou il l'aiidra tpie l’arméi! détruise le gouvernement, ou que le gouvernement allbildisse l'armée.
Lt cet afFoitdissement aura une cause bien fatale : il naîtra de la foihlessc même du gouvernement.
Si l’on veut lire Tadmirahle ouvrage de Tacite sur les mœurs des Germains on verra (pie c’est d’eux ipie ks Anglois ont tin' l’idée de leur gouvernement politique. Ce beau systènu; a été trouve dans les bois.
Comme toutes les choses humaines ont une fin, l’Etat dont nous parlons perdra sa liberté, il périra. Rome, Lacédémone et Carthage ont bien péri. 11 pi-rira lorsque la puissance législative sera plus corrompue que l’exécutrice.
Ce n’est point à moi "à examiner si les Anglois jouissent ai'tuellement do cette liberté, ou non. Il me suflitdedirc qu’elle est établie par leurs lois, et je n’en cherche pas d’avantag(*.
.le ne prétends point par là ravaler les autres gouvornemeuts, ni dire que ci'tte liberté |)oliti(pie extrême doive inortilier ceux qui iTen ont (pTune modérée. Comment dirois-cc cela, moi qui crois que l’excès même de la raison n’est jias toujours désirable, et que les hommes s’accommodent presipie toujours mieux des milieux que des extrémités?
Harrington, dans son Oceana, a aussi cxamiiu' quel etoit le jilus haut point de liberté où la constitution d’un Etat peut être portée. Mais on peut dire de lui (|u’il n’a clnurhé cette liberti* qu’après l’avoir méconnue, et qu’il a bâti Chalcédoinc, avant le rivage de Bvzance devant les veux.
CHAriTRE Ml
Des monarcliics que nous connoissuns.
Les monarchies que nous connoissons n’ont pas, eonnne
I. De niinorilJu.i rebus principes rousullant, de majoribus omnes : ila lamen ul en, ijuoijue , quorum penes plebcm arbilrium est, npud principes perlrarlenltir. — Est-il possible qu’en efl'il la Chambre des pairs, celle des communes, la cour d équité, la cour da l'nmiraulé, viennent de la Forél-Noire?
.l'aimerais anlaiil dire que les sermons ■le Tillotson et de Smalridge furent autrefois composés par les sorcières tudesques, qui jugeaient des succès do la guerre par la manière dont coulait le
sangdes prisonniers qu’elles immolaient.
Les manufactures de draps d’Angleterre n’ont-clles pas été trouvées aussi dans les bois où les Germains aimaient mieux vivre de rapines que de travailler, commo le dit Tacite ’f
Pourquoi n’avoir pas trouvé plutôt la diète de Ratisbonne que le parlement d’Angleterre dans les foriHs d’AIlcinagiie'/ Ratisbonne doit avoir profité plutôt que Londres d'un système trouvé en Germanie. (Volt.)
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